Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 4 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

dedicace

À ma famille, 

Le pilier de ma vie.

 

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Angela

 

« Vous avez deux nouveaux messages.

Reçu aujourd’hui à 11h53 : Bonjour, mademoiselle Wilkins. Ici, madame Brown, la secrétaire du doyen de la New York University. Je vous appelle, car nous avons constaté que vous n’avez pas terminé de régler la totalité de votre semestre. Je vous propose de venir me voir dès la rentrée afin que nous puissions en discuter. En attendant, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. À bientôt.

Reçu aujourd’hui à 14h38 : Bonjour, mademoiselle Wilkins. Nous avons étudié votre demande de prêt et j’ai le regret de vous annoncer que nous ne sommes pas en mesure d’y donner suite. Votre dossier ne comporte pas assez de garanties. Nous ne pouvons rien faire si personne ne se porte garant pour vous. Dans le cas contraire, je me tiens à votre disposition pour établir une nouvelle demande.

Fin des messages. »

Dépitée, j’appuie sur la touche « effacer » et jette mon téléphone sur la table basse. Pourquoi les ai-je écoutés ?

J’ai l’impression que la Terre s’ouvre sous mes pieds et m’engloutit. À cause d’eux, mon futur pourrait prendre un tournant décisif que je n’envisage pas une seconde. Je risque d’être renvoyée de la fac, à quelques mois de ma licence, pour des soucis financiers.

Cette idée me rend malade. Comment une simple question d’argent

peut-elle contrarier tous mes projets d’avenir ?

Abattue, je tente de chercher une solution à mon problème. Or, j’ai

beau le retourner dans tous les sens, je n’en trouve aucune. Je dois encore 5000 $ pour ce semestre et 15 000 pour le prochain, soit un total de 20 000 $ pour le mois de mai. La banque, comme elle vient si gentiment de m’en informer, refuse de me prêter le moindre dollar.

Comment réunir une telle somme ?

Même si j’augmente mes heures au Delice Coffee, un café à Brooklyn

où je bosse à mi-temps, et enchaîne davantage d’extras auprès de Pippa’s food, le meilleur traiteur de Manhattan dans lequel j’interviens régulièrement en renfort, je peux espérer toucher 10 000 $ d’ici la fin de l’année. Le hic ? Je dois impérativement les gagner en trois semaines.

À moins de remporter le jackpot au loto, c’est impossible ! Le claquement de la porte d’entrée me sort de mes calculs. J’aperçois

un monticule de sacs s’approcher de moi, et juste derrière, la petite tête brune de Blair, ma colocataire et meilleure amie.

Arrivée dans le salon, elle laisse tout tomber en vrac, puis s’échoue

sur le canapé à côté de moi en poussant un énorme soupir de soulagement.

— Alors, cette virée shopping ? Tu as trouvé ton bonheur ? — Ne m’en parle pas, me répond-elle en enlevant ses escarpins. J’ai

les cadeaux pour mes grands-parents, mon frère, ma sœur, son mari, mon neveu, mais il me manque encore mes parents. Je sèche complètement. Je ne sais vraiment pas quoi leur offrir.

— Tu as encore le temps d’y réfléchir, essayé-je de lui remonter le

moral. Tu ne prends l’avion que lundi, non ?

— Ouaip, confirme-t-elle en se massant les pieds. D’ailleurs, tu es

vraiment sûre de ne pas vouloir venir ?

— Certaine, je dois travailler, la coupé-je avant qu’elle ne continue. Je connais parfaitement la suite. Depuis que je lui ai annoncé ne pas

pouvoir l’accompagner chez elle célébrer les fêtes de fin d’année, elle me serine constamment du même laïus : personne ne devrait être seul durant cette période, et patati et patata.

— N’empêche, ça ne me plaît pas de t’abandonner, ici, pour Noël.

— Je sais. Mais, ne t’inquiète pas pour moi. J’ai tellement de boulot que je ne verrai pas le temps passer.

— De toute façon, avec toi, je n’aurai jamais gain de cause sur ce sujet, capitule-t-elle avant de reprendre avec exultation : heureusement, j’en ai un autre en stock...

Vu son évidente excitation, j’appréhende le pire. Que mijote-t-elle ?

— Ce matin, j’ai reçu des invitations pour découvrir une boîte de nuit hyper select de Manhattan, poursuit-elle avec entrain. L’endroit du moment qu’il faut absolument connaître ! Toutes les célébrités s’y rendent. Il paraît que la semaine dernière, il y avait…

En l’écoutant parler, je reste sidérée par le parcours qu’elle a accompli depuis son arrivée à New York. Dès le premier jour où elle a débarqué dans la Big Apple, la tête farcie de rêves d’une carrière brillantissime en journalisme et de prix Pulitzer, elle s’est mise en quête de tous les endroits branchés de la mégalopole afin d’alimenter son blog.

Elle le met à jour consciencieusement et poste toutes ses impressions sur ses diverses expériences. Ça peut aller d’une exposition d’Art dans une grande galerie renommée au cœur de Manhattan à un rassemblement musical dans le Bronx ou un nouveau night-club dans le Queens.

Son blog est rapidement devenu un élément inévitable pour toutes les personnes, désirant visiter la Grosse Pomme, autrement que par les guides touristiques lambdas, ou pour les concitoyens s’interrogeant sur les incontournables du moment.

En à peine trois ans, elle s’est forgé une réputation dans le monde du divertissement. Elle peut compter sur plusieurs centaines de milliers d’internautes pour la suivre scrupuleusement et partager ses articles. La raison de son succès, selon moi – hormis son talent pour l’écriture, bien évidemment –, résulte du fait qu’elle ne mâche pas ses mots. Elle dit ce qu’elle pense, argumente ses objections et donne, quand cela demeure possible, des conseils afin d’améliorer ce qui se révèle déficient à son sens.

Malgré son indépendance journalistique, son manque d’expérience professionnelle et de diplômes, ainsi que son jeune âge, elle est devenue une personnalité influente en ville. Et tout le monde veut surfer sur la vague de son succès. Notamment les agences de pub, qui lui envoient fréquemment des invitations dans le but de promouvoir leur poulain à travers son site.

— Alors, t’en penses quoi ? me demande-t-elle, me sortant par la

même occasion de mes pensées. On va bien s’amuser. Il y aura plein de monde et, qui sait, tu rencontreras peut-être un homme…

— Je t’arrête tout de suite, la stoppé-je brutalement. Je te vois venir à

des kilomètres et il en est hors de question. J’ai suffisamment de soucis pour le moment pour ajouter un mec à la liste.

— De quoi parles-tu ? s’enquiert-elle aussitôt, soucieuse de ce que je

lui cache.

— J’ai reçu un coup de fil du bureau du doyen à cause de mes frais de

scolarité impayés ainsi que de mon banquier pour m’annoncer qu’il rejetait ma demande de prêt. Je ne suis pas assez solvable, lui avoué-je d’une intonation où transparaissent mes craintes concernant mon avenir.

— Merde ! s’exclame-t-elle, résumant parfaitement ma situation. — Je ne te le fais pas dire, approuvé-je dans un souffle. — Comment penses-tu procéder ?

— Bosser, bosser et encore bosser. Je ne vois rien d’autre. Dès

demain, je demanderai à ma cheffe d’augmenter, si possible, mes heures au Delice Coffee et je pensais profiter des fêtes pour cumuler le max d’extras. Ces vacances sont une véritable aubaine, en quelque sorte. Il y a beaucoup de réceptions, donc le travail ne devrait pas manquer. Je pense pouvoir y arriver, ajouté-je, dans l’espoir de la rasséréner, tout en me rassurant par la même occasion.

— Entre les cours, le café et le traiteur, tu t’épuises à la tâche !

s’emporte mon amie. Et là, alors que tu pourrais prendre un peu de repos, tu m’annonces que tu veux augmenter tes heures ? Combien de temps penses-tu tenir à ce rythme ?

Elle marque une pause, inspire profondément, puis reprend plus

calmement :

— Je ne supporte pas de te voir te noyer dans un verre d’eau. S’il te

plaît, Angie, laisse-moi te prêter de l’argent ou, au moins, en parler à mes parents. Ils en ont largement les moyens. En plus, ils t’adorent et ils seraient plus qu’heureux de t’aider à te sortir de cette panade.

Certes, ça pourrait être la solution à mon problème. Néanmoins, je ne

peux pas l’accepter. Blair ainsi que sa famille font déjà tellement pour moi, je refuse de leur en demander davantage. Ils me permettent de vivre dans ce loft pour une bouchée de pain. Sans cela, j’ignore complètement où je me situerais actuellement. J’aurais sûrement été obligée d’arrêter mes études depuis bien longtemps et de rentrer chez moi.

— Non, et tu sais très bien pourquoi, lui réponds-je doucement en posant ma main sur la sienne. Écoute, je trouverai un moyen. Si, à la fin des vacances, je n’en ai toujours pas, eh bien, je m’arrangerai avec le doyen.

— Et s’il refuse ? Que feras-tu ? Tout abandonner moins de six mois avant la fin ? Tu as travaillé trop dur pour arriver là où tu en es et tu préfères tout jeter à la poubelle plutôt que d’emprunter à mon père la somme dont tu as besoin pour terminer tes études ? Je t’adore, Angie. Il n’empêche, parfois, je ne te comprends pas…

Elle n’a pas besoin de parler pour que je sache ce qu’elle éprouve en ce moment. Je le lis sur son visage. Elle se sent à la fois agacée par mon entêtement, frustrée d’être impuissante, mais surtout, très triste à l’idée que je puisse déménager et la quitter.

Nous nous connaissons depuis le tout premier jour de fac. Nous partagions la même chambre sur le campus, avant que son père n’achète cet appart’ où nous logeons désormais toutes les deux. Le feeling est tout de suite passé entre nous. Sûrement parce que nous étions deux étrangères (Elle débarquait tout juste de Floride, et moi, du fin fond de l’Alaska.) dans une ville nouvelle. Très vite, et malgré nos cursus différents, nous sommes devenues inséparables. 

Unies comme les deux doigts de la main, comme nous aimons nous le rappeler. 

Concevoir que cela puisse changer, juste pour une question de dollars, l’affecte énormément. J’aimerais tellement pouvoir la rassurer et lui promettre que tout s’arrangera, cependant je ne peux pas. Je refuse de lui donner de faux espoirs au cas où j’échouerais. Je n’en ai nullement l’intention, néanmoins il s’agit d’un risque à prendre en considération. Franchement, je n’ai pas envie de partir et d’abandonner tout ce pour quoi je me trouve ici. Je suis bien déterminée à faire mon possible pour l’éviter. Et ce, même si je dois bosser vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept pendant les trois prochaines semaines.

Nous demeurons silencieuses, plongées dans nos pensées pendant de longues minutes. Je perçois la tension monter en elle. Elle m’apparaît comme une cocotte-minute prête à exploser. Ses jambes bougent frénétiquement. Et elle ne cesse de se dandiner d’une fesse sur l’autre, comme si elle s’avérait incapable de rester en place plus de deux secondes d’affilée.

Subitement, elle se lève d’un bond, pousse du pied ses sacs afin de se

ménager un chemin et se rend dans la cuisine. Je la regarde s’activer derrière le plan de travail. Elle met de l’eau à chauffer, sort deux tasses et place un sachet de thé dans chacune d’elles. En attendant que la bouilloire chante, elle continue à s’agiter dans tous les sens. Elle ouvre plusieurs placards, fouine à l’intérieur jusqu’à mettre le doigt sur une bouteille de rhum. Elle s’en verse un verre, le bois cul sec, puis s’en ressert un autre qui subit le même sort.

Lorsqu’elle revient dans le salon, avec nos mugs dans les mains, elle

semble plus calme. Or, il ne s’agit que d’une façade. En réalité, je pourrais presque voir les rouages de son cerveau tourner à plein régime.

— Au fait ! s’exclame-t-elle brusquement, tu as un entretien lundi

pour un stage, non ? Il s’agit peut-être de la solution à ton problème.

— Oui, néanmoins je ne compte pas vraiment dessus. Tout d’abord, il

y a peu de chances que je sois prise. De nombreux candidats sont en lice pour le décrocher. Et j’ignore s’il est rémunéré ou non. J’en conviens, il s’agit d’une occasion unique pour démontrer mes preuves sur le terrain, et espérer, ainsi, m’ouvrir quelques portes pour un premier job post-études. Malheureusement, sans salaire, je me verrai contrainte de refuser.

— Tu es la meilleure élève de ta promo, ils te voudront assurément.

Ensuite, concernant le sujet de la rétribution, peut-être qu’en négociant… Mais, s’il te plaît, je t’en conjure, ne tire pas un trait sur cette opportunité en or. Il doit forcément y avoir une autre possibilité.

— En effet, je pourrai toujours vendre ma moto ainsi que mon

bracelet, suggéré-je en jouant avec ce dernier.

En platine et diamants, je sais qu’il vaut une petite fortune.

Suffisamment pour régler tous mes problèmes. Toutefois, m’imaginer m’en séparer me révulse. Il appartenait à ma mère… Depuis le jour où je l’ai ceint autour de mon poignet, il ne l’a plus quitté. Incarnant à la fois mon passé et mon avenir, l’idée de le mettre au clou me rend malade. Malgré tout, s’il représente ma dernière possibilité de demeurer à New York et poursuivre la mission que je me suis fixée en débarquant ici, alors je m’y résoudrai. Je n’ai pas le choix.

— Non, même pas en rêve. Jamais de la vie, rejette-t-elle

catégoriquement cette proposition. OK, je ne suis pas contre le fait de ne plus te savoir sur ta bécane, cependant… hors de question de la vendre. Ce sont les seuls souvenirs que tu as gardés de tes parents. Tu dois trouver autre chose.

Trouver autre chose ? Elle est gentille. Comme si les idées poussaient sur les arbres !

Toutefois, Blair n’a pas tort sur un point, vendre mes deux trésors ne s’avère pas la solution à mon problème. Certes, l’argent que j’en recevrais me permettrait sûrement de sortir la tête de l’eau. Or, je sais également que je le regretterais le restant de mon existence. Ils sont trop chers à mon cœur. Ils demeurent bien plus importants que ma vie à New York, mes projets et mes études.

— Bon, arrêtons de nous lamenter, intervient subitement mon amie avec un enthousiasme forcé, mais sincère. Nous sommes samedi. Nous avons terminé nos exams semestriels. Je prendrai l’avion lundi, puis je séjournerai chez mes parents durant trois longs jours pour Noël. Tu ne travailles plus aujourd’hui et nous avons grandement besoin de nous changer les idées. Par conséquent, c’est décidé, et tu n’as pas ton mot à dire, ce soir, on va dans cette boîte ! Les soucis, on les laisse de côté !

Tout en sirotant mon thé, je pèse le pour et le contre. Blair a raison, nous avons bien mérité de décompresser après nos partiels. De toute façon, l’argent ne tombera pas du ciel dans les heures à venir, donc autant aller s’amuser et tout oublier le temps d’une nuit. Qui sait, demain y verrai-je peut-être un peu plus clair ?

— Tu as gagné, m’avoué-je, vaincue. Je te suis dans ta folle aventure.

— Oh, je suis trop contente ! se réjouit-elle en tapant des mains. Ça va être génial. J’ai lu des critiques d’enfer sur cet endroit et j’avais trop envie de me forger ma propre opinion.

— Il me semblait que tu souhaitais tout oublier et t’éclater, la taquiné-je.

— Oh, mais je compte bien faire d’une pierre deux coups, voire carrément un trois en un. Si, en plus, je parviens à te faire rencontrer un homme, dans ce cas, j’aurai réussi un véritable challenge. Une sorte de miracle de Noël, un peu avant l’heure.

— Un miracle ? me révolté-je. Je ne suis pas un cas désespéré, non plus.

— Tu en es sûre ? Depuis combien de temps ne t’es-tu pas envoyée en l’air ? Attention, je parle de baise avec un vrai pénis, tout en chair, qui te prendrait…

— Blair, la coupé-je en me bouchant les oreilles pour ne pas entendre

la suite. Je ne veux pas évoquer cela avec toi.

— Tu ne veux pas ou te ne peux pas ? me renvoie-t-elle à la figure, me

forçant à l’écouter.

— Un peu des deux, admets-je dans un soupir. Disons que la dernière

fois, j’ai été plutôt refroidie par les mecs.

— C’était un idiot. Christopher Archibald III… Beurk. Il ne te méritait

pas. Il n’a pas su voir et apprécier la perle qu’il tenait entre ses mains.

— C’est parce que je suis une perle rare qu’il m’a larguée comme une

malpropre ? ne puis-je m’empêcher de lancer avec amertume.

La pilule de ma rupture avec Chris, mon ex-petit ami, avec qui j’étais

restée en couple plus de deux ans, a toujours du mal à passer. Il m’a quittée la veille des vacances d’été alors que nous devions partir dans les Hamptons avec sa famille. Ce qui me blesse le plus, ce n’est pas qu’il m’ait plaquée, je m’en suis remise. En revanche, ses mots sont restés douloureusement ancrés en moi : « Ton milieu social et le mien se révèlent trop éloignés l’un de l’autre. Je t’aime, mais nous ne pouvons plus rester ensemble. Dans un an, je devrai me consacrer à ma carrière politique et tu risques de représenter un poids que je ne suis pas sûr de pouvoir supporter… »

— Ouais, ça confirme ce que j’ai dit, un abruti fini, reprend Blair

comme si elle avait lu dans mon esprit. Surtout que depuis le mois de juin, il couche avec tout ce qui bouge. Ça date de plus d’une demi-année maintenant, et tu n’es toujours pas remontée en selle. Tu dois le faire. Je ne te conseille pas de t’engager dans une nouvelle histoire tout de suite, juste de prendre du bon temps. Que penses-tu d’un coup d’un soir ?

— Attends, quoi ? Répète ! sursauté-je.

Je n’en crois pas mes oreilles. Ma meilleure amie, fleur bleue comme

pas possible, qui ne rêve que d’un prince charmant, me propose de baiser avec un inconnu, sans attaches ? Le monde a changé d’axe ces dernières secondes ?

— Ben quoi !? agit-elle comme s’il n’y avait pas lieu d’être choquée.

Ça peut avoir son utilité.

— Comment cela ? Tu as déjà tenté ? lui demandé-je, sidérée. — Une fois, se confesse-t-elle.

— Et tu ne m’en as jamais parlé ?! Je pensais que l’on se racontait tout, toutes les deux !

Ma taquinerie se veut faussement accusatrice. Cependant, au fond de moi, je me sens un peu vexée qu’elle m’ait caché cela.

— Je ne t’ai rien dit, parce qu’il n’y avait vraiment pas matière à débattre. C’était à une soirée sur le campus. J’avais un peu bu, lui aussi. On a flirté, puis une chose en entraînant une autre…

— Quand ça a eu lieu ?

— Tu te souviens de mon histoire avec Juan ?

Comme si datait d’hier. De tous les copains de Blair, c’est celui-ci qui l’a le plus blessée. Elle se croyait folle amoureuse de lui et lui aussi l’aimait… tout comme il adorait Meredith, Kate et Paula.

— Eh bien, cela m’a permis de l’oublier et d’avancer, m’avoue-t-elle.

Je me souviens qu’après cette déconvenue, elle avait passé des semaines à pleurer, à se lamenter. Elle avait eu du mal à accepter que l’homme qu’elle considérait comme l’amour de sa vie puisse incarner un véritable salaud. Elle avait le moral au ras des pâquerettes, puis, d’un seul coup, un jour, elle a remonté la pente. Elle avait retrouvé sa joie de vivre et sa détermination à dénicher le mec idéal. J’avoue que sur le moment, je ne me suis pas interrogée sur ce revirement de situation. J’étais bien trop heureuse d’avoir retrouvé mon amie et de ne plus la voir se morfondre sur le canapé, devant des comédies romantiques, en s’empiffrant de glace et vidant des boîtes entières de mouchoirs.

— Écoute, je sais que ça peut te mettre mal à l’aise.

— Pas qu’un peu, admets-je d’une petite voix.

— Mais, Angie, tu es jeune. Tu as la vie devant toi, tu dois en profiter. Ce ne sera pas sur ton lit de mort que tu te diras : « Si j’avais su ! » À ce moment-là, il sera trop tard. Tu ne peux pas t’échiner à bosser encore et encore. Tu dois aussi t’amuser, prendre du bon temps. Et pour cela, rien ne vaut une bonne partie de jambes en l’air, ajoute-t-elle en me donnant un coup de coude dans les côtes.

Je reste silencieuse, à ruminer ses paroles. D’un côté, elle n’a pas tort. Sentir le poids d’un homme sur moi, éprouver le plaisir que seul un mec peut me procurer me manquent. Et connaissant l’ampleur de mon agenda pour les mois à venir, je n’ai vraiment pas de temps à consacrer à un petit ami. Alors, de ce point de vue-là, le sexe sans lendemain représente la meilleure solution à mon problème.

Cependant, de l’autre, le concept de coucher avec un inconnu, puis, à

la fin, on se sépare en espérant ne plus se recroiser me gêne. Je n’ai jamais fait cela et je ne sais vraiment pas comment ça se déroule. Comment agit-on ? Est-ce que ça se décide dès le départ ? Ou juste avant de passer à l’action ? Et après, comment ça se termine ? On se rhabille et chacun rentre chez soi façon walk of shame ?

Pendant que je me pose mille-et-une questions, Blair joue le petit

diablotin et ne cesse de susurrer à mon oreille : « Allez, Angie, une nuit, une seule nuit d’insouciance. »

— J’y réfléchirai en temps voulu, concédé-je dans un soupir, sachant

pertinemment qu’elle ne me lâchera pas. Bon, passons aux choses sérieuses… Comment je m’habille ?

 

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