Celle qui ne pardonnait pas

Christophe Vasse · Chapitre 2 sur 67

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Celle qui ne pardonnait pas

Chapitre 1

 

 

Gabrielle décolle son oreille de la porte. Pas un bruit. Elle croise le regard du serrurier qui ne semble pas très rassuré. Visiblement, il n’a pas l’habitude de ce genre de « dépannage ». Gabrielle, elle, a l’habitude, pourtant son cœur bat plus violemment que de coutume. Elle tourne la tête vers Axel qui se tient prêt, serein, à ses côtés, puis vers ses collègues du

PSIG 1 qui attendent son signal. Elle prend une dernière inspiration puis hoche la tête. L’un des militaires frappe à la porte.

– Gendarmerie, ouvrez !

Aucune réponse. La deuxième injonction n’est pas plus efficace.

– Allez-y, commande Gabrielle au serrurier.

Le vieil homme s’avance et s’affaire avec nervosité sur la serrure. Il a tout juste le temps de se reculer : Axel, arme au poing, pousse la porte et s’engouffre, suivi des hommes du PSIG qui ont eux aussi sorti leur Sig Sauer. Gabrielle est la dernière à entrer. Un coup de feu éclate. Axel s’écroule. Les patrouilleurs répliquent en direction de la fenêtre, mais le type a déjà sauté dans le vide. Deux étages. C’est la panique. Des cris et des injures sont échangés, les gendarmes risquent un œil à la fenêtre, mais jugent le risque trop grand. Trois d’entre eux se précipitent hors de l’appartement tandis que le dernier appelle les secours. Gabrielle est agenouillée auprès de son coéquipier et regarde avec horreur la tache sombre qui s’élargit sur sa poitrine.

– Putain, fais chier, souffle Axel.

– Chut ! le fait taire Gabrielle. Ne bouge pas, ne dis pas un mot. On va te sortir de là, ça va aller.

– Ça, c’était pas prévu. Enfoiré de merde…

Avant de quitter la gendarmerie, tous deux ont discuté de la pertinence de s’équiper de gilets pare-balles, ils en ont même plaisanté. Gabrielle serre les dents.

– On pouvait pas savoir, dit-elle comme pour s’excuser. Il n’était pas censé être armé, ce fumier…

– Putain, ce que ça peut faire mal…

– Ça va aller, lui répète-t-elle. Les secours vont arriver d’une minute à l’autre.

Elle examine avec attention le visage de son partenaire et sent les larmes lui monter aux yeux. Il a pris une coloration inquiétante et de fines gouttes de sueur perlent sur la peau. Sa respiration est difficile et douloureuse.

– Axel, reste avec moi ! lui crie-t-elle lorsqu’elle voit ses paupières se fermer.

– Putain… La première… que je prends…

Il grimace, sa tête bascule légèrement en arrière.

– Axel ! Écoute-moi ! Il faut que tu m’écoutes, que tu gardes les yeux ouverts ! Je suis là, je ne bouge pas, les secours vont arriver, ils vont te sortir de là.

Il rouvre subitement les yeux, qui roulent un instant dans leurs orbites avant de se poser sur Gabrielle.

– Promets-moi que c’est pas la dernière que je prends…

– Quoi ?

– Je vais m’en sortir… Je veux pas… que la première bastos que je prends… soit la dernière… Promets-moi.

– Mais qu’est-ce que tu racontes ?

– Promets-moi.

– Oui, je te promets, lui répond Gabrielle qui ne parvient plus à retenir ses larmes. Dans une semaine, tu courras comme un lapin.

Axel sourit.

– Ouais, comme Cyclope.

– Comme Cyclope, oui, sanglote Gabrielle.

Il referme les yeux et se fige.

 

1. Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie.

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