Celle qui ne pardonnait pas

Christophe Vasse · Chapitre 15 sur 67

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Celle qui ne pardonnait pas

Chapitre 14

 

Steve a onze ans de carrière. Dans la liste des meilleurs TIC du service, elle le place en seconde position, juste derrière Niko. Il est cependant plus disponible et discret que son collègue soupe au lait, ce qui constitue déjà deux bonnes raisons de s’adresser à lui plutôt qu’à Niko. Mais si c’est à sa porte qu’elle est venue taper, c’est aussi parce qu’il est peintre à ses heures perdues. Et pour examiner la carte reçue la veille, sa passion se révèle d’une grande utilité.

– Des empreintes ? lui demande Gabrielle.

Le technicien secoue la tête.

– Pas une seule, désolé.

– Évidemment.

Les deux gendarmes sont penchés de part et d’autre de la carte comme s’ils avaient un immense trésor sous les yeux.

– L’analyse graphologique de l’inscription au dos n’a rien donné non plus, lui apprend encore Steve. Notre corbeau a veillé à ce que son écriture soit complètement inexpressive.

Il fait planer un doigt au-dessus du dessin.

– C’est du papier pour acrylique, assez épais – je dirai du trois cent soixante grammes. On en trouve facilement dans le commerce ; de ce côté-là, tu n’iras pas bien loin. Pour la peinture, je pense qu’elle est faite maison. Regarde.

Il place la carte sous la loupe binoculaire, manipule un moment la vis de réglage, puis fait signe à Gabrielle de s’approcher.

– On voit encore des pigments qui n’ont pas été correctement mélangés.

Elle jette un œil, éloigne ses yeux de l’équipement et adresse un regard sceptique au technicien qui lui oppose un hochement de tête.

– Fais-moi confiance.

– Et comment fais-tu ça ? demande-t-elle.

– De quoi ?

– La peinture.

– C’est très facile, il te suffit d’un liant – une espèce de colle, si tu préfères – et d’un pigment. Tu mélanges les deux, sur une plaque de verre ou dans une assiette par exemple, et tu obtiens ta peinture.

– Le liant et le pigment, tu trouves ça où ?

– Dans tous les magasins de dessin et de beaux-arts.

– Tu ne m’aides pas, là. Ceux qu’il y a sur cette carte, ils n’ont rien de particulier ?

– De la résine acrylique de base, des pigments de synthèse classiques, comme on en trouve…

– Dans tous les magasins de dessin et de beaux-arts, achève-t-elle à sa place, j’ai compris.

Le visage de Steve se fend d’un sourire.

– Je suis désolé, j’aurais aimé avoir des nouvelles plus sensationnelles.

– Ce n’est pas grave, j’aurai essayé.

– De quoi s’agit-il ?

– C’était dans une enveloppe qui est arrivée hier matin. Il n’y avait aucun nom, juste l’adresse de la gendarmerie.

– Que crois-tu que ce soit ?

– Ça, je n’en sais rien.

– Et c’est qui « elle » ?

Gabrielle fronce les sourcils puis se rappelle le texte écrit au dos de la carte : « Prenez soin d’elle ».

– Aucune idée.

Steve retire le dessin du support de la loupe et le tend à sa collègue.

– Je te le rends, il ne dira rien de plus. C’est très joli en tout cas.

– Hum…

Elle récupère la carte avec une moue dubitative.

– Je doute qu’un artiste anonyme ait voulu nous faire un petit cadeau.

Steve acquiesce de la tête.

– Bon courage.

– Merci pour ton aide.

– Pas de quoi. Tiens-moi au courant.

Marc ne laisse pas à Gabrielle le temps de s’asseoir à son bureau.

– Tu as une minute s’il te plaît ?

Elle le rejoint devant son écran d’ordinateur. Il a sous les yeux l’album du studio d’Erika envoyé par Niko.

– Tu as remarqué la façon dont ses cheveux sont coiffés ?

Elle examine un plan rapproché de la tête de la victime. Une tresse ceint sa tête comme une couronne.

– Oui ?

– J’ai téléphoné à la fille qui a trouvé Erika, elles se connaissaient très bien. Elle m’a assuré qu’elle n’a jamais vu sa copine coiffée comme ça.

– C’est le type qui l’a assassinée qui lui a fait cette tresse ?

– Le type ou la femme.

Elle secoue la tête.

– Une femme ? Je n’y crois pas une seule seconde.

– Moi non plus, c’est pour ça que je penche pour un homme qui a appris à réaliser cette coiffure, et a coiffé ainsi les cheveux d’Erika dans un but bien précis. On appelle ça une tresse vestale – c’est sa copine qui me l’a expliqué, ajoute-t-il aussitôt lorsqu’il surprend le sourire sur le visage de Gabrielle – et je te soutiens que tout ça – le drap dans lequel elle était enveloppée, les mains jointes sur la poitrine, la coiffure – fait partie de la même mise en scène réalisée à dessein par l’assassin. Regarde.

Il bascule sur Internet et lui montre le fruit de ses recherches. L’écran affiche toute une série d’images de femmes drapées de blanc – des peintures, des statues, des déguisements – dont un certain nombre porte en effet la même coupe de cheveux que celle d’Erika. Il clique sur la première image, qui le renvoie à la page Wikipédia du mot « vestale », et commence à lui en lire la définition.

– Je sais parfaitement ce qu’est une vestale, l’arrête Gabrielle d’un ton dont elle regrette aussitôt l’impatience ; l’assassin aurait en quelque sorte « déguisé » sa victime en vestale ? l’interroge-t-elle avec un peu plus de douceur.

– Je pense, oui.

– Et tu as une idée de la raison pour laquelle il aurait fait ça ?

– Pas encore, non.

En l’absence de pistes, les conclusions de Marc constituent un premier élément intéressant. Elle ouvre la bouche pour lui en faire la remarque quand un homme entre dans le bureau.

– Bonjour, Gabrielle.

Le visage du capitaine se ferme d’un coup.

– Salut, Adrien.

Gabrielle fait la bise au nouveau venu et lui présente Marc. Le dénommé Adrien a à peine serré la main de ce dernier que Gabrielle l’entraîne hors du bureau sous le prétexte d’un café. Marc les regarde s’éclipser sans un mot.

Gabrielle est de retour sans son collègue moins d’une dizaine de minutes plus tard.

– Il était bon, ce café ? lui demande aussitôt Marc.

Le sous-entendu n’échappe pas à Gabrielle. Elle réfléchit une poignée de secondes à ce qu’elle va dire et opte, comme très souvent, pour la franchise.

– Je devais discuter avec Adrien d’un sujet un peu… sensible.

– Du genre ?

Bon, peut-être pas une franchise totale.

– Du genre qu’on discute à l’extérieur à voix basse en prenant un café pour faire comme si de rien n’était…

Il lui adresse un sourire mi-figue, mi-raisin et hoche docilement la tête.

– OK, c’est pas grave. Est-ce que je peux quand même te poser une question ?

– Je t’écoute.

– Est-ce qu’on peut faire désormais comme si on était de vrais partenaires ?

La question la prend de court. Elle hésite un bref instant avant de répondre.

– Oui, je pense que c’est possible.

Il accueille sa réponse avec un nouveau sourire, franc celui-là.

– Cool.

Elle laisse échapper un soupir.

– Je suis désolée, je suis encore un peu… perturbée. C’est ma faute.

– Pas de souci.

Elle s’éloigne en direction de son bureau, mais semble se rappeler subitement quelque chose et revient sur ses pas.

– Oh, j’oubliais. Si tu pouvais éviter de parler à Dobey de ma petite entrevue avec Adrien…

Il lève un sourcil.

– Disons qu’il pourrait… se poser des questions inutiles, explique-t-elle.

– OK. À une condition.

– Laquelle ?

– Que le prochain café que tu prennes, tu le prennes avec moi.

– Marché conclu.

Elle sourit. Il lui tend la main. Elle la prend dans la sienne et lui adresse une vigoureuse poignée de main.

Lorsqu’elle avait expliqué à Eliott et Valentin en quoi consistait le Systema, ils l’avaient d’abord regardée comme si elle débarquait d’une autre planète, puis s’étaient esclaffés en parfaite harmonie comme seuls des jumeaux savent le faire. Cela ne l’avait pas surprise, elle en avait même ri avec eux, car quand elle avait découvert cet art martial, sa réaction avait été la même. Comment expliquer à un parfait néophyte que ce sport consiste à apprendre à gérer son stress en se faisant taper ou marcher dessus, ou bien encore en se roulant en petite culotte dans la neige (cet exercice-là en particulier avait déclenché un mémorable fou rire chez les jumeaux) ? Le concept est sans nul doute difficile à saisir. En sceptique accomplie, elle s’était rendue à son premier cours avec suspicion (avec espoir aussi, car le stress, cette bête malfaisante qui la dévorait de l’intérieur, échappait à toutes ses tentatives d’apprivoisement), mais au bout d’un mois, elle avait dû se rendre à l’évidence : cela fonctionnait. Au fur et à mesure des cours, les tensions se sont progressivement relâchées, son esprit s’est apaisé et les cauchemars se sont espacés. Elle n’a pas appris à combattre – combattre l’angoisse, la peur, la souffrance, le passé – mais à réduire à néant la volonté de ces démons pernicieux de lui faire du mal.

Depuis quelque temps cependant, elle sent qu’elle n’y arrive plus. Sa bête intérieure est affamée et ses grondements souterrains lui font peur. Jour après jour, elle sent la tension monter, comme l’angoisse à l’approche d’une catastrophe imminente.

Ce soir en particulier, la crispation est intense. Elle a l’impression de passer à côté, d’échouer dans chaque exercice, de ne pas faire les bons mouvements, de décevoir son partenaire. Elle n’a pas la tête à ça, son esprit est encore avec Morgane qu’elle a quittée en pleurs il y a moins d’une heure. Une petite fille de sept ans qui, contrairement à elle, n’arrive pas à tenir à distance ses cauchemars et caresse son lapin domestique les joues baignées de larmes (Est-ce qu’à sept ans, on peut pratiquer le Systema ? songe-t-elle. Est-ce qu’à sept ans, on est capable d’apprendre à accepter l’idée que perdre son papa si jeune, ce n’est pas juste, mais qu’il est nécessaire de vivre avec cette injustice et d’aller de l’avant ?).

À présent, c’est l’exercice de la marche à l’aveugle : les participants ferment les yeux et marchent droit devant eux dans la salle plongée dans le noir – portes et fenêtres fermées, volets abaissés. La première difficulté est d’éviter de se cogner la tête contre un mur ou de rentrer dans l’une des dix autres personnes qui partagent avec vous cette expérience crispante, ce qui arrive fatalement. La deuxième difficulté est la gestion des interventions aléatoires de Jérémy, l’instructeur, qui n’épargne rien à ses élèves pour tester leur maîtrise du stress – pincements, poussées, attaque au couteau, coups, gifles. Habituellement, elle gère, mais ce soir, elle a l’impression d’être redevenue une débutante.

Elle avance sur le qui-vive, anxieuse, se tend comme un arc à chaque cri de douleur poussé par l’un des adhérents. À plusieurs reprises, elle est tentée d’ouvrir les yeux, mais elle tient bon : c’est ainsi dans la vie, on ne voit pas les coups arriver et lorsqu’ils tombent, il faut continuer d’avancer.

Et les coups tombent. Jérémy, l’instructeur, connaît son niveau et la pousse dans ses retranchements. Ici, pas de distinction de sexe, les femmes subissent les mêmes châtiments que les hommes, seule la poitrine est épargnée. C’est d’abord le contact d’un couteau factice sur sa gorge. Facile. La lame de bois glisse doucement loin de son cou, elle reprend sa progression en inspirant sur deux pas, expirant sur deux autres. Elle frôle une main étrangère de la sienne, parvient même à sourire, mais aussitôt après, le bâton s’abat sur son épaule. Elle serre les dents – interdiction de parler, se révolter ne sert à rien, juste à perdre inutilement un temps précieux ; il faut lâcher prise et, toujours, aller de l’avant.

Deux pas pour inspirer, deux pas pour expirer.

Elle parvient à sentir un mur approcher, se détourne, finit dans les bras d’un camarade de jeu qui l’accueille avec chaleur. Le réconfort est bref : une nouvelle punition arrive, au ventre celle-là. Et autour d’elle, encore des cris de surprise et de douleur. Elle se ferme à ces plaintes qui ne la concernent pas et avance.

Elle parvient à traverser la salle sans encombre, fait demi-tour et reçoit une première gifle. Brève tension, elle prolonge son inspiration sur cinq pas, expire sur les cinq suivants. La seconde claque la prend par surprise.

Respire, ma fille, respire.

Une troisième arrive rapidement, le sentiment d’injustice grandit et elle sent les larmes monter – elle n’a craqué qu’une seule fois, c’était au tout début, ses yeux sont depuis restés secs.

Qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? Laisse-toi aller, détends-toi !

Elle poursuit son chemin. Quelque part dans la salle, quelqu’un pleure. L’image de Morgane surgit, puis celle de sa maman qui semble avoir vieilli de dix ans en l’espace de quelques mois. On la gifle une quatrième fois. Ses mâchoires se crispent, pas sous l’effet de la douleur, mais parce qu’une larme est en train de rouler sur sa joue.

Non ! Pas maintenant, pas ici !

Elle continue tant bien que mal d’avancer. Cette fois, c’est l’image d’une petite fille qui pleure sous la neige qui jaillit comme si elle se trouvait juste devant elle. Elle ralentit le pas, une main lui cingle une nouvelle fois le visage, elle chancelle.

Stop ! Ça suffit ! J’en ai assez pour aujourd’hui !

Mais ce n’est pas fini. Nouvelle gifle, celle-ci a raison de sa volonté. Elle pousse un cri, s’écroule et fond en larmes.

Elle n’a toujours pas ouvert les yeux. Elle pleure sans retenue, ne maîtrise plus son corps qui tressaute au rythme de ses sanglots. Quelqu’un s’agenouille devant elle, la serre fort dans ses bras et lui parle doucement. Jérémy. Elle se laisse aller, accueille son réconfort avec soulagement. Lorsqu’elle estime qu’il en a fait assez, elle s’écarte doucement et se relève après avoir balbutié un remerciement. Jérémy la laisse partir sans un mot et met fin à l’exercice.

Gabrielle sort de la salle et s’effondre dans les vestiaires pour pleurer à l’abri des regards.

Elle a échoué, une nouvelle fois.

D’abord, il y a un pistolet dans la neige. Ensuite, deux silhouettes indistinctes. L’une d’elles tient une arme dans la main, l’autre est en train de se remettre péniblement sur ses genoux.

L’instant d’après, l’une des deux formes se tourne dans sa direction.

Un autre point de vue, comme s’il y avait eu une coupure dans le film. Elle tient le pistolet à bout de bras et voit le visage de son père dans le prolongement du canon.

Droit ! Tu dois le tenir bien droit et ne pas trembler !

Elle presse la détente et se redresse dans son lit en poussant un hurlement.

Ce n’est pas un cri de souffrance, mais de colère. De la colère à l’état brut, noire, dense et brûlante comme une bille de plomb fondu.

D’abord le cours de Systema, puis cette saloperie de cauchemar !

Elle pousse un nouveau cri, et un autre encore. Cela lui fait du bien, et tant pis pour les voisins.

Elle pensait ne plus jamais refaire ce rêve. Pourquoi est-il revenu ?

Pourquoi ?

Elle expédie le drap contre le mur et se lève, nue et la rage au ventre. Dans la cuisine, elle ouvre la porte du réfrigérateur et boit une grande rasade de lait à même la bouteille. Puis elle se laisse tomber sur une chaise et se prend la tête à deux mains.

Elle ne versera pas une larme, il n’en est pas question.

Elle relève la tête ; son regard se pose sur une coupure de journal fixée par un magnet à la porte du frigo : « Un gendarme tué lors d’une interpellation dans la banlieue de Toulouse ». Le visage d’Axel se met à flotter devant ses yeux, puis celui de Morgane, bientôt remplacé par un autre, plus adulte, le visage d’une adolescente de quatorze ans qui tient un pistolet à bout de bras.

L’adolescente a aujourd’hui trente-quatre ans, mais la douleur est la même.

Deux enfants, deux orphelines.

Elle serre les dents et se frappe le front avec les poings. Elle reste prostrée encore quelques minutes puis se lève brutalement – la chaise glisse d’un bon mètre en arrière en faisant un bruit d’enfer – et sort de la cuisine.

Elle sait qu’elle ne se rendormira pas ; elle doit trouver une distraction pour son cerveau en ébullition. Elle est d’astreinte, son appartement et ses repères lui manquent. Sa terrasse surtout, la simple vue de la ville endormie l’aurait à elle seule apaisée. Elle allume la télé. Ici, pas de Netflix, alors elle zappe pendant plusieurs minutes. Finalement, elle tombe sur un vieux film en noir et blanc, Docteur Folamour, qu’elle se rappelle avoir vu l’année du bac. Elle l’avait trouvé totalement absurde et génial à la fois, et s’était juré de le revoir. Juste ce qu’il lui fallait pour oublier définitivement ce maudit cauchemar.

Elle se cale confortablement dans le canapé et se concentre sur les images. Au bout de quelques minutes, son regard est attiré par une forme claire posée sur le balcon derrière la porte-fenêtre. Un instant, elle croit voir Hobo, son visiteur félin de l’appartement. C’est bien un chat, mais ce n’est pas lui bien sûr, celui-ci est plus râblé que son congénère et sa fourrure est blanche. Il est parfaitement immobile et l’observe les yeux mi-clos. Elle relève une cuisse, se couvre la poitrine avec les bras et lance un regard mauvais à l’animal.

– Dégage, sale pervers.

Puis elle reprend le cours de son film.

À présent, c’est la phase d’observation. Il doit tout d’abord s’assurer qu’elle vit seule, puis noter toutes ses allées et venues, mais aussi celles des autres résidents de l’immeuble. Il doit aussi repérer la présence d’une éventuelle caméra de vidéosurveillance. Il fait confiance en son changement d’aspect, mais il ne veut prendre aucun risque.

L’étape suivante consiste en ce qu’elle le laisse entrer dans son appartement. Pour cela, il a une tactique qu’il juge infaillible : quelques vérifications dans le cadre d’une enquête sur une série de braquages dans laquelle son numéro d’immatriculation a été utilisé.

Alors viendra le plus dur.

Il aura un bouquet de fleurs avec lui – quoi de plus naturel que d’offrir des fleurs à sa promise ? Il tend une main vers les bacs, saisit une tige entre deux doigts et les fait glisser jusqu’à la fleur dont il caresse amoureusement les pétales. La texture est souple, un peu rêche, le blanc d’une pureté exceptionnelle. Personne ne lui aura jamais offert de fleurs aussi belles. À elles seules, elles devraient suffire à conquérir son cœur.

Mais ça ne suffit pas toujours. La première fois, il a été obligé de précipiter les choses.

Elle était magnifique…

Il ferme les yeux. Une larme roule le long de sa joue. Ce ne pouvait pas être elle, tout simplement. Elle était trop belle, douce, gentille, bienveillante. Innocente.

Pure.

Les traits de son visage s’affaissent. Il plaque la base de ses pouces sur ses yeux pour arrêter le flot de larmes.

Cette fois, il y arrivera. Romane n’est pas Erika. Elle est aussi belle, peut-être même plus, mais il a senti chez elle une corruption qui lui a déplu.

Qui l’a excité, aussi.

Il se ressaisit, adresse un dernier regard à ses protégées et sort de la véranda.

Il est confiant.

Cette fois, ce sera la bonne.

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