Angel Ice (French Edition)
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Nathaniel
Au secours, je vais me flinguer !
Je n’en peux plus. C’est d’un barbant. J’ai passé la matinée entière et une grande partie de l’après-midi à recevoir des étudiants pour un stage dans mon entreprise. Il n’y a pas un candidat pour se distinguer des autres ! Ils se ressemblent tous avec leurs vêtements de créateur, leur coupe de cheveux impeccable, leur CV à rallonge et leurs recommandations à n’en plus finir, de pontes de la finance, et autres personnes importantes – probablement des relations de Papa et Maman. Comment, aussi jeunes, peuvent-ils avoir des dossiers aussi épais ? Certains sont dignes d’un roman. Moi, à leur âge, il n’y avait que deux choses pour m’intéresser : le sexe et comment gagner un max d’argent plus tard. Alors qu’eux, ils cumulent les meilleurs résultats scolaires et les activités caritatives. Malgré cela, je les trouve insipides et dénués d’intérêt. Dire qu’ils représentent la future génération de traders et que l’économie de nos actionnaires ainsi que du monde se jouera entre leurs mains manucurées.
N’empêche, je comprends pourquoi, auparavant, je confiais cette responsabilité à mon service de Ressources Humaines. Malheureusement, après le fiasco de l’année dernière, je ne peux me permettre une nouvelle erreur.
Sur le papier, le candidat retenu avait semblé parfait. Toutefois, une fois sur le terrain, il manquait cruellement de conscience professionnelle, doublé d’un escroc notable. À cause de lui, et de son délit d’initié, j’ai perdu plusieurs millions de dollars. Il m’a fallu bosser d’arrache-pied pendant des mois pour m’extraire de la merde, dans laquelle cet enfoiré m’avait plongé.
C’est pour éviter une nouvelle histoire de ce genre que je me trouve,
là, aujourd’hui, en compagnie de ma DRH, Suzanne Walch, à faire passer des entretiens ennuyeux à mourir. Je suis à deux doigts de m’endormir, sur ma chaise, en écoutant l’avant-dernier candidat déblatérer sur ses projets d’avenir, exempts d’originalité, tout comme lui, quand mon téléphone se met à vibrer dans ma poche.
— Excusez-moi, je dois prendre cet appel, dis-je en me levant à la
hâte. Je vous prie de poursuivre sans moi, madame Walch.
Sans un regard pour le jeune homme, que j’aurai de toute façon oublié
avant de franchir la porte, je sors du bureau et entre dans la première salle de conférence venue pour répondre à mon sauveur. Je décroche sans un coup d’œil au nom inscrit sur l’écran. Grosse erreur, j’en conviens. Qu’importe qui me contacte, j’ai pu m’échapper de cet enfer.
— Winthrope !
— Nate…
Rectification, je préférerais retourner dans cette salle de torture plutôt
que de lui parler, à elle.
— Mercedes…
— Je sais que tu es au bureau, seulement j’aimerais que l’on discute,
commence-t-elle dans un débit rapide, comme si elle craignait que je lui raccroche au nez à tout moment. Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire, tous les deux. Est-ce que tu accepterais de dîner avec moi, un soir ?
En l’écoutant, je repense à ce que m’a dit Angela après m’avoir
embrassé la première fois. Elle m’avait alors expliqué que soit Mercedes reviendrait en rampant, soit elle partirait pour de bon. De quoi ai-je réellement envie ? Est-ce que je souhaite lui redonner une seconde chance après m’avoir brisé le cœur ? Si j’accepte, ne risque-t-elle pas de réitérer à la première occasion ?
Même si je n’ai pas aimé la fin de mon histoire avec Angela, elle m’a
permis d’ouvrir les yeux sur certaines choses, dont la possibilité que Mercedes ne soit pas forcément la femme qui m’est destinée. Sinon, pourquoi une inconnue, rencontrée dans une boîte de nuit, m’aurait fait plus vibrer et fantasmer en quelques secondes qu’elle en une décennie ?
— De quoi veux-tu parler ? Du pourquoi tu m’as quitté sans une seule explication après dix ans de vie commune ? lancé-je, caustique. À moins que tu ne veuilles seulement te rabibocher avec moi parce que tu m’as vu en compagnie d’une autre femme que toi.
— Nate, je suis désolée de t’avoir blessé, mais…
— Mais quoi ? Que me chanteras-tu maintenant ? M’expliquer pourquoi, un soir, en rentrant du travail, j’ai retrouvé notre appartement vide de toutes tes affaires avec juste un mot disant « Je suis partie, je ne peux plus continuer ainsi. Excuse-moi » ?! m’écrié-je, amer.
Il y a encore des tas de choses que j’ai envie de lui lancer à la figure, cependant je m’en abstiens. À la place, je respire profondément afin de m’aider à recouvrer un semblant de calme.
— Je n’ai pas envie d’en discuter au téléphone. Peut-on se voir, s’il te plaît ?
— Je vais être honnête avec toi, lui réponds-je en tentant de ne pas m’emporter une fois de plus. Je n’ai pas envie de te voir et je ne sais pas si j’y arriverai un jour. Tu as eu ta chance ces deux derniers mois, maintenant elle est terminée. Au revoir, Mercedes.
— Nate, je t’en supplie, ne réagis pas comme cela, il faut…
Je raccroche avant qu’elle n’achève sa phrase. J’ai dit ce que j’avais à dire. Je ne veux plus perdre mon temps à essayer de comprendre pour quelle raison elle m’a quitté, surtout si elle refuse de me l’expliquer. Je l’ai accepté et j’ai tourné la page. N’est-ce pas, là, l’important ?
Finalement, cette aventure avec Angela aura été des plus bénéfiques !
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