Angel Ice (French Edition)
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Angela
En ouvrant les yeux, le lendemain matin, la première chose que je
remarque est la lumière vive du jour entrant à flots dans la pièce. Je me retourne légèrement pour voir d’où provient ce phénomène. Tout d’abord, je découvre qu’hier soir, avant de plonger dans les bras de Morphée, nous avons oublié de fermer les stores. Ensuite, j’aperçois le soleil. Après des jours de grisaille, il daigne enfin montrer le bout de son nez. Mieux vaut tard que jamais, non ?!
Pendant une minute ou deux, je le regarde se lever, recouvrir le ciel
bleu de zébrures rose-orangées. Une magnifique journée, en perspective !
Dans un soupir de bonheur, j’étire mes muscles, fourbus après la nuit
passée à nous prouver de toutes les façons possibles et imaginables combien nous nous aimons. Puis, je me rallonge, la tête nichée dans le creux de l’épaule de mon amant, le bras en travers de son torse, et profite de la sensation de chaleur apportée par le rayon qui illumine mon visage.
Au même instant, je perçois les doigts de Nathaniel s’agiter et dessiner
d’étranges arabesques sur mon dos. Des frissons me parcourent l’échine, ma peau se couvre de chair de poule. Je me sens si bien, là. Je pourrais en ronronner de félicité.
— Bonjour, mon amour, marmonne-t-il d’une voix encore lourde de
sommeil.
— Bonjour à toi aussi, lui réponds-je en déposant un tendre baiser sur
son pectoral.
Je m’approche davantage jusqu’à être collée à lui. J’entremêle mes jambes aux siennes, me permettant d’apprécier son sexe en pleine forme malgré le peu d’heures de repos que nous avons eu. Tandis que ses doigts, derrière moi, se font de plus en plus aventureux, je presse son érection et la frotte avec ma cuisse. Je titille son téton de la langue jusqu’à ce qu’il devienne bien dur, puis le mordille.
— Mon ange, geint-il.
Brusquement, il me bascule sur le lit. Il se retrouve au-dessus de moi, m’écarte les jambes avec les genoux et s’installe entre. Il appuie sa verge contre ma vulve déjà ruisselante de désir. Alors qu’il s’apprête à me pénétrer, mon réveil se met à carillonner sur la table de nuit, aussitôt imité par celui de Nathaniel.
— Bordel, gronde-t-il en se laissant tomber à côté de moi pour éteindre son téléphone.
— Comme tu dis, soupiré-je, aussi désappointée.
Je récupère mon portable, coupe le bip strident, puis le repose sur le chevet.
— On est vraiment obligés de se lever ? m’enquiers-je, même si je connais parfaitement la réponse. Et si on s’inventait une nouvelle tempête de neige aujourd’hui ? On resterait, là, au lit, et on continuerait ce que nous avions si bien débuté ?
— Je l’avoue, ta proposition se révèle plus que tentante. Hélas, je ne peux pas. J’ai plusieurs réunions impossibles à reporter ou à annuler.
— Fait chier, m’exclamé-je, extrêmement déçue.
— Et si tu venais travailler chez Winthrope Investissement, lance-t-il à brûle-pourpoint.
— Arrête, on en a déjà discuté, tenté-je de l’interrompre.
Toutefois, il poursuit comme si aucune parole n’avait surgi de ma bouche.
— Bon, ça n’enlèverait en rien la corvée de se lever le matin. Cependant, là-bas, nous pourrions au moins, nous croiser au fil de la journée, dans la salle de pause, au détour d’un couloir. Ainsi, j’en suis certain, le temps me paraîtrait moins long en attendant que l’on se retrouve.
— C’est sûr que vu comme ça… mais non ! Ne te méprends pas, j’adorerais travailler dans ta boîte, ce serait un véritable tremplin pour mon avenir. Il n’empêche, je refuse.
— Pourquoi ? me demande-t-il comme s’il ne parvenait vraiment pas à
comprendre mon entêtement à rejeter sa proposition.
Ça semble pourtant évident, non ? Dans le doute, il ne me reste plus
qu’à mettre les points sur « i » et les barres aux « T ».
— Mets-toi à ma place, cinq secondes. Tu es le big boss. Moi, une
simple stagiaire. Si notre relation venait à s’apprendre, que penses-tu qu’il adviendra me concernant, hein ?! Je serai cataloguée, aux yeux de tous, comme une arriviste, prête à tout, même à écarter les cuisses ou à passer sous le bureau du grand patron pour parvenir à ses fins. Je ne posséderai plus aucune crédibilité et pourrai faire une croix sur mes rêves de carrière dans la finance. Je serai finie avant même d’avoir commencé. Est-ce cela que tu souhaites pour moi ?
— Non, bien sûr que non, souffle-t-il en se résignant à mon
argumentation. J’ai conscience que tu as raison, toutefois c’est plus fort que moi, j’ai envie de t’avoir constamment auprès de moi. Que veux-tu, tu m’as ensorcelé, et maintenant, je ne peux plus me passer de toi. Je suis carrément accro à toi, mon ange démoniaque. Je n’envisage plus une seconde de ma vie, sans t’avoir à mes côtés.
— Si ça peut te rassurer, je vis la même chose. Moi aussi j’aimerais
passer tout mon temps avec toi, or on ne peut pas. Peut-être un jour nous formerons un couple ainsi qu’une équipe et bosserons ensemble. Mais pas aujourd’hui, car là, une longue journée m’attend à la patinoire. Allez, debout, paresseux, annoncé-je en rabattant la couette à force de coups de pied. Le dernier arrivé à la douche lave l’autre.
Ni une ni deux, je m’élance. Je saute du lit avant de me précipiter dans
la salle de bains. Je referme la porte derrière moi afin de gagner un peu de temps. Néanmoins, Nathaniel me rattrape sur le dernier mètre. Il me double en claquant sa paume sur ma fesse au passage et, finalement, il atteint la ligne d’arrivée juste avant moi.
En bonne perdante, je me plie à la règle du jeu en m’occupant de lui.
Je le savonne de la tête aux pieds, sous toutes les coutures, minutieusement, sans oublier un seul centimètre carré de sa peau.
Un peu plus tard, le corps drapé dans une serviette éponge, je me
promène dans le dressing à la recherche d’une tenue à enfiler. Je passe au crible tous les vêtements que Nathaniel m’a offerts. Il y en a tellement : des pantalons de toutes sortes, des jupes, des robes, des leggins, des chemisiers, des tuniques, des pulls, de la lingerie…, ainsi qu’une collection de chaussures à faire pâlir d’envie Blair.
— Quand as-tu eu le temps d’acheter tout cela ? demandé-je en me tournant vers Nathaniel.
Il se trouve derrière moi, dans la partie de la pièce qui semble lui être dédiée, en train de se préparer également. Je le vois prendre un boxer dans un tiroir et l’enfiler avant de me répondre.
— J’ai missionné ma personal shopper.
— Tu as une conseillère vestimentaire ?
— Oui, confirme-t-il, comme si cela coulait de source. Comme tu t’en doutes, je n’ai pas vraiment le temps de courir les boutiques dès que j’ai besoin d’un truc. Alors, j’engage quelqu’un pour s’en acquitter à ma place. Elle connaît mes goûts, mes attentes. Donc, quand il me faut quelque chose, je la contacte. Ensuite, elle me livre tout directement ici. Je trouve cela très pratique.
— J’en conviens. Dans mon langage, j’appelle ça avoir une colocataire.
— Quoi ? C’est Blair qui t’habille ?
— Ça arrive, en effet, notamment pour les grandes occasions comme une virée en boîte, une soirée en amoureux, un entretien d’embauche. De nous deux, elle incarne la fashiniosta, doublée de maquilleuse et coiffeuse à ses heures perdues. Et puis, elle adore le lèche-vitrine, pourquoi la priverais-je d’un tel plaisir ?
— Et toi, tu n’aimes pas ?
— Pas vraiment, non. Bon, lorsque je n’ai pas le choix, je m’y plie, mais il ne s’agit vraiment pas de ma tasse de thé. J’ai toujours été ainsi, même ado’, c’était la croix et la bannière dès qu’il fallait m’amener au centre commercial. Ma mère s’en plaignait assez. Elle aurait voulu une fille un peu moins « garçon manqué », dixit ses paroles. À ma décharge, à l’époque, quand je ne patinais pas, je traînais constamment avec Nick. Par conséquent, je m’adonnais plus volontiers aux trucs de mecs que de gonzesses. Je ne m’en plains pas. D’accord, je suis nulle question mode. Néanmoins, ça m’a permis d’apprendre plein d’autres trucs afin de me débrouiller seule.
— Comme quoi, par exemple ? s’enquiert-il, visiblement curieux.
— Eh ben… je sais chasser au collet ainsi qu’au fusil, pêcher, vider les poissons, dépouiller un animal pour ensuite tanner sa peau, puis le dépecer. Je sais aussi couper du bois, conduire une motoneige, diriger un attelage de chien de traineau…
— Impressionnant, siffle-t-il, admiratif.
— En Alaska, c’est le minimum, si tu veux survivre. — N’empêche, perso, je serais bien en peine de faire un dixième de
tout cela. J’aimerais bien te voir à l’œuvre un de ces quatre.
Je ne suis pas dupe une seconde. Je lis très clairement entre les lignes.
En me mettant au défi de lui montrer de quoi je suis capable, il ne cherche pas à jauger de mes talents. Pas du tout, en réalité. Il s’agit de sa manière de me dire qu’il aimerait découvrir l’Alaskaine qui se cache en moi et aussi de voir d’où je viens, où j’ai grandi. Comment puis-je lui refuser cela ?
— Avec plaisir !
Nous nous envoyons un sourire complice. Puis constatant que l’heure
continue de tourner, que je suis toujours nue, sous ma serviette, je me retourne et me remets en quête d’une tenue à enfiler pour le boulot. Je farfouille partout sur les étagères, ouvre tous les tiroirs, jusqu’à dénicher un ensemble de lingerie en dentelle fine rouge, un jean slim qui me moule à l’instar d’une seconde peau et un pull en cachemire, incroyablement doux.
Tout est parfaitement à ma taille. Ils paraissent même cousus à même
mon corps tellement ils épousent à la perfection chaque courbe de mon anatomie.
Une fois habillée, je continue néanmoins à inspecter les penderies. Au
début, je demeure surprise de voir une quantité non négligeable de robes de soirée, toutes plus belles les unes que les autres. J’en sors une afin de l’admirer avant de frémir en reconnaissant le nom d’une célèbre marque de luxe. Je m’empare d’une autre, puis découvre qu’elle aussi a été créée par un grand couturier. Et ainsi de suite pour la dizaine entreposée dans ce dressing.
À cet instant, je me rends compte de la valeur de tous ces vêtements.
Je n’ai pas besoin de connaître le prix pour savoir que tout cela représente une sacrée fortune. À cette idée, j’ai la tête qui tourne violemment au point que je dois me retenir pour ne pas tomber.
Comme s’il avait perçu mon malaise, Nathaniel surgit au même
instant. Il me prend dans ses bras et me mène jusqu’à la banquette, située au centre de la pièce, là où il était installé une seconde plus tôt pour enfiler ses chaussures. Il me force à m’y asseoir. Puis, il s’accroupit face à moi, me dévisage, le regard chargé d’inquiétude.
— Que t’arrive-t-il, mon ange ?
— Es-tu devenu fou ? attaqué-je sans préambule.
— De toi ? Assurément, réplique-t-il dans un sourire.
— As-tu notion de combien tu as déboursé pour toutes ses fringues ? surenchéris-je comme s’il n’avait rien dit. Sais-tu qu’avec une seule de ses robes, je pourrais payer l’intégralité de mes frais de scolarité pour une année ?
— Qu’est-ce qui te chiffonne réellement ? Que j’aie dépensé de l’argent pour toi ou bien y a-t-il autre chose ? Tu sais que tu peux me faire confiance et tout me dire…
Est-ce vrai ? Puis-je vraiment lui parler de mes soucis financiers ?
Cette interrogation me laisse songeuse. Si je m’ouvrais, comment réagira-t-il ? Le connaissant, il voudra m’aider, mais comment ? En me proposant la somme dont j’ai besoin pour régler mes dettes à la fac ? Or, à l’instar d’avec Blair, je refuse cette possibilité. J’ai conscience que ça pourrait être La solution à mon problème. Cependant, je continue à vouloir me débrouiller seule. Si j’acceptais, j’aurais la sensation de lui être redevable, voire entretenue. Et ça, même pas en rêve.
En revanche, si je décide de me taire, qu’adviendra-t-il ? Pensera-t-il que je manque de confiance en lui, en nous ? Le blesserais-je ? Il s’agit bien de la dernière chose que je souhaite. De plus, la communication ne représente-t-elle pas un des fondements de la vie de couple ? Alors, si je ne lui dis rien, ne corromprais-je pas notre relation et ne la rendrais-je pas instable pour l’avenir ? Et de cela aussi, il en est hors de question.
Entre ces deux options, je ne sais laquelle choisir. Puis, finalement, me rendant compte que je tiens davantage à Nathaniel qu’à mon orgueil, je me lance sans plus tergiverser :
— Si ça se trouve, à la rentrée, je ne pourrai pas reprendre les cours, débuté-je, en baissant les yeux, honteuse.
— Pourquoi ? réplique-t-il tout de go, en sursautant comme s’il ne s’attendait pas cela.
— Par manque de moyens. J’ai eu des réparations sur ma moto et j’ai dû dépenser une partie de l’argent que j’avais prévu pour mes frais de scolarité. À ce jour, je n’ai pas terminé de payer le premier semestre, or il me reste encore le second à régler si je veux obtenir ma licence. Au début des vacances, j’avais prévu d’augmenter mes heures au Delice Coffee et de cumuler les extras auprès de Pippa’s food. C’était d’ailleurs pour cela que je te disais ne pas avoir de temps à consacrer à une relation. Mais finalement…
— Rien n’a fonctionné comme tu le voulais, termine-t-il à ma place. — En effet, je confirme dans un souffle, affligée. Heureusement, j’ai
retrouvé ce job à la patinoire. Ça paie peu cependant les pourboires s’avèrent vraiment très généreux. Je pense qu’à la fin des vacances, j’aurai réuni suffisamment d’argent pour rembourser mes dettes à l’université.
— Et après, que feras-tu ?
— Me dégoter un nouveau boulot en espérant qu’à ce moment-là, mon
nom ne figurera plus sur liste noire. La patinoire ferme fin février, toutefois je doute qu’on ait besoin de moi jusque-là. Une fois le concours passé, à la mi-janvier, l’affluence diminuera et alors je repartirai en quête d’un autre travail.
— Et j’imagine que si je te proposais mon aide, tu refuserais… À cette idée, je relève la tête et le foudroie du regard. — Pas question. Je veux me débrouiller seule… — Aussi têtue qu’un troupeau de mules, soupire-t-il. Dans ce cas, je
vais te laisser agir à ta guise, en revanche je veux que tu me promettes une chose.
— Laquelle ? m’enquiers-je, intriguée.
— Que tu viennes me voir avant de prendre une décision qui aurait
des conséquences sur ton avenir professionnel. N’oublie pas que j’ai vu tes résultats scolaires, ils sont tout simplement parfaits. Même les miens, à l’époque, n’étaient pas aussi exemplaires. Tu es faite pour bosser dans la finance. Ne t’estime pas à moins juste pour une raison pécuniaire et ne prends pas le risque de gâcher ton potentiel.
— D’accord, à la condition que tu me jures en retour de ne pas
intervenir et de vraiment me laisser agir à ma façon. Donc, pas de coup en douce, auprès du doyen, par exemple, ou de piston pour un job. OK ?
Je lui tends la main. Je le vois réfléchir une micro-seconde, puis il s’en
empare et la serre en déclarant :
— Marché conclu ! accepte-t-il même si je vois bien dans son regard
que cela le pèse énormément.
J’ai conscience de lui en demander beaucoup. Il ne représente
vraiment pas le genre d’homme à rester en retrait, sans réagir, face à une situation. C’est un fonceur, un combattant. Mais là, il se sent prêt à prendre sur lui, à me laisser me dépatouiller avec mes problèmes et cela uniquement pour moi. Alors, en retour, j’ai aussi envie de faire quelque chose pour lui. Voici pourquoi je lui propose :
— On va même aller plus loin. Et si, à partir de maintenant, nous nous engagions à toujours nous consulter avant de prendre une décision importante ?
— Excellente idée, m’approuve-t-il avant de m’embrasser dans le but de sceller notre accord.
Tandis que nos langues s’entremêlent, nos souffles s’affolent et nos corps s’embrasent, j’ai l’impression que nous venons encore de franchir une nouvelle étape dans notre vie de couple.
Je n’en reviens pas du chemin que nous avons parcouru, tous les deux, en si peu de temps. Hier encore, j’étais rongée par les craintes, à douter que Nathaniel et moi puissions avoir un avenir ensemble. Aujourd’hui, nous nous sommes avoué nos sentiments et parlons futur.
Soudainement, il me tarde de découvrir ce que demain me réserve…
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