Angel Ice (French Edition)
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Nathaniel
Bon sang, je ne me suis jamais senti aussi nerveux.
La dernière fois où j’ai pensé cela, ça représentait du pipi de chat en comparaison à aujourd’hui. En effet, depuis qu’Angela m’a envoyé un message, un peu plus tôt, pour m’annoncer d’un changement de plan et donc que nous passerions la soirée chez moi, j’ai l’impression de me trouver comme sur des charbons ardents.
Tout se jouera ce soir !
Tout d’abord, nous allons connaître les résultats de notre dépistage VIH et, par la même occasion, savoir si nous pourrons, à l’avenir, nous passer de préservatifs. Enfin, je lui dévoilerai ma surprise. Autant le premier point m’excite énormément, me rendant extrêmement impatient d’y être, autant le second me terrifie.
Je croyais avoir encore une journée avant de devoir me confronter à la réaction d’Angela et pouvoir m’y préparer. Au lieu de cela, je n’ai plus que quelques minutes devant moi, voir quelques heures en reportant ce moment à la fin du dîner.
À cette idée, mon stress gravit un nouvel échelon et toutes les craintes, qui me hantent depuis ce matin, refont surface : Si Angela et moi ne nous situons pas sur la même longueur d’onde, qu’adviendra-t-il de nous ? Suis-je prêt à lui octroyer du temps ? Évidemment, mais cela suffira-t-il ? Sinon, que se passera-t-il ? Revivrai-je la même situation qu’avec Mercedes ? En ai-je seulement la force ? Il m’a fallu des semaines avant de parvenir à tourner la page et à aller de l’avant. Or, j’y suis arrivé grâce à Angela. Sans elle, où en serais-je maintenant ? Toujours à me noyer sous le travail et me couper du monde ? Alors, si je la perdais, que deviendrais-je ? Elle est apparue dans ma vie, il y a à peine plus d’une semaine, pourtant elle y a pris une place considérable. À tel point que je n’ose imaginer une existence où elle n’en fait pas partie. Et la perspective qu’elle puisse me quitter m’angoisse au plus haut point.
Je m’efforce de ne pas y penser et de rester concentré sur le présent : à
savoir organiser une soirée mémorable pour Angela et moi. Après tout, elle symbolise un tournant majeur dans notre relation. Rien que pour cela, je désire qu’elle soit parfaite, donc je ne dois rien négliger.
Pour l’occasion, j’ai décidé de mettre le paquet afin qu’elle demeure
dans les annales. Ayant été prévenu tardivement de nos changements de plans, je n’ai pu demander à Rose de nous confectionner l’un de ses délicieux plats dont elle a le secret. Hors de question que l’on pioche dans le réfrigérateur. Pour la peine, j’ai commandé à dîner auprès du meilleur chef de Manhattan, acheté une bouteille de Cristal Roederer afin de célébrer cet évènement comme il se doit. J’ai également tamisé la lumière, allumé quelques bougies et mis une compilation de musique douce afin d’apporter une ambiance romantique.
J’apporte la touche finale en disposant des pétales de rose rouge sur la
nappe blanche au moment où la sonnette retentit. J’examine une dernière fois ma table, réajuste une fourchette qui me semblait de traviole. Puis, satisfait du résultat, je file en direction de l’entrée et ouvre la porte.
À l’instant où mes yeux se posent sur Angela, j’ai le souffle coupé.
Elle est… waouh ! Je m’attendais tellement à ce qu’elle débarque tout de suite après le boulot, qu’il me faut plusieurs secondes pour me remettre de son apparition, ainsi apprêtée.
— Mon ange, tu es… débuté-je avant de m’interrompre. Je cherche désespérément un adjectif pouvant décrire avec exactitude
sa beauté. Mais je n’en trouve aucun. Ils me paraissent si fade, si insuffisant pour exprimer ce que je meurs d’envie de lui dire. Néanmoins, il faut bien que je prononce quelque chose, alors, faute de mieux, j’énonce :
— Tu es magnifique.
— Merci, tu n’es pas mal non plus, me complimente-t-elle en
m’observant dans le costume gris acier, que j’ai enfilé en rentrant du travail.
Elle examine les emmanchures tendues au niveau des épaules, scrute la manière dont ma chemise, un peu plus cintrée que celles que je porte habituellement, moule mon thorax et la façon dont mon pantalon tombe bas sur mes hanches. Elle s’attarde également sur la bosse qui se forme au niveau de ma braguette au fur et à mesure qu’elle m’observe à l’instar d’un alléchant encas dont elle voudrait n’en faire qu’une bouchée. À cette idée, mon sexe réagit de plus belle, en grossissant davantage.
— Je t’en prie… l’invité-je à entrer après quelques secondes.
Je m’efface pour la laisser passer, puis, après qu’elle a franchi le seuil, je referme la porte derrière elle. Aussitôt, je la débarrasse du petit sac contenant, je devine, des affaires de rechange. Je le pose contre le mur et l’aide à retirer son anorak, que je suspends au porte-manteau.
— Nathaniel ! s’exclame-t-elle, ébahie, quand elle découvre tous mes préparatifs pour notre soirée.
Elle contemple ma salle à manger émerveillée. Elle avance à pas feutrés comme si elle craignait qu’au moindre bruit l’enchantement disparaisse. Elle caresse délicatement la nappe, se penche pour sentir les roses qui trônent, dans un vase, au milieu de la table comme pour s’assurer que tout ceci s’avère réel.
— C’est splendide ! souffle-t-elle.
— Je te retourne le compliment !
Avec ses cheveux coiffés de façon à retomber en de douces ondulations sur ses épaules, son maquillage charbonneux qui met en valeur la pâleur de ses iris, elle se révèle somptueuse. Et que dire de sa robe qui lui fait une poitrine sensationnelle, et de ses talons aiguilles qui rehaussent ses jambes fabuleuses ? Vraiment, à tomber par terre !
— Je voulais juste marquer cette soirée d’une pierre blanche, lui expliqué-je en me secouant pour me ressaisir. Si, Mademoiselle veut bien se donner la peine…
Je tire une chaise et l’invite à s’y asseoir. Sans perdre de temps, j’ouvre la bouteille de Champagne et nous en sers à tous les deux une flûte. Je lui en tends une, qu’elle accepte et m’installe à côté d’elle.
— Alors, tu les as reçus ? demandé-je, en percevant mon impatience grandir.
— Oui, il y a quelques minutes à peine. Et toi ?
— Aussi.
— On échange nos téléphones pour regarder, propose-t-elle, aussi
excitée que moi par ce moment solennel.
Nous tapotons sur nos smartphones respectifs avant de nous les
donner. Nous nous en saisissons avec déférence comme s’il s’agissait d’une chose précieuse et irremplaçable. Puis, avec un simple hochement de tête et un sourire, nous ouvrons le mail et lisons le résultat, tant attendu, de l’autre.
— Négatif, nous écrions-nous en chœur.
— Tu te rends compte de ce que cela signifie ? — Oui, me répond-elle ses envoûtantes prunelles, étincelantes de
désir, accrochées aux miennes, plus que toi et moi.
— Plus rien entre nous, confirmé-je dans un murmure en replaçant
une mèche de cheveux.
Sur ce, elle s’empare de sa flûte de Champagne, la lève et porte un
toast :
— À nous ! annonce-t-elle en entrechoquant son verre contre le mien. — Et à l’avenir, surenchéris-je avant d’avaler une gorgée du breuvage
pétillant.
Après cela, le repas se déroule comme dans un rêve. Le vin est
délicieux, les mets exquis à souhait ; la conversation, plaisante. Pendant que nous nous régalons des différents plats, nous discutons de tout et de rien. Au fur et à mesure que les heures s’écoulent, je sens le stress décroître en moi. J’en arrive même à ne plus appréhender la suite de la soirée. Toutefois, au moment où nous terminons de déguster le dessert, l’angoisse ressurgit au point de me nouer l’estomac et de me donner des sueurs froides.
Juste avant le moment fatidique, je grappille encore un peu de temps,
en débarrassant la table. Puis ne pouvant plus reculer, je suggère à Angela d’aller poser ses affaires dans mon dressing. Même si au début elle semble surprise – il s’agit de la première fois où elle y mettra les pieds, étant donné que jusqu’à présent, c’est toujours moi qui lui apportais les vêtements dont elle avait besoin ! –, elle se reprend vite et s’exécute.
Après son départ, j’attends deux minutes où je m’applique à respirer
profondément dans le but de ne pas me laisser submerger par la panique, puis la rejoins.
Je m’arrête sur le seuil et observe sa réaction. J’ignore à quoi je
m’attendais, peut-être à des cris, car j’ai dépensé de l’argent pour elle, sujet sensible entre nous ; à de l’indifférence comme si la présence de vêtements féminins au milieu des miens ne provoquait rien en elle. Mais une chose demeure certaine, je ne m’attendais pas à la voir fondre en larmes et encore moins à la souffrance qu’exprime son visage ainsi que son corps comme si je lui avais brisé le cœur.
— Mon ange… hasardé-je, décontenancé.
Je ne sais pas trop quoi dire ni quel geste esquisser.
— J’aimerais que tu me répondes : où en es-tu exactement avec ton ex ? As-tu encore des sentiments pour elle ? Fomentes-tu toujours l’espoir qu’elle revienne un jour dans ta vie ou bien as-tu tiré un trait sur votre histoire ? me balance-t-elle à brûle-pourpoint, en se tournant vers moi.
— J’ai tiré un trait sur elle, lui assuré-je tout de go. Elle n’est plus rien pour moi.
— En es-tu réellement sûr ?
— Évidemment ! confirmé-je, ne voyant pas où elle veut venir.
— Alors, explique-moi : pourquoi as-tu gardé tous ses vêtements ? Que représenté-je pour toi ? Nathaniel… je t’ai accordé ma confiance. Je pensais que tu étais différent de Chris et pourtant…
— Angela, écoute-moi, l’interromps-je abruptement.
Je l’agrippe par les épaules afin qu’elle ne se dérobe pas et l’oblige à m’affronter. Les larmes coulent à flots, maculant ses joues de longues trainées noires. Je plonge mon regard dans le sien dans le but qu’elle y lise toute ma sincérité.
— Dans ma tête et dans mon cœur, il n’y a plus un soupçon de place pour Mercedes. Tu les as investis entièrement. Ces vêtements ne sont pas à elle, mais pour toi.
— Pour moi ? demande-t-elle, interloquée. Je ne comprends pas. Pourquoi ?
Je m’octroie quelques secondes de pause. J’en profite pour organiser mes pensées et trouver comment dire ce que je m’apprête à exprimer. Puis, à essayer de dénicher un peu de calme en moi, car voici le moment que je redoutais tant, celui où je lui confie mon cœur au risque qu’il soit rejeté.
— Il s’agit de ma manière à moi de te montrer la place que tu as prise dans ma vie. Quand Mercedes m’a quitté, je pensais que personne ne pouvait la remplacer et remplir le vide qu’elle avait laissé en moi. Or, je me trompais. Pour m’en rendre compte, il a fallu qu’une magnifique Alaskaine débarque dans mon existence.
Je libère ses épaules, empaume ses joues avant de poursuivre : — Plus je suis avec toi, plus j’ai envie d’être avec toi. En peu de
temps, tu m’as conquis totalement. Dorénavant je n’envisage pas une seule journée sans toi. Ces derniers jours représentent les plus beaux de ma vie et j’espère que ça continuera ainsi encore très, très longtemps…
— Oh, Nathaniel ! s’exclame-t-elle, émue.
Ma déclaration semble avoir fait mouche. Aussitôt les mots franchis
de mes lèvres, son corps, prostré jusque-là, se redresse. Ses yeux ne reflètent plus une immense douleur, ils rayonnent d’enchantement. Ses lèvres, auparavant crispées dans un rictus de souffrance, se relâchent et affichent même un sourire de béatitude.
En sentant son être irradier de bonheur, je décide de jouer cartes sur
table, de me dévoiler complètement. Tant pis si mes sentiments ne sont pas partagés. Au moins, je les aurai exprimés. Et quoi qu’il se produise dans les secondes à suivre, je demeurerai certain d’avoir tout tenté. Ainsi, je ne regretterai rien.
J’inspire profondément, puis me jette à l’eau : — Je t’aime, Angela.
Maintenant, advienne que pourra !
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