Angel Ice (French Edition)
ch030
30
Angela
Le lendemain matin, je suis confortablement installée contre le corps
chaud de Nathaniel dans l’espoir de récupérer un peu de ma nuit d’étreintes torrides avant de devoir retourner travailler, lorsqu’un bruit se fait entendre et me réveille. Reconnaissant la sonnerie de mon téléphone, je me redresse, légèrement désorientée. Il me faut plusieurs secondes pour me resituer et récupérer mon portable qui continue son tintamarre sur la table de chevet. Je parviens à le récupérer et à répondre juste avant que l’appel ne passe sur messagerie.
— Oui, attendez, ne quittez pas, murmuré-je dans le combiné. Je me libère du bras fermement enroulé autour de ma taille de mon
amant endormi et me rends dans la salle de bains où je peux parler sans craindre de le déranger.
— Allô !
— Angie ?
En entendant la voix de Drew, ma respiration se coupe et mon cœur
semble s’arrêter de battre. Pourquoi me contacte-t-il aussi tôt ? Je ne suis pas censée commencer mes leçons avant deux bonnes heures. Que se passe-t-il ? Madame Archibald aurait-elle eu vent de mon poste à la patinoire et a-t-elle une fois de plus joué de ses relations pour me faire licencier ? Si oui, que deviendrai-je ?
— Bonjour, Drew, lui réponds-je en essayant de maîtriser ma voix afin
qu’elle ne montre pas la panique cherchant à m’envahir à l’idée d’être renvoyée une fois de plus.
— Je t’appelle juste pour t’annoncer que nous sommes obligés de fermer la patinoire, aujourd’hui…
Tout en l’écoutant m’expliquer les raisons de cette décision, mes fonctions vitales recouvrent un rythme normal et l’angoisse laisse place à l’allégresse. Certes, il s’agit d’un gros manque à gagner. Néanmoins, je ne vais pas cracher sur une journée de repos. D’après ce qu’il me dit, je pourrai sûrement en profiter avec Nathaniel. Pas mal, non ?
Après avoir raccroché d’avec Drew, je m’octroie quelques minutes d’intimité, puis retourne dans la chambre. J’y retrouve Nathaniel qui paraît toujours assoupi. Sans produire le moindre bruit, je le rejoins, me glisse sous la couette et me love contre son corps chaud.
— Tout va bien ? me demande-t-il d’une voix lourde de sommeil en me prenant dans ses bras.
— Oui, le rassuré-je, tout de go, en me blottissant davantage contre lui. C’était un collègue. Il semblerait que la ville qui ne dort jamais ait décidé de faire un break aujourd’hui. La tempête de neige d’hier soir s’est transformée en blizzard. Il y aurait quasiment un mètre de neige dans les rues.
— Oh, merde, jure-t-il brusquement. J’ai des coups de fil à passer. Rendors-toi, je reviens vite !
Il se lève comme s’il y avait le feu à l’appart’, dépose un rapide baiser sur mon front, puis enfile un pantalon de pyjama avant de quitter la pièce.
Malgré ma déception de ne pouvoir bénéficier de quelques heures supplémentaires de repos en sa compagnie, je me rallonge, m’empare de son oreiller, puis le serre contre moi. J’y enfouis mon nez, inspire profondément. Il a gardé son odeur, il ne me faut rien de plus pour retrouver les bras de Morphée.
Je me réveille un peu plus tard au moment où je sens le matelas bouger. Un corps se colle dans mon dos, une main se promène sur mon ventre et des lèvres bécotent mon épaule.
— Tu n’imagines pas comme j’aime t’avoir dans mon lit. Si ça ne tenait qu’à moi, je t’interdirais d’en sortir, susurre-t-il à mon oreille.
— Alors, reste. Ainsi, je n’aurai pas envie de me lever ! répliqué-je aussi sec, d’une voix rauque.
— Petite démone, gronde-t-il.
— Tiens, je ne suis plus ton ange !?
Je me retourne et affiche une moue boudeuse.
— Mi-ange mi-démon ! renchérit-il.
Puis, il s’empare de ma bouche et m’embrasse passionnément. — Si tu continues comme ça, jamais je n’aurai l’idée de partir d’ici,
gémis-je au moment où il se glisse en moi.
— Et j’en ai bien l’intention !
La journée se révèle déjà bien avancée lorsque nous nous décidons à
sortir du lit. Je nage encore en plein brouillard post-orgasmique après toutes les fois où il m’a fait jouir. Entre cette nuit et ce matin, j’en ai définitivement perdu le compte. Il a donc tenu parole.
Après un rapide détour par la salle de bains, je rejoins Nathaniel dans
la cuisine pour prendre un petit-déjeuner. Or, en avisant la boîte de céréales posée sur le plan de travail, je ne peux m’empêcher de grimacer de dégoût. J’ai toujours détesté cela, trop caoutchouteux et sucré à mon goût.
— Tu manges vraiment ce truc ? l’interrogé-je en le regardant se
remplir un bol qu’il agrémente de lait.
— Comme je te l’ai dit hier, je suis nul en cuisine. De plus, j’ai donné
congé à ma gouvernante, donc je m’en contente.
— Tu ne préférerais pas plutôt que je nous prépare quelque chose de
comestible et de moins répugnant que cette bouillie ?
— Je n’osais pas te le demander, finit-il par avouer. Je récupère son bol et jette son contenu dans l’évier en réprimant un
haut-le-cœur. Ensuite, j’agis comme si j’étais chez moi. Je fouine dans le frigo, farfouille dans les placards jusqu’à dénicher tout ce dont j’ai besoin.
— Tu peux nous mettre un peu de musique ? demandé-je à Nathaniel
pendant que je casse des œufs dans un saladier avant de les battre afin de les cuisiner en omelette.
— Bien sûr.
Il se dirige vers une console dans le salon et active le système HIFI de
l’appartement. Aussitôt, le « Clair de Lune » de Debussy résonne au-dessus de nous grâce à des enceintes dissimulées dans le plafond.
— Je ne t’aurais jamais cru amateur de musique classique, commenté-
je tandis que je fais revenir des tranches de bacon.
— En réalité, j’ai des goûts très éclectiques. Et toi, tu es plutôt quel
genre ? Rock ? Pop ? s’enquiert-il, curieux, en s’asseyant sur un tabouret de l’autre côté du plan de travail.
— Ma mère était prof de danse classique, alors j’ai grandi au son de Tchaïkovski, Prokofiev, Adam, Stravinsky et compagnie. Je me suis un peu diversifiée grâce à Nick au moment de ses phases rap, R&B, métal…
— Tu parles très peu de tes parents, réplique-t-il soudainement.
Je n’entends pas une once d’accusation dans sa voix. Il s’agit simplement d’un constat, rien d’autre.
— Je sais, admets-je dans un souffle. C’est difficile.
Je me concentre plus que de raison sur la confection de mes pancakes dans l’espoir de refouler ma peine et le sentiment de manque qui me submerge dès que l’on évoque ma famille.
— En tout cas, j’ignore encore ce que tu nous prépares, mais ça sent divinement bon. J’en ai déjà l’eau à la bouche, lance-t-il à brûle-pourpoint dans le but de détourner la conversation.
Je ne suis pas dupe une seule seconde. Il a conscience d’avoir emprunté une route que je ne suis pas encore prête à suivre. Et il désire ramener la discussion sur un chemin moins chaotique afin de ne pas assombrir cette journée, s’annonçant si belle, par des souvenirs douloureux.
— Voilà ce que j’appelle un vrai petit-déjeuner, annoncé-je un bout d’un moment.
Je brandis fièrement deux assiettes pleines d’œufs, de bacon et de pancakes aux pépites de chocolat tout chaud. Immédiatement, Nathaniel me les pique des mains, en me déposant un baiser de remerciement sur le front, puis les amène dans le salon. Je le suis avec des couverts ainsi que des serviettes. Je lui tends une fourchette tout en m’accroupissant à côté de lui devant la table basse sur laquelle nous attendent déjà deux verres de jus d’orange et deux tasses de café fumant. Il ne se fait pas prier, pique un morceau d’omelette, le porte à sa bouche.
— Hum, gémit-il, c’est divin. Qu’ajoutes-tu à tes œufs pour leur donner ce petit goût ?
— Ah, il s’agit d’un secret transmis de génération en génération dans ma famille, blagué-je, heureuse que ma cuisine lui plaise. En échange d’un baiser, je veux bien te le dévoiler…
Il ne perd pas de temps à tergiverser pour s’emparer de mes lèvres, avant de m’embrasser fougueusement. Très vite, je me perds dedans, ne pensant plus qu’à la sensation de cette bouche me dévorant. Ses bras s’enroulent autour de ma taille, me forçant à changer de position. Je m’installe à califourchon au-dessus de ses cuisses, au plus près de lui. Je peux ainsi sentir ses muscles fermes, contractés à l’extrême, ainsi que son érection tendre son pantalon de pyjama contre mon intimité palpitante, déjà prête à le recevoir.
Au cours de ces dernières heures, nous avons couché je-ne-sais
combien de fois ensemble. Pourtant, il s’avère déjà d’attaque à recommencer. La plupart des gens auraient déclaré forfait il y a un moment. Mais pas Nathaniel. Oh, non ! Il semble infatigable. D’ailleurs, c’est ce que j’aime le plus chez cet homme. Il se révèle aussi insatiable de moi que je le suis de lui. Il me suffit de le voir pour éprouver une terrible envie de lui, et réciproquement.
— Comment parviens-tu à être aussi en forme ? lui demandé-je,
haletante.
Simultanément, j’accentue la pression de mon sexe sur le sien afin de
bien lui montrer de quoi je parle.
— C’est toi, mon ange, répond-il en butinant ma gorge. Toi et
uniquement toi. Tu me fais perdre la tête, pas mes moyens.
— Tes œufs vont refroidir ! tenté-je de le raisonner. — M’en fous. J’ai faim de toi et de rien d’autre, réplique-t-il. Je te
veux ici et maintenant.
Il me retire le sweat que j’avais enfilé après m’être levée. — Tu es incorrigible !
— Oui, mais tu aimes ça, rétorque-t-il.
Sa bouche capture les pointes érigées de mes seins, les tète
voracement. Je succombe immédiatement et notre petit-déjeuner devient le cadet de mes soucis.
Un peu plus tard, en sueur, essoufflés et toujours intimement
imbriqués, je susurre à son oreille :
— Une pointe de paprika et quelques gouttes de Tabasco. — Hein ? demande-t-il, complètement perdu par mes propos. De quoi
tu parles ?
— De mes œufs. J’ajoute du paprika et du tabasco pour relever le
goût.
— Et j’ai ça dans ma cuisine ?
— Oui, dans ton placard à épices, l’informé-je en pouffant de rire dans
son cou.
— J’ai un placard à épices, dernière nouvelle ! réplique-t-il, mi-figue mi-raisin.
— À côté de ta plaque de cuisson. Rassure-moi, tu sais de quoi il s’agit ? m’enquiers-je, goguenarde.
— C’est bien le gros truc carré, noir, avec des cercles blancs dessinés à chaque angle et des boutons tactiles sur les côtés ?
— Tu n’es peut-être pas un cas si désespéré.
Je le sens, plus que je ne l’entends se bidonner. Tout son corps s’agite. Et quand je dis tout son corps, je dis bien tout son corps. Je perçois sa verge, qui avait pourtant perdu un peu de sa vigueur, tressauter dans mon vagin. Elle déclenche des sensations que je pensais assouvies. Néanmoins, il faut croire qu’avec Nathaniel, mon apaisement n’est que de courte durée.
Inconsciemment, je remue mon bassin et mon amant réagit au quart de seconde. Son sexe recommence à enfler en moi, me remplissant délicieusement bien. Je ne peux plus résister à la tentation de bouger sur sa hampe. Il m’interrompt juste le temps de changer de préservatif, en s’enthousiasmant d’avance du jour où nous pourrons nous en passer, puis s’insère de nouveau en moi pour ce nouveau round.
Plus tard, nous avons enfin contenté nos pulsions et nous nous concentrons sur notre petit-déjeuner. L’omelette est immangeable ; le café, imbuvable. Toutefois, mes pancakes restent, heureusement, acceptables, même s’ils s’avèrent nettement moins bons qu’au moment où je les ai cuits. Tant pis, on ne peut pas toujours tout avoir. Il faut parfois choisir entre une nourriture comestible et une vie sexuelle démentielle. Personnellement, je sais vers laquelle de ces options, mon cœur balance…
— D’ailleurs, à quelle heure dois-tu reprendre le travail, demain ? me demande-t-il alors que nous profitons d’un petit moment de détente dans sa baignoire.
— Je ne sais pas encore. Tout dépendra de la météo et de quand ils auront terminé de remettre la patinoire en état, lui réponds-je en ramassant de la mousse entre mes mains avant de souffler dessus.
— La patinoire ? sursaute-t-il, tout en faisant déborder un peu d’eau. Tu ne travailles pas dans un café à Brooklyn ?
— Plus maintenant, j’ai été licenciée, soufflé-je, en éprouvant encore un peu d’amertume.
— Quand ? Comment ? Pourquoi ?
— Houlà, une question à la fois, l’interromps-je en pivotant afin de le
dévisager. Commençons par la première, quand : le jour de Noël. Ensuite comment : par téléphone. Et enfin, la dernière, pourquoi : en représailles pour mon comportement lors de la soirée caritative en l’honneur des orphelins de New York. Madame Archibald n’a vraiment pas apprécié que je balance mon plateau à la figure de son fils – même s’il l’avait amplement mérité, soit dit en passant –, et se venge. Mais tout va bien, m’empressé-je de le rassurer en voyant la tension croître en lui en même temps que la colère. J’ai réussi à me dégoter un autre job. Je bosse maintenant à la patinoire du Rockefeller Center où je donne des cours de patinage.
— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé plus tôt ? attaque-t-il d’emblée.
J’aurais pu t’aider ou, au moins, faire quelque chose pour que tu récupères ta place.
— Et par quel moyen ? Dis-moi ? riposté-je avec véhémence avant de
reprendre plus calmement après avoir inspiré profondément. Ne te mets pas martel en tête, ça ne sert à rien. Madame Archibald a le bras très long et considère New York comme son territoire, mais je suis plus coriace qu’elle. Je demeure une Alaskaine et, là-bas, nous avons la peau dure. Autrement, on ne survivrait pas. Ce n’est pas la première fois qu’elle s’en prend à moi ni la dernière. Cependant, j’ai toujours su rebondir et je continuerai, peu importe ce qu’elle me réserve encore.
— Tu es vraiment incroyable ! s’exclame-t-il d’une voix douce, en
empaumant ma joue. Là où tout le monde crierait vengeance, ou se laisserait abattre, toi, tu gardes la tête haute et affrontes l’adversité.
— Il n’y a rien d’invraisemblable là-dedans. J’ai eu pas mal
d’épreuves à surmonter dans ma vie. Ça m’a permis d’apprendre à me concentrer sur l’essentiel et à faire fi du reste. Pour moi, l’important est de rester à New York et d’y terminer mes études.
— Et moi, là-dedans, où se trouve ma place ?
— En première ligne, lui assuré-je, en susurrant, avant de l’embrasser
pour clore cette discussion.
OceanofPDF.com