Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 28 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Au moment où Nathaniel pénètre chez moi, je peine encore à réaliser à

quoi correspondait la surprise concoctée par Blair. La connaissant, je pouvais m’attendre à tout et n’importe quoi, comme Boomer, la mascotte des Aces, qui m’accueille, ou bien, à l’instar de ce que je craignais, un rencard arrangé. En revanche, je me situais à mille lieues de me douter que celui-ci se trouverait être Nathaniel.

Comment a-t-elle pu manigancer un truc pareil ? Surtout qu’elle

ignorait qui il était avant ce soir. Soit elle possède un don de précognition, dont elle ne m’en a jamais dévoilé l’existence, soit le destin a une fois de plus sacrément œuvré afin de me dresser en travers de sa route. D’ailleurs, je me demande bien pourquoi le sort s’acharne autant à nous mettre en présence l’un de l’autre. Que faut-il penser de tout cela ?

— Tout va bien, Angie ? s’enquiert Nick en passant devant moi pour

entrer à son tour dans mon appartement.

— Nickel, le rassuré-je en refermant la porte derrière lui. Tout en retirant mon manteau, je les invite à m’imiter, puis à

s’installer dans le salon pendant que je prépare du café. Je mets la cafetière en marche. En regardant le nectar s’écouler au goutte-à-goutte, je ne peux m’empêcher de songer à nouveau à l’instant où j’ai aperçu Nathaniel au milieu du parking du Madison Square Garden.

J’en suis restée bouche bée. Je ne parvenais pas à en croire mes yeux.

Afin d’être certaine de ne pas rêver cette scène, j’ai dû me pincer le dos de la main, si fort que j’en porte encore la marque. Sans Blair pour m’avoir poussée, je crois que je serais toujours figée à le dévisager à la façon d’un poisson échappé de son bocal.

J’ai véritablement admis que tout ceci s’avérait réel, et non illusoire. Pas durant notre conversation à cœur ouvert, mais quand il m’a embrassée. Dès que ses lèvres se sont emparées des miennes, un brasier a jailli du fond de mon ventre et s’est répandu dans l’ensemble de mon être. Jusqu’à présent, une seule personne m’a procuré une réaction aussi fulgurante, aussi intense. Nathaniel. Après cela, je ne doutais plus. Je l’avais bel et bien retrouvé. A priori pour un petit bout de temps.

Depuis, j’ai l’impression de flotter sur un petit nuage où rien ne semble vouloir m’en faire descendre. Pas même à la fin du match où j’ai été prise de nostalgie, ni lorsque je me suis plongée dans mon passé pour lui raconter quelques bribes de mon enfance et de mon adolescence. Là aussi, j’ai réussi à me focaliser sur les bons moments et ai négligé les plus douloureux. J’ai conscience de le devoir à Nathaniel qui a su, d’instinct, quels sujets aborder, ceux à éviter et quand détourner la conversation. J’ai pourtant remarqué, à plusieurs reprises, qu’il mourait d’envie de m’interroger sur la disparition de mes parents et de mon frère. Par respect, il s’en est abstenu, me sentant probablement pas prête à m’épancher sur leur disparition. J’ignore si je le serai un jour.

Je suis rassurée de voir que Nate ne ressemble en rien à Chris.

Ce dernier ne supportait pas mes secrets et essayait de profiter de mes moments de faiblesse pour me faire parler. Or, plus il me forçait, plus je me bloquais.

— Tu as besoin d’aide ? me demande mon boyfriend en surgissant dans la cuisine sans que je m’en aperçoive.

J’étais tellement plongée dans mes pensées que je n’ai même pas remarqué que ma cafetière a terminé de couler, depuis un bon moment déjà. Je me secoue et me force à réintégrer la réalité.

— Non, ça ira, le remercié-je avec un sourire. Tu peux retourner t’asseoir, j’arrive dans une minute.

Tandis qu’il retourne dans le salon, je me dépêche de sortir du placard, trois tasses, une boîte de biscuits que j’ai confectionnés hier soir, le sucre. Puis, j’ouvre le frigo afin d’en extraire un pot de crème ainsi qu’une assiette d’amuse-gueules que j’ai préparés ce matin en prévision de la visite de mon ami. Ensuite, je pose le tout sur un plateau et rejoins les deux hommes.

Je m’installe sur le canapé, à côté de Nathaniel, face à mon hockeyeur

préféré qui a pris place sur le pouf de l’autre côté de la table basse.

— Alors, Nick, tu t’envoles pour où, cette fois-ci ? lancé-je la

conversation en nous versant à tous une tasse de café.

— Vancouver, me répond-il en commençant à piocher dans les mini-

sandwichs.

Il en avale un, puis un autre, avant de continuer : — Après, en début d’année, je retournerai à Fairbanks pour quelques

jours de repos avant de repartir pour Anchorage.

— Et que feras-tu pendant tes vacances ?

— Passer un peu de temps avec mes parents. Je ne les ai pas beaucoup

vus depuis le début de la saison et ma mère m’en veut encore d’avoir loupé le traditionnel festin de Noël.

— Oh, dans ce cas, prépare-toi à ne pas bouger de sa table de tout ton

séjour, le charrié-je, puis j’ajoute à l’attention de mon voisin : sa mère représente la cheffe gastronomique de Fairbanks.

— Elle tient un restaurant ? demande-t-il, intéressé. — Non, même si, par moments, on pourrait le croire. C’est la seule

maison du quartier facilement reconnaissable. Même un aveugle sait quand il approche de chez les Johnson. Il émane de chez eux toujours une délicieuse odeur de nourriture qui, généralement, te met l’eau à la bouche.

— Ma mère adore cuisiner, complète Nick. Tu peux venir à n’importe

quelle heure, tu trouveras toujours un truc à mijoter sur le feu ou en train de cuire dans le four.

— Et le mieux est qu’elle en fait profiter tout son entourage, enchéris-

je en songeant au nombre de fois où elle a régalé nos papilles avec ses bons petits plats. Ma mère n’était pas vraiment un cordon bleu…

— Tu m’étonnes, elle ne savait même pas cuire des pâtes,

m’interrompt Nick, hilare. Tu te rappelles, quand gamins, nous devions amener des gâteaux pour la kermesse de l’école ?

— Seigneur, comment oublier ? répliqué-je en me marrant tandis que

je revisualise la scène apocalyptique qui nous attendait quand nous sommes rentrés cet après-midi-là. On a cru qu’il y avait le feu à la maison. Il y avait de la fumée absolument partout. Il en sortait de toutes les fenêtres. Pendant des jours, on a vécu dans l’odeur de cookies carbonisés.

— Et quand elle a voulu préparer des confitures ?

— Bon sang, ce coup-ci, elle avait vraiment mis le feu. Je revois encore la tête de mon père au moment où il a débarqué, furax, en trombe après avoir été prévenu par les pompiers. Après cela, il lui a interdit, purement et simplement, d’approcher de près ou de loin la gazinière.

— Donc, qui cuisinait chez toi ? s’enquiert Nathaniel qui n’a rien manqué de notre épisode souvenirs d’antan.

Il paraît vraiment curieux d’en apprendre davantage sur moi et ma famille. J’en ai chaud au cœur, ça montre qu’il s’intéresse vraiment à ma personne.

— Mon père, lorsqu’il n’était pas de service, ou moi. Sinon, on comptait sur les talents culinaires de notre chère voisine pour remplir nos estomacs affamés.

— Sa spécialité, c’étaient les petits-déjeuners. Il préparait des omelettes à la viande de rennes, hum… un pur régal, réplique Nick, rêveur, en se léchant les babines. Et ses saucisses de caribou ? À tomber par terre.

— C’est vrai qu’il était doué devant les fourneaux, confirmé-je, mélancolique.

Son absence me pèse soudainement. Il me manque tellement. Il n’incarnait pas seulement l’homme m’ayant élevée ni celui qui m’a tout appris : à cuisiner, à patiner… Il représentait également mon roc et mon phare. Il me soutenait, me guidait. Il était là quand je tombais et m’aidait à me relever. Il m’encourageait, me poussait lorsque j’en avais besoin. Il m’a aussi inculqué la persévérance en m’incitant à tout faire pour aller au bout de mes objectifs et de mes rêves. Sans lui, je ne sais vraiment pas ce que je serais devenue. Je lui dois absolument tout.

— Bon, assez ressassé le bon vieux temps, intervient subitement Nick en tapant dans ses mains. Concentrons-nous sur le présent ! Depuis quand vous vous connaissez tous les deux ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? Je veux tout savoir...

Je vois clair dans son jeu. En sautant ainsi du coq à l’âne, il escompte m’extraire de l’affliction dans laquelle j’ai plongé et revenir sur un terrain moins miné afin de ne pas assombrir cette agréable soirée. Je l’en remercie d’un sourire reconnaissant, puis me lance dans le récit de notre histoire. Je lui raconte la façon nous avons fait connaissance, notre attirance immédiate en boîte de nuit. Puis, je lui relate rapidement, sans entrer trop dans les détails, nos hauts et nos bas jusqu’à ce soir où nous avons décidé de nous accorder une seconde chance.

— Et toi, Nick, il y a quelqu’un dans ta vie ? lui demandé-je à la fin. — Personne de sérieux. Pour le moment, je n’ai pas envie de me caser,

je préfère me concentrer sur ma carrière.

— Dis-moi, Nick, comment intègre-t-on une équipe telle que les Aces

d’Alaska ? rebondit Nathaniel.

Mon ami ne se fait pas prier davantage. Il lui explique comment, à

l’âge de quatre ans, après avoir assisté à son premier match de hockey professionnel, il en est revenu en clamant à qui voulait l’entendre : « Quand je serai grand, moi aussi, je deviendrai un grand joueur comme eux ! »

Bien que je connaisse tout cela par cœur, je l’écoute avec toujours

autant de joie et de fierté retracer l’ensemble de sa carrière. Il lui parle de ses débuts avec une crosse à la main jusqu’à son recrutement en équipe professionnelle en passant par son parcours universitaire où il représentait

l’un des joueurs phares des 1 Nanooks.

— Et toi, Nate, enchaîne Nick à la fin de son exposé, tu pratiques un

sport ?

— Plusieurs, même. De l’aviron quand le temps le permet, du squash,

de la musculation régulièrement, de la boxe à l’occasion et du golf, mais uniquement à visée pro’. Je n’en suis pas très fan, cependant j’ai remarqué que certains contrats se signaient plus facilement sur le green que dans une salle de conférence, donc...

Ensuite, ils se lancent dans le listing de toutes les activités physiques

qu’ils ont expérimentées au cours de leur existence. Puis, ils débattent longuement sur les avantages de certaines et inconvénients des autres.

Pendant ce temps, je les écoute, heureuse d’assister à leur échange. Ils

apprennent à se connaître, ça me touche énormément. Nick est important pour moi, Nathaniel se trouve en bonne voie pour le devenir. Alors, les voir discuter ensemble m’émeut. Qui sait, à la longue, ils pourraient finir par s’entendre et peut-être s’apprécier. Si seulement…

Ça me changerait d’avec Chris. Nick n’a jamais pu le supporter. Dès

leur première rencontre, il l’a pris en grippe. Rien, pas même mes nombreuses interventions pour essayer d’aplanir la situation entre eux, comprendre l’origine de cette animosité – que Nick, ne s’expliquait pas non plus –, ni les tentatives de mon ex pour faire ami-ami n’y ont remédié. Il ne l’aimait pas et ne s’en cachait pas. Dès qu’ils se retrouvaient dans la pièce, mon ami lui battait froid. Il restait là, à le regarder en chien de faïence, sans lui décrocher un seul mot.

C’est pourquoi, le voir ainsi, aujourd’hui, me met du baume au cœur. Je me rends également compte que j’ai eu raison d’avoir accordé sa chance à Nathaniel, car il s’avère véritablement très différent de mon ex. Incontestablement. Je ne cesse d’en avoir la preuve sous les yeux depuis le début de la soirée.

Je n’ai plus aucun doute, j’ai vraiment fait le bon choix !

 

1. Équipe masculine de hockey sur glace de l’UAF (University of

Alaska Fairbanks)↩

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