Angel Ice (French Edition)
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Angela
Après avoir quitté l’hôtel, je marche sans but et observe Manhattan
s’éveiller tout doucement. Les taxis jaunes déambulent, de plus en plus nombreux, à la recherche d’éventuels clients. Les magasins, restaurants commencent à ouvrir ; les gens, à sortir de chez eux. La vie reprend petit à petit dans la ville qui, dit-on, ne dort jamais.
Je sillonne les rues au gré de mes envies pendant un temps
indéterminé jusqu’à atteindre la lisière de Central Park. Avant de pénétrer dans cet antre de verdure et de nature au sein de la mégalopole, je m’arrête dans un Starbucks afin de m’acheter un café ainsi qu’un muffin au chocolat.
Malgré l’heure matinale, je pensais trouver le parc désert ou presque.
Pourtant, il est rempli de monde, de sportifs, de gens promenant leur chien…
Je m’assois sur un banc afin de déguster mon petit-déjeuner. Tout en
grignotant mon gâteau, je repense à ma soirée de la veille. À Nathaniel, principalement.
Hier, j’ai fait quelque chose d’inédit, et, franchement, j’ai adoré ça.
Toutefois, je m’interroge : suis-je capable de réitérer ? Non, j’en doute. Avant de rencontrer Nathaniel, aucun homme ne me donnait envie de tester le sexe sans attache ni sentiment. Tandis qu’avec lui, ça a été différent. Je le désirais comme je n’ai jamais voulu quiconque auparavant. Pourquoi Nathaniel ? Qu’y a-t-il chez lui qu’il n’y a pas chez les autres ?
Durant toute la soirée et la nuit, je me suis sentie en alchimie avec mon amant, comme aucun autre avant cela. Pourquoi ? Même avec Nick, mon meilleur ami et premier amour, il n’y avait pas une telle connexion entre nous alors que nous nous connaissions depuis toujours. Je pensais que ce lien n’existait que dans les romans à l’eau de rose, pourtant… je suis forcée d’admettre qu’il se trouvait bien là.
Songer à cela me pousse à me demander si je ne suis pas en train de me faire des films. Rêverais-je d’un happy end avec Nathaniel ? Pour cela, il faudrait d’abord le recroiser. À New York, dans une ville de huit millions d’habitants, c’est plus qu’incertain. De plus, j’ignore totalement comment le retrouver. La seule info’ que je possède le concernant demeure son prénom. Ça ne représente donc pas bézef pour tenter de le dépister.
Si, par chance, je devais le revoir, partagerait-il mes intentions et attentes ? Peut-être que pour lui, je n’incarnais qu’une aventure sitôt survenue, sitôt oubliée.
Plus je creuse le sujet, plus ma conclusion me paraît être la bonne, car pas une seule fois, au cours des heures passées ensemble, il n’a abordé le sujet du lendemain. Ce qui, à mon sens, prouve que pour lui, je ne représentais qu’un coup d’un soir.
Même si ça me fait mal d’en prendre conscience, ça me permet aussi de me remettre dans le droit chemin. J’ai suffisamment perdu de temps à gamberger. Je dois maintenant me recentrer sur le présent, à savoir aller travailler, car, sans cela, je ne résoudrai pas mes problèmes financiers, devrai quitter la fac et New York. Hors de question, j’ai trop à perdre et rien à y gagner.
J’avale ma dernière bouffée de mon muffin, termine mon café, puis me lève afin de rentrer à Brooklyn. La matinée touche à sa fin quand je pénètre enfin dans le loft, transie de froid, mais revigorée par ma petite promenade. Je n’ai pas besoin de faire le tour de l’appartement pour savoir qu’il n’y a personne. Tout se trouve exactement à la même place qu’hier, avant mon départ.
D’habitude, la présence de Blair est vite reconnaissable. Elle laisse toujours traîner ses affaires. Là où elle les pose, elle considère qu’elles sont rangées. C’est donc monnaie courante de trébucher sur ses chaussures, abandonnées au milieu du passage, ou bien de voir ses fringues éparpillées un peu partout. Au début de notre cohabitation, lorsque nous partagions une minuscule chambre sur le campus, ça me hérissait de voir le carnage qu’elle semait derrière elle. Maintenant, j’en ai pris mon parti et agis comme s’il s’avérait normal de trouver un rouge à lèvres dans les petites cuillères.
Au moment où j’ouvre la porte de ma chambre, dans le but de
m’allonger une petite heure avant d’aller bosser, je marque un temps d’arrêt. J’ai l’impression qu’un ours y a élu domicile pour hiberner. La pièce se révèle sens dessus dessous. Tout le bazar que Blair a apporté de sa chambre, hier, afin de m’aider à m’habiller, me coiffer, me maquiller pour notre soirée, se trouve toujours là. Mon bureau se révèle encombré de ses produits de beauté. Quant au reste, on dirait que le dressing de ma coloc’ a régurgité tout son contenu sur mon matelas. Bon sang, sa Caverne aux Merveilles, comme elle l’appelle, s’avère extrêmement fournie.
— Eh merde, m’exclamé-je en m’approchant de ce capharnaüm. Face à l’ampleur de la tâche, je me sens découragée d’avance. Pour
me donner un peu de cœur à l’ouvrage, je retourne sur mes pas et me rends dans la cuisine, me préparer un broc entier de café, en songeant que ce ne sera pas de trop.
Pendant que mon breuvage coule tranquillement, je file dans ma salle
de bains prendre une douche express. Ensuite, uniquement vêtue d’un peignoir, avec une tasse à la main, j’enchaîne les allers-retours entre ma chambre et celle de ma colocataire. Quand je suis enfin satisfaite de mon labeur, et prête à m’allonger, m’octroyer un repos bien mérité, je regarde l’horloge du four et découvre, stupéfaite, que je dois déjà partir au travail.
Je franchis pile à l’heure le seuil du Delice Coffee. Cela n’empêche
pas ma patronne, qui considère qu’arriver à l’heure, c’est déjà être en retard, de me jeter un regard torve tandis que je me dirige vers la petite salle réservée aux employés. Je pose mes effets personnels dans mon casier, m’empare d’un tablier, enfile ma casquette, puis prends place derrière le comptoir.
Une ribambelle de clients attend sa commande, et autant, voire
davantage, pour passer la leur. Armée de mon marqueur, je m’active donc, derrière ma caisse enregistreuse, à diminuer le flux de personnes. Ça dure ainsi toute l’après-midi et la fatigue me gagne très vite. Je termine mon service en mode pilote automatique, sans mon entrain ni ma jovialité habituels.
— Angela, j’espère que demain, tu seras un peu plus dynamique et souriante, me réprimande sèchement ma cheffe alors que je m’apprêtais à toquer à son bureau afin de lui demander d’augmenter mes heures.
Finalement, je me ravise et décide d’attendre un peu avant de requérir cette faveur.
— Oui. J’ai juste eu un petit coup de mou. Après une bonne nuit de sommeil, ça ira mieux, la rassuré-je.
— Je l’espère pour toi.
Sans ajouter un mot, elle retourne à ses factures, et moi, le cœur gros, je rentre chez moi en me disant qu’à ce rythme, ce n’est pas demain la veille que je sortirai de mon impasse financière.
Le loft demeure vide et silencieux à mon arrivée. Cependant, au moment où je bute sur une paire d’escarpins, je sais que Blair est venue faire un tour ici, avant de repartir. J’aime y voir le signe qu’avec le mec, qu’elle a rencontré hier, tout se déroule comme sur des roulettes. Je croise les doigts pour elle. Connaissant tous ses déboires amoureux, elle, plus que quiconque, mérite de trouver le bonheur auprès d’un homme.
En pénétrant dans ma chambre, je suis surprise de découvrir un tailleur pantalon gris suspendu sur la porte de ma salle de bains et un petit mot sur mon lit.
« Angie,
Je ne suis pas certaine de te revoir avant mon départ. Voici pourquoi je t’ai préparé une tenue pour ton entretien de demain… »
Ah oui, exact. Je l’avais complètement oublié, celui-là. J’espère qu’il sera concluant. Si je pouvais effectuer ce stage, pouvant servir de tremplin pour ma future carrière avec une rémunération à la clé, ce serait du cent pour cent positif.
Envahie par l’espoir, provoqué à cette perspective, je me replonge dans ma lecture où Blair me confère quelques conseils.
« Accessoirise-la avec des escarpins en cuir noir. Cherche ceux qui te conviennent et avec qui tu te sens le plus à l’aise dans ma Caverne aux Merveilles, je suis certaine que tu y trouveras ton bonheur, ainsi qu’un tee-shirt beige ou écru. Pour la coiffure, fais comme tu veux, mais privilégie les chignons. C’est plus sérieux et pro’.
Cependant, par pitié, je t’en conjure, ne gâche pas tout en mettant tes
bottes de motarde. Elles sont super, mais elles ne conviennent pas dans ce cas de figure !
Bon, je ne vois rien de plus à te dire. Je sais que tu vas tout déchirer.
J’ai confiance en toi et appelle-moi tout de suite après pour tout me raconter. Je reviens dans quatre jours, soit le 27. J’aurais tellement voulu que tu m’accompagnes…
Allez, je file, Silas m’attend.
Je t’embrasse et joyeux Noël.
XOXO
Blair.
PS : Un dernier conseil pour demain : n’utilise pas ta moto et prends
un taxi !!! »
En souriant, je me déchausse du bout des orteils et laisse tomber mes
baskets, noires et roses, assorties à mes cheveux, sur le sol dans un bruit sourd. Le mot dans la main, je m’allonge telle quelle. Je me sens bien trop éreintée pour ne serait-ce me déshabiller et enfiler un pyjama. À la place, je préfère me coucher en songeant à demain et à tout ce que cette nouvelle journée me réservera. J’ai déjà hâte de le découvrir !
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