Angel Ice (French Edition)
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Nathaniel
Finalement, cette journée n’aura pas été qu’une lamentable perte de temps. Bien au contraire, elle s’est avérée passionnante. Sérieux, je ne me suis jamais senti aussi exalté qu’en ce moment.
Je ne sais toujours pas qui prendre comme stagiaire. De tous les candidats que j’ai reçus aujourd’hui, une seule m’a semblé parfaite pour le poste. Angela. Mais comme elle le refuse, je vais devoir en trouver un autre. Et je sais déjà que ça ne sera pas une partie de plaisir.
N’empêche, je peine à en revenir. Je l’ai retrouvée. En me levant, ce matin, j’étais à mille lieues d’imaginer la revoir. Dans de telles circonstances, qui plus est ! Le destin aime jouer de sacrés tours…
Quand je l’ai vue, dans ce bureau, dans mon entreprise, je n’en ai pas cru mes yeux. J’en suis resté ébahi, tétanisé, le cœur martelant ma poitrine, comme si j’avais reçu le plus merveilleux des cadeaux de Noël. Cet entretien m’a permis de découvrir l’origine de sa cicatrice, même si je suis certain qu’elle n’a pas tout dit à ce sujet. Mais, c’est un bon début. D’autant plus, que, cerise sur le gâteau, elle a accepté de dîner avec moi !
Cette idée m’emballe au plus haut point. La théorie de mon frère est du flan ! Angela ne sera jamais un pansement. Je suis bien trop heureux à la perspective de bientôt la revoir ! À tel point que si je m’écoutais, je sauterais de joie. Mais je parviens à me maîtriser jusqu’à ce que les portes de l’ascenseur se referment sur elle. À ce moment, je ne peux plus me contenir. Je donne un coup de coude dans l’air tout en serrant le poing et en hurlant :
— Yes !
Toutes les têtes, présentes dans l’accueil, se tournent vers moi. Je m’en
contrefous royalement. Je me sens bien trop heureux pour m’en formaliser.
D’un pas léger, limite guilleret, je me rends dans le bureau de madame
Walsh, afin de respecter ma part du contrat et faire le point sur la journée. Elle me donne une liste de candidats, qui, selon elle, semblent correspondre aux attentes du stage. Je m’empare de tous les dossiers, bien décidé à les examiner en profondeur avant de prendre ma décision définitive. Au passage, je récupère celui d’Angela, afin de résoudre un problème qui me chiffonne. Tous les CV étaient accompagnés de photos. Hier soir, et encore ce matin, je les ai passés en revue je ne sais combien de fois dans le but de me familiariser avec tous les postulants. Pourtant, sur aucun, je n’ai reconnu mon ange. Comment cela est-il possible ?
De retour dans mon antre, je m’installe à ma table de travail et étale
dessus le dossier d’Angela, déterminé à répondre à cette question. Dès la page de garde, je comprends pourquoi je l’ai manquée. Sa photo doit dater un peu, car elle n’arbore pas la même couleur de cheveux. En ce moment, ils sont noirs, avec les pointes roses tandis qu’à l’époque où le cliché a été pris, ils affichaient une teinte auburn.
Satisfait par cette explication, je rassemble les feuilles éparpillées,
puis les range dans mon attaché-case avant de me mettre au boulot.
Plus tard, au moment où je franchis les portes de mon appartement, je
me rends directement dans mon bureau. Je m’assois dans mon fauteuil en cuir, prends aussitôt ma mallette et en ressors la pochette d’Angela.
Toute la fin d’après-midi, mes doigts m’ont démangé de la récupérer
et de commencer sa lecture sans plus attendre. Mais je voulais attendre d’être chez moi, au calme, sans risquer une interruption intempestive, pour m’y plonger.
En l’ouvrant, je me surprends à avoir les mains qui tremblent
tellement je me sens impatient de découvrir tout ce qu’elle renferme. Elle est relativement mince en comparaison à tous les pavés que j’ai eus sous les yeux, aujourd’hui. Néanmoins, elle recèle une véritable mine d’or.
Je la lis de la première à la dernière page avec avidité. La moindre
bribe d’information la concernant me paraît d’une importance capitale, et je les mémorise toutes.
En plus de son numéro de téléphone et de son adresse, elle relate tout son parcours scolaire de façon détaillée. Elle a terminé le lycée major de sa promotion et paraît bien partie pour obtenir sa licence avec le même succès. À en juger les nombreuses lettres de recommandation, elle semble vraiment très estimée par ses professeurs. Il s’agit d’une élève modèle et je n’en attendais pas moins de mon ange.
J’apprends également qu’elle cumule deux emplois : l’un dans un café à Brooklyn et un autre comme serveuse auprès d’un célèbre traiteur, Pippa’s food, à Manhattan. Je l’admire. Toutefois, je m’interroge : pour quelle raison a-t-elle choisi NYU alors qu’elle avait obtenu une bourse pour la fac de Seattle ? Ça aurait été pourtant beaucoup plus facile pour elle. Elle aurait pu se consacrer à ses cours, sans avoir besoin de trimer comme une forçat pour financer ses études et payer ses factures. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi elle a pris une telle décision. Je ne crois pas une seconde aux raisons qu’elle a données à madame Walsh quand cette dernière l’a questionnée à ce sujet. Ça paraissait bien trop superficiel. Non, selon moi, elle nous a caché quelque chose d’important. Mais quoi ?
Encore un mystère entourant Angela ! Décidément, plus je la connais, plus j’en trouve. Vais-je un jour réussir à tous les percer ? J’ignore encore quand et comment... Cependant, une chose est sûre, je suis déterminé à y parvenir.
Remonté à bloc, j’ouvre le premier tiroir de mon bureau. Aussitôt, mes yeux tombent sur le petit bout de dentelle noir, souvenir de mon ange démoniaque après notre nuit de passion. Inconsciemment, je m’en empare et le porte à mon nez. Il exhale encore son odeur. Il n’en faut pas plus à mon sexe pour se réveiller. Un vrai radar à Angela, celui-là ! Dès qu’il détecte sa présence, ou quelque chose qui lui rappelle combien c’était divin de se trouver en elle, il se dresse et se met à tressauter d’impatience.
Désolé, mon pote, elle ne se trouve pas ici !
Après une dernière inspiration, je remets la culotte à sa place et range, avec, le dossier d’Angela. Puis, je sors de mon bureau pour aller prendre une bonne douche et me soulager de cette érection qui me court-circuite le cerveau.
Fraîchement lavé, et les idées plus claires, je me sens d’attaque à élaborer un plan d’action pour conquérir mon ange. Je m’installe sur mon sofa, uniquement vêtu d’un pantalon de pyjama, un scotch à la main et contemple la vue de Manhattan by night. Je fais tourner le liquide ambré dans mon verre, tout en méditant sur la meilleure marche à suivre pour pénétrer ses défenses.
Maintenant que je l’ai retrouvée, je ne compte plus la laisser me filer
entre les doigts. Je ne dois pas y aller trop vite au risque de l’effrayer ou qu’elle fuie une fois de plus. Je rejette donc l’idée de me pointer chez elle, à l’improviste, pour la baiser le restant de la nuit. Je dois y aller doucement. Mais comment ? Et si je commençais par lui envoyer un texto ?
Je saisis mon téléphone et compose plusieurs messages avant de tous
les effacer. Tout ce que j’écris me paraît nul, dépourvu d’esprit. On croirait un gosse qui rédige son premier SMS à une fille. Pathétique !
Finalement, après plusieurs minutes d’essais infructueux, je laisse mes
pouces pianoter d’eux-mêmes sur l’écran, comme si cela me permettrait de trouver l’inspiration ainsi qu’une formule adéquate pour ce premier contact. Au bout de nombreuses tentatives, j’envoie :
[Une fois, il s’agit d’un hasard. Deux fois, d’une coïncidence. La
troisième, d’un choix1. À quand notre troisième rencontre ?]
1. Inspiré de la célèbre citation de Claire Séverac : « Une fois, c’est
un hasard, deux fois, c’est une coïncidence, trois fois, c’est un
complot. »↩
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