Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 18 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Nathaniel

 

Bordel, c’est quoi ce binz ?

À un moment donné, j’étais en train d’éviter de mourir d’ennui en

écoutant un vieux couple d’amis de mes parents bavasser sur leur futur gendre. Une seconde plus tard, après un boucan infernal, je découvre, surpris, la présence d’Angela à la même soirée que moi. Ce que j’ignorais totalement, cela dit. Puis, la minute d’après, elle me largue comme une vieille chaussette. Je ne saisis vraiment rien à rien.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Ce matin, quand nous nous

sommes quittés, tout se déroulait à merveille entre nous. Nous nous étions même promis de nous revoir après Noël. Et maintenant, ça. Putain, mais que s’est-il passé ?

Je reste immobile dans la ruelle déserte et sombre, à me geler les

miches, tout en ressassant cette question. J’attends désespérément qu’elle opère un demi-tour et m’apporte les réponses à toutes ces interrogations. Cependant, au bout d’un quart d’heure, à demeurer comme un con, je suis forcé d’admettre qu’elle ne reviendra pas. Elle est vraiment partie. Et j’en ai bien peur, pour de bon.

Il ne s’agit pas tant de ses paroles qui me rendent aussi affirmatif,

plutôt de sa façon de les prononcer. Il y avait une telle détermination ainsi qu’un zeste de regret dans sa voix et sa posture. J’en frissonne encore, même lorsque je retrouve la chaleur de la salle de réception.

En franchissant la double porte, je m’attends à découvrir un lieu de carnage, sens dessus dessous. Toutefois, il n’y a plus rien pour témoigner de l’esclandre ayant eu lieu vingt minutes plus tôt. Les bris de verre ont été enlevés ; le sol, récuré. La scène entre Angela et ce blondinet semble déjà oubliée et les invités paraissent être passés à autre chose. La plupart des convives sont attablés et occupés, soit à faire des mondanités avec leurs voisins en sirotant du vin, soit à dévorer leur entrée. Les serveurs déambulent en un ballet orchestré afin d’apporter les dernières assiettes.

Il y a tellement de monde que je peine à dénicher ma place. Par chance, mon frère me remarque et m’adresse un signe de la main dans le but d’attirer mon attention. Je le rejoins en traînant des pieds. Je n’ai pas la moindre envie d’assister à ce dîner. Je préférerais aller retrouver Angela et m’expliquer avec elle. Mais je dois rester ici, pour mes parents ainsi que pour les orphelins new-yorkais afin qu’ils puissent avoir un Noël à l’instar des autres enfants.

Je retrouve Silas, mon père et ma mère à notre table. Ces derniers sont en pleine conversation avec des amis de longue date. Mon frère m’observe scrupuleusement pendant que je m’assois sur ma chaise et commence à manger. Je serais bien en peine de savoir ce que j’avale, mon esprit étant trop préoccupé par ma jolie Alaskaine. Je ne cesse de me demander où elle est allée, comment elle va.

— Qu’est-ce qui te tracasse, frangin ? me demande soudainement Silas. Tu tires une de ces tronches, comme si tu venais de manger un truc pas frais.

— Fous-moi la paix, Silas. Je ne suis pas d’humeur.

— Ça ne changera pas de d’habitude, réplique-t-il, pas le moins du monde décontenancé par la virulence de mes propos. Pourtant, je n’ai pas assisté à une soirée aussi exaltante, depuis des années. Nous nous la coltinons tous les ans, mais je ne me suis jamais autant amusé. Je ne regrette pas d’être venu. Il y a enfin eu un peu d’action. Tu as vu ce type dégoulinant de Champagne ? Et cette fille ? Elle n’a pas froid aux yeux, cette petite…

— Silas, ferme-la, le coupé-je avant qu’il ne dise quelque chose d’inopportun concernant Angela.

Bien évidemment, il ne l’entend pas de la bonne oreille et poursuit comme si de rien n’était :

— Quoi ? Ne me dis pas que tu n’as pas apprécié ce divertissement !

Je me demande bien ce qu’il s’est passé entre eux. Tu crois qu’il a tenté de la draguer et qu’elle n’a pas aimé ? Je le comprends, le bougre, il faut dire que cette fille s’avère sacrément bandante.

— Aie un peu de respect pour elle, s’il te plaît, le reprends-je, ne

supportant pas qu’il parle de cette façon de mon ange.

— Oh… quel rabat-joie ! Tu n’es vraiment pas drôle, ce soir. Qu’est-

ce qui te chiffonne ? Tu as l’air plus sinistre qu’un croque-mort.

— Je viens de me faire plaquer, lui avoué-je dans un souffle. — Aïe. C’est moche. Mais quand ?

— À l’instant, lui réponds-je, ne comprenant pas pourquoi je lui

raconte cela.

Néanmoins, je me surprends à continuer sur ma lancée. Peut-être

saura-t-il m’aider ?

— Tu te souviens de la fille de samedi soir ? lui demandé-je. — Celle qui s’est barrée pendant que tu pionçais ? — Elle-même. Bref, je l’ai recroisée par hasard à mes bureaux hier,

après-midi. Elle venait passer un entretien pour un stage. Nous avons un peu parlé tous les deux et, de fil en aiguille, j’ai réussi à la convaincre de me revoir. J’ai passé la soirée et la nuit chez elle.

— Et… m’incite-t-il à poursuivre, sa curiosité piquée au vif. — Elle vient de me sortir un baratin comme quoi ma vie serait soi-

disant trop différente de la sienne. Qu’elles ne peuvent cohabiter. Enfin, un truc du genre. Et elle s’est barrée sur sa moto.

— Une moto, sexy ! s’exclame-t-il. J’adore.

— Silas, le rabroué-je dans un grondement.

La dernière chose dont j’ai envie demeure qu’il fantasme sur des

scénarios interdits aux mineurs, avec, pour héroïne, mon Angela.

— Ouais, pardon, je divague. Pourquoi t’a-t-elle dit ça ? — C’est ce que j’aimerais bien comprendre, soupiré-je. Est-ce que tu

connais le blondinet qui s’est vu offrir le shampooing au Champagne ?

— Il s’agit de Chris Archibald III. Le fils de Christopher Archibald, le

gouverneur de l’État de New York. Pourquoi ?

— J’ai envie de savoir ce qu’il lui a dit ou fait pour qu’elle se mette

dans cet état.

— Minute papillon. Tu veux dire que la nénette de samedi soir se

trouve être…

— Oui, celle qui a versé son plateau sur la tête de ce fameux Chris, lui confirmé-je en concevant déjà un plan dans ma tête. Il faut que je le trouve et aie une petite explication avec lui.

Je commence à me relever lorsque mon frère me retient par le bras.

— Il est assis à la table d’honneur, m’explique-t-il. Tu ne peux pas te pointer là-bas comme ça. Attends qu’il soit seul pour le choper. Je connais sa mère de réputation et, crois-moi, il ne s’agit pas du genre de personne à se mettre à dos. De tous, présents dans cette salle, elle représente la personne la plus influente, ici. Elle peut te créer une bonne réputation ou bien te la briser en un rien de temps. Si tu débarques, sur tes grands chevaux, à leur table, pour t’en prendre à son rejeton, elle te fichera persona non grata dans toute la société et te ruinera en un battement de cils. Une véritable hyène. Elle n’a aucun scrupule et ne témoigne d’aucune compassion. Si ton Angela l’a comme ennemie, il s’agit peut-être d’une bonne chose qu’elle t’ait quitté. Crois-moi ! C’est finalement mieux ainsi.

Je secoue la tête, refusant d’entendre ses paroles. Il a raison à propos de madame Archibald, je le sais. Toutefois, je refuse de rester là, les bras ballants, à me torturer l’esprit. Je dois absolument savoir ce qu’il s’est produit avec ce Chris.

— Écoute... continue-t-il avec une touche de compassion dans la voix qui me hérisse les poils, je veux bien croire que cette nana est une fille géniale et tout… Néanmoins, si tu t’exhibes avec elle, tu t’exposes à des répercussions. Serais-tu capable de les gérer actuellement ? Ton entreprise se relève à peine de cette histoire de délit d’initié. Avant de faire quoi que ce soit, pense à ça et à tes employés. Ils ont besoin de toi.

— Je le sais, mais j’ai aussi besoin de comprendre, autrement je vais devenir fou. Cette fille… Angela... Pour toi, elle ne symbolise probablement qu’un tampon, une transition. Pourtant, au fond de moi, je sens que non. Elle représente bien plus que ça. Je n’ai pas de mot pour décrire ce que j’éprouve en sa présence. Je n’ai jamais ressenti cela, pour personne, pas même pour Mercedes.

— OK, capitule-t-il. Fais attention. Tu marches sur des œufs, tâche de ne pas les casser.

— Je ne ferai pas d’esclandre ni rien de stupide pouvant m’attirer le courroux de madame Archibald, lui promets-je en décidant de suivre ses conseils et de patienter jusqu’à l’instant propice pour coincer ce Chris Archibald III.

La soirée traîne en longueur et j’attends toujours que ma cible se

libère de l’emprise maternelle. Sa mère le couve et le tient sans arrêt à l’œil. Quand, finalement, je le vois se diriger en direction des toilettes, le moment, que je désespérais de voir arriver, survient.

Tandis qu’il atteint les lavabos, je me lève de table, en m’excusant, et

le suis. Dès que j’ai franchi le seuil, je soudoie le préposé.

— Prenez une pause, vous l’avez bien méritée, lui dis-je en lui glissant

un billet de cinquante dollars qu’il empoche illico.

Après son départ, je referme la porte derrière lui, à clé, et patiente que

Chris termine sa petite affaire.

— Que s’est-il passé avec Angela ? lui demandé-je brusquement

pendant qu’il se lave les mains.

— Pourquoi ? Qui êtes-vous ?

— Un ami à elle, lui réponds-je. Et je voudrais savoir ce que vous lui

avez dit.

— Un ami ? Étrange, je connais Angie depuis son emménagement à

New York et je ne me souviens pas de vous avoir déjà vu avec elle.

— Ne faites pas le malin, le mets-je en garde en sentant la colère

poindre. Qui êtes-vous par rapport à elle ?

— Ah, c’est donc cela qui vous intéresse ! lance-t-il, comme s’il avait

déniché le remède contre le cancer. N’êtes-vous pas un peu âgé pour elle ?

— Je perds patience, grogné-je en essayant de contenir ma fureur. Ce jeune freluquet a le don de me mettre hors de moi. Je ne dois pas

oublier la mise en garde, pleine de bon sens, de mon frère. Je me force à penser à tout ce que j’ai à perdre au lieu de lui coller mon poing dans la figure. Mais ça me démange.

— Du calme, vieux. Si vous voulez tout savoir, Angie et moi, nous

sommes sortis ensemble un petit bout de temps. J’ai cassé cet été et, ce soir, je lui ai fait un peu de rentre-dedans pour déconner. Elle l’a mal pris et m’a balancé son plateau à la figure.

J’ai envie à la fois d’éclater de rire tellement je suis fier de la réaction

d’Angela et d’infliger une bonne raclée à cet olibrius pour avoir tenté de la séduire. Une question m’intrigue cependant.

— Pourquoi ?

— Elle a piqué une sorte de crise de jalousie en déblatérant sur les filles que je fréquente depuis notre rupture. J’ai pensé qu’elle voulait remettre le couvert. Apparemment, j’ai mal interprété les signaux.

Maintenant que j’ai toutes les informations que je souhaitais obtenir, je tourne les talons, ouvre la porte et retourne à ma place. Mon frère est toujours assis sur sa chaise et semble m’attendre.

— Alors ? me demande-t-il, à peine mes fesses posées.

— J’ai eu ce que je voulais savoir.

— Mais encore…

Je lui répète tout ce que Chris m’a dit, puis prends congé de tout le monde avant de rentrer chez moi, réfléchir à tout ceci.

Si les réponses de Chris m’ont éclairci sur certains points, il en a également soulevé d’autres. Que s’est-il réellement passé entre lui et Angela ? Éprouve-t-elle toujours des sentiments à son égard ? Pensait-elle à lui quand elle était avec moi ? Ai-je compté pour elle comme elle compte pour moi ?

 

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