Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 15 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Après mon retour au loft, je profite que Blair soit partie quelques jours chez ses parents pour remettre un peu d’ordre. Je brique l’appartement du sol au plafond, puis lance des lessives. Lorsque le dernier vêtement est plié et rangé, je suis assez fière de moi, de tout ce que j’ai accompli. Pour la peine, je décide de m’octroyer une petite soirée détente. Entre mes cours et mes jobs, je n’en ai pas eu depuis des mois. Plus que jamais, je me sens d’humeur cocooning, à paresser sur le canapé devant la télé.

Je m’installe sur le sofa en compagnie d’un chocolat chaud, surmonté d’un monticule de guimauves, et d’un paquet de cookies, quand mon téléphone vibre sur la table basse. Je le récupère, pensant recevoir un message de mon amie, me confirmant son arrivée en Floride. Mais non. Je ne connais pas le numéro affiché.

[Une fois, il s’agit d’un hasard. Deux fois, d’une coïncidence. La troisième, d’un choix. À quand notre troisième rencontre ?]

Il me faut plusieurs secondes pour comprendre ce que je lis et plusieurs autres pour reconnaître son expéditeur : Nathaniel. Il veut programmer notre future sortie, celle que je lui ai promise tout à l’heure. Avant de lui répondre, je défile mentalement mon agenda, ainsi que toutes mes obligations professionnelles, pour savoir quand sera ma prochaine soirée dispo’. Or, je n’en trouve pas de sitôt.

Fait chier ! J’ai vraiment très envie de le revoir. À cette perspective,

mon corps frémit d’impatience. Une boule de chaleur naît dans mon bas-ventre, m’embrasant de l’intérieur. Hélas, je dois tempérer mes ardeurs, car ce n’est pas demain la veille que je pourrai lui donner un rendez-vous. Et ça me peine terriblement.

Je me creuse les méninges afin de trouver comment lui dire que je suis

intéressée, mais overbookée dans les jours à venir, sans que cela fasse la fille qui revient sur sa parole. J’aimerais me dégoter une phrase résumant ma situation actuelle, sans pour autant entrer dans les détails, et l’incitant à patienter jusqu’à ce qu’elle se décomplexifie. Néanmoins, j’ai conscience que cela peut prendre des semaines et je trouve injuste de lui demander de m’attendre aussi longtemps alors que nous nous situons aux prémices de quelque chose pouvant déboucher sur une relation.

Que faire ? Que dois-je lui écrire ?

Raaah, ça me prend vraiment la tête. C’est pour cela que je voulais

que notre liaison ne dure qu’une seule et unique nuit. Ma vie s’avère trop compliquée en ce moment pour y inclure un homme. Rien que d’essayer de trouver un créneau pour un dîner devient problématique. Qu’adviendra-t-il quand notre histoire évoluera et qu’il me demandera davantage que quelques heures par-ci par-là ?

Bon, OK, là, j’attelle un peu la charrue avant les bœufs. N’empêche, la

difficulté se pose ici. J’ai déjà tellement de soucis à gérer… Est-ce que je désire m’en ajouter en incluant Nathaniel dans mon quotidien ?

Pour le coup, je n’ai pas besoin de réfléchir une seule seconde pour

savoir que, oui, j’en ai envie. Il me plaît énormément. J’ai aimé ma soirée de samedi avec lui et j’ai adoré la nuit que nous avons passée ensemble. Au moment où je l’ai quitté, tout à l’heure, j’ai vraiment ressenti une joie incommensurable à la certitude de bientôt le revoir. De plus, une petite voix intérieure me souffle que ça ne me fera que du bien de songer à autre chose qu’à mes ennuis financiers.

Malgré cela, je ne sais toujours pas quoi lui répondre. Je commence à

textoter lorsque mon téléphone se remet à vibrer dans ma main. Un nouveau message de Nathaniel.

[N’essaye pas de te défiler. Un marché est un marché. J’ai tenu ma

part du contrat, à toi de respecter la tienne !]

[Je n’essaye pas de me défiler et il me semble t’avoir déjà dit que quand je prenais une décision, je m’y tenais. Je dois voir mes disponibilités. Comme je te l’ai déjà dit (aussi), je suis très occupée !]

J’appuie sur la touche « envoyer », sans perdre une seconde. En me relisant, je suis mortifiée par ma réponse. Il n’y a aucune forme et le ton s’avère limite agressif. Tout ce que je voulais éviter.

Après cinq minutes de calme plat, je ne résiste plus et lui écris :

[Désolée pour ma brutalité. Tu m’en veux ?]

Un quart d’heure plus tard, il n’a toujours pas répondu. Mon téléphone reste désespérément calme. Je le regarde toutes les trente secondes de peur de ne pas l’avoir entendu ou qu’il se soit éteint, ce qui expliquerait ce silence radio. Non, tout fonctionne. Je ne sais plus quoi penser. Je suis tentée de lui renvoyer un nouveau SMS, or je me retiens. OK, j’ai été un peu rude avec lui, mais j’ai fait le premier pas en m’excusant. Maintenant, c’est à lui d’effectuer le second, non ?

Finalement, je laisse tomber et allume la télé en buvant mon chocolat chaud, désormais froid. Tout en grignotant un cookie, je regarde Le Grinch avec Jim Carrey. J’ai dû le voir une bonne vingtaine de fois, néanmoins je ne m’en lasse pas. J’adore cette histoire de Noël.

Tandis que le Grinch emballe la pauvre Cindy-Lou dans un magnifique paquet cadeau, la sonnette du loft retentit. Étrange ! Je n’attends personne. Blair se trouvant à plus de mille kilomètres de New York et sachant qu’elle en a informé toutes ses connaissances, je ne vois vraiment pas qui cela peut être.

En ouvrant la porte, mon cœur loupe un battement. La bouche grande ouverte, j’observe… Nate.

— La première fois, un hasard, la deuxième une coïncidence et la troisième… Bref, j’ai voulu tenter ma chance. J’espère que tu aimes la pizza !

— Na… Nathaniel, mais… mais qu’est-ce que… qu’est-ce que tu fabriques ici ? bafouillé-je, n’en croyant pas mes yeux de le voir sur mon palier.

— Je te l’ai dit, j’ai voulu tenter ma chance et… bingo. Bon, tu m’invites à entrer ou pas ?

Je suis tellement sidérée que mon cerveau se déconnecte. Je ne réalise

toujours pas que Nathaniel se tient juste devant moi.

Voyant que je ne bouge pas d’un centimètre, il me pousse gentiment.

Je m’écarte et referme la porte derrière lui.

— Ainsi donc, voici ton chez-toi, commente-t-il en contemplant

l’appartement de droite à gauche

Je me force à me secouer et à recouvrer mes esprits. — Euh, oui. Enfin, plus exactement, c’est chez ma colocataire. Ses

parents lui ont payé ce loft durant notre première année de fac, et depuis, j’y vis également.

— En tout cas, j’aime beaucoup le style industriel avec les grandes

baies vitrées et les poutres métalliques apparentes.

— À l’origine, il s’agissait d’un ancien entrepôt abandonné qui a été

réhabilité et rénové en loft, il y a quelques années.

— C’est vraiment sympa !

Éberluée, je le regarde évoluer dans mon logement comme s’il se

trouvait chez lui. Il dépose la pizza sur la table basse du salon, puis retire son manteau et le balance sur le dossier du canapé. Il est vraiment canon avec ses cheveux encore plus emmêlés que d’habitude et sa barbe de trois jours. Ce soir, il a revêtu une tenue décontractée, un jean noir ainsi qu’un pull beige à col en V, qui met en valeur ses épaules carrées et ses pectoraux façonnés. Il en jette un max.

Piteuse, je contemple mes propres vêtements : un sweat-shirt XXL

gris NYU, un pantalon de yoga et d’épaisses chaussettes en laine rose qui remontent sur mes mollets. Je me sens honteuse de ne ressembler à rien. À ma décharge, je ne prévoyais pas d’avoir de la visite ce soir, encore moins la sienne.

— Tu viens ? Je meurs de faim, m’appelle-t-il depuis le sofa où il s’est

installé. Au fait, tu ne m’as pas répondu, tu aimes la pizza ? À moins que tu ne suives un de ses régimes sans gluten…

— Non, je mange de tout, le rassuré-je en le rejoignant. — Super. Bon, comme je ne connaissais pas tes goûts, j’ai pris ma

préférée, pepperoni avec supplément de fromage, m’informe-t-il en soulevant la boîte.

— Parfait, c’est aussi ma préférée ! Mais… comment as-tu eu mon

adresse ?

— Dans ton dossier, me répond-il, comme si cela coulait de source. Je n’y ai pas seulement dégoté ton numéro de téléphone, mais également tout un tas d’infos intéressantes, ajoute-t-il dans un clin d’œil en me tendant une part.

Je m’en empare et croque un morceau tout en me demandant ce qu’il a bien pu y découvrir. Hormis mon parcours universitaire et mon CV, il n’y avait rien d’extraordinaire dedans.

Les saveurs de la pâte cuite au feu de bois, des épices et du fromage détournent mes pensées de ces interrogations pour se focaliser sur cette pizza ô combien délicieuse.

— Hum, un vrai régal, gémis-je, en mordant une deuxième bouchée.

— Je suis bien d’accord. J’aime quand il y a plein de fromage.

— Moi aussi. Plus il y en a, meilleur c’est, confirmé-je en aspirant un filament de mozzarella fondu.

Nous continuons à déguster cette merveille, en silence, jusqu’à ce que Nathaniel lance :

— Ça me plaît que nous soyons sur la même longueur d’onde.

Sur ce, un ange passe. Le Grinch continue de défiler à l’écran, mais aucun de nous n’y prête attention, entièrement focalisé sur l’autre. Nous nous dévisageons comme pour juger si nous sommes effectivement bien raccord.

Tandis que nous nous analysons, j’éprouve à nouveau l’alchimie qui m’a attirée vers lui, samedi soir. Je la perçois dans chaque parcelle de mon être. Elle me pousse vers ce corps qui m’a enflammée et m’enflamme avec toujours la même puissance. À l’instar de l’autre fois, je me sens incapable de lui résister.

Totalement synchros, nous nous jetons l’un sur l’autre, sans même échanger un mot. Nous nous enlaçons avec toute l’ardeur qui nous possède. Nous nous embrassons, nous caressons, nous redécouvrons.

Très vite, les habits volent dans la pièce et nous nous retrouvons allongés, complètement nus, sur le canapé.

— Tu me rends dingue, mon ange ! s’exclame-t-il, en s’installant entre mes cuisses largement ouvertes pour l’accueillir.

— Toi aussi.

Rapidement, il attrape un préservatif dans la poche de sa veste. Il l’enfile sans plus attendre. Je m’agrippe à ses épaules, noue mes jambes autour de ses hanches pendant qu’il me pénètre. Il commence à aller et venir au profond de moi. Au début, ses mouvements se veulent lents, doux. Mais ils ne tardent pas à s’accélérer et à devenir frénétiques quand la passion, qui nous habite, nous consume. Nous explosons tous les deux, dans une parfaite concordance, dans un tonnerre de cris et de râles, qui nous laisse à bout de souffle.

Quelques minutes plus tard, l’incendie dans nos corps,

momentanément calmé, nous reprenons notre dîner. Tout en continuant de dévorer la pizza, – froide à présent, mais toujours aussi bonne –, nous discutons de tout et de rien, afin d’apprendre à mieux nous connaître. Au fur et à mesure de la conversation, nous nous dénichons pas mal de points en commun, telle que notre aversion pour les choux de Bruxelles. Nous nous trouvons également quelques divergences d’opinions, comme, par exemple, le meilleur film de Noël. Moi, je prône la saga « Maman, j’ai raté l’avion », tandis que lui ne jure que par « L’Étrange Noël de monsieur Jack » de Tim Burton.

— Ah ! Mais c’est macabre, ne puis-je m’empêcher de balancer en

songeant à ce dessin animé que j’ai dû regarder une ou deux fois à peine.

— Et les tiens ne le sont pas, peut-être ? On parle d’un petit garçon

qui passe Noël tout seul, deux années de suite, car une fois ses parents l’ont oublié chez eux, et la seconde, parce il s’est retrouvé séparé d’eux à l’aéroport. De plus, systématiquement, il doit affronter des méchants qui en ont soit après sa maison, soit après le Noël de pauvres enfants malades, si je me souviens bien. Alors que dans le mien, il s’agit du roi d’Halloween qui désire découvrir Noël et partager cette fête avec les autres. Je pense que cela incarne davantage l’esprit de Noël.

— Peut-être, cependant tu oublies une chose essentielle : Kevin fait de

merveilleuses rencontres. Rappelle-toi son voisin et la dame aux pigeons…

Nous continuons à débattre encore et encore. Aucun de nous ne lâche

l’affaire et nous défendons nos films coûte que coûte. Au bout d’un moment, sans réussir à nous mettre d’accord, nous décidons de les regarder, les uns derrière les autres, et de juger, ensuite lequel s’avère être le meilleur. Hélas, c’était sans compter sur la fatigue qui nous tombe dessus et nous écrase. Finalement, nous sombrons, tous les deux, dans le sommeil, avant la fin du premier.

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