Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 21 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Autant à l’aller, je n’ai pas vu défiler la route, autant pour le retour,

jamais un trajet ne m’avait paru aussi monotone. Chaque mile me semble interminable. Plus j’avance, moins j’en vois le bout.

Par-dessus le marché, tout le café que j’ai ingurgité avant de partir de

Montauk est oublié depuis longtemps. Je dois constamment lutter contre la fatigue accablante ainsi que le froid polaire qui transperce mes vêtements, puis se fiche directement dans mes os. En plus de frissonner, en claquant des dents au point d’avoir mal aux mâchoires, je suis épuisée. Je n’en peux vraiment plus. Je dois fournir un effort incommensurable pour ne pas m’assoupir sur mon guidon et rester concentrée.

Après ce qu’il me paraît avoir duré une éternité, je me gare dans le

sous-sol de mon immeuble. Je grimpe laborieusement les deux étages, qui me semblent s’être multipliés depuis la veille au soir, et ouvre enfin la porte du loft. En avisant le canapé, je n’ai qu’une envie : m’y effondrer afin de dormir jusqu’à l’année prochaine. Cependant, en jetant un coup d’œil à l’horloge sur le four, je me rends compte n’avoir ni le temps pour une petite sieste ni même pour me poser cinq minutes. Il est déjà l’heure pour moi de filer à la douche avant de me ruer au boulot, si je ne veux pas pointer en retard.

Après m’être lavée et réchauffée sous le jet brûlant, drapée dans une

serviette éponge, je me rends dans la cuisine. J’ouvre le frigo, en sors une cannette de Red Bull. J’en avale une grande gorgée, puis une seconde, dans l’espoir que ça me procure un bon coup de fouet pour affronter la longue journée qui m’attend.

Après avoir terminé ma boisson énergisante, je m’apprête à retourner dans ma chambre, afin de m’habiller, à l’instant où mon téléphone se met à sonner sur le plan de travail. En lisant le nom de ma cheffe sur l’écran, mon sang ne fait qu’un tour. Que se passe-t-il ? Pourquoi m’appelle-t-elle maintenant alors que je dois être au Delice Coffee dans un peu moins de quinze minutes ? Y a-t-il eu des changements de planning ? Le poignet de Brian aurait-il miraculeusement guéri et s’avère de nouveau capable d’assumer son poste ?

Oh, mon Dieu, si c’est le cas, il s’agirait d’une calamité pour moi. Après avoir été virée de mon boulot de serveuse, hier soir, je comptais doublement sur ces heures supplémentaires. Elles représentent ma dernière chance de récolter suffisamment d’argent, d’ici la fin des vacances, pour régler mes frais de scolarité impayés, poursuivre mes études et demeurer à New York. Si je les perdais, qu’adviendrait-il ?

— Rachel ?! réponds-je, la gorge nouée d’appréhension.

— Euh… oui… euh… Bonjour, Angela… bafouille-t-elle.

Son intonation hésitante m’alarme et, aussitôt, un mauvais pressentiment me saisit. J’ignore pourquoi, toutefois je redoute le pire.

— Je… continue-t-elle. Je suis navrée de te déranger, surtout le matin de Noël, mais… voilà… je… j’ai reçu un appel de mon supérieur. Et, écoute je suis sincèrement désolée… je connais tes problèmes…

— Rachel, que se passe-t-il ? m’enquiers-je, d’une voix où transparaît l’ampleur de mon angoisse.

Elle a atteint des sommets. Je ne parviens plus à respirer tellement ma poitrine semble compressée dans un étau. Et mon cœur bat si fort que je crains qu’il ne lâche à tout moment si je reste à ce niveau d’anxiété encore plus longtemps.

Ma cheffe a-t-elle perçu mon agonie à l’autre bout du fil ? Quoi qu’il en soit, je l’entends prendre une profonde inspiration, comme pour se préparer à m’annoncer une terrible nouvelle, puis elle lance de but en blanc :

— Tu es renvoyée.

Même s’il s’agit exactement de ce je craignais, cette déclaration me donne l’impression de recevoir un coup de massue en pleine tête.

— Quoi ? Mais pourquoi ? bredouillé-je, assommée.

— Cette décision ne vient pas de moi, Angela, tu dois me croire. Elle

provient de ma hiérarchie. Tôt ce matin, elle m’a contactée, exigeant ton licenciement. J’ai essayé d’en apprendre davantage. Or, on m’a simplement répondu que cet ordre émanait de la direction et devait être exécuté sans délai. Je suis sincèrement navrée, Angela. Vraiment.

— Pas autant que moi, marmonné-je en me demandant ce que je vais

bien pouvoir faire maintenant.

Je n’ai plus aucun boulot, donc plus aucun moyen de remporter de

l’argent, et donc plus aucune façon de pouvoir régler mes frais de scolarité.

Bon Dieu, je ne suis jamais descendue si bas. J’ai l’impression d’avoir

touché le fond. Le pire dans tout ça ? Je n’ai pas la moindre idée de comment m’y prendre pour remonter à la surface.

— Est-ce… est-ce que ça ira ? me demande mon ancienne boss,

timidement.

— Il le faudra bien ! soufflé-je, encore étourdie. Après lui avoir assuré passer plus tard au café pour récupérer mon

chèque, je raccroche. Ensuite, je demeure là, figée sur place, à tenter de comprendre ce qu’il vient de se produire. Pour quelle raison ai-je été virée aussi soudainement ? Je fouille dans ma mémoire à la recherche d’une erreur que j’aurais pu commettre pour mériter pareille sanction. Je n’en trouve aucune. Je ne me souviens pas être arrivée en retard ni avoir rechigné à la tâche. Je faisais même du rab quand besoin était. J’ai toujours été polie avec les clients, sympa avec mes collègues, arrangeante avec mes horaires… Non, vraiment, je ne pige pas pourquoi j’ai été congédiée, de cette façon, en ce jour de Noël.

Puis, d’un seul coup, je repense à la soirée de la veille.

Madame Archibald. Bien sûr. Il n’y a qu’elle pour pouvoir se cacher derrière tout cela.

Comme si me renvoyer de mon emploi de serveuse, hier soir, et me

ficher persona non grata dans tout New York, ne lui suffisait pas, il a fallu qu’elle œuvre pour, en plus, me priver de mon boulot.

Bon sang, mais jusqu’où est-elle capable d’aller dans sa folie à vouloir

me pourrir la vie ? S’arrêtera-t-elle là ou bien continuera-t-elle ? Dois-je m’attendre à un nouveau coup tordu de sa part ? Que me réserve-t-elle d’autre ?

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