Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 5 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Nathaniel

 

Je suis plongé jusqu’au cou dans les dossiers – qui recouvrent la totalité de mon bureau – lorsque mon téléphone se met à sonner. Excédé par cette interruption, je soulève les feuilles les unes derrière les autres à la recherche de mon perturbateur, bien décidé à envoyer promener la personne osant parasiter mon travail.

Sans même regarder le nom affiché sur l’écran, je décroche et réponds avec mon intonation la plus sèche et froide que je possède en réserve pour ce genre de situation.

— Winthrope !

— Toujours aussi formel, frangin, réplique Silas, enjoué. Quand te décideras-tu à retirer le bâton que tu as dans le derrière et à te dérider un peu ? Je ne dis pas cela pour moi, mais pour toi.

— Qu’est-ce que tu veux ? m’enquiers-je, déjà épuisé par cette conversation. J’ai une tonne de boulot, donc pas le temps pour supporter tes conneries. Va droit au but, je te prie !

— Oh, quel rabat-joie tu es devenu. Heureusement, ça va changer. Ce soir, j’ai décidé d’avoir bon cœur et de sortir mon petit frère chéri. Interdiction de refuser. J’ai déjà tout organisé. Je passe te prendre à vingt heures. Tiens-toi prêt pour une soirée de délire ! On ira manger avant d’aller en boîte. Depuis combien de temps n’as-tu pas profité un peu de la vie ?

— Silas ! rugis-je afin de le prévenir qu’il atteint mes limites de

tolérance. Je n’ai franchement pas le temps pour des futilités pareilles.

— Quand l’auras-tu ? Dans ta tombe ? me renvoie-t-il aussi sec, toute

trace d’amusement disparue dans sa voix. Tu as trente ans et tu ne fais que travailler, reprend-il plus calmement. Je sais que ton existence n’a pas été très facile dernièrement à cause de…

— Silas, le coupé-je avant qu’il ne poursuive et prononce ce que je

n’ai aucune envie d’entendre. Ne t’aventure pas sur ce terrain, je doute que tu possèdes la carrure suffisante pour cela.

— Écoute, insiste-t-il malgré ma mise en garde, je dis juste que depuis

que cette salope de Mercedes t’a brisé le cœur, ton temps libre, tu le passes à bosser. Le moment est venu de laisser le passé là où il se trouve et continuer à vivre. Offre-toi quelques heures durant lesquelles tu es tout simplement Nate et non pas le brillant homme d’affaires, Nathaniel Winthrope, PDG de Winthrope Investissement. Tu en as besoin, crois-moi. Quoi de mieux qu’une soirée avec son grand-frère adoré pour cela ?

— Si j’accepte, tu me ficheras la paix avec tes boniments à deux

balles ? m’assuré-je en me frottant le front, sentant poindre un début de migraine.

— Promis. Croix de bois, croix de fer...

— Bon, d’accord, m’avoué-je vaincu, sachant très bien que je

n’obtiendrai jamais gain de cause. Tu as gagné. Satisfait ? Maintenant, fous-moi la paix.

— À plus, frangin, me salue-t-il avant de raccrocher. Oh putain, dans quoi est-ce que je viens de m’embarquer ? J’adore mon frère. Il n’empêche, parfois – comme en ce moment, par

exemple –, je le déteste. Je ne connais personne de plus insouciant et impulsif que lui. Pourtant, il sait aussi être fin psychologue à ses heures perdues.

Ça me tue de le dire, néanmoins il n’a pas tort. J’ai besoin de laisser le

passé là où il se trouve, en me consacrant au présent. Je dois arrêter de me cacher derrière mon bureau, et m’ouvrir aux autres. Prendre à bras-le-corps la dure réalité de l’existence.

Oui, je me suis fait jeter comme une grosse merde par la femme que je

pensais être la seule, l’unique, LA femme de ma vie. Alors, d’accord, quand elle est partie, elle a emporté avec elle une partie de mon cœur. Cependant, elle ne m’a pas ôté la vie pour autant. Je dois continuer à vivre avec ou sans Mercedes.

Depuis qu’elle m’a quitté, je me noie dans le boulot au point d’oublier les gens qui gravitent auprès de moi, que ce soit ma sphère professionnelle ou privée. J’ignore pourquoi, toutefois je m’emprisonne dans ma bulle de solitude, loin de tous. Est-ce par peur de souffrir de nouveau ? D’être déçu une seconde fois ? À moins que je craigne d’essuyer un autre échec ?

Plus j’y réfléchis, plus cette dernière proposition m’apparaît comme être la bonne. De toute mon existence, je n’ai jamais raté quoi que ce soit. Dès que je m’impose un objectif, je mets tout en œuvre pour l’atteindre, voire carrément le dépasser. Et ce, depuis ma plus tendre enfance. J’ai toujours démontré beaucoup d’inventivité pour parvenir à mes fins. Or, quand Mercedes m’a largué, je l’ai vécu comme une défaite, car je n’ai pas su la rendre heureuse. Je pensais pourtant y être parvenu. Je lui avais tout donné et j’étais prêt à tout pour elle. Malheureusement, cela n’a pas suffi pour la garder auprès de moi.

Ça me tue de l’admettre, mais j’ai merdé. Toutefois, le plus rageant dans cette histoire demeure que Mercedes ne m’a pas une seule fois octroyé la possibilité de réparer mes erreurs. Elle a tout simplement pris ses affaires et a disparu sans explication. Et ça, ça me reste en travers de la gorge.

Percevant la frustration monter en moi, je me secoue et me force à penser à autre chose. Silas a raison. Je dois cesser de me lamenter et avancer. Il faut que j’arrête de me planquer derrière mon travail et de repousser le monde extérieur. J’ai beau me creuser la cervelle, je n’arrive même plus à me souvenir de quand date la dernière fois où j’ai dîné avec mes parents ou passé un moment avec mon grand-frère.

Le temps est venu pour que cela change !

Remonté à bloc, je me replonge dans mes dossiers avec beaucoup plus d’entrain et d’énergie qu’auparavant. Je suis déterminé à terminer tout ce que j’ai à boucler d’ici ce soir et à m’octroyer une très bonne soirée avec mon frangin.

 

***

Beaucoup plus tard, après un dîner entier à entendre Silas me rabattre

les oreilles sur ses dernières conquêtes, qu’il collectionne à l’instar d’autres avec les timbres, et à l’écouter m’inciter à me remettre dans la course maintenant que je me retrouve célibataire, nous pénétrons dans la Sainte des Saintes des boîtes de nuit.

Il ne s’agit pas d’un club comme les autres. Non, c’est THE club le

plus select de Manhattan, en ce moment. D’après mon frère, il s’agit de l’endroit qu’il ne faut pas rater actuellement. Personne n’y entre comme ça. Si l’on veut espérer en voir l’intérieur, il faut montrer patte blanche, avoir un portefeuille bien garni et, surtout, posséder un nom de famille connu. Il incarne le genre d’établissement où se côtoient la jeunesse dorée new-yorkaise, les célébrités ainsi que quelques badauds triés sur le volet. Et encore, ces derniers ne représentent pas n’importe qui. Il s’agit principalement de personnes invitées pour une raison ou une autre. Pénétrer ici, ça ressemble un peu à recevoir la bénédiction par le Pape lui-même.

— Bonne soirée, messieurs Winthrope, nous salue le videur en

ouvrant le cordon rouge devant nous, nous permettant ainsi d’accéder à l’entrée de ce lieu si convoité.

— Vous aussi, le remercié-je en passant près de lui. Dès l’instant où la lourde porte se referme derrière nous, j’ai

l’impression de revivre, comme si une partie de moi se trouvait en hibernation et se réveillait brutalement. Je n’ai pas mis les pieds en discothèque depuis un sacré moment – une éternité selon Silas ; une autre vie, selon moi –, et je me rends compte, aujourd’hui, combien ça me manquait.

J’ai à peine effectué un pas que, aussitôt, je repense à mes folles

années où j’éclusais tous les endroits à la mode. À cette époque-là, je me sentais toujours partant dès qu’il s’agissait de m’éclater jusqu’au petit jour. J’ignore ce qu’il s’est produit ensuite – est-ce parce que j’ai rencontré Mercedes ou bien suis-je tout simplement devenu adulte ? –, mais j’ai commencé à ne plus voir grand intérêt à ces soirées. Elles sont devenues, pour moi, une perte de temps inestimable. Pourquoi m’amuser, alors que, à la place, je peux faire autre chose de plus rentable tel que me consacrer à ma carrière, fonder ma propre société, me forger un nom à Wall Street ? J’ai donc quitté le monde de la fête pour celui des affaires. Je ne regrette absolument rien, car, sans cela, je ne serais peut-être pas celui que je suis maintenant. Simplement, je croyais cette période de ma vie révolue. Pourtant, me voici ici, ce soir.

Nous déposons nos manteaux aux vestiaires, puis nous pénétrons dans la salle bondée où l’ambiance se révèle électrique. La musique pulse à fond dans les enceintes. Les gens se déchaînent sur le dance-floor. Des serveurs, chargés de plateaux remplis de verres et de bouteilles, tentent de se frayer un chemin à travers la foule pour apporter les consommations des clients attablés dans les petits salons, disséminés tout autour de la piste.

Face à toute cette agitation, mon cœur se met à battre au rythme des basses et mon corps se contracte d’une tension que je n’ai pas éprouvée depuis des lustres.

Je laisse mon frère me guider jusqu’au bar où deux tabourets semblent nous attendre. Je m’assois sur l’un d’eux tandis que Silas accapare l’autre. Aussitôt, une barmaid apparaît devant nous et nous demande ce que l’on veut boire.

— Un gin-tonic, pour moi, et pour toi, Silas ?

— Pareil.

Lorsqu’elle se détourne pour préparer nos commandes, mon frère me donne un coup de coude dans le flanc et s’exclame :

— Je constate que tu retrouves tes bonnes vieilles habitudes, frangin ! Ça fait plaisir à voir. Comme quoi, tu n’es peut-être pas un cas si désespéré que je le craignais.

— Ferme-la ! le rabroué-je avant d’ajouter, reconnaissant : d’ailleurs, avant d’oublier… merci.

— De quoi ? me demande-t-il, visiblement intrigué.

— Pour m’avoir incité à sortir, ce soir. Tu avais raison, j’en avais grandement besoin. Je dois arrêter de m’enfermer dans mon bureau et profiter davantage de la vie.

— De rien, frérot. Tu pourras toujours compter sur moi pour te filer un bon coup dans le derrière quand il le faudra. Les grands-frères servent à cela.

Dès que l’on dépose mon cocktail devant moi, je m’en empare, l’entrechoque contre celui de Silas avant d’en avaler une gorgée. La sensation de la brûlure de l’alcool, mêlée à la fraîcheur de la glace, exacerbe ma fébrilité. Je me sens bien parti pour rester là, à savourer ma vie retrouvée.

Tout en sirotant ma boisson, je me retourne et observe ce qu’il se

produit dans la salle. Malgré l’obscurité ambiante, je reconnais certaines personnalités de la ville. Un groupe de footballeurs, sur ma droite ; une journaliste très en vogue en ce moment sur Fox News, sur ma gauche ; et, au fond de la salle, j’aperçois un chanteur de hip-hop de renommée internationale.

Je souris en avisant un couple très collé-serré, se trémoussant en total

décalage avec la musique. Ils s’embrassent goulument devant tout le monde. Il pétrit les fesses de sa partenaire ; elle agrippe sa chemise comme si elle voulait la lui arracher. Ils semblent avoir tout oublié d’où ils se trouvent et avec qui. À mon avis, dans moins de cinq minutes, soit ils baiseront directement sur la piste, sans se préoccuper du public autour d’eux, soit ils tenteront de se rendre à l’hôtel, situé à un pâté de maisons d’ici. Ou ils s’isoleront aux toilettes, afin de terminer ce qu’ils paraissent avoir déjà bien entamé.

— Mate-moi cette bombe ! s’exclame d’un seul coup Silas,

m’arrachant à ma contemplation. J’ai bien envie d’aller tenter ma chance. Ça te dérange si…

— Non, vas-y, et éclate-toi bien !

— J’en ai l’intention, frangin, réplique-t-il avec un clin d’œil des plus

suggestifs. D’ailleurs, tu ferais bien de prendre exemple. Crois-moi, la meilleure façon de profiter de l’existence est de jouir sans vergogne de tout ce qu’elle a à offrir. Quel meilleur moyen pour oublier ton ex que de passer à autre chose ? Penses-y, mais pas trop longtemps. Je te rappelle que tu as une vie à vivre, alors ne la gaspille pas en restant assis bêtement, là, à tergiverser. Jette-toi à l’eau, il n’y a que comme ça que tu avanceras.

Sur ces dernières recommandations, il termine son verre d’un trait et

file rejoindre la belle brune qui lui a tapé dans l’œil, me laissant pantois par la profondeur de ses paroles. Décidément, il m’étonnera toujours !

Je me secoue et me concentre sur la façon dont il procède pour établir

le premier contact. La dernière fois que j’ai dragué une fille remonte à plus de dix ans. J’avoue, je suis curieux de savoir comment ça marche aujourd’hui.

Il s’approche lentement de sa cible, puis, sans autre forme de procès,

se colle à elle. Il plaque son torse contre son dos et enveloppe sa taille fine de ses mains. Dans un premier temps, elle sursaute, se retourne. Ensuite, elle reluque Silas de la tête aux pieds, et commence à bouger avec lui. Visiblement, il paraît lui convenir.

Je suis à la fois impressionné par le brio de mon frère et un peu déçu. J’espérais qu’avec une attaque aussi directe, il se prenne un râteau, qu’il se fasse casser la gueule par un petit copain jaloux ou, au moins, reçoive une gifle pour ses manières d’homme des cavernes. Au lieu de cela, il a emballé la gonzesse en un temps record. Chapeau, l’artiste !

Ils dansent pendant deux ou trois morceaux avant de s’éloigner de la piste et de se trouver un coin tranquille.

À ce moment-là, je découvre les plus belles jambes de l’Univers. Gainées de bas de soie noirs, elles sont longues, fines et musclées à souhait. Je n’ai pas besoin d’en voir davantage pour être déjà conquis par leur propriétaire.

Désireux néanmoins d’en apprendre davantage sur cette sublime inconnue, je détaille son corps, en parfaite harmonie avec ses gambettes et sa minuscule robe argentée qui le met divinement en valeur. Elle se révèle aussi svelte et gracieuse que je pouvais l’imaginer. Son visage, ses pommettes hautes et sa bouche pulpeuse me subjuguent totalement.

Je regarde autour d’elle, je ne parviens pas à savoir si elle est venue seule ou accompagnée. Je ne remarque personne dans son sillage.

Rassuré sur le point qu’elle n’ait pas de petit ami s’apprêtant à m’arracher les yeux pour oser la reluquer, je l’admire onduler avec légèreté au rythme de la musique. Elle garde constamment les yeux fermés. Ses longues boucles noires et roses bougent avec elle, provoquant un effet absolument charmant. On croirait qu’elle est auréolée d’un halo lumineux en fonction des stroboscopes et autres faisceaux lumineux parcourant le dance-floor.

Je ne la connais absolument pas, pourtant je suis déjà envoûté par la sensualité qu’elle dégage. Il me suffit d’ailleurs de l’observer se mouvoir pour que, aussitôt, mon cerveau se crée tout un scénario, digne d’un film X. Face à ce déferlement d’images, toutes plus décadentes les unes que les autres, mon sexe se réveille et se dresse douloureusement contre ma braguette. J’ai l’impression d’être redevenu un adolescent en rut, qui bande pour un rien. J’en reste d’autant plus troublé que je n’ai pas réagi de cette manière, aussi rapidement et intensément, depuis très longtemps.

Bordel, je suis fichu !

Discrètement, je réajuste mon érection, puis m’efforce d’orienter mes

pensées loin de mon envoûtante séductrice. Mais, c’est peine perdue. Plus j’essaye d’arrêter de la contempler, moins j’y parviens. Elle m’attire comme un aimant. Elle m’a complètement ensorcelé.

Subitement, j’ai envie de m’approcher d’elle, de l’aborder et, pourquoi

pas, d’entreprendre quelque chose avec elle. Silas ne m’a-t-il pas conseillé de foncer ? Existe-t-il un meilleur moyen pour oublier Mercedes qu’avec cette magnifique femme ?

Je réfléchis à comment procéder, lorsqu’elle ouvre les paupières et

arrime ses prunelles aux miennes, comme si, depuis le début, elle savait que je l’observais. En découvrant la beauté de ses iris, je demeure scotché. Elle possède des yeux somptueux. Ils sont d’une délicate teinte d’un bleu extrêmement pâle, quasi transparent, avec juste une auréole légèrement plus foncée autour. Je n’ai jamais rien vu de comparable de ma vie. Ils possèdent leur propre magnétisme qui exacerbe ma convoitise.

Putain, je suis foutu !

Je m’apprête à me lever pour la rejoindre quand une voix,

reconnaissable entre mille, surgit à côté de moi.

— Bonsoir, Nate !

Pourquoi ? De toutes les boîtes de Manhattan, pour quelle fichue

raison a-t-il fallu qu’elle vienne dans celle-ci précisément ? Et le soir même où je m’y trouve afin de reprendre ma vie en main ? Pile au moment où j’escompte enfin tirer un trait sur elle et passer à autre chose ? Je dois être maudit !

Avec son corps longiligne, mis en valeur dans une courte robe noire à

sequins, son visage en cœur, ses cheveux blond vénitien, ramenés en un chignon flou au-dessus de sa tête, et ses yeux verts, elle demeure toujours aussi séduisante. Mais beaucoup moins que ma fabuleuse inconnue, qui, elle, est une vraie bombe atomique.

— Mercedes.

En entendant mon intonation glaciale, elle tressaille. Toutefois, elle se

reprend rapidement et s’assoit sur le tabouret laissé libre par Silas, comme si je l’y avais invitée.

En la voyant agir, je hausse les sourcils, surpris. — Qu’est-ce que tu fabriques ici ?

— Comme toi, je suppose. Je suis venue m’amuser, me divertir.

— Non, pas ici, en boîte de nuit. Ici, près de moi ? lui demandé-je, agacé par son intrusion.

— En t’apercevant, j’ai eu envie de venir te voir, discuter avec toi. Savoir comment tu allais.

Son intonation me crispe. Elle s’exprime comme si nous étions de vieux amis qui ne se sont pas croisés depuis un bail. Or, nous ne sommes pas de vieux amis. Loin de là. Entre elle et moi, il existe un passif d’une décennie de vie commune, qu’elle a balancé à la poubelle, du jour au lendemain, pour je ne sais quelle raison. Certes, j’aimerais comprendre pourquoi elle m’a largué telle une vieille chaussette. Cependant, l’avoir là, juste devant moi, espérant tailler un bout de gras avec moi, me hérisse les poils.

— Eh bien, je vais très bien, merci de t’en inquiéter. Maintenant, tu peux t’en aller, reprendre le cours de ta vie.

Je parle un peu plus rudement que je l’avais prévu. Néanmoins, la douleur que j’ai ressentie lorsque, en rentrant un soir du boulot, j’ai retrouvé notre appartement vidé de toutes ses affaires, demeure toujours aussi vive. Elle m’a vraiment blessé. Et découvrir qu’elle n’a pas été aussi affectée que moi par notre rupture m’enrage d’autant plus.

Je ne supporte pas de la savoir près de moi. Elle a eu plus de deux mois pour tenter de m’approcher. Deux mois durant lesquels j’ai attendu, en vain, un signe de sa part, un coup de fil, une lettre. Deux mois à espérer son retour. Aujourd’hui, je n’attends ni n’espère plus rien, hormis qu’elle me foute la paix. Je ne veux plus la voir ni lui parler. En réalité, je voudrais qu’elle disparaisse afin de pouvoir continuer d’oublier et avancer. Mais comment le lui faire comprendre ?

 

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