Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 44 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Après un rapide petit-déjeuner où j’ai la chance de rencontrer pour la

première fois Rose, la gouvernante de Nathaniel – qui, avec sa soixantaine, ses cheveux blancs ramenés en chignon sur sa nuque ainsi que son visage rond marqué de nombreuses rides du sourire, me paraît immédiatement sympathique –, je file au travail.

Bien que j’aie très peu de temps, car je suis déjà terriblement en

retard, je décide néanmoins de descendre la Cinquième Avenue, à pied. J’en profite pour faire le plein de soleil et de vitamine D, mais aussi pour appeler Blair.

— Alors, comment s’est déroulé ton dîner ? lui demandé-je dès qu’elle

décroche.

— Nickel. Bon, j’ai foiré la cuisson de la viande, malgré tes

consignes. Mais le reste était absolument divin.

— Et Silas, il s’est aperçu de quelque de chose ? — De rien du tout, jubile-t-elle. Il n’y a vu que du feu. Il croit toujours

que j’ai tout préparé. Et toi, raconte-moi.

Je me plie à sa demande et lui relate ma soirée avec Nathaniel ainsi

que toutes ces montagnes russes émotionnelles.

— Ah, tu vois ! s’exclame-t-elle au moment où j’en viens à

l’apothéose. Je te l’avais bien dit. Tu n’avais aucun souci à avoir, ce mec en pince carrément pour toi.

— Maintenant, je le sais, oui.

— Oh, c’est génial. Je suis trop heureuse pour toi, s’écrie-t-elle.

Même si elle se trouve à Brooklyn, je l’imagine très bien sauter sur place et se trémousser de joie. Son extase à me savoir si heureuse me va droit au cœur. J’espère sincèrement qu’elle connaîtra bientôt pareil bonheur, avec Silas ou bien quelqu’un d’autre qui l’aimera autant que j’aime Nathaniel.

— Je dois te laisser, ma chérie, je suis arrivée au boulot, annoncé-je à l’instant où je franchis l’accueil de la patinoire, encore déserte.

— OK, ma belle. Travaille bien. À plus tard, me souhaite-t-elle juste avant que nous raccrochions.

Après une journée aussi monotone que la veille, je franchis le seuil de l’immeuble de Nathaniel avec un soupir de soulagement. J’ignore si c’est à cause de l’inactivé – plusieurs heures à ne rien faire d’autre qu’attendre, ça fatigue ! –, ou bien le manque de sommeil qui commence à me peser. Toutefois, je me sens exténuée. En grimpant dans l’ascenseur, je baille à m’en décrocher la mâchoire. Si ça ne tenait qu’à moi, la première chose que j’effectuerais en rentrant serait de plonger dans un bain bien chaud avant de m’octroyer une petite sieste.

Hélas, ça ne tient pas qu’à moi. Ce soir est un grand soir. Pas seulement, car il s’agit du réveillon de la Saint-Sylvestre, mais parce que Nathaniel m’amène à un gala mondain.

Ce sera la toute première fois que je me rendrai à ce genre de réception en tant qu’invitée, et non comme serveuse. De plus, Nathaniel veut utiliser cet évènement pour officialiser notre relation aux yeux de tous. Nous profiterons également de cette aubaine pour relancer les recherches concernant mon père biologique. Alors, à l’idée de tout ce qui se joue ce soir, je flippe complètement. Heureusement que Blair et Silas nous accompagnent. Savoir ma meilleure amie auprès de moi me rassure. Étant née dans un milieu aisé, elle a l’habitude de côtoyer ce monde. Elle possède donc toutes les connaissances pour m’y guider et m’éviter certains faux pas ou gaffes.

Néanmoins, ça ne m’empêche pas de stresser. J’ai franchement peur de ce qu’il peut arriver si l’on découvre qui je suis. Comment ces gens réagiront-ils s’ils apprennent qu’auparavant je les servais et qu’aujourd’hui je dîne avec eux à table ? M’accepteront-ils ? Sinon, qu’adviendra-t-il ?

Je ne m’angoisse pas trop pour moi, après tout je n’ai rien à perdre,

mais davantage pour Nathaniel. Qu’encourt-il à s’afficher avec quelqu’un comme moi ? Risque-t-il certaines retombées pour fricoter avec une personne du bas peuple ? Si oui, de quelle nature ? Professionnelle ? Peut-il perdre des contrats et mettre Winthrope Investissement en péril à cause de notre histoire ? S’il perdait sa société par ma faute, jamais je ne me le pardonnerais.

Heureusement, j’ai également d’autres sujets d’inquiétude bien plus

prosaïque du style comment m’habiller ? Me coiffer ? Me maquiller ? J’ai suffisamment fréquenté ce genre de soirée pour savoir que les femmes en profitent généralement pour sortir leurs plus beaux atours et rivaliser d’élégance. Dorénavant, grâce au cadeau de mon amant, je peux rayer de ma liste de tracas le problème de la tenue. Je n’ai plus qu’à piocher parmi tout ce que comporte ma nouvelle garde-robe. En revanche, concernant le reste… j’aurais bien besoin des talents de ma meilleure amie.

Comme si ma prière avait été entendue, je perçois sa voix au moment

où j’arrive devant la porte de l’appartement de Nate. Que fabrique-t-elle ici ? Intriguée, j’enfonce la clé, que Nathaniel m’a donnée ce matin avant d’aller bosser, dans la serrure, puis abaisse la clenche et la pousse.

La première chose que je remarque en entrant est les cris provenant du

salon. En tendant le cou afin de voir de quoi il s’agit, j’avise aussitôt les deux frères Winthrope, vautrés sur le canapé, une bière à la main, avec un saladier de pop-corn, en train de s’exciter devant un match de foot à la télé.

À cet instant précis, je constate combien ils se ressemblent tous les

deux : mêmes yeux rieurs, même front haut, même nez droit, même sourire, même mâchoire carrée, même posture détendue. La seule différence notable réside dans le fait que Silas possède une petite fossette sur la joue qui se creuse dès qu’il rit. Peut-être Nathaniel a-t-il la même sous sa barbe de trois jours, possible non ?

— Tu as vu nos hommes, de vrais gosses, commente Blair. Elle se trouve dans la cuisine où elle s’est aménagé un petit bureau à

même le plan de travail. Une tasse de café, vide a priori, son ordinateur ouvert sur une page Word déjà noircie, elle semble installée là depuis un moment déjà.

— Bientôt, ils vont sortir leurs manettes de jeu et s’amuser avec leur

console, poursuit-elle avec humeur en regardant les deux compères gueuler après l’écran de télé à la suite d’une mauvaise action d’un de leur joueur.

— Vous êtes là depuis longtemps ? m’enquiers-je en m’approchant d’elle.

— Non, une demi-heure, tout au plus. Nathaniel nous a proposé de venir plus tôt afin que nous nous préparions ensemble…

Pourquoi cela ne me surprend-il pas ? Décidément, il pense à tout. Sans avoir eu besoin de lui en parler, il a deviné combien j’apprécierais pouvoir compter sur l’aide de mon amie pour m’apprêter. Si je n’étais pas déjà folle de cet homme, je deviendrais assurément raide dingue de lui.

— Tu n’imagines pas comme je suis heureuse que tu sois là, lui dis-je, reconnaissante pour tout ce qu’elle fait pour moi, constamment.

Que deviendrais-je sans elle ?

— Je m’en doute, ma belle. Et je vais faire de toi la reine de la soirée.

— Si je suis la reine, tu représentes qui alors ?

— Moi ? La Reine Mère, évidemment. Celle sans qui la reine ne serait pas là où elle se trouve actuellement.

Et elle a parfaitement raison. Sans elle, une chose est sûre, jamais je n’aurais rencontré Nathaniel et ne me trouverais pas ici, aujourd’hui. Elle qui a déjà tant œuvré pour moi... Comment puis-je un jour lui rendre ne serait-ce qu’un centième de tout ce qu’elle me donne ?

— Merci, Blair. Pour tout.

Je la prends dans mes bras et la serre contre moi. Elle me rend mon accolade, puis, au bout d’un moment, s’écarte et lance :

— Bon, allez, j’ai encore un peu de boulot à terminer avant de m’occuper de toi. Donc, ouste, file, va embrasser ton amoureux.

Inutile de me le répéter. Ni une ni deux, je l’abandonne à son travail et cours rejoindre mon chéri. Il est tellement pris par le match qu’il n’a toujours pas remarqué ma présence. Ainsi, au moment où je m’assois à côté de lui et dépose un baiser sur sa joue piquante, il sursaute. Par la même occasion, il renverse un peu de sa bière, qui atterrit directement sur le tapis, complétant le tableau que la tâche carmin du vin avait débuté.

— Conseil pour ton futur décorateur : éviter les tapis. Trop salissants pour un homme aussi maladroit que toi, susurré-je, taquine, à son oreille.

— Mon ange ! s’exclame-t-il, je ne t’ai pas entendue rentrer. Tu as passé une bonne journée ?

— Monotone, il y avait encore moins de monde qu’hier.

— T’inquiète, je gère, intervient brusquement Blair. Je suis en train de

mettre en ligne une critique concernant tes leçons, dont tu m’en diras des nouvelles. Tu verras, dès demain tu crouleras de nouveau sous les demandes de cours particuliers au point que tu ne sauras plus où donner de la tête !

— Tu ne pourrais pas plutôt leur conseiller de débarquer après-

demain, afin que je puisse me remettre de cette nuit, lui demandé-je, pinailleuse, en piochant une poignée de pop-corn.

Je n’ai pas terminé mon geste, que Silas s’empare du saladier. — Même pas en rêve, déclare ce dernier en le rangeant hors de ma

portée contre l’accoudoir du canapé et lui.

— Attention, tu ignores à qui tu parles ! le mets-je en garde. Puis, sans lui laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, je plonge

sur les deux hommes, quitte à me retrouver allongée sur leurs jambes. J’étire le bras au maximum et parviens, du bout des doigts, à récupérer la jatte.

Victorieuse, je reprends ma place en tirant la langue à mon adversaire

qui plisse ses lèvres façon : « OK, c’est une déclaration de guerre ou je ne m’y connais pas ». Afin de l’embêter encore un peu, je lui jette un grain de maïs soufflé. Cependant, avant que je puisse réagir, il se lance par-dessus son frère et me pique mon butin.

— Il y en a encore dans le placard, plutôt que de vous chamailler…

hasarde Nathaniel qui, au milieu, nous regarde, l’un après l’autre, comme si nous avions perdu l’esprit.

— Merci, mais non, ce ne serait pas aussi drôle. Le pop-corn, ça se

mérite, lui expliqué-je en me préparant à repartir à l’assaut. Chez moi, avec mon père, mon frère et Nick, ça représentait un véritable pugilat pour réussir à en manger. Tous les coups s’avéraient permis.

Je souris à repensant à toutes les batailles que nous avons menées. — Mon père et Nick étaient les plus baraqués. Alors que Toby, mon

petit frère, et moi étions les plus agiles, continué-je, plongée dans mes souvenirs. Ils nous sous-estimaient constamment à cause de notre faible corpulence. Toutefois, on gagnait assez souvent, au prix d’un nombre incalculable de saladier et de verre cassés. Je me rappelle, une fois, particulièrement violente, durant un Superbowl, on a carrément pété le canapé. On sautait tellement dessus qu’il a lâché et plié en deux. Ma mère en a piqué une de ses crises… En revanche, qu’est-ce qu’on a ri. C’était mémorable.

— De vrais sauvages ! commente Nathaniel.

— Il a quel âge, ton frangin ? me demande Silas contre toute attente.

Je vois bien qu’il agit uniquement par volonté de mieux me connaître et non pour me blesser en me renvoyant l’idée que Toby ne vieillira jamais. Néanmoins, j’ai mal. J’ai l’impression qu’il m’a enfoncé un couteau en pleine poitrine. Je souffre au point d’en avoir les larmes aux yeux. Je baisse vite la tête pour qu’il ne les remarque pas. Toutefois, j’ai le temps d’apercevoir Nathaniel effectué des signes à son frère signifiant « terrain miné, change de trajectoire ».

— Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit de mal ? s’enquiert-il ne comprenant visiblement pas l’origine du malaise ambiant.

Souhaitant éclairer sa lanterne, je me force à respirer dans le but d’endiguer la douleur me cisaillant le cœur, puis lui réponds, la gorgée nouée :

— Il n’est plus là…

Je croyais qu’avec les années, j’aurais appris à prononcer les mots « mort », « décédé ». Pourtant… je n’y arrive toujours pas. Dès que j’essaye, ils refusent de sortir. Comme si les exprimer à haute voix leur donnait un caractère définitif que je n’assimile toujours pas. Est-ce qu’un jour j’y parviendrai ? J’en doute. Pour cela, il faudrait déjà, que je digère la mort de ma famille et ma responsabilité là-dedans. Or, ça, c’est inconcevable. Je n’en serai jamais capable.

— Oh, je suis navré, Angie ! s’exclame-t-il, vraiment désolé à l’instant où il saisit ce que je sous-entends. Je l’ignorais.

— Tu ne pouvais pas savoir, le rassuré-je en tentant d’esquisser un sourire.

Après tout, il s’agit de la vérité. Comment aurait-il pu être au courant ? Par moi ? Impossible. J’ai conscience de n’en parler qu’à de très rares occasions. Tout d’abord, parce que je n’ai pas pour habitude de m’épancher sur ma vie. Et ensuite, car ça m’est beaucoup trop douloureux d’aborder ce sujet. Par conséquent, j’essaye de l’éviter dans la mesure du possible. Par Blair ou Nathaniel ? Même s’ils connaissent mon histoire dans les grandes lignes, je les sais suffisamment discrets pour ne pas l’ébruiter à tout bout de champ.

N’ayant personne d’autre sur la liste, je constate qu’effectivement il

n’y est pour rien s’il a mis les deux pieds dans le plat. Donc, au lieu de le culpabiliser, je m’efforce d’alléger l’atmosphère soudainement tendue.

— Du coup, je peux avoir du pop-corn maintenant ou dois-je encore te

sauter dessus ?

— Si tu crois m’avoir par la pitié, tu rêves ! réplique-t-il en entrant

dans mon jeu. Comme tu l’as si bien dit, ça se mérite. Cependant, comme je suis un homme généreux, je veux bien te donner quelques miettes.

— Oh, c’est si magnanime de ta part. Ta bonté te perdra, Silas. Je tends la main dans l’espoir de piocher dans le saladier. Toutefois,

alors que mes doigts effleurent son bord, il le retire et le met de nouveau hors de portée.

— Non, non pas comme ça, ce serait trop facile. Si tu veux en manger,

tu devras les récupérer avec la bouche.

— Bordel, quel âge as-tu, Silas ? s’interpose Nathaniel qui ne manque

pas une once de notre duel.

— À prendre ou à laisser ! s’entête Silas, en ignorant le commentaire

de son frère.

— Dans ce cas, je prends ! relevé-je son défi.

Sans plus attendre, il m’envoie un grain que je loupe à un cheveu près.

Il ricoche sur ma joue et tombe directement sur le sol. Au deuxième, je ferme le bec trop tôt. Le troisième atterrit sur mon nez. Au quatrième, je chope le coup et parviens à le rattraper avec mes lèvres.

Finalement, il y a plus de pop-corn par terre ou sur le canapé que dans

mon estomac. Néanmoins, je me suis énormément amusée. J’ai tellement ri que j’ai mal au ventre.

Ce moment de pure jovialité m’a permis de reléguer mon passé dans

sa case, en me concentrant sur le présent. Et honnêtement, c’était exactement ce dont j’avais besoin afin de me reprendre.

— Bon, les enfants, désolée de péter l’ambiance, intervient Blair en

rabattant d’un coup sec l’écran de son ordinateur avant de nous rejoindre dans le salon. Mais il est temps pour nous, Mesdemoiselles, d’aller nous pomponner.

Elle retire une miette de maïs de ma tignasse, puis m’intime l’ordre

d’aller à la douche. Avec la mine boudeuse d’une fillette à qui l’on a interdit de continuer à jouer, je me rends dans la salle de bains. J’ai à peine refermé la porte, qu’elle se rouvre déjà.

— Comment te sens-tu, mon ange ? me demande Nathaniel en se précipitant sur moi.

Il semble vraiment inquiet à en juger le pli barrant l’espace entre ses sourcils.

— Mieux, lui réponds-je, honnêtement. Ça m’a fait du bien de rigoler un peu.

— Je suis sincèrement désolé pour mon frère. Il a le chic pour…

— Hé, tout va bien, je t’assure. Et puis, ne le blâme pas, ce n’est pas sa faute, il ne pouvait pas savoir.

— Tu es une femme incroyable, Angela Wilkins. J’espère que tu le sais.

Il ponctue chacun de ses mots par un baiser qui me rend toute chaude.

— Répète, peut-être que je parviendrai à mieux l’intégrer, susurré-je avant de l’embrasser à pleine bouche.

— Hum… tu as un goût de pop-corn et de sucre absolument irrésistible… gémit-il.

Puis, sans autre forme de procès, il se jette sur mes lèvres et les dévore avec gourmandise.

— Tu devrais filer maintenant avant que Blair ne débarque et s’approprie la salle de bains pour user de mon crâne comme d’une tête à coiffer de poupée.

— Crie si elle cherche à te décapiter, je ne me trouverai pas loin.

— D’ailleurs, j’allais oublier, merci de lui avoir demandé de venir m’aider.

— Je t’en prie, mon ange. Pour toi, je suis prêt à tout.

— Comment vais-je pouvoir te remercier ? lui demandé-je d’une voix langoureuse.

Je fais mine de réfléchir alors que, en réalité, je sais déjà parfaitement de quelle manière je vais lui montrer toute ma gratitude.

— Je ne sais pas. Combien de temps avons-nous avant que la tornade Blair n’entre en action ?

— Peu, mais suffisamment pour ce que j’ai en tête ! annoncé-je en allant refermer le loquet de la porte.

Le clic résonne dans toute la pièce et lance le coup d’envoi des réjouissances.

Plusieurs minutes plus tard, nous nageons en pleine brume post-orgasmique quand Blair commence à toquer à la porte. Je me ceins d’une grande serviette éponge, enroule mes cheveux dans une autre. J’embrasse une dernière fois mon amant, puis quitte la salle de bains.

— Tout va bien ? me taquine-t-elle depuis l’entrée du dressing où elle

a installé tout un attirail pour me transformer en femme du monde. D’étranges bruits s’échappaient de là-dedans.

— Extrêmement bien. Eh, dis donc, on ne t’a jamais appris qu’il était

impoli et inconvenant d’écouter aux portes ?

— Pour ta gouverne, sache que je ne vous épiais pas. On vous

entendait de l’autre bout de l’appartement, vous n’êtes pas très discrets. D’ailleurs, je plains vos voisins. Ensuite, félicitations, il semble savoir comment te faire grimper aux rideaux.

— Oh que oui, confirmé-je, un sourire extatique sur les lèvres en

songeant à ce qu’il vient de se passer sous la douche.

— S’il ressemble un tant soit peu à son frère de ce côté-là, je te

comprends. Il a une manière de…

— Stop, la coupé-je avant qu’elle ne développe. Je ne veux pas savoir

ce que Silas et toi fricotez. Mes chastes oreilles ne s’en remettraient pas.

— Et les miennes, tu y as pensé pendant que tu t’envoyais en l’air ? — Pas une seconde. J’avais bien d’autres choses à l’esprit. — Bon, allez, assez jacté, mettons-nous au boulot ! Autrement, nous

ne serons jamais prêtes !

Ni une ni deux, elle me force à m’asseoir sur la banquette au centre du

dressing et commence à inventorier mes différentes tenues jusqu’à trouver la bonne. Ensuite, c’est le branle-bas de combat.

Après ce qui me semble durer une éternité, ma styliste personnelle

m’annonce enfin avoir terminé. Impatiente de voir le résultat, je chausse la paire de talons aiguilles noire qu’elle me tend, puis me lève et vais me regarder dans la psyché.

— Waouh, Blair, tu as accompli un véritable prodige. Dans une longue robe rose poudrée, toute en mousseline, dont la

ceinture, assortie à mes chaussures, apporte un peu de sophistication à l’ensemble, les cheveux rassemblés en un chignon déstructuré et un maquillage façon nude, je peine à me reconnaître dans la glace. Je ne me souviens pas d’avoir été aussi apprêtée de ma vie et je dois admettre que le résultat se révèle au-delà de toutes mes espérances.

Plus je m’observe, plus ma confiance en moi enfle. J’ignore encore

comment la soirée se déroulera. Mais une chose est certaine, je m’y rends avec plus d’entrain que tout à l’heure. Je me sens forte, courageuse et prête à rivaliser avec toutes les femmes élégantes qui s’y trouveront.

Elles vont voir ce qu’elles vont voir !

 

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