Angel Ice (French Edition)
ch024
24
Nathaniel
— Au fait, qui joue ce soir ? m’enquiers-je, en m’asseyant sur mon
siège dans le bloc des cent, juste devant la cloison de plexiglas, à quelques pas des bancs de pénalité.
— Les Rangers de New York contre les Aces d’Alaska, me répond
Blair qui s’installe à côté de moi.
— Les Aces d’Alaska ? Est-ce une coïncidence ou… ? — Non, m’informe-t-elle. L’ami d’enfance d’Angie joue avec les
Aces, il lui envoie des places dès qu’il vient en ville afin qu’elle puisse assister au match et le voir. De plus, elle adore le hockey. Regarde-la s’éclater !
Effectivement, elle paraît vraiment s’amuser. Elle affiche un sourire
étincelant comme je ne lui ai jamais vu jusqu’à présent. Ses iris pétillent de bonheur. Tout son corps exprime sa fièvre de se trouver ici. Elle est tendue, ne tient pas en place, ne cessant d’observer l’entrée des vestiaires.
Au moment où le présentateur annonce l’arrivée des joueurs sur la
piste, son exaltation s’accroît d’un coup. Elle se lève d’un bond, puis commence à hurler en sautant sur place. Rapidement, elle dézippe son blouson, arborant fièrement son maillot extra-large à l’effigie des Aces, ainsi que son écharpe assortie.
— Nate, ta gonzesse n’a vraiment peur de rien, me lance Silas. Je regarde autour de nous et découvre que mon frère a raison. Angela
n’a pas froid aux yeux. Elle se révèle la seule à porter les couleurs de son équipe, à savoir le bleu et le noir, au milieu d’un océan de bleu, de blanc et de rouge. Elle s’en moque éperdument, demeurant captivée par ce qu’il se passe sur la glace.
À l’instant où le coup d’envoi est lancé, je découvre une nouvelle facette de mon Alaskaine. Blair avait tort. Angela n’adore pas le hockey, elle en est carrément passionnée. Elle n’assiste pas seulement au match, elle le vit à deux-cents pour cent. Elle semble comme possédée par le jeu. Elle siffle entre ses doigts, encourage ses hockeyeurs, insulte les autres à corps et à cris sans se préoccuper du monde environnant. Elle reçoit des huées et l’équivalent d’un seau de pop-corn par les supporteurs adverses. Cependant, elle ne remarque rien, comme si le monde autour d’elle n’existait plus.
En temps normal, je ne raffole pas des masses du hockey, je préfère nettement le base-ball, ou, mieux encore, le football. Grâce à l’effervescence que ma cavalière déploie autour d’elle, je me trouve pris dans le jeu comme jamais auparavant. Très vite, je me surprends à retenir mon souffle à chaque action et à hurler à pleins poumons.
Au moment où la mi-temps sonne, j’ai la gorge en feu et la voix cassée. Heureusement, Silas respecte sa part du contrat et va chercher des bières, sodas et des hot dogs que nous dégustons avant la reprise.
Le match défile à toute vitesse, et avant que je m’en rende compte, il s’achève sur une victoire écrasante des Aces. Silas et Blair, ayant occupé une grande partie de la deuxième période à se lécher les amygdales, s’éclipsent dès que le coup de sifflet final retentit.
Après leur avoir souhaité bonne nuit, et tandis que les autres spectateurs quittent les gradins, dépités d’avoir perdu, je me retourne vers Angela. Je m’attends à la découvrir en extase d’avoir gagné. Il n’en est rien. Elle s’est assise sur son siège et reste immobile comme pas une seule fois depuis notre arrivée. Elle garde les yeux rivés sur la glace, paraissant à des milliers de kilomètres d’ici.
— Waouh… c’était incroyable, tenté-je pour la faire revenir vers moi.
— En effet, approuve-t-elle d’une voix lointaine.
— Alors, que t’arrive-t-il ? osé-je doucement, tout en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille.
— Quand je viens voir Nick jouer, j’ai l’impression d’être de retour chez moi, m’explique-t-elle, la voix tremblante de nostalgie.
— Ça te manque, l’Alaska ?
— Par moments, oui, et, à d’autres, moins, me répond-elle avec
sincérité en se tournant vers moi. On n’oublie jamais d’où l’on vient, toutefois on apprend à vivre avec.
— Depuis quand n’y es-tu pas retournée ?
— Mon entrée à la fac.
— Ça date, commenté-je malgré moi, tout en songeant qu’il y a plus
de trois années écoulées. Ta famille ne te manque pas ?
— Je n’ai plus que mon grand-père, m’informe-t-elle en battant des
cils comme pour retenir des larmes de couler. Il est trappeur, donc assez solitaire. Il aime vivre seul, avec ses chiens, au milieu de sa forêt.
Si elle n’a plus que son grand-père, dans ce cas, ça signifie qu’elle n’a
plus ses parents. Que sont-ils devenus ? Vivent-ils ailleurs ? Ou bien, comme sa tristesse me laisse craindre, sont-ils décédés ? Comment est-ce survenu ? Quand ?...
Mes lèvres me démangent tellement je meurs d’envie de l’interroger.
Néanmoins, je m’en abstiens. Le moment n’est guère propice à ce genre de conversation. De plus, j’ai conscience qu’en évoquant son aïeul, elle fait un pas en avant. Je ne voudrais pas qu’elle recule de deux en abordant prématurément ce sujet délicat. Je dois donc attendre que les révélations viennent d’elle, et non les forcer.
— Est-ce que tu joues au hockey ? lui demandé-je pour changer de
discussion et revenir sur un terrain moins glissant.
Elle m’adresse un sourire reconnaissant, puis me répond : — Un peu, auparavant. Normal, mon meilleur ami, Nick, en était
dingue. Il ne jurait que par ce sport et s’y exerçait dès qu’il le pouvait, alors, de temps en temps, je l’accompagnais.
— Vous sembliez être très proches.
— Oh oui, unis comme les deux doigts de la main. On ne se séparait
jamais, et même quand on était obligés de rentrer chacun chez soi, là aussi, on demeurait constamment en contact.
— Je n’aurais pas voulu payer vos factures de téléphone ! blagué-je en
la voyant avec quelques années de moins, pendue constamment au combiné pour papoter avec son copain.
— Non, on se servait de la CB. Son père passait des heures là-dessus.
Il essayait d’entrer en contact avec des gens de tous les états, des USA. Et le mien s’avérait policier. Je lui empruntais donc sans arrêt sa radio. Le hic ? À l’époque, j’étais un peu étourdie. J’avais la fâcheuse manie de la perdre. Je ne te dis pas le nombre de fois où nous avons dû retourner toute la maison pour la retrouver, ajoute-t-elle en souriant.
En l’entendant évoquer son père, mon cœur se serre. Je ne connais rien de lui ni du lien l’unissant à sa fille, cependant en percevant la fierté et l’admiration dans sa voix, ils devaient être très proches l’un de l’autre. J’ai mal pour elle qui doit dorénavant vivre sans lui. Comment y parvient-elle ?
— Et il n’a jamais eu de problème ? m’enquiers-je, voulant qu’elle continue de me parler de lui.
— Pas que je sache, m’avoue-t-elle dans un souffle. En revanche, ses collègues savaient parfaitement qui incriminer quand il ne répondait pas aux appels. Ils me surnommaient la « pickpocket en culotte courte ». Je n’avais pas cinq ans que déjà j’étais connue comme le loup blanc dans tout le commissariat.
J’imagine très clairement Angela, enfant, avec des couettes, une petite frimousse à qui l’on donnerait le Bon Dieu sans confession, dérober les affaires professionnelles de son père. Déjà gamine, elle avait tout d’un ange démoniaque.
— Bizarre, ça ne m’étonne pas, m’esclaffé-je.
Nous éclatons de rire et plaisantons encore quelques minutes où elle me raconte certaines de ses frasques. Plus je découvre des choses sur elle, plus j’ai envie d’en apprendre davantage. Je suis insatiable et friand du moindre détail de son passé. Je rêve de pouvoir tout connaître d’elle et de son histoire. Or, pour cela, il va me falloir être patient, car comme on dit : « Rome ne s’est pas construite en un jour ! »
— Et, avec ce Nick, vous étiez juste des amis ou il y a eu plus entre vous ? finis-je par lui demander, au bout d’un moment, dévoré par la curiosité.
À force d’en entendre parler, je ne parviens toujours pas à déterminer la nature exacte de leur attachement et ça commence à me rendre dingue.
Moi… jaloux ?
— Nick et moi étions voisins. Nous passions pratiquement tout notre temps ensemble. Nous avons également fomenté les quatre-cents coups, tous les deux. Donc, quand nos hormones ont débuté à nous travailler, nous nous sommes mis en couple.
— Com… démarré-je d’une voix enrouée.
Je me racle la gorge, puis reprends :
— Combien de temps êtes-vous sortis ensemble ? — À peu près deux ans.
— Et est-ce que vous… débuté-je avant de m’interrompre, gêné de
poser une telle question.
Cependant, j’ai besoin de savoir, sinon je sens que je vais péter un
câble. Je me racle la gorge, puis me lance :
— Vous êtes allés jusqu’où, tous les deux ?
— Il a été mon premier, m’avoue-t-elle dans un souffle. Je sens la jalousie poindre en moi, or j’essaye de la contrôler, au moins
le temps de savoir si j’ai quelque chose à craindre de ce type ou non.
— Pourquoi avez-vous rompu ?
— D’un commun accord, après la remise des diplômes. À l’origine, je
devais partir pour Seattle, et lui devait rester à Fairbanks. Même si je prévoyais de rentrer régulièrement à la maison, nous savions que nous nous verrions peu, finalement. Et comme aucun de nous ne croyait aux relations à distance, nous avons décidé de nous séparer.
À l’origine ? Ces mots m’interpellent. Ça signifie qu’au début, elle
n’avait pas prévu de venir étudier à New York. Pourquoi ce revirement ? Que cache réellement ce choix ? J’ai maintenant la certitude qu’il dissimule quelque chose de très important pour Angela. De quoi s’agit-il ?
Une fois de plus, je meurs d’envie de l’interroger, néanmoins je me
retiens. Je souhaite d’abord en conclure avec le sujet « Nick ».
— Et maintenant, éprouves-tu toujours des sentiments pour lui ? — Il était mon meilleur ami avant de devenir mon petit copain, alors,
oui, je ressens encore quelque chose pour lui. Mais pas ce que tu crois, précise-t-elle précipitamment au moment où je me tends à côté d’elle. C’est difficile à expliquer. Je le connais depuis toute petite. Il apparaît dans la plupart de mes souvenirs d’enfance. Il a toujours été près de moi. Je ne peux pas parler de sentiment fraternel, car je n’étais pas aussi proche de mon frère…
Attends, quoi ? Ai-je bien entendu ? Il s’agit de la première fois
qu’elle fait allusion à un frère. Où vit-il ? En Alaska ? Non, autrement, elle ne m’aurait pas dit, un peu plus tôt, que la seule famille lui restant là-bas est son grand-père. Dans ce cas, où se trouve-t-il ? Est-il, à l’instar de ses parents, décédé ? Sinon, pourquoi n’en parlerait-elle jamais ? Bon Dieu, que lui est-il arrivé ? Et à ses parents ? Quel drame a-t-elle vécu ?
Plus j’apprends à la connaître, plus j’ai l’impression que le mystère autour d’elle s’épaissit. Parviendrai-je un jour à le percer entièrement ?
— Il faut que tu comprennes, Nick est important pour moi, continue-t-elle, n’ayant rien remarqué de mon trouble. Je l’aime, mais pas de cet amour-là.
Je me secoue, range toutes mes interrogations dans un coin de mon cerveau afin de les ressortir plus tard et me concentre de nouveau sur notre conversation.
— Aujourd’hui, vous vous voyez toujours ?
— De temps en temps, quand il est de passage en ville. Tiens, justement le voilà…
J’ai à peine le temps d’assimiler ce qu’elle vient de dire, qu’elle se lève d’un bond et s’élance vers un type en survêtement de sport marchant vers nous. Enfin, je devrais plutôt parler d’armoire à glace. Le mec en question s’avère extrêmement musclé… et grand, une grosse tête de plus que moi alors que je mesure un bon un mètre quatre-vingt-cinq. J’ai plutôt un corps athlétique, or, à côté de lui, je ressemble à un gringalet. Après le match, ne sont-ils pas censés retirer leur armure ?
— Steel Head ! s’écrie-t-elle en se jetant à son cou.
— Angel’Ice, je suis tellement content de te revoir. J’ai eu peur de t’avoir loupée ou que tu ne sois pas venue, réplique-t-il en la réceptionnant comme de rien.
— Tu sais bien que je ne manquerais pour rien au monde un seul de tes matchs ni que je parte sans t’avoir dit bonjour, le rassure-t-elle, tout de go, en s’écartant. Viens, j’aimerais te présenter quelqu’un.
Elle enroule son bras autour du sien et le mène jusqu’à moi. À leur approche, je me lève de mon siège et me prépare à faire la connaissance de ce fameux Nick.
— Nick, voici Nathaniel Winthrope, entame-t-elle. Nate, mon meilleur ami, Nick Johnson.
Les yeux dans les yeux, nous nous jaugeons, nous évaluons. Je cherche dans son regard quel effet lui procure ma présence aux côtés d’Angela, et si, à l’instar de cette dernière, leur histoire appartient à un passé révolu. Pendant ce temps, lui me scrute comme pour s’assurer que je suis suffisamment bien pour sa copine.
Au bout de plusieurs secondes, ne trouvant rien de troublant chez lui, je tends ma main. Il s’en empare fermement. Mes jointures craquent. J’ai l’impression qu’il va me fracturer les phalanges avec sa poigne. Néanmoins, je ne faiblis pas.
S’il croit que je vais capituler avec cela, il peut se fourrer le doigt dans
l’œil jusqu’au coude !
Je ne montre aucun signe de douleur et continue de serrer sa paluche
de toutes mes forces. Finalement, après ce qui me semble durer une éternité, sa prise se relâche et il m’adresse son approbation par un hochement de tête. A priori, j’ai réussi son examen avec succès.
— Ravi de te rencontrer, mec, me lance-t-il en souriant. — Également. Au fait, félicitations pour cette victoire. C’était un beau
match.
— Merci, répond-il, laconique.
Ensuite, le silence s’installe. Personne n’ose le briser ni bouger. Nous
nous dévisageons tous les trois dans l’espoir que quelqu’un parle le premier. Finalement, je me lance :
— Steel Head et Angel’Ice ?
— Steel Head, car il a la caboche la plus dure que je connaisse,
m’explique Angela. Je l’ai vu se prendre des palets dans le crâne sans avoir la moindre bosse ou contusion. Une vraie tête d’acier.
— Et Angel’Ice ?
— C’est un peu plus compliqué, débute-t-elle avant d’être
interrompue par son ami.
— Elle n’aime pas en causer, en revanche, moi, ça ne me dérange pas.
Du temps où elle patinait, avec ses iris rappelant la couleur de la glace et ses cheveux blonds virevoltant autour d’elle, on aurait dit un ange. Sans parler de son prénom « Angela ».
— Tu patinais ? sursauté-je, surpris par cette information. — Et comment, elle patinait ! s’écrie Nick. Sur des patins, elle était la
meilleure. Personne ne l’égalait. Sans ce maudit accident…
Sentant qu’il est allé trop loin, il se tait et baisse la tête, piteux. Par la
suite, un nouveau silence inconfortable s’installe.
— Ainsi, tu étais blonde ? m’enquiers-je, espérant réorienter la
conversation vers un terrain moins glissant.
— Oui, pratiquement argentée, m’explique Nick. Un peu comme
Daenerys dans la série « Game of Thrones ». Quand on était gamins, toutes les filles la détestaient pour cela. Elles l’enviaient.
— J’aimerais bien voir ça, un jour, répliqué-je, rêveur, en essayant de l’imaginer au naturel.
Elle doit être magnifique, plus qu’elle ne l’est aujourd’hui. Enfin, si une telle chose se révèle possible.
— Bon, vous pouvez arrêter de discuter de moi comme si je ne me trouvais pas là, s’agace Angela. Dis-moi, Nick, combien de temps restes-tu à New York ? Est-ce que tu as le temps pour venir jusque chez moi ?
— Oui, mais pas longtemps, je dois reprendre l’avion dans quelques heures.
— D’accord, lui répond-elle, visiblement chagrinée que son ami ne puisse demeurer davantage. Nathaniel, est-ce que tu nous accompagnes ?
— Avec plaisir ! accepté-je volontiers.
Comment pourrais-je refuser ? Cette occasion m’offre à la fois la chance de passer un peu plus de temps avec Angela et d’en découvrir davantage sur elle à travers son amitié avec Nick. Il faudrait être sacrément bête pour dire non à une opportunité pareille.
— Super, se réjouit-elle aussitôt. On se retrouve près de l’entrée ? demande-t-elle à Nick.
— Ça marche. À tout de suite, nous salue-t-il avant de s’éloigner en courant vers les vestiaires.
Main dans la main, nous remontons les gradins et traversons le hall désert à cette heure-ci. Nick nous attend déjà près des portes. Il a récupéré son anorak, qu’il tient tranquillement à la main, et un sac de sport.
— J’y crois pas, tu l’as encore ? s’exclame-t-il au moment où il avise la moto d’Angela.
— Évidemment. J’ai eu des petits soucis avec la segmentation. Mais maintenant, elle ronronne comme un chaton. Tu veux l’essayer ? lui propose-t-elle en lui tendant les clés.
— Sérieux ? demande-t-il, ébahi.
Comme s’il craignait qu’elle ne change d’avis, il se dépêche de les récupérer, d’enfiler son manteau et d’enfourcher la bécane.
— Attends ! l’arrête-t-elle avant qu’il n’actionne l’engin.
Elle ouvre le top-case d’où elle sort un casque, puis lui tend, en lui enjoignant :
— Sois prudent !
— T’inquiète, je te la ramènerai en un seul morceau, sans la moindre égratignure, lui promet-il dans l’espoir de la rassurer, en caressant la carrosserie, comme s’il s’agissait d’un objet précieux.
— Tu as intérêt, sinon je t’émascule. On passe devant et tu nous suis,
OK ?
Pour toute réponse, il démarre et fait vrombir le moteur en jouant avec
la manette des gaz. Il paraît aussi heureux qu’un gamin, le matin de Noël. Nous le laissons à son nouveau jouet et rejoignons sans plus attendre ma voiture, direction Brooklyn.
Une demi-heure plus tard, nous arrivons aux abords de l’immeuble
d’Angela. Je me stationne devant l’entrée tandis que Nick poursuit sa route et contourne le bâtiment pour se garer au sous-sol. Nous le retrouvons dans le hall, les joues rougies par le froid hivernal, claquant des dents. Malgré cela, il a l’air enchanté de sa petite virée en deux roues.
— Merci, Angie, c’était fantastique ! s’exclame-t-il en rendant ses clés
à leur propriétaire.
Nous commençons à monter les escaliers lorsqu’il m’explique
discrètement, dans un murmure à peine audible :
— Elle appartenait à son père. C’était vraiment un chic type. Gamins,
il nous amenait en balade, Angie devant, et moi, derrière. Il nous a également appris à conduire avec.
Je meurs d’envie de lui soutirer davantage d’informations comme, par
exemple : que lui est-il arrivé ? Comment est-il mort ? Néanmoins, je me retiens.
Nick semble plus disposé à discuter de cela qu’Angela. Toutefois, je
désire que ces révélations viennent d’elle – si elle en ressent l’envie, ou le besoin, de m’en parler –, et non de lui. Si je le faisais, j’aurais l’impression de la trahir. Il s’agit bien de la dernière chose que je souhaite.
— Je ne l’ai pas connu. En revanche, quand je vois la fille
extraordinaire qu’il a élevée, je ne peux en douter, lui réponds-je simplement.
— Oui, tu as raison. C’est une fille bien, la meilleure que je connaisse,
rétorque-t-il, pensif, comme s’il se remémorait la période où il l’avait pour lui tout seul.
Trop tard, mon pote. Dorénavant, elle m’appartient. Tu as eu ta
chance, tu l’as perdue. Tant pis pour toi. Sache que je ne compte pas la laisser filer.
Certes, notre histoire n’a pas commencé de manière idyllique. En peu de temps, nous avons vécu pas mal de hauts et de bas. À présent, j’ai l’opportunité de pouvoir tout reprendre à zéro et je ne vais pas me gêner. Cette fois, je suis déterminé à faire les choses comme il faut, afin qu’elle et moi allions le plus loin possible, ensemble.
Qu’on se le tienne pour dit !
OceanofPDF.com