Celle qui ne pardonnait pas

Christophe Vasse · Chapitre 5 sur 67

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Celle qui ne pardonnait pas

Chapitre 4

 

 

Gabrielle lève la tête au moment où Marc pose une main sur son bureau.

– Je n’arrive pas à commencer la journée sans un café, déclare-t-il. Tu m’accompagnes ? Je te l’offre.

Elle hésite un instant, puis se dit qu’avec la nuit qu’elle vient de passer, un autre café ne sera pas de trop.

– OK.

Dans le couloir, un jeune homme en jogging et baskets, casquette vissée sur le crâne, interpelle Gabrielle avec familiarité. Elle se retourne pour lui adresser un sourire et un geste de la main avant de poursuivre son chemin.

– Lui, ce n’est pas un gendarme, observe Marc.

– Non, mais il est presque aussi efficace. Il a de grandes oreilles et connaît pas mal de monde. On fait de temps en temps appel à ses services, souviens-toi de son nom : Léo – enfin, en tout cas, ici, c’est comme ça qu’il s’appelle.

– Il a déjà bossé pour toi ?

Elle lui adresse un regard mystérieux avant de répondre :

– Non, mais ça pourrait venir.

La caserne est déjà sur le pied de guerre, mais certains de ses éléments ne sont à l’évidence pas encore tout à fait sortis de leur léthargie, à en juger par la queue qui s’est formée devant la machine à café. Marc profite de l’attente pour tenter de briser la glace. Gabrielle, sur la défensive, ne lui facilite pas la tâche.

– Ça fait combien de temps que tu es là ? demande-t-il au bout d’un moment.

– Quatre ans.

– Tu es d’ici ?

– Non, de la région parisienne. Seine-et-Marne.

– La Seine-et-Marne ? J’ai…

– Ah, on a eu la même idée à ce que je vois !

Gabrielle n’a pas besoin de se retourner, elle connaît parfaitement cette voix et elle ne juge pas nécessaire de répondre. Le nouveau venu apparaît à ses côtés et tend une main à Marc.

– Olivier. SR 1 ?

– Marc, enchanté. Oui, je suis arrivé il y a deux jours.

– Bienvenue.

– Merci.

Olivier sourit largement puis pose les yeux sur Gabrielle :

– Vous allez bosser ensemble ?

– Ça, c’est Dobey qui décidera.

– Vous êtes dans le même bureau ?

– Oui, confirme-t-elle d’une voix sèche.

– Ah, t’as pris la place du mort, lance Olivier en se tournant vers Marc.

À ces mots, Gabrielle lève les yeux, les joues en feu et les mâchoires serrées comme un étau.

– Tes remarques à la con, tu les gardes pour toi, d’accord ?

– Allez, c’était pour détendre un peu l’atmosphère.

– Tu trouves ça drôle, bordel ?

Olivier lève les mains en signe d’apaisement. Semblant satisfait de son effet, il s’adresse de nouveau à Marc.

– Va falloir que tu t’habitues à son langage légèrement… ordurier. Sûrement l’influence de tous ces hommes autour d’elle.

– Sur ce point, je ne vais pas te contredire.

– Et ne la cherche pas trop…

Il esquisse un petit mouvement de karaté.

– Elle pratique les arts martiaux, achève-t-il avec un petit rictus de plaisir.

– Merci du conseil, réplique Marc. Je tâcherai de rester diplomate.

– Je ne sais pas si la diplomatie suffira, la dame sort facilement les griffes. Mon dos s’en souvient encore.

– Va te faire foutre, Olivier.

– Je vais faire ça, oui. Allez, je vous laisse en amoureux. Finalement, je le prendrai plus tard, ce café.

L’importun s’éloigne, sourire aux lèvres. Marc observe Gabrielle à la dérobée. Ses joues sont écarlates, ses yeux, deux obsidiennes dans lesquelles palpitent des flammes. Un instant, il pense qu’elle va se jeter sur son collègue et le mettre en pièces. Il en profite pour mieux étudier son visage. Peau très blanche, cheveux noirs comme la nuit. Ses traits sont sévères – menton volontaire, lèvres fines, regard dur, nez droit avec une petite cassure aux deux tiers. Ses yeux clairs, qui semblent avoir viré au noir sous le coup de la colère, sont coiffés de deux sourcils fins très inclinés en direction du nez. Sa chevelure est dans un désordre indescriptible, ce à quoi elle est manifestement indifférente. C’est bien dommage, se dit-il, avec une queue-de-cheval ou un chignon au-dessus de la tête, elle paraîtrait bien moins sauvage. Plus sexy, aussi. Elle se tourne et surprend son regard.

– C’est à nous, je crois, fait-elle en tendant un doigt en direction de la machine à café.

– Ah, oui. Qu’est-ce que tu prends ?

– Expresso allongé.

– Il a l’air d’être un sacré rigolo, cet Olivier, lâche Marc tout en insérant les pièces dans le distributeur.

– C’est surtout un sacré connard. J’imagine qu’il en faut un dans chaque caserne.

– Il faut espérer que je n’aurai pas à bosser avec lui, alors.

– Ça dépend. Malheureusement, il est aussi très compétent.

– Ah, pas de chance…

– Comme tu dis, oui.

Elle jette un coup d’œil en direction d’Olivier qui s’est arrêté un peu plus loin pour discuter avec deux acolytes, et songe subitement qu’il ne lui a toujours pas rendu les clefs de son appartement qu’elle a eu la stupidité de lui donner il y a six mois de ça. Elle se promet de lui faire une piqûre de rappel à la prochaine occasion qui se présentera. Avec un peu de chance, il n’y mettra pas du sien et elle se fera un plaisir de lui coller son poing dans la figure.

 

1. Section de recherche.

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