Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 6 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Blair avait raison. J’avais vraiment besoin de décompresser, de me

changer les idées et ce night-club se révèle l’endroit idéal pour cela. Il diffuse de la bonne musique et je croise des tas de people.

Même si, au début, je restais sceptique, j’admets maintenant passer un

super moment. Je m’amuse énormément. Je danse, fais la folle avec mon amie, et surtout, je ne pense plus du tout à mes problèmes.

D’ailleurs, ils semblent s’être envolés au moment où j’ai franchi le

seuil de la boîte, comme s’ils avaient été refoulés à la porte. Je me sens plus légère, plus insouciante comme ça ne m’était pas arrivé depuis ce qui me paraît être une éternité.

Rapidement, Blair m’abandonne pour un mec sexy. Néanmoins, je ne

me laisse pas abattre pour autant. Je ferme les yeux, me perds dans la musique et continue de me trémousser.

À un moment, je ressens d’étranges picotements dans le dos. Mes

petits poils au niveau de la nuque se redressent et une curieuse sensation envahit mon corps. Je me sens observée. Toutefois, aussi bizarre que cela puisse paraître, ça ne me gêne pas. En réalité, je me surprends à apprécier ce regard rivé sur moi. Je ne perçois en lui rien de négatif, juste une sorte de fascination m’incitant à me déhancher davantage. C’est tellement agréable de s’apercevoir que l’on plaît à un homme, que notre sex-appeal fonctionne toujours, surtout après une rupture difficile. Je veux profiter à fond de cette sensation salvatrice.

Je crains, en soulevant les paupières, de briser le charme et d’être déçue. J’ai peur de qui ça pourrait être ou, tout simplement, de découvrir que je me suis fourvoyée. Rien ne s’avère plus horrible pour une femme que de s’imaginer avoir capturé l’attention d’un mec, qui se révèle intéressé, non pas par vous, mais par celle se trouvant juste à côté.

Je ne veux pas prendre le risque de me gâcher la soirée à cause d’un malentendu. Je préfère profiter du moment présent, de l’effervescence qui règne dans la boîte et d’attendre la suite.

Si la personne se montre réellement séduite par moi, peut-être entreprendra-t-elle le premier pas et me rejoindra… Auquel cas, je me retrouverai fixée. En revanche, si, en définitive, il s’agit d’un simple voyeur, qui ne cherche rien d’autre que mater… eh bien, tant pis pour lui. Je n’aurai rien à regretter.

L’intensité de ce regard me donne envie de me surpasser. Mes gestes sont plus lascifs, plus langoureux. Je l’aguiche en me mordant volontairement les lèvres. J’ai conscience d’être une excellente danseuse – ma mère y a suffisamment veillé –, et j’en use allègrement. Je me déhanche plus que de raison et joue sensuellement de mes jambes pour les rendre encore plus captivantes. Avec tout ceci, je devrais être rapidement renseignée sur ses intentions, non ?

Les chansons s’enchaînent et je continue mon petit numéro, inlassablement. Au bout d’un moment, sans que rien ne survienne, je commence vraiment à me demander si je n’ai pas inventé tout ceci. Prenant mon courage à deux mains, je soulève les paupières. Mes yeux tombent directement sur ceux de mon voyeur. D’emblée, je le trouve carrément canon. Sa beauté va au-delà de toutes mes espérances. Ses cheveux bruns, coupés courts et indisciplinés, son front lisse et volontaire, son nez droit, ses prunelles d’un gris sensationnel et sa mâchoire carrée, assombrie par une barbe de trois jours, me fascinent. Ses iris clairs s’illuminent le temps d’une seconde pour s’assombrir, jusqu’à paraître noirs la seconde d’après, lorsqu’une femme s’octroie la place vacante à ses côtés. La présence de cette dernière semble le crisper, pourtant il continue de me fixer, bien que son regard ne soit plus exactement le même. L’attraction a changé. Dorénavant, elle se révèle gorgée d’ondes négatives. Durant une minute, j’ai envie de m’en détourner, de ne plus penser à cet adonis et de reprendre le fil de ma soirée. Or, je n’y arrive pas. Je suis totalement envoûtée.

Tandis que je réfléchis à un moyen de me soustraire à son

magnétisme, une lueur de désarroi voile ses prunelles et m’interrompt. Elles semblent me supplier… de quoi ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je m’arrête de danser. Pendant qu’il discute avec cette femme, il paraît très mal à l’aise. Ses épaules se révèlent tendues, et son visage, figé, malgré ses yeux qui ne me quittent pas d’une semelle et implorent toujours mon aide. Sans que j’en comprenne la raison, j’avance d’un pas dans sa direction. J’en effectue encore un, puis de nouveau un autre. Comme s’il n’attendait qu’un geste de ma part pour agir, il se lève brusquement de son tabouret, sans égard pour la femme à côté de lui.

Sa voisine tente de le retenir en agrippant son bras. Mais, il se dégage

de sa main et poursuit sa route, sans un mot, ni un regard en arrière. Il s’approche de moi à grandes enjambées et, très vite, me rejoint.

Quand nous nous trouvons l’un en face de l’autre, j’ignore totalement

ce que je dois faire. J’ouvre la bouche et dis la première chose me venant à l’esprit :

— Salut !

Quelle idiote ! J’aurais pu trouver quelque chose de plus sensuel, qui

fasse moins gamine. Mais non, il a fallu que je dise ça. Il y a des moments où je me collerais bien des baffes pour être aussi niaise.

— Salut, me répond-il.

Oh, mon Dieu ! Il possède une voix rauque et grave, qui me fait

frissonner de la tête aux pieds.

— Je vous assure, je ne suis pas un pervers, commence-t-il avec une

intonation où transparaît une sorte d’hésitation, m’informant qu’il ne semble pas familier de ce genre de rencontre. Accepteriez-vous de m’aider ? Vous voyez cette femme là-bas, sur le tabouret ? Il s’agit de mon ex et c’est un peu compliqué.

Qu’attend-il de moi exactement ? Cherche-t-il à confirmer leur rupture

ou bien à lui prouver qu’il s’en fiche d’elle et est passé à autre chose ? Dans un cas comme dans l’autre, que puis-je faire ?

Je me creuse les méninges afin de trouver comment le sortir de cette

panade quand, soudain, une idée traverse mon esprit. 

Eurêka !

Sans réfléchir davantage, je me hausse sur la pointe des pieds, pose

mes mains sur ses épaules, aussi fermes et musclées que les emmanchures tendues de sa veste laissent supposer, puis écrase ma bouche sur la sienne.

Au début, mon initiative le surprend et il se raidit. Toutefois, il se reprend très vite. Ses bras s’enroulent autour de ma taille et me plaquent étroitement contre lui. Nos corps s’imbriquent l’un à l’autre, à l’instar de deux pièces d’un même puzzle.

D’abord tendre, notre baiser ne tarde pas à s’enflammer. Lorsque sa langue effleure la mienne, j’ai l’impression qu’un feu d’artifice explose dans ma tête. Un brasier ardent s’embrase dans mon ventre et me consume.

Je n’ai jamais ressenti cela avec quiconque. En tout cas, pas avec cette puissance ni cette fulgurance. Que se passe-t-il ? Pourquoi réagis-je de cette manière avec cet adonis que je ne connais pourtant ni d’Ève ni d’Adam ?

Je le dévore comme si je n’avais pas mangé depuis des jours et il avale chacun de mes gémissements tel un assoiffé devant une source d’eau claire. Tandis que nous nous embrassons, le temps paraît se figer et le monde s’évanouir. J’oublie tout, la musique, la boîte, la foule. Plus rien ne compte hormis cet homme me dégustant avec passion.

Au bout d’un moment, une personne me bouscule et me ramène à la réalité. Je m’écarte, à contrecœur, et avise immédiatement la femme derrière nous. Elle est toujours assise au bar, les traits défigurés par la douleur. Elle nous observe avec des yeux fulminants de rage. Si des prunelles pouvaient tuer, eh bien, on déclarerait, à cet instant précis, l’heure de mon décès.

Gênée, je détourne le regard et tombe sur celui de mon mystérieux inconnu. Il exprime sa surprise quant à la tournure des évènements. Je l’avoue, moi aussi, je le suis. Je ne me suis jamais comportée de cette manière. Ça ne me ressemble vraiment pas. Je ne suis pas timide, ni prude ni quoi que ce soit de ce genre. Néanmoins, d’habitude, j’ai besoin d’un peu de temps avant de me lâcher.

Au cours de mon existence, je n’ai pas eu beaucoup de boyfriends. Mon premier s’avérait un peu particulier. Avec Nick, nous nous connaissons depuis l’enfance, il représente mon meilleur et plus vieil ami. Nous avons grandi ensemble et avions l’habitude de tout faire à deux. Quand nos copains se sont mis en couple, on les a imités. Cela nous avait paru naturel. Nous sommes sortis ensemble durant deux ans, jusqu’à ce qu’il parte pour la fac. Nous nous sommes séparés en très bons termes et sommes restés les meilleurs potes au monde. Ensuite, il y a eu Chris. Et… voilà, le compte est bon.

Je n’ai donc vraiment pas l’habitude de me trouver dans ce genre de

situation, je ne sais d’ailleurs pas comment réagir. Dois-je dire quelque chose ? Si oui, quoi ? M’excuser ? Le saluer et reprendre le cours de ma soirée comme si de rien n’était ? En suis-je seulement capable ? J’en doute. Pas après ce qu’il vient de se produire. C’était bien trop sensationnel pour que je puisse l’oublier comme cela. Je pense même que ça demeurera gravé dans ma mémoire à tout jamais.

Toutefois, ça ne m’aide pas à me décider. La tension commence à

s’intensifier entre nous et à devenir palpable. Je me sens de plus en plus mal, au point de rêver que la Terre s’ouvre sous mes pieds et m’engloutisse.

— Merci, intervient-il, apaisant par la même occasion la situation

ainsi que mon tumulte intérieur. Mais pourquoi avez-vous fait cela ?

Je n’entends aucune condamnation dans sa voix, uniquement une

grande interrogation. Je m’empresse donc de lui expliquer pourquoi j’ai agi de la sorte.

— Qui a cassé ? Elle ou vous ?

— Elle.

— Dans ce cas, c’est quitte ou double. Si elle ne ressent plus rien pour

vous, ça lui montrera que, vous aussi, vous êtes passé à autre chose. En revanche, si elle éprouve encore des sentiments à votre égard, alors elle se mettra en quatre pour vous reconquérir, car elle ne supportera pas de vous savoir avec une autre femme.

— Et si c’était moi qui avais rompu ?

— Vous auriez mis les points sur les « i » et auriez ôté toute ambigüité

possible.

— Très judicieux ! salue-t-il mon raisonnement avec admiration en

plongeant ses yeux dans les miens.

Au même moment, je remarque l’intensité de ses iris. Leur couleur

grise me rappelle la teinte des nuages juste avant une averse de neige. À cet instant précis, ils expriment beaucoup de tendresse. Néanmoins, je peux aisément les imaginer s’assombrir, et devenir aussi noirs qu’un ciel d’orage quand il est énervé ou excité.

Tout doucement, il commence à danser au rythme de la musique.

Spontanément, j’accorde mon pas au sien.

Sa proximité, ses mains sur mes hanches, son odeur, mélange de savon et de mâle qui assaille mes narines, son souffle caressant ma joue, me grisent. J’ai l’impression d’être ivre sans avoir bu la moindre goutte d’alcool. Ma tête tourne, mes jambes flageolent et je dois me raccrocher à ses épaules robustes pour ne pas flancher.

Il en profite pour effacer la distance nous séparant. Il me plaque contre lui. Je me sens petite et frêle en comparaison à sa grande stature musclée. S’il le voulait, il pourrait me briser en deux comme un rien. Pourtant, je me sens bien entre ses bras, protégée. Nous nous ajustons parfaitement. Mes courbes épousent les siennes. J’ai l’impression que nous pourrions nous fondre l’un dans l’autre afin de ne former plus qu’une seule et même entité.

Son érection se presse contre mon ventre. Aussitôt, une onde de chaleur se propage en moi. J’ai chaud, comme si l’on avait augmenté mon thermostat interne. Mon sang se transforme en lave, entre en fusion. Mon ventre semble ravagé par un incendie dévastateur et mon intimité déverse des torrents de flammes liquides.

Oh, mon Dieu ! Je ne comprends pas ce qu’il se produit en moi. Je n’ai jamais ressenti cela de toute ma vie. En tout cas, pas avec cette intensité. Pas une seule fois, je n’ai autant désiré un homme comme mon adonis. Ni Nick et encore moins Chris. Ça me chamboule complètement et, en même temps, m’inspire.

Je m’imagine déjà me retrouver dans un endroit plus intime avec lui. Je lui retirerais sa chemise afin de me repaître de son torse musclé. Je le toucherais, le lécherais. Pendant ce temps, il faufilerait ses doigts sous ma robe, jusqu’au cœur de ma féminité. Ensuite, il me caresserait jusqu’à ce que je ne sois plus qu’une boule de nerfs sur le point d’exploser. Puis, alors que j’approcherais de l’orgasme, il me déshabillerait et se glisserait en moi…

Oh, my god ! Je ne me reconnais vraiment plus. Tout d’abord, j’embrasse un parfait inconnu, et me voilà à fantasmer dessus. Que m’arrive-t-il ?

— Vous allez bien ? me demande-t-il soudainement en s’écartant légèrement, comme s’il avait perçu mon trouble intérieur. Vous avez trop chaud ? Vous voulez vous asseoir ? Boire quelque chose ?

Sa prévenance me touche et je meurs d’envie d’accepter sa proposition. D’un autre côté, je ne veux pas qu’il se sente obligé de m’inviter. Certes, je l’ai aidé à se sortir d’une situation compliquée, toutefois je n’attends rien en retour.

— Vous n’êtes pas obligé. Votre ex-petite amie est partie, lui dis-je en

pointant du menton l’endroit où elle se tenait quelques minutes plus tôt. Vous pouvez reprendre votre soirée là où elle s’est interrompue.

— Je le pourrais, en effet. Mais non, réplique-t-il tout de go. J’ai envie

de continuer à la partager avec vous. Si vous êtes d’accord, évidemment.

Comment puis-je refuser ?

J’accepte d’un hochement de tête. Il me prend la main, puis m’amène

jusqu’à une table disponible dans un coin isolé du club. Nous nous asseyons l’un à côté de l’autre sur la banquette. Moins de cinq minutes plus tard, une serveuse s’approche et prend notre commande.

— Un gin-tonic pour moi, lui répond-il avant de se tourner vers moi,

et pour vous ?

— Un Red Bull, s’il vous plaît. — Vous ne préférez pas quelque chose d’un peu plus fort ? s’enquiert-

il, surpris, après le départ de la fille de salle.

— Non, je vous remercie. Je ne supporte pas l’alcool. Je bois de temps

en temps un peu de vin, mais après un verre, je ne réponds plus de rien.

Il hoche la tête et sourit, comme si ce détail, pourtant anodin, revêtait

une importance capitale, dont il faut absolument se rappeler.

— Au fait, je m’appelle Nathaniel et vous ? me lance-t-il au bout d’un

moment.

— Angela.

— On peut se tutoyer ?

— Volontiers.

— Tu as un accent adorable, cependant je n’arrive pas à le resituer.

D’où viens-tu ?

— Devine, répliqué-je, joueuse.

— Je ne sais pas. Je connais la plupart des intonations de la côte Est,

du Texas et de la Californie, or il ne s’agit pas de l’un d’eux. Je pencherais pour la côte Ouest. Est-ce que je me trouve sur la bonne voie ?

— Pas mal. En effet, j’ai traversé le pays pour venir ici. — OK, réfléchit-il à voix haute. Pas la Californie, donc je dirais plus

au Nord. Peut-être l’Oregon ou l’État de Washington. Tu viens de Seattle ? Tu en as eu marre de la pluie !

— Presque. Dirige-toi encore plus à l’Ouest, l’aiguillé-je. Je n’ai pas fui la pluie, seulement la neige. Techniquement, je n’ai pas traversé qu’un seul pays avant d’arriver à New York, mais deux.

— Tu veux dire que tu es originaire d’Alaska ?

— Exact. Je suis née et j’ai grandi à Fairbanks.

— Ah ben, ça, alors ! s’exclame-t-il, ahuri, comme s’il s’agissait d’un fait exceptionnel. Je ne l’aurais jamais deviné. Je crois même qu’il s’agit de la première fois que je croise une Alaskaine de ma vie. Es-tu venue seule ce soir ou… ?

— Avec ma colocataire. Toutefois, elle a déjà été enlevée par quelqu’un, donc, maintenant, on peut dire que je suis seule. Et toi, hormis ton ex, tu es accompagné ?

— Mon frère, mais pareil, il m’a abandonné. Dis-moi, Angela, as-tu quelqu’un dans ta vie ? Un petit ami ? Un fiancé ? Un mari ? me demande-t-il avec une grimace de dégoût.

— Je ne t’aurais pas embrassé si j’étais mariée ou même en couple. Non, je n’ai personne. Je suis libre comme l’air. Vu la réaction de ton ex, j’en déduis que votre rupture s’avère assez récente. Tu es donc célibataire ?

— Bravo, Sherlock. Excellente déduction. Nous avons rompu il y a deux mois. Honnêtement, il s’agit de ma première soirée en tant que célibataire depuis des lustres. C’est probablement pour cela que je ne me débrouille pas très bien.

— Non, tu gères, le rassuré-je d’emblée.

Gênée de ma spontanéité ainsi que de ce qu’elle sous-entend, je me penche et attrape la canette bleue-argentée que la serveuse vient de déposer devant moi. Je glisse la paille dans ma bouche, puis aspire une gorgée du liquide doré.

Pendant tout ce temps, je sens ses yeux rivés sur moi. En le regardant discrètement – du moins, j’essaye –, je vois sa pomme d’Adam aller et venir au rythme de ses déglutitions ainsi que sa langue lécher frénétiquement ses lèvres.

Tandis que je repose ma bouteille sur la table, sa main se pose sur ma joue. Il m’attire à lui, jusqu’à ce que nous nous retrouvions face à face, à quelques centimètres l’un de l’autre. Ses magnifiques iris s’assombrissent et deviennent aussi noirs que l’ébène. Comme je l’avais supposé, ses prunelles sont de véritables miroirs émotionnels. Elles représentent d’excellentes révélatrices sur ses intentions ainsi que sur ses sentiments.

Son pouce effleure délicatement ma lèvre inférieure. Devant

l’intensité de son regard et la douceur de ses gestes, ma libido, qui s’était légèrement calmée, regrimpe en flèche. Des images de ses doigts se promenant partout sur mon corps – notamment une zone en particulier –, envahissent mon esprit. Ma respiration s’accélère et devient anarchique. Mon cœur bat tellement fort que je suis certaine qu’il doit l’entendre malgré la musique ambiante. Mon sang bout dans mes veines. J’ai chaud, tellement chaud. J’ai l’impression que mon corps est en feu. Si ça continue ainsi, il ne restera bientôt de moi plus qu’un tas de cendres fumantes.

Quelqu’un aurait-il un extincteur, s’il vous plaît ?! Lentement, il se penche vers moi. Nos souffles se mêlent et n’en

forment plus qu’un. Troublée par l’ardeur dans son regard, je ferme les yeux. Alors que j’escompte sentir ses lèvres effleurer ma bouche, il pose simplement son front contre le mien.

Qu’attend-il pour m’embrasser ? Que je franchisse, de mon propre

chef, les derniers millimètres nous séparant ? Ne se sent-il pas prêt à prendre les rênes de lui-même ?

Tout à l’heure, c’est moi qui ai effectué le premier pas, sans lui

demander son avis. Le regrette-t-il à présent ?

La relation entre son ex et lui semble plutôt difficile, et tout ne paraît

pas très limpide entre eux. Du peu que je connais de leur histoire, je peux déjà en dire qu’elle éprouve encore des sentiments pour Nathaniel. Le cas échéant, pourquoi aurait-elle été aussi furieuse et blessée après notre baiser ?

Je sais d’expérience que voir son ancien amoureux avec une autre

personne peut être douloureux, surtout si l’on éprouve encore quelque chose pour lui. Sinon, ça ne fait ni chaud ni froid. La première fois que j’ai vu Chris en compagnie d’une fille, j’ai souffert le martyre. J’ai eu l’impression que l’on me plongeait un couteau en plein cœur. Maintenant, l’eau ayant coulé sous les ponts, je ne ressens plus rien, sauf peut-être un léger dégoût quand je constate qu’il change de copine plus souvent que de chemise.

Compte tenu de tout cela, je peux donc en déduire que même si l’ex-

femme de Nathaniel l’a quitté, elle l’aime toujours. Mais lui, qu’en est-il ? Ses sentiments sont-ils plus clairs ou aussi confus que ceux de son ex ? L’aime-t-il toujours ? Est-ce que leur rupture ne représente pas plutôt une pause pour clarifier leur situation et s’assurer de leur choix ?

Et moi, dans tout cela ? Où se trouve ma place ? Que représenté-je ? Incarné-je l’autre, celle qui a osé s’interposer entre Nathaniel et la femme de sa vie ? Suis-je capable de devenir cette personne-là, après mon passif avec Chris ?

 

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