Angel Ice (French Edition)
ch027
27
Angela
Comme je le craignais avant de me coucher, la nuit me semble sans fin. Je ne parviens pratiquement pas à dormir. Mon cerveau ne cesse de fantasmer sur tout ce qui aurait pu se produire si Nathaniel était resté avec moi, au point que mon esprit en oublie de se reposer. Les rares moments où je réussis à m’assoupir, terrassée par la fatigue, je plonge aussi sec dans des rêves, interdits aux moins de dix-huit ans, nous représentant, Nathaniel et moi.
Plus les heures défilent, plus j’ai les nerfs à vif. Ma peau est hypersensible. Le simple frottement de mon pyjama m’envoie des décharges électriques dans l’ensemble de mon corps. Mes seins me semblent prêts à exploser tellement ils se révèlent tendus et gonflés. Mon ventre, quant à lui, paraît avoir fondu comme de la glace en plein désert, à en juger l’humidité de ma petite culotte.
Décidément, il n’y a que cet homme pour me mettre dans un état pareil. Avec lui, j’ai l’impression d’être une dépravée tant physiquement que psychologiquement. Il me suffit de penser à mon amant pour avoir aussitôt une terrible envie de lui. Qu’a-t-il fait de moi ? Quel sort m’a-t-il jeté pour que je sois autant sous son emprise ?
Dès l’instant où mon réveil sonne, je me lève d’un bond, tel un diable de sa boîte, heureuse que cette nuit s’achève enfin. Je me rue dans la salle de bains où je m’octroie une longue douche. Je la prends bien froide dans l’espoir de me ranimer, de m’éclaircir les idées ainsi que de calmer la fièvre qui m’habite et ne me quitte pas depuis la veille.
Plus tard, drapée dans une grande serviette éponge, je me rends dans
la cuisine dans le but de boire un café. En remarquant les flocons voleter dehors par la baie vitrée du salon, je m’aperçois qu’aujourd’hui, il me faudra laisser ma moto au garage et utiliser le métro afin de rejoindre le Rockefeller Center.
Rapidement, je calcule combien de temps ce changement de
programme requiert. Ensuite, j’avise l’horloge affichée sur le cadran du four, j’additionne les deux et… flûte, je n’ai plus une seconde à perdre si je ne veux pas être en retard au boulot !
Ni une ni deux, j’abandonne mon idée d’espresso et me précipite dans
ma chambre finir de me préparer. Tout en me lavant les dents, je commence à m’habiller des premières fringues me tombant sous la main. Je revêts un jean, un pull, puis me passe un petit coup de brosse dans les cheveux afin de les discipliner un tant soit peu. Après m’être rincé la bouche et essuyé les dernières traces de dentifrice, je chausse mes baskets, enfile mon manteau et me mets en route sans plus tarder.
Au fur et à mesure que les heures défilent, la neige chute de plus en
plus abondamment. Malgré cela, la foule continue de se presser au portillon. La patinoire ne désemplit pas et mon planning, déjà plein à craquer, ne cesse de se charger davantage. Je me révèle dorénavant overbookée pour les prochains jours, ce qui pour moi représente une excellente nouvelle.
Néanmoins, bien que je sois très occupée, je trouve le temps
extrêmement long. La journée me paraît interminable. J’ai l’impression que je n’en verrai jamais le bout, surtout depuis que j’ai reçu un message de Nathaniel me rappelant notre rendez-vous de ce soir.
Dès lors, je deviens une véritable boule de nerfs. Il me tarde tellement
d’y être. J’en ai les mains tremblantes, le cœur palpitant à tout rompre, et je peine à tenir en place. Heureusement, je peux compter sur la glace et mes leçons pour me défouler. Sans cela, je n’ose imaginer ce qu’il se produirait. Je perdrais la tête, à coup sûr.
Après ce qu’il me semble avoir duré une éternité, l’heure de ranger
mes patins au placard arrive enfin. J’enfile mes baskets, puis sors mon téléphone de ma poche de manteau. Sans surprise, j’y découvre un message non lu. J’avais bien senti mon portable vibrer en milieu d’après-midi. Toutefois, je n’avais pas eu l’occasion de le consulter jusqu’à présent. Il s’agit d’un texto de Nathaniel, où il me communique son adresse. J’effectue une petite recherche sur « Google Maps » pour savoir où elle se situe précisément et estimer combien de temps il me faudra pour m’y rendre.
Très vite, je m’aperçois qu’il vit dans un immeuble se trouvant sur la Cinquième Avenue, au croisement de la 65th, en plein cœur de l’Upper East Side, le quartier huppé de Manhattan.
Oh, bon sang, il s’agit bien de ma veine ! De tous les endroits de l’île où Nathaniel aurait pu élire domicile, il fallait que ce soit celui-là. Le même que Chris. Mais ce dernier réside sur Park Avenue et non sur la rue la plus célèbre de New York.
À la perspective de remettre les pieds dans ce milieu, et d’en souffrir de nouveau, je sens la panique monter. Afin de la juguler, je m’efforce de me concentrer sur tout ce que je sais de mon amant et qui le différencie de mon ex. Je repense à ses paroles, à son comportement de la veille. Petit à petit, je perçois l’angoisse refluer. Au bout d’un moment, je parviens même à voir un avantage à cette situation : quelques minutes en taxi suffisent pour me rendre chez lui.
À cette idée, mon excitation gravit un nouvel échelon. Je bouillonne d’impatience de le revoir très bientôt. J’en suis au point de me demander si je serai capable de me maîtriser une fois face à lui.
J’ignore encore ce qu’il sous-entendait hier en disant vouloir faire les choses correctement. Combien de temps devrai-je attendre avant que l’on passe à l’étape supérieure ?
Au cas où ça ne figure pas au programme de ce soir, je décide d’y aller à pied. J’espère ainsi que cette marche, sous la neige, qui commence à recouvrir la ville d’un épais manteau blanc, me calmera un peu. Autrement, je crains ne répondre de rien en sa présence.
Durant ma petite balade, je me concentre sur les vitrines des grands magasins de luxe, qui, pour les fêtes, ont revêtu leurs plus beaux atours. Je les ai déjà admirées deux jours plus tôt, pourtant j’ai l’impression de les redécouvrir. Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. J’en prends plein les yeux. C’est absolument magnifique et magique. On ne se croirait plus à New York, mais dans un monde fantastique, où tout serait possible, même les ours qui skient, patinent ou bien boivent du chocolat chaud au coin du feu.
Émerveillée par toutes ces scènes, je retombe en enfance et me
remémore mes Noëls d’autrefois. Je me rappelle ma maison scintillante de mille feux grâce aux nombreuses décorations électriques qui l’ornaient, l’odeur du sapin fraîchement coupé qui se diffusait partout. Je plonge profondément dans mes souvenirs. Je réentendrais presque mon père s’activer en cuisine pour nous préparer des biscuits, ma mère écouter en boucle l’« Ave Maria » de Schubert, tout en répétant ses chorégraphies pour le gala de fin d’année de son école de danse. Je me revois avec mon frère, en train de confectionner des guirlandes de pop-corn, en regardant « Maman, j’ai raté l’avion » à la télé. Je rigole en repensant à comment se terminait ce genre de scène : en bagarre de grains de maïs, des estomacs plus ou moins remplis et aucune déco’ à mettre sur le sapin.
Je suis si engluée dans mon passé que je ne m’aperçois même pas me
trouver devant l’immeuble de Nathaniel. Par chance, la voix de mon application GPS m’annonçant « vous êtes arrivée à destination » se charge de me ramener au présent.
Je me secoue et me dirige vers le portier en livrée, se tenant prêt à agir.
À mon approche, il m’ouvre la porte en me saluant d’un signe de la tête. Je le lui rends en le remerciant, puis franchis le seuil. J’ai à peine posé les deux pieds dans le hall que je m’immobilise, sans voix. D’une taille gigantesque, tout en marbre blanc et dorure, le lobby s’avère vraiment très impressionnant.
Soudainement, je sens ma panique ressurgir. Mais qu’est-ce que je
fabrique ici ? Ce n’est pas un endroit pour moi. Je n’ai rien à faire, là…
Je m’apprête à rebrousser chemin lorsqu’une voix m’interpelle : — Madame, puis-je vous aider ? me demande un homme, en uniforme
également, installé derrière un long comptoir.
Pendant une ou deux secondes, j’hésite entre partir et rester. Je pèse le
pour et le contre de chacun de ces choix. Finalement, quand je me rends compte que j’ai plus à perdre qu’à gagner en fuyant – à savoir Nathaniel, dans les deux cas –, j’opte pour la deuxième option.
— Oui, lui réponds-je après avoir dégluti afin de chasser le nœud
m’obstruant la gorge, tout en approchant. Je viens voir monsieur Winthrope.
— Votre nom, je vous prie ?
— Angela Wilkins.
— Mais certainement, vous figurez sur la liste des personnes autorisées, m’informe-t-il aussitôt dans un sourire. Veuillez signer le registre, s’il vous plaît.
Il me tend un livre relié de cuivre ainsi qu’un stylo. Je m’en empare, appose mon autographe à l’endroit qu’il m’indique de son index. Il récupère le tout, puis m’explique :
— Vous trouverez l’ascenseur au fond, sur votre droite. Montez au dixième étage, l’appartement de monsieur Winthrope est le 10D. Je vous souhaite une agréable soirée, Madame.
— Merci, vous aussi.
Sans plus tarder, je me dirige vers l’endroit qu’il me montre du doigt. J’appuie sur le bouton d’appel de la cabine, qui s’ouvre immédiatement comme si elle n’attendait que moi. Je grimpe dedans.
Tandis qu’elle débute son ascension, je sens ma nervosité croître. Je suis à la fois terriblement impatiente de retrouver mon amant et extrêmement intimidée d’entrer dans son univers. Un monde d’où l’on m’a déjà chassée comme une malpropre. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Me claquera-t-on de nouveau la porte au nez ?
Si oui, qu’adviendra-t-il de Nathaniel et moi ?
OceanofPDF.com