Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 38 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Angela

 

Pendant que Nathaniel rassemble ses affaires, je m’octroie un repos bien mérité, avant de repartir pour Brooklyn. Après cette longue journée harassante, je me sens épuisée. Confortablement installée sur le canapé, je savoure ce moment de calme. Plus les minutes défilent, plus je sens mes muscles se relâcher les uns après les autres. Mon corps se détend progressivement et une douce léthargie m’envahit petit à petit.

Je somnole à moitié à l’instant où Nathaniel réapparaît dans le salon, un sac à la main. Il le pose près du comptoir de la cuisine avant de venir me retrouver dans le salon.

— Tout va bien, mon ange ? me demande-t-il en s’asseyant à côté de moi.

— Oui, je souffre juste de flémingite aiguë, le rassuré-je dans un sourire.

— Si tu veux, nous pouvons rester ici, nous réchauffer un plat que Rose me prépare et congèle pour les jours où elle ne vient pas. Demain, à la première heure, on sort t’acheter des vêtements pour que tu puisses te changer. Et, si tu es toujours d’accord, on pourrait en profiter pour nous rendre à la clinique, effectuer nos tests. Qu’en penses-tu ?

— Qu’il s’agit d’une merveilleuse idée !

— Ne bouge pas, je m’occupe de tout !

Il dépose un baiser sur mon front, puis se lève. Je l’entends œuvrer dans la cuisine : manipuler la porte du frigo, mettre le four en route, farfouiller dans les placards. Je discerne également le tintement de verre que l’on entrechoque, suivi du « plop » d’une bouteille que l’on débouche et du « pschitt » d’une cannette que l’on décapsule, après le glougloutement de liquide que l’on verse.

Quelques secondes plus tard, il revient, un verre de vin rouge dans une

main et ce que je devine être du Red bull dans l’autre. Je m’empare de ce dernier, reconnaissante. J’en avale, sans attendre, une grande gorgée, dans l’espoir que cela me redonnera un petit coup de fouet.

Pendant ce temps, Nathaniel reprend sa place à côté de moi, sirote une

lampée de Merlot avant d’enrouler son bras autour de mes épaules et de m’attirer contre lui.

Nous demeurons ainsi un long moment, silencieux, à observer les

flammes dansant dans la cheminée jusqu’à ce que d’alléchants effluves de sauce tomate et d’épices viennent titiller mes narines. Aussitôt, l’eau me monte à la bouche, mon estomac émet un grondement tonitruant.

— J’en connais une qui a faim, éclate de rire Nathaniel, à côté de moi. Il se marre tellement qu’il soubresaute au point de renverser du vin par

terre.

— Et moi, un qui devra changer de tapis, répliqué-je en observant

l’énorme tâche rouge se répandre sur l’épais tapis beige.

— Je m’en fiche, j’ai prévu de refaire toute la déco dès le début

d’année.

— Pourquoi ? m’enquiers-je, surprise.

Tout me paraît pourtant encore nickel. Les murs ne sont pas défraîchis,

les meubles semblent neufs et la déco encore à la mode…

— Je veux un intérieur qui me ressemble, où je me sente à l’aise. — Comment cela ? demandé-je, de plus en plus intriguée. — Mercedes s’est chargée de la décoration, m’avoue-t-il dans un

soupir. Et depuis…

— Depuis qu’elle est partie, tu ne te sens plus chez toi, dans ton

appart’, terminé-je à sa place.

Dorénavant que je sais que tout ce que je vois alentour est l’œuvre et

les goûts de son ex, je comprends certaines choses. Notamment pourquoi je ne retrouvais pas Nathaniel là-dedans. Néanmoins, ça fait ressurgir toutes les incertitudes que j’essaye de maintenir éloignées jour après jour.

Là aussi, je tente de les refouler, ne voulant pas y penser maintenant,

me considérant comme beaucoup trop fatiguée pour cela. Toutefois, certaines parviennent à passer entre les mailles du filet : que veut dire son envie de changement de déco ? Est-ce la preuve qu’il a réellement tiré un trait sur son histoire avec son ex ? Qu’il souhaite balayer tous ses souvenirs de cette période et veut prendre un nouveau départ, un peu comme on tourne une page pour recommencer sur une feuille vierge ? Si oui, est-ce que cela signifie que nous avons un avenir possible tous les deux ?

Une odeur de cramé me sort de mes pensées, me ramenant à la réalité. Je me lève d’un bond et cours à la cuisine. Je revêts à la va-vite un gant de protection, ouvre la porte du four mis trop chaud, et attrape le plat bouillant. Or, dans ma précipitation, j’ai mal enfilé la manique et me brûle.

À cet instant, je me retrouve confrontée à un cruel dilemme : tout lâcher et ruiner notre repas ou bien continuer à souffrir une seconde de plus, le temps d’atteindre le plan de travail pour tout poser. Finalement, mon ventre décide pour moi. Je jette le plat sur le comptoir avant de filer placer ma paume sous le robinet, en proférant tous les noms d’oiseaux de mon répertoire.

— Angie, tout va bien ? débarque au même moment Nathaniel, qui regarde autour de lui, confus.

— Oui, ce n’est rien, juste une petite brûlure !

En même temps que je prononce ses paroles, je coupe l’eau afin de juger des dégâts. Immédiatement, ma peau recommence à cuire, comme si un feu me dévorait de l’intérieur. Là où une seconde plus tôt n’apparaissait qu’une rougeur, une énorme cloque surgit.

— Tu ne t’es pas loupée ! commente-t-il, faisant écho à mon propre constat. Je vais chercher la trousse de premiers secours.

Pendant qu’il disparaît dans le couloir, je replace ma main sous le robinet en poussant un soupir de soulagement en sentant le froid atténuer la morsure de la chaleur. Je reste ainsi, sans bouger, durant un long moment, jusqu’à ce que la sensation de combustion s’atténue lorsque je sors ma blessure de l’eau. Ensuite, avec un air concentré absolument craquant, Nathaniel s’applique à essuyer, désinfecter et panser ma plaie.

— Tu serais très doué comme infirmier.

— Et encore, tu n’as pas tout vu !

À la lueur espiègle dans son regard, mon corps, épuisé jusque-là, retrouve un regain d’énergie. Une bouffée de chaleur, qui n’a aucun rapport avec ma brûlure, se propage en moi et me consume. Je sens déjà que la nuit va être torride…

 

***

 

Le lendemain matin, après seulement une petite poignée d’heures de

sommeil, le reste ayant été consacré à une tout autre activité où Nathaniel n’a eu de cesse de démontrer quel merveilleux soignant il peut être, nous quittons son appartement. Nous nous rendons dans une clinique privée située à quelques rues de chez lui.

Tandis que nous pénétrons dans ce qui est loin de ressembler à un

hôpital ordinaire, à en juger les tableaux aux murs qui remplacent les sempiternelles affiches de prévention, l’arbre au milieu de l’accueil, ou encore, plus improbable, le piano, je sens le stress monter en moi. Je n’appréhende pas le moins du monde les résultats de l’examen que nous nous apprêtons à subir, mais tout simplement de me trouver ici.

Malgré mes vingt-deux ans, j’ai beaucoup trop fréquenté ce genre

d’établissement. Après l’accident, au cours duquel j’ai tout perdu et où j’en ai réchappé avec seulement une fracture fémorale, j’ai passé énormément de temps dans ce type d’endroit, suffisamment pour en créer une véritable aversion. Depuis, je suis incapable de m’en approcher sans avoir des sueurs froides, des palpitations, la tête qui tourne, l’impression d’étouffer. Et aujourd’hui ne semble pas vouloir faire exception à la règle.

— Eh, tout va bien se passer, tente de me rassurer Nathaniel en

resserrant sa prise sur mes doigts tremblants.

J’ai la gorge si nouée qu’aucun son ne peut s’y échapper. De plus, j’ai

tellement envie de vomir que je crains d’ouvrir la bouche, de peur de revoir mon petit-déjeuner. Alors, dans le doute, je préfère ne rien répondre et continuer à respirer profondément dans l’espoir de canaliser ma crise d’angoisse avant qu’elle ne me submerge complètement.

— Mademoiselle Wilkins, m’appelle un homme en blouse blanche. Les jambes flageolantes, je me lève et le suis tant bien que mal. Nous

longeons un couloir jusqu’à atteindre une salle d’examen. Il m’invite à m’asseoir dans un grand fauteuil aux accoudoirs extra-larges. Il me pose des tas de questions auxquelles je tâche de répondre sans dégobiller.

Ensuite, nous passons aux choses sérieuses. Pendant qu’il prépare ses affaires, je ferme les yeux et me concentre sur mes inspirations ainsi que sur mes expirations. Je le sens poser un garrot sur mon bras, tâter à la recherche d’une veine, appliquer une compresse humide sur ma peau, puis une petite piqure au pli du coude. Moins d’une minute plus tard, je l’entends me dire :

— Voilà, j’ai terminé ! Vous recevrez les résultats par mail au cours de la journée.

À ses mots, je pousse un énorme soupir de soulagement. Je le remercie, avant de quitter la pièce comme s’il y avait le feu. Je n’ai plus que deux idées en tête : rejoindre Nathaniel, qui a déjà effectué sa prise de sang, et quitter cet endroit le plus vite possible.

Dès que nous nous retrouvons dans la rue, je respire comme si j’avais été privée d’oxygène trop longtemps. J’avale goulument chaque bouffée d’air. Progressivement, je perçois la tension disparaître de mon corps.

J’y suis arrivée ! Je l’ai fait !

Je me sens si heureuse que j’ai envie de sauter de joie. Mais je me retiens in extremis, me rappelant mon amant à côté de moi. Cependant, ça ne m’empêche pas d’exécuter une petite danse de la victoire à l’intérieur.

J’ai à peine le temps de savourer mon triomphe sur moi-même, qu’il me faut déjà partir bosser, si je ne veux pas être en retard.

— À quelle heure termines-tu le travail ce soir ? me demande Nathaniel alors que nous nous approchons des abords du Rockefeller.

— Je ne sais pas, tout dépend de mon planning. Pourquoi ?

— Est-ce que ça te dit de venir chez moi, après, pour consulter ensemble nos résultats et les célébrer ?

— Si, au contraire, tu venais chez moi. Je pourrais nous concocter un bon petit plat…

Et aussi enfiler une petite culotte, ajouté-je mentalement. Étant donné que je n’avais aucun sous-vêtement de rechange avec moi, et trop la flemme pour laver ceux que je portais hier, Nathaniel m’a gentiment prêté l’un de ses caleçons, ce matin. Même si, d’habitude, je ne suis pas contre en porter un, comme ça, sous un jean il s’agit d’une autre paire de manche. J’ai l’impression d’être nue sous mon pantalon. Et que dire de la couture qui me cisaille l’entrejambe… Ce n’est franchement pas agréable !

— Ça me plairait beaucoup, accepte-t-il ma proposition en s’arrêtant

devant l’entrée de la patinoire. Tu me tiens au courant pour l’heure à laquelle je débarque ?

— Bien sûr !

— J’ai hâte, susurre-t-il avant de m’embrasser fougueusement. Et moi donc ! Son baiser me donne un avant-goût de ce qui m’attend

ce soir et il me tarde d’y être. Surtout que si tout se déroule, comme on le souhaite, cette soirée marquera un tournant majeur dans notre relation. Elle représentera le jour où il n’y a eu plus que lui et moi, sans rien pour nous séparer.

À cette idée, mon ventre se contracte d’impatience de le retrouver. Je

sens d’avance que la journée va me paraître interminable d’ici là.

 

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