Angel Ice (French Edition)
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Angela
Que se trame-t-il ? Que manigance-t-il ? Qu’entend-il par « nous avons du pain sur la planche » ? Et surtout, pourquoi ça ne me dit rien qui vaille ?
En lui racontant mes fantasmes, j’avais pour objectif de lui rendre la monnaie de sa pièce. Je voulais le faire souffrir tout comme j’ai souffert cette nuit. Après tout, s’il ne m’avait pas abandonnée hier soir, je n’aurais jamais subi une pareille torture. N’est-il pas normal qu’il paie ?
Autant, j’ai jubilé intérieurement durant tout le temps de mon récit de voir l’excitation gravir en lui, autant, à cet instant précis, je commence à douter du bien-fondé de ma vengeance. En lisant la détermination assombrir ses iris, j’ai l’impression d’être une proie des plus alléchante face à un fauve affamé.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Je n’ai pas le temps de m’appesantir sur cette dernière interrogation que le fauve en question se jette sur moi. Il s’empare de mes lèvres et les dévore comme si son dernier repas datait d’une éternité.
Je le comprends. J’ai tellement faim de lui et de son corps. Je lui rends son baiser avec la même avidité. Je savoure sa bouche, sa langue à l’instar d’un mets délicieux dont je refuse d’en laisser la moindre miette.
Très vite, j’en veux plus, beaucoup plus.
Ni une ni deux, je bascule au-dessus de lui et enfourche ses cuisses. Comme s’il n’attendait que cela, il ne perd pas une seconde et s’active à me déshabiller. Il me retire mon pull, dégrafe mon soutien-gorge avant de les balancer je-ne-sais-où dans le salon.
Tout en bécotant l’arête de ma mâchoire, il prend ma poitrine en
coupe, la soupèse, la presse et en titille les pointes tendues de ses pouces. Il embrasse mon cou, puis poursuit le long de mon sternum et couvre de baisers l’espace entre mes seins.
En réponse, mes tétons se dressent davantage comme pour attirer
l’attention de mon amant. Heureusement, ce dernier reçoit le message cinq sur cinq. Sans se faire prier, il les porte à sa bouche. Il les lèche, les mordille à tour de rôle jusqu’à m’arracher des gémissements.
— Nathaniel, ne t’arrête pas, le supplié-je.
J’ai bien trop peur qu’il ne change d’avis et me laisse en plan à l’instar
de la veille. Je ne le supporterais pas. Pour la peine, j’empoigne ses cheveux et le maintiens fermement en place. Ainsi, il ne risque pas de se volatiliser.
— Pas de danger, me rassure-t-il, tout de go, en continuant à téter mes
mamelons tendus.
Je pousse un soupir de soulagement et m’abandonne pleinement à ses
caresses.
Soudainement, il me renverse et me plaque contre l’accoudoir du
canapé. Tout en déposant une chaîne de baisers sur mon abdomen, ses doigts s’aventurent au niveau de mon pantalon, plus particulièrement vers son bouton. Il l’ouvre, dézippe la fermeture Éclair et, en moins de temps qu’il ne m’en faut pour le dire, il retire mon jean, ma culotte, mes baskets ainsi que mes chaussettes.
Il se redresse afin de me reluquer dans le plus simple appareil. Ses
yeux parcourent l’ensemble de mon corps exposé. Ils suivent la ligne de mon cou, s’arrêtent un court instant sur la veine palpitant à tout rompre au rythme de ma fréquence cardiaque. Puis, ils se fixent sur ma cage thoracique s’abaissant et se soulevant à la cadence effrénée de ma respiration. Ensuite, ils balayent mon ventre ravagé par un terrible brasier, descendent jusqu’à mon intimité qui se contracte sous cet examen.
— Tu es si belle, souffle-t-il au bout d’un long moment. — Nate, je t’en prie, haleté-je, en proie à une forte envie de lui. Je le désire tellement. S’il ne me touche pas bientôt, j’en suis certaine,
je deviendrai folle. J’ai besoin de sentir ses mains, ses lèvres, son corps contre le mien à l’instar de l’air pour vivre.
— Que veux-tu, mon ange ? me demande-t-il.
— Toi, réponds-je simplement.
— Je suis tout à toi, réplique-t-il d’une voix rauque.
Il rive son regard au mien et la sincérité que j’y découvre me coupe le souffle. Submergée par l’émotion, je demeure sans voix, incapable de prononcer quoi que ce soit alors qu’il y a tant de choses que j’aimerais lui dire tel que : « Moi aussi, je t’appartiens. » Mais j’ai beau essayer, aucun son ne parvient à s’échapper de ma gorge nouée. Comme s’il avait réussi à lire dans mon esprit, il affiche un sourire tendre en caressant ma joue avec délicatesse.
— Je sais, confirme-t-il dans un murmure.
Puis, dans le but de clôturer cette parenthèse « émotions », il se penche, embrasse mon ventre. À l’aide de sa langue, il trace une route de mon nombril à mon pubis. Arrivé à celui-ci, il marque une pause. Je l’entends inspirer profondément les effluves épicés de mon excitation. Je le vois également admirer la vue de ma vulve luisante de désir.
— Magnifique, gronde-t-il juste avant de plonger au cœur de ma féminité.
Il me dévore goulument, comme s’il allait me manger toute crue. Il me lèche, me fouille, m’aspire, me taquine jusqu’à ce que je me retrouve au bord du gouffre et bascule dans la jouissance en hurlant son prénom. Durant tout le temps qu’elle dure, il m’accompagne en lapant mon plaisir jusqu’à la dernière goutte.
— Et d’un ! s’exclame-t-il, fièrement en se redressant, tandis que je peine à reprendre mes esprits.
Un quoi ? Je me force à réactiver mes méninges, qui nagent dans un océan d’endorphines, et tente de comprendre ce qu’il insinue. Puis, une lumière s’allume dans ma tête :
— Tu as l’intention de compter mes orgasmes ?
— Oh, oui. Et ce, jusqu’à ce que j’en perde le compte. Ce qui n’est pas peu dire, car je me révèle très doué avec les chiffres, susurre-t-il à mon oreille avant d’en saisir le lobe entre ses dents et de le mordiller.
— Ça tombe bien, moi aussi ! haleté-je, sentant déjà le désir renaître en moi.
Toutefois, à cet instant précis, je m’aperçois être totalement nue tandis que lui demeure habillé de pied en cap.
Je le repousse du plat de la main et l’oblige à se mettre debout. Je
m’installe à genoux sur le canapé, puis, sans perdre une seconde, je dénoue sa cravate et déboutonne sa chemise. Au fur et à mesure que son torse apparaît, je le couvre de baisers. De la base de son cou à son bas-ventre, en passant par ses pectoraux et ses abdominaux, – que je prends plaisir à lécher –, je parcours toute la surface de sa peau.
Je viens de jouir comme une folle. Pourtant, j’ai encore faim. Faim de
lui, de son corps. J’ai l’impression que je ne serai jamais rassasiée.
Dès que je titille son nombril de ma langue, mes mains ouvrent sa
ceinture et son pantalon. Je le descends sur ses hanches, avec son boxer dans le même mouvement. Son érection jaillit tel un diable de sa boîte. Elle se dresse fièrement, dans toute sa splendeur. Elle est aussi longue et épaisse que dans mes souvenirs.
Pendant que je l’admire, une perle de liquide séminal surgit à son
extrémité. Aussitôt, mon estomac se serre d’envie et ma bouche se remplit de salive. Je ne peux pas y résister. Je dois y goûter, séance tenante.
Sans attendre, je la recueille de la pointe de la langue. Sa saveur,
légèrement saline, stimule mes papilles et me monte à la tête à l’instar d’un Champagne. Grisée, je perds tout contrôle. Je m’empare de sa hampe et la lèche de bas en haut avant de la prendre profondément dans ma gorge malgré sa taille imposante.
— Oh, bordel... mon ange… mugit-il.
Il empoigne mes cheveux et, emporté par le plaisir, il accompagne ma
fellation de vigoureux coups de bassin.
Rapidement, je le sens grossir de plus en plus entre mes lèvres, signe
qu’il approche du point de non-retour. J’aimerais qu’il le franchisse afin de lui offrir un soupçon du plaisir qu’il m’a donné un peu plus tôt. Mais juste avant de l’atteindre, il m’écarte, me relève et m’embrasse voracement.
— Tu es diabolique ! déclare-t-il, essoufflé.
— Et tu aimes ça, non ?
— Oh putain, oui !
Il fouille dans sa poche de pantalon, demeurant à mi-cuisses, et en sort
un préservatif. Il l’enfile sur son sexe. Et avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il me retourne et me plaque contre la baie, face à la fenêtre.
Le froid de la vitre me saisit et rafraîchit mon corps en ébullition. Je
peux voir la neige tomber sur la ville, les voitures sillonnant la Cinquième Avenue et les piétons marcher sur le trottoir, en contrebas. Si l’un d’eux levait les yeux au ciel, il me verrait à deux doigts d’être prise par ce dieu du sexe. Loin de geler mes ardeurs, cette idée suffit à elle seule à les attiser.
— Nathaniel… je… le supplié-je en me cambrant pour l’inciter à passer à l’acte.
Sans se faire prier davantage, il me pénètre d’une seule poussée. Sa queue se fraye un passage entre les chairs humides de mon vagin jusqu’à être entièrement fichée dans mon ventre. Elle me remplit pleinement, me comble comme nulle autre auparavant. Elle me procure la sensation d’avoir été créée dans ce seul dessein.
Après quelques secondes, où nous savourons ce moment, il commence à aller et venir. Au début, il se meut délicatement. Il sort, ne laissant que l’extrémité de son gland en moi, et entre avec la même lenteur. Très vite, sa fougue le rattrape et il accélère. Il me pilonne sauvagement. Ses coups de boutoir se font puissants et me précipitent, immanquablement, vers un orgasme que je sais déjà être dévastateur.
— Nathaniel, l’appelé-je en sentant les prémices de la jouissance déferler en moi.
— Oui, mon ange, je suis là, avec toi. Vas-y, maintenant ! crie-t-il au moment où je le sens se tendre derrière moi pendant qu’il succombe à l’extase.
Comme si mon corps n’attendait que lui, il se contracte. Une vague de sensations déferle en moi, m’envahit complètement et ravage tout sur son passage.
Ne possédant plus une once de force, mes jambes flanchent. Heureusement, Nathaniel me rattrape et me porte jusqu’au canapé où il nous allonge. La tête posée sur son torse, j’écoute son cœur ralentir, en m’efforçant de recouvrer mon souffle.
— Et de deux ! m’exclamé-je après un long moment à jouer avec les poils de sa fine toison pendant que lui dessine d’étranges arabesques sur mon dos.
Il rit, dépose un baiser sur le sommet de mon crâne, puis enchaîne, d’un seul coup, plus sérieux :
— Mon ange…
Son intonation hésitante me fait relever la tête. En voyant son visage, apaisé une seconde plus tôt, afficher une expression grave, mon sang se glace et j’appréhende le pire. Que se passe-t-il ? Pourquoi ce changement ? Compte-t-il rompre, maintenant ? Non, je refuse de penser à cette éventualité. Nathaniel n’est pas du genre à larguer une femme tout de suite après avoir pris son pied, si ?
— Je voulais en discuter avec toi plus tard, mais je dois avouer que la
soirée ne s’est pas déroulée exactement comme je l’avais prévue.
Tandis qu’il parle, je reste scotchée à ses lèvres en tentant de deviner
ce qu’il va suivre.
— Que penses-tu, demain, d’aller passer les tests du VIH ? balance-t-il
à brûle-pourpoint.
Je ne m’attendais tellement pas à ça, que j’en demeure sans voix. Il
semble interpréter mon silence par un refus, car il s’empresse d’argumenter :
— Je ne désire que toi et personne d’autre. Je te veux également sans
barrière, sans rien pour nous séparer…
— Nathaniel, l’interromps-je en posant ma main sur sa bouche,
j’accepte. Pour moi aussi, il n’y aura plus que toi dorénavant.
— Vrai ? me demande-t-il comme s’il ne parvenait pas à en croire ses
oreilles.
Je confirme en hochant frénétiquement la tête et ses yeux s’illuminent
de bonheur. D’une main derrière la nuque, il m’attire à lui, puis s’empare de mes lèvres. Il m’embrasse passionnément jusqu’à ce qu’un grondement, provenant de mon estomac, surgisse et rompe le charme de l’instant.
— Décidément, tu me fais perdre la tête, s’esclaffe-t-il. Je déroge à
tous mes devoirs d’hôte.
Il se dégage de sous moi et se lève.
— Ne bouge pas, je vais te chercher d’autres vêtements. J’ai remarqué
que les tiens étaient trempés, et après, on dîne, d’accord ?
— Parfait !
Tandis qu’il disparaît dans un couloir, je m’assois sur le canapé et
contemple une fois de plus l’environnement de Nathaniel. En arrivant ici, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je ne pensais pas tomber dans une garçonnière en désordre avec des vêtements ou des cartons de pizza traînant un peu partout, un monticule de vaisselle sale débordant de la vaisselle et une énorme télé réglée en continu sur une chaîne de sport. Toutefois, je n’avais pas imaginé qu’il vive dans un tel appartement. Il ressemble davantage à ce que l’on voit à la Une des magazines déco’ et qui font la fierté des femmes d’intérieur. Même si je considère l’intérieur raffiné, absolument magnifique, je trouve également qu’il ne correspond pas du tout au Nathaniel que je connais. Trop féminin.
Alors que je sens un flot d’interrogations envahir mon esprit, mon amant revient dans le salon. Il a troqué son costume contre un pantalon de pyjama noir, et rien d’autre.
— Désolé, je n’ai rien dégoté de mieux, s’excuse-t-il en me tendant un sweatshirt gris clair.
— Ça ne fait rien, le rassuré-je. J’aimerais me rafraîchir avant de manger.
— Bien sûr. La deuxième porte sur ta droite, tu trouveras une salle de bains. Autrement, tu peux utiliser celle attenante à ma chambre, au fond du couloir.
Je le remercie et me dirige vers la première. J’en profite pour me passer un peu d’eau sur le visage, dompter un peu ma chevelure, totalement emmêlée après notre partie de jambes en l’air, avant d’enfiler le vêtement de Nathaniel. Effectivement, il est beaucoup trop grand, d’au moins trois tailles. Il m’arrive au niveau des genoux et je dois retrousser les manches pour dégager mes mains. Peu importe, il demeure doux, chaud et, cerise sur le gâteau, il sent exactement comme son propriétaire. Rien que pour cela, je m’en accommoderai très volontiers.
De retour dans la pièce à vivre, une délicieuse odeur envahit mes narines. Mes papilles frétillent d’envie à l’idée de bientôt goûter ce qui fleure si bon et mon estomac gronde son assentiment.
— Hum, ça a l’air délicieux, m’extasié-je au moment où je retrouve Nathaniel en train de s’activer dans la cuisine. De quoi s’agit-il ?
— Bœuf bourguignon et purée de pommes de terre maison, me répond-il en touillant le contenant de la casserole mijotant sur la gazinière.
— Tu as eu le temps de préparer tout cela aujourd’hui ? m’exclamé-je, impressionnée.
Pour avoir déjà concocté du bœuf bourguignon, je sais qu’il s’agit d’un plat requérant de nombreuses heures de cuisson. Comment a-t-il fait pour le cuisiner tout en travaillant ? À moins qu’il ait pris une journée de repos afin de m’éblouir par ses talents de chef ? Non, ça m’étonnerait. À vrai dire, je ne parviens pas à visualiser Nathaniel s’octroyer des vacances. Je l’imagine plutôt premier arrivé au bureau et dernier parti. De plus, il a une société à gérer, des responsabilités à la pelle. Je doute donc qu’il puisse s’en échapper comme ça, juste pour me séduire. D’où mon interrogation : comment a-t-il procédé pour tout concilier ? Posséderait-il des superpouvoirs tels que l’ubiquité ?
— Pas moi, ma gouvernante, m’avoue-t-il en se retournant pour me
dévisager.
OK, maintenant, je saisis mieux. Étrangement, cette information ne
me dérange pas, malgré l’image qu’elle renvoie, celle d’un individu supérieur à un autre. En réalité, si je veux être honnête, je ne suis pas surprise qu’un homme dans sa position, avec toutes ses responsabilités, embauche quelqu’un pour ses courses ainsi que ses corvées ménagères quotidiennes. Il ne doit pas avoir beaucoup de temps pour s’en occuper lui-même, non ? Et puis, si cela permet à une personne d’avoir un emploi, de gagner de l’argent afin de payer son loyer, ses factures et de subvenir à ses besoins, pourquoi l’en blâmerais-je ?
— Je dois te confier une chose, continue-t-il en se penchant sur moi
comme s’il allait me révéler un secret d’État. Je ressemble énormément à ta mère, question cuisine. Je pense même être pire qu’elle. Bon, je n’y ai jamais mis le feu ; du moins, pas encore. Mais, pour tout te dire, je suis purement et simplement incapable de me cuire un œuf dur, reconnaît-il, fataliste.
— En tout cas, si, un jour, tu décides de prendre des cours, sache que
tu es très sexy devant les fourneaux ! lancé-je, taquine.
— Tu sais ce qui est vraiment sexy ? Toi, dans mes habits, susurre-t-il
à mon oreille.
Puis, avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, il se détourne
pour se concentrer sur ce qu’il réchauffe. En baissant les yeux pour contempler la robe que forme son sweat sur moi, je découvre pour la première fois le nom estampillé sur le devant du pull.
— Harvard ? m’écrié-je. Toi, un New-Yorkais pure souche, tu as osé
déserter la Big Apple pour Cambridge ?
— Et c’était un véritable calvaire, me répond-il théâtralement en
posant le dos de la main sur son front.
— Surtout, ne rapporte jamais à Blair que j’ai porté un vêtement à
l’effigie d’une autre université que la nôtre. Autrement, je risque d’en entendre parler toute ma vie. Elle me considérerait comme une traîtresse à NYU.
— Promis. Vous vous connaissez depuis longtemps toutes les deux ?
— Depuis le premier jour de fac. Nous partagions la même chambre sur le campus. Et quand son père lui a acheté son appartement, elle m’a demandé de venir vivre avec elle.
— Je pense que c’est prêt. Alors, à table ! annonce-t-il brusquement.
Je me rends dans le salon, récupère nos verres et les amène dans la salle à manger où Nathaniel remplit nos assiettes. Il nous sert généreusement. En voyant toute cette nourriture des plus appétissantes, je me rends compte que je n’ai rien avalé depuis la veille au soir – hormis quelques cochonneries au cours de la journée pour éviter de tomber d’inanition –, je meurs de faim. Dès que mon amant engloutit une bouchée, je ne me fais pas prier et l’imite. C’est définitivement aussi exquis que le parfum le suppose.
— Un pur régal !
— Oui, Rose, ma gouvernante, s’avère un chef hors pair. Parle-moi de NYU. Comment se déroulent tes cours ? Quels profs as-tu ?
Tout en continuant à manger, je le renseigne sur mes études. En retour, lui me raconte ses années étudiantes à Harvard, puis à Columbia pour son MBA. Et sans que je comprenne comment, ni pourquoi, nous abordons le sujet que j’aurais préféré éviter, surtout ici : son ex.
— J’ai rencontré Mercedes dans les couloirs de la fac. Elle faisait son droit, et moi, je me spécialisais dans la finance, m’informe-t-il en buvant une gorgée de vin.
— Vous êtes restés ensemble un long moment !
Il s’agit plus d’une affirmation que d’une question. Cette période date déjà d’un bon bout de temps pour eux, et sachant qu’ils ont rompu il y a seulement quelques semaines, leur relation a donc duré plusieurs années. J’en viens à m’interroger sur leur histoire. Quelle était-elle ? Ont-ils eu le coup de foudre ou bien est-ce que ça a été progressif entre eux ? Quelle vie ont-ils eue ? Était-elle époustouflante, joyeuse ou bien monotone et triste à mourir ? Concevaient-ils des projets d’avenir comme se marier, fonder une famille ?
À cette idée, le bœuf, que je trouvais exquis jusqu’à présent, me paraît insipide, cartonneux. Dégoûtée, je repose ma fourchette et repousse mon assiette, vidée au tiers, me sentant incapable d’avaler une autre bouchée sans être malade.
— Près d’une décennie, confirme-t-il d’une faible voix, comme s’il
s’exprimait plus pour lui-même que pour moi.
— Pourquoi vous êtes-vous séparés ? osé-je demander, sentant que je
risque de devenir folle si je n’obtiens aucune réponse à cette question, essentielle à mes yeux.
J’ai absolument besoin de savoir comment cela s’est déroulé afin de
comprendre où il en est, lui, par rapport à cela. Je sais que c’est elle qui a rompu. Or, j’ignore pourquoi. Qu’a-t-il fait pour qu’elle mette un terme à une histoire de près de dix ans ? Et Nathaniel, a-t-il accepté cette séparation ou non ? Qu’éprouve-t-il encore pour elle ? Amour ? Regrets ? Rancœur ?
— À vrai dire, je n’en sais rien du tout. Un matin, je pensais que tout
allait bien entre nous, et, le soir, en rentrant du boulot, j’ai retrouvé l’appartement vidé de toutes ses affaires avec juste un mot m’informant qu’elle me quittait.
— Comme ça ? Rien d’autre ? m’étonné-je. Elle ne t’a pas expliqué
pourquoi ?
— Non. La première fois que je l’ai revue a été le soir où nous nous
sommes rencontrés et où tu m’es venue en aide.
— Et depuis, elle a cherché à te contacter ? m’enquiers-je, intriguée. — Une fois.
— Et ? l’incité-je à tout me révéler.
Je sens que je ne serai satisfaite que lorsque je connaîtrai tout dans les
moindres détails.
— Elle voulait me voir, cependant j’ai refusé. Angela, il faut que tu
comprennes. J’ai aimé Mercedes. Mais plus maintenant. J’ai tourné la page, grâce à toi. Depuis que tu es apparue dans ma vie, j’ai ouvert les yeux. J’en viens même à me demander si je l’aimais autant que je le pensais. Ce que j’ai vécu, ressenti avec elle, ne représente rien en comparaison avec ce que je vis et ressens quand je suis avec toi.
Sa déclaration me touche. Néanmoins, elle n’efface pas pour autant
mes craintes. Il affirme ne plus rien éprouver pour elle, toutefois je m’interroge : s’agit-il vraiment de la vérité ? N’est-ce pas du déni ? Ne préfère-t-il pas se persuader de cela plutôt que de voir la réalité en face ? N’espère-t-il pas, au fond de lui, la retrouver un jour ? Si oui, quelle place occupé-je ? Incarné-je qu’une simple incartade au milieu de leur histoire ? Si non, et qu’effectivement il a tiré un trait sur cette ancienne relation, comme il l’affirme, est-il réellement prêt à s’investir dans une nouvelle, aussi rapidement après la précédente ?
Ce qui me pousse à me demander : avons-nous un avenir possible, tous les deux ?
J’ai à la fois envie d’y croire et de demeurer réaliste. Peut-être que, un jour, Nathaniel se rendra compte que je ne suis pas celle qu’il veut auprès de lui dans sa vie, ou peut-être que ce jour n’arrivera jamais. Quoi qu’il en soit, pour le découvrir, il n’y a pas trente-six solutions : attendre de voir comment les choses évoluent.
Seul le futur nous le dira.
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