Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 9 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

À l’instant où j’ouvre les yeux, j’ai conscience de n’avoir dormi qu’une heure ou deux, grand max. Mon cœur tambourine plein pot dans ma poitrine. Mon corps reste endolori et épuisé après cette nuit. Toutefois, mon esprit se révèle complètement alerte. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’insomnie m’arrive. Ça survient même fréquemment lorsque j’abuse du Red Bull. Il s’agit de l’effet kiss cool de cette boisson énergisante. Il existe des moments où il se révèle dérangeant, comme actuellement, où j’aimerais continuer à dormir. Néanmoins, parfois il s’avère avantageux, quand, par exemple, je dois réviser mes partiels et cumuler, en parallèle, deux emplois.

Bien que j’y sois accoutumée, je déteste cette dissociation entre les besoins de mon organisme et ceux de mon cerveau. Là où le premier hurle sa fatigue et sa volonté de se reposer davantage, le second, quant à lui, pète le feu et fonctionne à plein régime. Et moi, je me situe entre les deux à vouloir, à la fois, utiliser cette énergie pour quelque chose de concret, et demeurer, là, dans ce lit douillet, auprès de Nathaniel.

Je n’ai jamais connu un amant aussi généreux et insatiable que lui. À plusieurs reprises, j’ai été scotchée par son endurance ainsi que sa faim inextinguible de moi. Nous avons joui un nombre incalculable de fois et je suis certaine que si, à un moment donné, je n’étais pas tombée, littéralement, d’épuisement, nous serions encore en pleine action.

Décidément, je ne regrette pas d’avoir balayé toutes mes craintes ainsi

que mes scrupules de ma tête. De toute façon, dès la seconde où il m’a embrassée, il n’a plus été question de réfléchir. Ma cervelle s’est comme mise sur off. Je ne songeais plus qu’à mon désir impérieux pour cet homme ainsi que de ma possession d’une seule et unique nuit pour l’assouvir.

Maintenant que celle-ci touche à son terme, mon ventre se serre. Je

n’ai pas envie qu’elle s’achève. En fait, si je le pouvais, je resterais indéfiniment là, dans les bras de cet adonis. Avec lui, j’ai eu l’impression de me transformer en une nouvelle Angela, plus déterminée, plus libre, plus audacieuse, plus effrontée aussi. J’ai aimé être ainsi. Bon sang, je n’ai pas envie de renoncer à cela et à cette folle aventure.

Cependant, je n’ai pas le choix. Je dois refermer cette parenthèse

enchantée et reprendre le cours de ma vie avec son agenda plus que chargé, ainsi que son lot de problèmes. Rien que d’y penser, ça me déprime.

Je me renfonce dans mon oreiller et regarde Nathaniel dormir

tranquillement. Dieu, comme il est beau. Durant quelques heures, il a été à moi et, là, il va me falloir partir. Comment faire cela ? Dois-je attendre qu’il se réveille pour lui dire au revoir ? Dans les films, bien souvent, on voit les acteurs fuir le plus rapidement possible après la bagatelle, quitte à sauter par la fenêtre de la salle de bains, en caleçon. Mais qu’en est-il dans la réalité ? Personnellement, je n’ai pas la moindre envie de filer par le balcon, nous nous trouvons tout de même à l’avant-dernier étage de l’hôtel, soit à près d’une centaine de mètres au-dessus du trottoir. Donc, non, sans façon. D’autant plus que je demeure nue. Je n’ai nulle envie de m’exhiber dans le plus simple appareil en public. Par conséquent, je sortirai par la porte. Toutefois, ça ne me dit pas quand je dois la franchir. Maintenant, c’est-à-dire après m’être levée et habillée ? Ou plus tard, quand Nathaniel émergera de son sommeil ?

Quant à lui, que préférerait-il ? Voudrait-il me voir une dernière fois

avant que nous nous séparions, ou que je décampe le plus tôt possible, à savoir dès à présent ?

Tandis que je réfléchis à cette question, me revient en mémoire la

scène dans le couloir. Durant une minute, il a hésité entre continuer à avancer et rebrousser chemin. Pourquoi ? Pensait-il à son ex et aux implications dans leur relation s’il entrait dans cette chambre avec moi ?

Hier, il m’a choisie, mais qu’en serait-il aujourd’hui ? Prendrait-il la même décision ? J’aimerais croire que oui, néanmoins j’en doute. À la sortie de l’ascenseur, il se trouvait dans un état d’excitation assez dingue. Je peux donc affirmer, sans trop me tromper, qu’il ne possédait pas toutes ses facultés mentales. Or, maintenant, que le soufflé est retombé, quelle direction suivrait-il ? Celle guidée par sa libido ou bien une autre dictée par sa raison et peut-être son cœur ?

De ce que j’ai pu en juger, son histoire avec son ex s’avère loin d’être aussi limpide que de l’eau de roche. Au contraire, elle semble trouble et ils paraissent avoir beaucoup de choses à régler avant de… quoi ? Se séparer définitivement ? Se remettre en couple ?

D’un coup, j’en viens à m’interroger sur sa réaction au moment où il se réveillera. Regrettera-t-il ce qu’il s’est passé entre nous ? Éprouvera-t-il des remords ? Pensera-t-il avoir trompé son ex ?

Subitement, la réponse à mes interrogations m’apparaît clairement. Au cas où mes craintes se révéleraient exactes, je ne veux pas en être témoin. Je refuse de contempler notre merveilleuse nuit de passion se transformer en cauchemar. Je désire en conserver un magnifique souvenir. De plus, après avoir vécu ce que j’ai expérimenté dans les bras de cet homme, je n’ai pas envie de quitter mon amant en mauvais termes. Je dois donc partir au plus vite.

Qui sait, peut-être me sera-t-il reconnaissant d’avoir déguerpi pendant qu’il dormait afin de nous épargner, à lui comme à moi, une situation gênante !

Avec moult précautions, je me lève, marche sur la pointe des pieds, en essayant d’émettre le moins de bruit possible et me rends dans la salle de bains. Au passage, je récupère mon soutien-gorge, qui traîne par terre, ma robe, mes bas ainsi que mon sac.

Avec les moyens du bord, je tente de retrouver figure humaine. Je me coiffe avec mes doigts, les attache à la va-vite en une queue-de-cheval. Je me démaquille avec des lingettes et avale un bonbon à la menthe pour me décharger de mon haleine matinale. Ensuite, je m’habille. Malheureusement, très vite, je remarque qu’il me manque certaines affaires.

Le plus discrètement possible, j’ouvre la porte. Au moment où celle-ci grince, je suspends mon geste et tends l’oreille. En entendant Nathaniel ronfler paisiblement, je pousse un profond soupir de soulagement avant de pénétrer dans la chambre. En refaisant le chemin parcouru, je ramasse les pochettes de préservatifs que nous avons semées un peu partout, tels des petits poucets, au cours de nos ébats. Rapidement, je tombe sur ma jarretière près du pied du lit, mais ma petite culotte demeure introuvable.

À l’instant où mon amant commence à s’agiter dans son sommeil,

j’abandonne mes recherches et me rue à nouveau dans la salle de bains, afin d’achever de me préparer.

Lorsque j’ai terminé, je ressors doucement, récupère mon manteau

ainsi que mes bottines. Juste avant de quitter définitivement ce lieu et cet homme, je meurs d’envie de l’embrasser une dernière fois. Néanmoins, je me retiens, sachant cette folie trop risquée, et file sans un regard en arrière.

Dès que la porte se referme derrière moi, je m’adosse au mur, affligée

que cette extraordinaire nuit se clôture de cette manière. Si seulement il pouvait en être autrement… Si j’avais pu rencontrer Nathaniel dans d’autres circonstances où son histoire avec son ex aurait été définitivement bouclée et où ma vie aurait été moins compliquée… Hélas, il n’en est pas ainsi et je dois dorénavant tourner la page.

Je me secoue, enfile mes chaussures, mon manteau et me dirige vers

l’ascenseur. En pénétrant à l’intérieur, des images de la veille, et des sensations qu’il m’a procurées, surgissent dans mon esprit. Au souvenir de ses doigts m’explorant, me titillant, me maintenant au plus près de l’orgasme sans me laisser y succomber, je sens le feu de la passion s’embraser de nouveau en moi. Mon ventre se réchauffe et mon sexe se met à palpiter à tout rompre.

Avant de céder à la tentation d’opérer un demi-tour et remonter

rejoindre Nathaniel pour une dernière partie de jambes en l’air, la cabine arrive à destination.

Le rez-de-chaussée est très calme. Un homme, feuilletant

tranquillement un magazine, se trouve derrière le guichet de la réception. En passant devant lui, je le salue, puis franchis le seuil de l’hôtel.

Sur le trottoir, je ne peux m’empêcher de jeter un regard en arrière. Je

contemple une dernière fois cette façade ayant abrité l’une des plus belles nuits de ma vie. Je la longe de bas en haut jusqu’à l’avant-dernier étage, celui où se situe Nathaniel, toujours endormi. Abattue, je souffle dans le vent comme s’il pouvait lui transmettre mes paroles :

— Adieu !

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