Celle qui ne pardonnait pas
Chapitre 36
Après l’énorme frayeur de sa première visite, il a commencé par se convaincre qu’il n’était pas question de retourner dans cet appartement. Mais quand il a repensé à la quantité d’informations que contenaient les documents, il a dû se rendre à l’évidence : il lui était impossible de passer à côté d’une telle aubaine.
Il est passé à l’action très tôt ce matin, d’une part pour être sûr de ne pas louper le capitaine, d’autre part pour bien repérer les lieux. Il pensait d’abord faire le guet dans un café avec vue sur l’entrée du bâtiment où elle habite, mais il n’y en a pas un seul à plusieurs centaines de mètres à la ronde. La rue abrite des immeubles résidentiels, une banque, une épicerie, deux ou trois autres commerces alimentaires, dont une boulangerie déjà ouverte à l’heure à laquelle il était sur place, mais où il était impossible de prendre son petit déjeuner. Par contre, il y avait un banc public à une cinquantaine de mètres du bâtiment, sur le trottoir d’en face, un endroit un peu à l’écart de la chaussée abrité par un grand platane et depuis lequel il pouvait observer les allées et venues sans trop se faire remarquer. Après un passage à la boulangerie, il s’est installé à son poste. Il avait de quoi manger, de quoi boire, son téléphone portable et un roman – Ghost story – qu’il avait pris le soin d’emporter avec lui : il pouvait tenir un siège.
C’est en prenant son petit déjeuner sur le banc qu’il est tombé sur l’article de La Dépêche. Il y a appris l’existence de deux autres victimes et le nom donné à leur assassin : le « tueur aux cartes ». Le journaliste en disait au final assez peu, mais il en savait déjà plus que lui. « Le meurtrier se joue des gendarmes en leur envoyant des cartes à jouer censées leur révéler les lieux de ses forfaits, expliquait-il. Il y figure des dessins énigmatiques qui sont autant d’indices en rapport direct avec la scène de crime : un objet qui se trouve sur place, un élément du décor, un mot, une inscription, etc. » Le journaliste évoquait le nom d’un jeu de société utilisant un système de cartes similaire, une espèce de Cluedo en plus élaboré dans lequel les cartes permettent aux joueurs de trouver le meurtrier, l’arme et le lieu du crime. Piqué par la curiosité, il a tapé le nom du jeu dans un navigateur Web et a passé plusieurs minutes à en lire les principes et à visualiser les images des cartes, très jolies au demeurant.
À sept heures trente, le capitaine n’était toujours pas sortie de chez elle. Abandonnant son téléphone portable, il s’est emparé de son livre pour reprendre l’histoire là où il l’avait laissée, en levant les yeux à intervalles réguliers pour être sûr de ne pas rater sa cible.
À neuf heures, elle ne s’était toujours pas montrée. Ça, ce n’était pas prévu… Il n’y avait pas trente-six solutions : soit elle se trouvait encore dans son appartement, soit elle en était partie depuis bien longtemps ou n’y avait même pas passé la nuit. Il a refermé son livre et réfléchi. Il ne pouvait pas se présenter à sa porte et sonner avec l’espoir que personne ne répondrait. S’il tombait sur elle, il aurait bien du mal à expliquer comment il avait trouvé son adresse.
Il n’avait pas le choix : il devait s’assurer qu’elle n’était pas là. Il a saisi son portable et cherché le numéro de poste du capitaine Berthelot dans son répertoire. Son pouce en suspens au-dessus des chiffres, il a élaboré sa stratégie. Si elle ne répondait pas, il devait laisser tomber, il ne pouvait pas prendre le risque de se retrouver nez à nez avec elle. Si elle répondait, eh bien… Il improviserait.
Elle a décroché à la troisième sonnerie. Il a feint la surprise – il avait sélectionné le mauvais numéro dans la liste des derniers appels –, s’est confondu en excuses, lui a dit qu’il ne la dérangeait pas plus longtemps, puis a raccroché.
Certainement pas le meilleur épisode de l’histoire de la mystification, mais parfois, seul le résultat compte… Au moins, il avait la certitude qu’elle était au travail. Ça ne voulait pas dire qu’elle allait y rester, sa précédente visite était là pour le lui rappeler, mais le temps qu’elle rapplique, il disposait d’au moins vingt minutes. Il s’est levé et s’est dirigé vers l’immeuble d’habitation le cœur battant.
Sur la table basse où se trouvait la veille la pile de papiers, il n’y avait plus rien. Il a cherché un petit moment dans toutes les pièces, les toilettes y compris, mais les documents n’étaient nulle part. Lorsqu’il est ressorti, bredouille, les vingt minutes n’étaient même pas écoulées.
Il est à présent pas loin de midi, et cela fait deux bonnes heures qu’il rumine sa contrariété dans son appartement. Tous ces risques pour une simple liste de mots dont il ignore le sens. Il y a en effet de quoi être dépité…
Caïn, lui, est très en colère.
Tu avais toutes les cartes en main et tu as tout gâché…
Comment voulais-tu que je sache que la flic allait débarquer ?
Erika crie vengeance et tu ne l’écoutes pas !
C’est faux ! Je fais tout ce que je peux !
Eh bien ce n’est pas assez. Un justicier ne recule devant rien…
En effet, et Tom pourra te le confirmer.
Tom devait payer, mais il n’était pour rien dans la mort d’Erika. Elle ne trouvera le repos que lorsque son meurtrier aura subi le châtiment qu’il mérite.
Laisse-moi réfléchir ! Je ne veux plus t’entendre !
Et, de façon étonnante, il ne l’entend plus.
Caïn se manifeste de plus en plus souvent à présent, mais bizarrement, cela l’effraie de moins en moins. À cette idée, un frisson le parcourt. Non, il doit lutter, il doit se montrer plus fort que lui. Erika l’a aidé à le faire disparaître de sa vie, il la trahirait en le laissant revenir. Il se prend la tête à deux mains. Comment peut-il d’un côté obtenir justice pour Erika et, pour cela, pactiser de l’autre avec celui qu’elle a aidé à combattre durant toutes ces années ? Il serre les dents et les poings. Il ne sait plus comment s’en sortir, il est en train de perdre pied. Et ce lâche en profite pour lui embrouiller l’esprit et le forcer à faire des choses qu’il s’était juré de ne plus jamais faire !
Il stoppe net le fil de ses pensées et tend l’oreille. Il ne faudrait pas qu’Il écoute, Il est déjà hors de lui. S’Il l’entendait, qui sait ce qu’Il serait capable de lui faire ?… Il doit se taire, arrêter de penser, se concentrer sur sa mission. Sur Erika. Il peut y arriver, sans son aide à Lui. Il en est parfaitement capable.
Il s’assied à son bureau, avec sous les yeux la photo de la feuille sur laquelle sont inscrits ces mots qu’il ne comprend pas. Il en a tiré une impression qu’il a lue à de nombreuses reprises, comme si ce salmigondis de notes allait à lui seul lui apporter la clef. Mais c’est peine perdue, il n’entrevoit aucune solution.
Il repense à l’article qu’il a lu ce matin. Il en sait un peu plus, certes, mais pas suffisamment encore pour y voir plus clair. Il y arrivera peut-être sans Lui, mais pas tout seul.
Gabrielle Berthelot. C’est elle la clef. Derrière ce regard froid et antipathique, il sent une personne sensible, une personne comme Erika. Elle le comprendra, elle acceptera de l’aider. Il doit persister. Il doit absolument lui parler, et vite.
Oui, elle l’aidera, et Caïn comprendra qu’il n’a pas besoin de Lui. Alors, Il partira.
Marc replie le journal et le laisse tomber sous le nez de Gabrielle.
– Il ne dit pratiquement rien, ne te prends pas la tête pour ça.
Elle s’empare du quotidien et le déplie de façon à en étaler la première page sur son bureau.
– « Qui était Mélissa, la troisième victime du tueur aux cartes ? », lit-elle. Il ne dit pratiquement rien ? Tu plaisantes, j’espère… Et le serial killer qui « s’amuse » avec la section de recherche de Toulouse ? Et les gendarmes qui ne résolvent les énigmes que pour retrouver des cadavres ? Ça te fait plaisir, à toi, de lire ça ?
Il se frotte le visage des deux mains.
– Gabrielle, on s’en contrefout de ce qu’il écrit…
Il s’interrompt subitement, plisse le front dans un intense effort de réflexion, puis prend un air féroce.
– Non, en fait, tu as raison ! s’écrie-t-il avec une nuance d’ironie. Ça devrait même nous mettre encore plus la rage !
Il tambourine sur le gros titre avec son index.
– Oui ! La rage de trouver le « tueur aux cartes » avant que ce scribouillard ne nous raconte tout de la vie de la quatrième victime ! Et c’est exactement ce que je vais faire : oublier cet article débile et me remettre au boulot pour botter le cul de ce taré !
Il laisse Gabrielle à sa colère et s’installe devant son ordinateur pour consulter la vingtaine de messages arrivée sur sa boîte mail durant la pause déjeuner.
– Je suis sûre que c’est Olivier qui a lâché le morceau, grommelle Gabrielle.
– Laisse tomber Olivier, bon sang !
– Il bosse pour moi, comment veux-tu que je laisse tomber ?! Cet abruti ne m’a encore rien dit de son audition d’hier. Il va falloir que je lui arrache les infos par la force !
– Quelle audition ?
– Il a interrogé une fille qui a vu un type s’engueuler avec Tom Estebes le jour de sa disparition.
Elle lâche un juron et se tourne vers son ordinateur.
– Putain, pourquoi a-t-il fallu que Dobey me le foute dans les pattes !
– Tu veux que j’aille le voir à ta place ?
Elle lâche un rire.
– Bien sûr ! Il t’enverra chier en te disant que c’est à moi qu’il doit des comptes et à personne d’autre. Je suis même prête à parier que ce sont exactement les mots qu’il prononcera.
Marc n’insiste pas. Tous deux se replongent dans la lecture de leurs mails et pendant plusieurs minutes, on n’entend plus que le cliquetis des souris et des claviers.
– J’ai la réponse du FNAEG 1 pour l’échantillon prélevé sous un ongle de Mélissa, annonce tout d’un coup Gabrielle.
Marc lève la tête et scrute avec espoir le visage de sa partenaire.
– Et ?
– TNR 2.
– Merde.
– Tout n’est pas perdu. On va faire une perquisition chez Estebes et y récupérer un échantillon de son ADN. Peut-être correspondra-t-il à celui-ci, on n’est jamais à l’abri d’un miracle.
Le silence retombe alors que Gabrielle parcourt plus en détail le rapport d’expertise. Sa lecture achevée, elle pousse un soupir et se tourne vers son partenaire.
– Je pense qu’il faudrait…
Marc, apparu comme par magie à ses côtés, lui met l’écran de son téléphone portable sous le nez. Une photo en occupe tout l’espace, deux personnages qui marchent dans la rue et sur lesquels Marc fait un zoom en s’aidant du pouce et de l’index.
– C’est nous, constate-t-elle d’une voix blanche.
– Quand on est sortis de chez toi hier soir pour revenir à la caserne.
Ils échangent un regard.
– Un mail ? demande-t-elle.
– Oui, pas la même adresse que le premier, mais je suis prêt à parier que c’est le même expéditeur.
– Merde alors… C’est quoi cette histoire ?
– Je ne sais pas, mais il ne faudrait pas qu’elle nous pète à la gueule…
Elle s’enfonce dans son siège, songeuse.
– Magali ?
Il fait une moue dubitative et hausse les épaules. Le regard de Gabrielle s’assombrit subitement.
– Olivier…
Marc secoue la tête.
– Ça n’aurait pas plus de sens que Magali. Pourquoi me faire parvenir les photos ? Tu le connais, il n’aurait pas agi avec autant de… délicatesse.
Ils cogitent un moment chacun de leur côté, puis Marc désigne du doigt les reproductions des cartes épinglées sur le tableau de liège.
– Lui ?
Elle réfléchit un court instant.
– Peut-être, concède-t-elle, même si je ne comprends pas bien la manœuvre. Je pensais que les tueurs en série qui entraient en contact avec les enquêteurs le faisaient de façon plus explicite, généralement pour les narguer et souvent avec des références aux meurtres. Il n’y a rien de tout ça ici. Des photos de nous deux, sans la moindre explication… Pourquoi ?
La sonnerie du téléphone interrompt les réflexions de Gabrielle. L’inquiétude disparaît de son visage lorsqu’elle prend connaissance de l’identité de son interlocuteur ; elle parvient même à esquisser un petit sourire.
– Pas de faux numéro, cette fois ? demande-elle à son correspondant.
– Non, non. Je suis vraiment désolé pour ce matin, je crois que j’ai de trop grandes mains pour un si petit écran ; mon doigt a ripé sur la ligne juste au-dessus de celle que je visais et pas de chance, c’était votre numéro.
– Il n’y a pas de mal.
– Mais c’est peut-être grâce à ça que je me suis souvenu d’une chose. Une dispute.
– Une dispute ?
– Disons plutôt une violente altercation entre Erika et un autre type de sa promotion. C’était quelques jours avant sa mort. Ça n’a pas duré longtemps, mais quand elle m’en a parlé, j’ai vu que cela l’avait vraiment affectée.
– Vous n’y avez pas assisté ?
– Non, mais elle me l’a racontée.
– Quel était le sujet de cette altercation ?
– Il lui reprochait d’être une gosse de riches alors que ses propres parents ne s’étaient jamais occupés de lui, qu’elle était hautaine, méprisante et individualiste.
– C’est Erika qui vous a dit que la scène avait été violente ?
– Oui.
– Il s’en est pris à elle physiquement ?
– Il l’a légèrement poussée, mais ce n’est pas allé plus loin. Par contre, ses paroles n’étaient pas exactement celles que je vous ai retranscrites. Il s’est montré beaucoup plus agressif.
– C’est-à-dire ?
Il lui donne les détails de la discussion, en termes beaucoup plus crus cette fois-ci.
– Oui, je vois… fait Gabrielle.
– Elle n’a peut-être pas voulu me le dire, mais je pense qu’il était amoureux d’elle et qu’elle avait déjà repoussé ses avances.
– Il y a d’autres témoins de cette dispute ?
– Elle ne m’en a pas parlé, mais je ne crois pas. Cela s’est passé sur le parking de la fac, elle était à sa voiture.
– Cet homme, elle vous a dit de qui il s’agissait ?
– Non.
– Elle vous l’a décrit ?
– Non plus.
Gabrielle accueille la réponse avec une moue contrariée.
– OK. Je vous remercie. Nous allons creuser la piste.
– J’ai appris qu’il a fait deux autres victimes, enchaîne son interlocuteur sans lui laisser le temps de poursuivre. C’est horrible, il faut que cela cesse. Erika était…
La voix se brise.
– Nous étions très proches, elle était pratiquement la seule personne qui comptait pour moi. Je n’ai plus mes parents et…
Son interlocuteur doit s’arrêter une nouvelle fois sous le coup de l’émotion. Gabrielle se rappelle sa rencontre avec cet homme qui lui a laissé l’image d’une personne très sensible anéantie par la disparition de sa meilleure amie. Elle aimerait pouvoir lui dire que le tueur sera bientôt hors d’état de nuire, mais c’est malheureusement loin d’être le cas.
– Nous faisons vraiment tout ce qui est en notre pouvoir, monsieur.
– Oui, j’en suis sûr. J’ai lu cet article dans le journal. Ils parlent des cartes.
– Oui, malheureusement, le coupe Gabrielle d’une voix amère. Ils n’étaient pas censés en parler.
– Ah, je ne savais pas… Mais je connais très bien ce jeu de société, j’y ai joué des dizaines et des dizaines de fois, j’ai même été membre d’un club qui lui était exclusivement consacré. Je pourrais peut-être vous aider si vous recevez d’autres cartes.
– J’espère vraiment que ce ne sera pas le cas.
– Oui, bien sûr, mais si je peux vous être d’une aide quelconque… Je voudrais vraiment…
La douleur contraint son interlocuteur à faire une nouvelle pause.
– Monsieur, nous n’hésiterons pas à vous solliciter si cela s’avère nécessaire. D’ici là, essayez de mettre tout ça de côté, OK ? Quand on s’est vus, je vous ai suggéré de demander une aide psychologique.
– Oui, je me rappelle.
– Vous l’avez fait ?
– Non.
– Vous devriez, peut-être. Toutes les personnes directement ou indirectement victimes d’un tel traumatisme ont besoin de ce genre de soutien, c’est à ça que servent, par exemple, les cellules psychologiques.
– Oui, je sais. Je vais y penser.
– Vous me le promettez ?
– Oui.
Elle s’apprête à mettre fin à la conversation quand elle se fait la réflexion que ce type était le meilleur ami d’Erika et donc son confident. Elle sait déjà qu’il est hors de cause car ils ont pris le soin de vérifier son alibi, mais jusqu’ici, ils ont négligé de tirer profit de cette proximité avec la victime. Il se pourrait bien que cet homme puisse en effet leur être d’un grand secours. Elle réfléchit une poignée de secondes avant de décider qu’elle n’a rien à perdre à tenter sa chance. Elle ressent en outre de la compassion pour le personnage et se dit que cela lui permettra de se sentir utile, peut-être même cela soulagera-t-il sa peine.
– Monsieur ?
– Oui ?
– Vous connaissiez très bien Erika, n’est-ce pas ?
– Je suis un de ceux qui la connaissaient le mieux.
– Vous discutiez beaucoup avec elle ?
– Énormément. On se disait tout, ou presque.
– Avez-vous connaissance ou vous a-t-elle parlé d’une personne dans son entourage qui aurait été passionnée de… d’Antiquité romaine, ou grecque, des dieux, de la mythologie, de tout ce qui aurait pu avoir un lien avec ces choses-là, aussi – vêtements, accessoires, objets de collection…
– Euh… Comme ça, non.
– Hmm… Quelqu’un, un homme plus particulièrement, qui aurait aussi pu avoir un goût pour les fleurs, lui en aurait peut-être offert ?
Il y a un silence à l’autre bout du fil.
– Je ne me rappelle pas. Mais je peux y réfléchir.
– Oui, s’il vous plaît, et si quelque chose vous revient, n’hésitez pas à revenir vers moi, d’accord ?
– Oui, vous pouvez compter sur moi.
– Merci, monsieur.
– C’était qui ? lui demande Marc une fois qu’elle a raccroché.
– Un gars que j’ai interrogé quand je m’occupais encore des auditions.
– Et alors ?
Elle lui rapporte la conversation.
– Je vais rédiger un P-V d’investigation, mais on n’ira malheureusement pas bien loin avec ce témoignage…
Elle marque une pause ; son visage, soudain, s’assombrit.
– Il dit qu’il était le meilleur ami d’Erika, et je le crois. Il devait vraiment l’adorer. Il ne s’en remet pas…
– Une fille n’a pas de meilleur ami, ça n’existe pas.
Elle tourne la tête et lui lance un coup d’œil intrigué.
– Pourquoi ça ?
Marc réfléchit un long moment tout en continuant d’observer sa partenaire, puis a un petit haussement d’épaules.
– Oui, peut-être que certaines en sont capables, après tout.
Et il se remet au travail. Elle a bien conscience qu’il a éludé sa question, mais elle préfère remettre la discussion à plus tard.
Il raccroche. Il espère qu’il n’en a pas fait trop. Il ne pense pas, car il l’aurait senti dans la voix de son interlocutrice. Elle a tout gobé, même son histoire de membre d’un club. Il lui sera difficile de vérifier quoi que ce soit. Il s’en est bien sorti, il est même tenté de dire qu’il a réussi à mettre le capitaine dans sa poche. Il l’aime bien. Cette discussion l’a conforté dans son opinion que c’est une personne sensible et à l’écoute. Oui, par certains aspects, elle lui rappelle Erika.
Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’Antiquités romaines et de fleurs ? Il fronce les sourcils, fait glisser jusqu’à lui le tirage de l’unique photo ramenée de sa visite à l’appartement du gendarme et commence à parcourir la liste de mots. Le premier, vestale, n’est pas sans rapport avec les dernières questions du capitaine. Le second, par contre, l’intrigue. Qu’est-ce que le cosmos vient faire là-dedans ?
Cosmos.
Quelqu’un, un homme plus particulièrement qui aurait aussi pu avoir un goût pour les fleurs, lui en aurait peut-être offert ?
Cosmos… Pas le cosmos, mais un cosmos, une fleur.
Il se rappelle subitement sa discussion avec Ombeline, le tic du faux policier dont elle lui a parlé. Ce son étrange qu’il faisait avec sa gorge…
Son visage se décompose, puis son corps se fige en un bloc de glace brute.
Non, c’est impossible…
1. Fichier national automatisé des empreintes génétiques.
2. Une trace non résolue est une trace (ici, génétique) qui n’a pu être rapprochée d’une trace
existante déjà enregistrée dans les fichiers de la police scientifique ; elle correspond donc à un
individu inconnu des services de police et de gendarmerie.
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