Angel Ice (French Edition)
ch037
37
Angela
Seigneur, cette journée n’en finira-t-elle donc jamais ? J’ai l’impression que je n’en verrai pas le bout. Plus les heures
défilent, plus elles semblent s’allonger jusqu’à paraître interminables.
Il faut dire que je ne suis pas très aidée au niveau du boulot pour
m’occuper suffisamment afin de m’empêcher de songer à la soirée qui m’attend. Autant hier, je croulais sous le travail au point de ne plus savoir où donner de la tête, autant aujourd’hui, je m’ennuie comme un rat mort. Il ne se produit strictement rien. Je peux compter le nombre de mes clients sur les doigts d’une main, c’est pour dire.
J’avais pourtant un planning plein à craquer à l’origine, néanmoins la
plupart de mes clients ont annulé leur leçon. Au début, je ne pouvais m’empêcher de me remettre en cause. Ai-je fait quelque chose de mal ? Suis-je, en définitive, nulle comme prof ? Puis, Drew a éclairé ma lanterne en m’expliquant le pourquoi du comment de cette désertion : « Comme tous les ans, les gens ont d’autres chats à fouetter en ce moment, comme préparer la Saint Sylvestre, mais une fois le réveillon passé, l’activité remontera en flèche... »
Depuis je prends mon mal en patience en m’accrochant à ses propos,
et en essayant de ne pas me démoraliser en voyant mon pot à pourboire pratiquement vide.
Franchement, je n’ai jamais eu aussi hâte de changer d’année. En
attendant que cela arrive, je m’occupe du mieux que je le peux en donnant un coup de main au chalet VIP, à l’accueil ou encore au vestiaire. Cependant, là aussi, il n’y a pas foule et tout tourne au ralenti. Tandis que les autres membres du personnel s’emploient à inventorier les stocks, ranger, trier, nettoyer…, moi, je m’attelle à l’entretien des patins. Je change les lacets abîmés, enlève la rouille des lames et, ayant accompli cela une grande partie de ma vie, les affûte si besoin…
Je dois en être à ma vingtième paire au moment où mon téléphone sonne dans ma poche, m’apportant une bienheureuse distraction.
— Salut, Angie, je te dérange ? me demande Blair dès l’instant où j’ai décroché.
— Pas le moins du monde. Ici, c’est le calme plat, la rassuré-je.
— Donc, tu as un peu de temps…
— Oh que oui. J’en ai même à revendre, si tu veux tout savoir.
— Super, je suis trop contente, se réjouit-elle aussitôt. J’ai l’impression que ça fait des lustres que nous n’avons pas papoté toutes les deux.
— Exact, confirmé-je, songeant à la même chose.
Entre mon nouveau travail et le débarquement des frères Winthrope dans nos vies, il faut avouer que nos agendas s’avèrent bien remplis. Assez, en tout cas pour ne plus avoir de temps pour nous deux. Et je dois également admettre que ça me manque.
— Dis-moi, avec ton Apollon, comment ça se passe ? enchaîne-t-elle, tout de go.
— À merveille. Je me sens bien avec lui. D’ailleurs, je ne me pensais pas capable de l’être aussi rapidement. Et toi, avec Silas ?
— Oh ! Il est fantastique, gentil, prévenant et au lit… Je ne t’en parle pas, un véritable dieu du sexe. Cela, mis à part, on s’entend hyper bien et j’aime vraiment être avec lui.
— Et la réciproque semble vraie également. J’ai pu le constater, hier. Il paraît autant fou de toi, que toi de lui.
— Bon, assez causé de moi, lance-t-elle brusquement. Et toi, alors ? Ça a l’air de bien rouler avec Nate, non ?
— Comme sur des roulettes, avoué-je, rêveuse. Au début, notre relation a été… comment dire, mouvementée. Cependant, il a su me comprendre et m’aider à surmonter mes préjugés.
— Pourquoi je sens un « mais » dans ta phrase ? s’enquiert-elle, intriguée.
— Il sort d’une très longue relation, dont la fin a été assez violente et
je ne sais pas trop quoi penser, balancé-je en songeant que m’épancher sur mes inquiétudes à ma meilleure amie me fera le plus grand bien. Je ne cesse de m’interroger. Je me demande des trucs du genre : que représente encore son ex pour lui ? A-t-il encore des sentiments pour elle ? Et moi, dans tout ça ? Quel est mon rôle ?... Je crains que notre histoire ne soit qu’une incartade au milieu de la leur, et qu’il me quitte à la minute où il s’apercevra que je ne suis pas elle ? Et moi, après, que deviendrais-je ?
— Oh, ma chérie…, souffle-t-elle, compatissante. — Le pire dans tout cela ? Je suis tombée amoureuse de lui, lui confié-
je, d’une voix étranglée. Je l’aime comme une folle.
— Puis-je te donner mon avis ? me demande-t-elle à brûle-pourpoint. — Bien sûr.
En réalité, je n’attends que cela. Ayant plus d’expérience que moi avec
les hommes, j’espère qu’elle m’aidera à voir plus clair dans ma relation avec Nathaniel. Et qui sait, peut-être m’apporter quelques réponses à toutes les questions que je me pose continuellement.
— Selon moi, tu n’as aucun souci à avoir concernant ses sentiments. — Qu’est-ce qui te permet d’avancer cela ? l’interrogé-je, intriguée. — Son frère m’a parlé de lui cette nuit.
— Vous n’aviez pas d’autres choses à faire que de parler de nous ? la
taquiné-je.
— C’était entre deux parties de jambes en l’air, pendant que nous
recouvrions des forces avant de recommencer. Enfin, bref, Silas m’a avoué n’avoir, à aucun moment, vu son frère comme ça, même avec son ex. Hier, quand il l’a appelé, afin de lui proposer de se joindre à nous pour venir te voir, il a sauté sur l’occasion. Comme s’il n’attendait que cela pour pouvoir te retrouver, alors qu’il travaillait. Auparavant, jamais il n’aurait accepté d’abandonner ses dossiers de la sorte. Ça démontre bien qu’il est raide dingue de toi. Et puis, j’ai vu comment il te regardait… Je rêve qu’un homme me contemple de la même manière. Tiens, rien que d’y repenser, j’en frissonne.
— Merci, Blair, lui dis-je, en ayant l’impression qu’un poids vient de
s’envoler de mes épaules. Tu ne peux imaginer le bien que cela me procure d’entendre tout cela.
— Je sais, ma belle.
— Tu es franchement une amie en or.
— Assez pour que ton amie puisse te demander un service ? embraye-t-elle. Bon, si ça t’ennuie, promis, ce n’est pas grave, je m’arrangerai autrement.
— Après tous tes mots gentils, je peux sûrement faire un effort pour ma coloc’. De quoi s’agit-il ?
— Ben, voilà. J’ai invité Silas à venir dîner au loft ce soir et je…
— Et tu ne voudrais pas que je débarque en plein milieu, c’est cela ? deviné-je.
En même temps, je commence à envisager un plan de secours pour notre soirée à Nathaniel et moi. Au départ, nous avions convenu de nous retrouver chez moi afin que je puisse enfiler d’autres vêtements et lui préparer un bon petit plat.
Si, finalement, nous nous rejoignons chez lui, qu’est-ce que cela bouleverse ? Concernant les habits, rien ne m’interdit d’effectuer un crochet par Brooklyn, me changer, puis repartir pour Manhattan. Ça reste réalisable. En revanche, ça nécessite pas mal de temps. Du coup, cuisiner devient impossible. Mais ça ne fait rien, je peux toujours me rabattre sur son congélateur plein à craquer et réchauffer l’un des innombrables plats préparés par sa cuisinière. Donc, tout s’avère parfaitement jouable.
De plus, Blair me demande si rarement un service. Et vu tout ce que je lui dois… comment puis-je le lui refuser ?
— Rah, je me sens immonde de te demander un truc pareil. Tu es autant chez toi que moi. Non, laisse tomber…
— Blair, attends, calme-toi. Nous aussi, nous avions quelque chose à fêter ce soir…
— Ah oui, de quoi s’agit-il ? s’enquiert-elle, sa curiosité piquée au vif.
— Ce matin, nous avons effectué les tests du VIH.
— Et après, tu as des doutes sur votre relation, réplique-t-elle. Quand un homme propose cela, c’est qu’il veut s’investir entièrement, qu’il désire la rendre encore plus intime, plus forte.
— Oui bon, la coupé-je, revenons-en à nos moutons. Pour ce soir, je peux proposer à Nathaniel de le retrouver chez lui, plutôt que chez nous. Comme ça, vous aurez le loft pour vous seuls, ça te convient ? En revanche, interdiction de commencer tout de suite à vous arracher les fringues dans le salon, car j’aurai besoin de passer, récupérer quelques affaires.
— Évidemment. Mais tu n’en as pas déjà laissé chez lui ? Tu n’es
pourtant pas rentrée depuis plusieurs jours.
— Je le sais très bien, figure-toi. Si ça t’intéresse, sache
qu’actuellement, je porte un de ses caleçons et ce n’est vraiment pas confortable sous un jean. Je ne sais vraiment pas comment ils font, ajouté-je en tirant la couture de mon pantalon qui ne cesse de s’enfoncer dans mon intimité.
À cette mention, elle éclate de rire.
— Très bien, ça marche, hoquette-t-elle. On tâchera de contrôler nos
ardeurs un petit moment. T’es la meilleure des meilleures amies. À tout à l’heure.
— Ouais, à plus tard.
Sur ce, nous raccrochons. Aussitôt, j’envoie un message à Nathaniel
afin de lui expliquer la situation et l’informer du changement de plan. Il me répond sans attendre.
[Pas de problème, je m’occupe de tout. J’ai hâte d’y être. Tu me
manques.]
Et moi donc !
Après cela, la journée continue de s’écouler au même rythme. Avec
toujours la même lenteur implacable. J’achève ce que j’avais commencé avec les patins. Puis, j’attends qu’un client débarque. Ne voyant rien venir, et lasse de rester à poireauter bêtement, – alors qu’il y a tant de choses que j’aimerais faire avant ma soirée avec Nathaniel, comme me pomponner –, je décide de rentrer chez moi.
Il est encore tôt quand je rejoins Brooklyn. En franchissant le seuil du
loft, je demeure stupéfaite. Où suis-je ? Chez moi ou chez la voisine ? Après plusieurs jours sans y être venue, j’imaginais tomber sur un bazar innommable. Au lieu de cela, je retrouve un appartement récuré du sol au plafond, impeccablement rangé. Plus rien ne traîne, pas même une chaussure ou une écharpe. Ce qui connaissant Blair, et son côté bordélique, a de quoi surprendre.
Je m’apprête à ressortir pour vérifier le numéro sur la porte, au
moment où j’aperçois ma coloc dans la cuisine, ce qui m’informe que non, je ne me suis pas trompée d’étage et suis bien au bon endroit. Je la rejoins et la découvre en train d’étudier l’un de mes livres de recettes, qu’elle semble avoir du mal à déchiffrer à en juger son air concentré et son doigt qui ne cesse d’entortiller une mèche de cheveux échappée de son bun.
— Salut, tout va bien ?
— Oh, Angie, Dieu soit loué, t’es là ! s’exclame-t-elle en me voyant. Aide-moi, je t’en prie. J’ai promis à Silas de lui mitonner un bon petit plat…
— Pourquoi lui as-tu promis une telle chose ? Tu es nulle en cuisine.
— Je sais. On parlait de je ne sais plus trop quoi et ça a jailli comme ça, sans que je puisse le contrôler et maintenant je me trouve dans le pétrin, m’explique-t-elle, visiblement aux abois.
— Qu’as-tu prévu pour le moment ?
— Ben, c’est là aussi, le hic. Je n’en ai pas la moindre idée. Je pensais dégoter des idées, simple et facile à préparer dans tes bouquins. Mais, je ne trouve rien. En plus, ça doit être écrit en chinois, car je ne pige pas un traître mot de ce qu’il y a d’écrit, non, mais sérieux, ça veut dire quoi « tamiser », « réduire », « réserver » ? S’il te plaît, Angie, aide-moi ! me supplie-t-elle.
En même temps, elle lève sur moi un regard implorant auquel je suis incapable de résister. Du coup, je remise à plus tard mon idée de me pomponner et retrousse mes manches. J’inspecte le frigo ainsi que les placards pour savoir de quels ingrédients je dispose, puis j’improvise. Je confectionne un tartare de saumon sur lit de crème fraîche aux fines herbes, en guise d’entrée. Ensuite, pour le plat de résistance, je mets à mariner des blancs de poulet dans du miel et du vinaigre balsamique. Et enfin, je termine par le dessert en épluchant et coupant des bananes, des pommes ainsi que des kiwis pour une fondue au chocolat.
Pendant que je m’active devant les fourneaux, je lui dicte toutes les consignes qu’elle devra suivre au fur et à mesure de la soirée, comme par exemple, quand commencer à cuire la viande, à quelle température mettre le four, comment préparer le chocolat…
— Angie, tu es la meilleure, me remercie-t-elle en me prenant dans ses bras au moment où je termine.
— J’espère bien. En tout cas, tu me le revaudras !
— Et tout de suite, si tu veux. Je peux t’aider à te préparer pour ta grande soirée avec Nathaniel.
— Ça marche.
Ni une ni deux, je me rue sous la douche. Lorsque je sors de la salle de
bains, le corps drapé et les cheveux enroulés dans une serviette éponge, je découvre Blair en train de farfouiller dans mon armoire.
— Tu trouves ton bonheur ?
— Que penses-tu de cette robe ?
Elle me tend une robe vintage, de style rockahilly, violette et noire. Je
la reconnais sans peine. Elle me l’a offerte pour mon dernier anniversaire. D’ailleurs, je n’ai pas encore eu l’occasion de la porter.
— Pourquoi pas !
Je l’enfile, en me regardant dans le miroir. S’arrêtant juste au-dessus
du genou, elle met en valeur mes jambes galbées. Sa ceinture accentue la finesse de ma taille et son décolleté en cœur me fait une poitrine d’enfer. Je complète me tenue avec une paire de talons aiguille noirs.
— Waouh, très sexy ! s’exclame Blair au moment où je la rejoins dans
ma chambre. Maintenant, la suite !
Elle m’invite à prendre place sur ma chaise de bureau, face à ma table
de travail, reconverti pour l’occasion en salon de beauté. Puis, sans attendre, elle s’attaque à mes cheveux. Elle les sèche, les coiffe afin qu’ils retombent en vagues sur mes épaules. Ensuite, elle me maquille. Elle s’applique à réaliser un smoky eye afin d’intensifier la couleur de mes yeux et peinturlure mes lèvres d’un gloss transparent dans le but de les rendre brillantes.
Une fois apprêtée, je me confectionne un petit sac avec des affaires de
rechange. Je souhaite une bonne soirée à Blair, puis saute dans un taxi et file en direction de Manhattan, de Nathaniel, de ma destinée.
OceanofPDF.com