Celle qui ne pardonnait pas

Christophe Vasse · Chapitre 3 sur 67

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Celle qui ne pardonnait pas

Chapitre 2

 

Deux mois plus tard

Gabrielle est en train de mettre le point final à un P-V d’enquête préliminaire quand le colonel fait irruption dans son bureau. Cela fait à présent deux mois qu’Axel a été tué. Le souvenir de sa mort hante ses journées et ses nuits, mais à la vue de l’homme qui accompagne le colonel, une douleur encore plus aiguë que celle qui l’arrache à son sommeil lui transperce la poitrine.

C’est cet homme qui va prendre la suite d’Axel, elle avait oublié qu’il prenait ses fonctions aujourd’hui.

– Gabrielle, je te présente Marc Darbanville.

Le nouveau tend une main, qu’elle s’empresse de saisir. Plus vite les présentations seront faites, plus vite elle pourra passer à autre chose.

– Enchantée.

– Moi de même.

Moi de même… Elle n’aime pas sa façon de parler. Il est mal rasé, étonnant que le colonel laisse passer ça, et ses cheveux sont trop longs. Il a le nez étroit et son œil gauche semble plus petit que le droit. Une petite cure de carotène ne lui ferait pas de mal non plus, il est blanc comme un linge… Le contraste avec ses cheveux noirs est surprenant. Il n’y a que ses lèvres, bien dessinées et pulpeuses ; son sourire ne manque pas de charme.

– C’est Marc qui…

– Qui prend le bureau d’Axel, je sais.

Le colonel ne se formalise pas de l’interruption de sa subordonnée. Marc Darbanville est grand, il dépasse de quelques centimètres son supérieur qui ne figure pas parmi les plus petits.

– Installez-vous, commande celui-ci à sa jeune recrue. Je viens vous chercher vers neuf heures.

Puis se tournant vers Gabrielle :

– Je vous laisse faire connaissance.

Il disparaît et les laisse seuls. Gabrielle reporte aussitôt son attention vers son écran d’ordinateur. Huit heures dix-sept, y lit-elle. Trois quarts d’heure en tête-à-tête avec son nouveau colocataire. Elle espère qu’il va se trouver de l’occupation, car elle a mieux à faire que de jouer au chaperon.

À midi pile, Zacharie fait son apparition pour lui proposer un déjeuner au food truck réunionnais où ils ont leurs habitudes, invitation qu’elle s’empresse d’accepter avant que Marc ne revienne de sa tournée avec le colonel.

Le nouvel arrivant apparaît comme par magie alors que Zacharie passe la porte du bureau.

– Eh, Marc ! Justement, on partait manger ; tu te joins à nous ?

Gabrielle, dépitée, essaie de capter le regard de Zacharie pour lui signifier tout le bien qu’elle pense de sa proposition. Celui-ci, tout à sa joie d’avoir trouvé un nouveau compagnon de table, ne lui prête déjà plus la moindre attention.

Comme à son habitude, c’est Zacharie qui assure l’essentiel de la conversation durant le repas ; Gabrielle se contente du minimum syndical. Mais lorsqu’elle entend Marc, dont elle vient d’apprendre qu’il est Toulousain, se réjouir d’être de retour dans sa ville natale, elle sort brusquement de son silence :

– Tu sais pourquoi t’es là ?

Les deux hommes se figent et dévisagent la jeune femme, sur la tempe de laquelle affleure une méchante veine.

– Oui, je sais, répond Marc d’un ton repentant.

– C’est dans mes bras qu’il est mort.

– Crois-moi, j’aurais préféré rester où j’étais plutôt que de…

– Axel aussi était de Toulouse, le coupe Gabrielle, mais lui, sa ville natale, il n’est pas près de la revoir.

Le repas achevé, Zacharie profite que Gabrielle règle sa note pour poser une main sur l’épaule de Marc et l’éloigner discrètement du food truck.

– T’en fais pas, le rassure-t-il avec un sourire, tu t’habitueras à son sale caractère, comme toute la section s’y est habituée.

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