Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Michel de Montaigne · Chapitre 113 sur 141 · partie 6/11

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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Premier Livre

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 11 parties.

15, L’ame.—Les éd. ant. port.: la fortune.

17, Epicycles.—Terme d’astronomie; cercle dont le centre est sur la circonférence d’un autre cercle, servant dans le système planétaire de Ptolémée, qui n’a plus cours, à expliquer les irrégularités apparentes du mouvement des planètes et leurs distances variables par rapport à la terre.—Pris ici au figuré, a le sens d’hypothèses.

19, Inaccessible.—L’école d’Aristote dont les enseignements faisaient loi à l’école; cette thèse avait été du reste celle de beaucoup d’autres, de Simonide entre autres.

20, Rebours.—Cette divergence d’opinions subsiste toujours. D’Alembert, Portalis ont dit «que la véritable philosophie est à la portée de tous, que le vrai, même en métaphysique, se trouve en germe dans tous les esprits qui le reconnaissent dès qu’on le leur montre»; et Cousin déclare que «le genre humain n’est pas philosophe et que la philosophie est l’aristocratie de l’espèce humaine».

23, Doux fleurantes.—Odoriférantes; l’expression paraît forgée par Montaigne.

24, Célestes.—Il semble que Montaigne ait eu ici une réminiscence des termes d’une traduction d’un passage de Xénophon, exprimant du reste l’idée contraire à la sienne, traduction parue en 1553 et qu’il possédait:

«... Paré des plus riches couleurs,

Le vice nous conduit par des chemins de fleurs;

De roses sous ses pas les plaisirs nous enchaînent; Mais des sentiers aigus à la vertu nous mènent,

Et son temple est fondé sur un roc sourcilleux.»

30, Despite.—Courroucée, qui marque du dépit.—On trouve dans C . M :

«Le Tout-Puissant de leurs façons despites

Se moquera, car d’eux il ne lui chault.»

31, Gents.—Quoi qu’en dise ici Montaigne, ce n’est pas là le chemin de la vertu, qui, d’après Bossuet, est un chemin où le chrétien grimpe plutôt qu’il ne marche. Du reste au liv. II, ch. XI (II, 88), il dit avec plus de vérité que «la vraye vertu demande vn chemin aspre et espineux...».

34, Poëtes.—H , Ἔργ. καὶ ἡμ., v. 287.

37, Angelique.—Héroïnes du poème de l’Arioste «Roland furieux».

41, Garce.—Jeune fille. V. N. I, 458: Garces.

41, Attifet.—Coiffure du temps; à proprement parler, carcasse en fil de fer soutenant le haut du bonnet et lui donnant la forme figurant d’ordinaire dans les portraits de Catherine de Médicis et de Marie Stuart.

260,

2, Phrygie.—Pâris, qui eut à décerner le prix de beauté que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, et qui l’attribua à cette dernière.

2, Leçon.—«Le passage qui suit est un bel éloge de la vertu, il serait difficile d’en parler plus dignement et avec plus de justesse.» P .

13, Lasseté.—Lassitude, qui en dérive et l’a remplacé dans la langue.

15, Crudité.—Indigestion, de cruditas qui, en latin, a même signification.

19, Musqués.—«La vertu humaine la plus parfaite, est celle qui sait réduire le plus ses besoins.» P .

32, Sinon.—Addition de l’exemplaire de Bordeaux écrite de la main de Montaigne: «que de bone heure son gouuerneur l’estrangle s’il est sans tesmoins, ou».

262,

8, Rota.—Roue, plateau horizontal que le potier met en mouvement avec les pieds, et sur lequel il place, pour la façonner, l’argile qu’il emploie pour les objets qu’il confectionne.

11, Disoit.—Dans un passage cité par S , Epist. 49.—La réflexion suivante se trouve également dans Sénèque.

16, Action.—Ce passage rapproché de celui-ci: «C’est vn bel agencement que le grec et le latin, mais que l’on achete trop cher», et de cet autre: «Fascheuse suffisance, qu’vne suffisance pure liuresque», renferme la condamnation de notre système d’éducation.

Dans son remarquable ouvrage «la Psychologie de l’éducation»,

M. G. Lebon dit en substance à ce propos:

Sous ce rapport, nous nous en tenons opiniâtrément à ce qui

existait au e e XVII et XVIII siècle et qui, déjà critiqué alors, est de plus en plus funeste en ces temps-ci où les conditions d’existence ont été profondément modifiées par les grandes découvertes modernes et les transformations incessantes qu’elles amènent; au point que nous en arrivons à nous trouver dans un état d’infériorité qui nous conduit insensiblement à la ruine, la lutte pour la vie n’étant pas une vaine formule, mais bien, pour les peuples comme pour les individus, une réalité qui, de jour en jour, devient plus aiguë.

En France, oublieux de cet autre passage des Essais: «Ce n’est

pas vne ame, ce n’est pas vn corps qu’on dresse, c’est vn homme; il ne faut pas les dresser l’vn sans l’autre, mais les conduire également» (I, 266), dans les programmes d’instruction secondaire, on n’attache pas aux exercices physiques, à la vie au grand air, une importance suffisante, et au grand préjudice du développement corporel de l’adolescent on exagère la durée des classes et des études; son éducation morale est pareillement nulle ou à peu près et l’enseignement intellectuel à la fois trop étendu, trop superficiel, embrassant trop d’inutilité et mal donné. Partant de ce principe faux en matière d’éducation que la théorie doit précéder la pratique et que les connaissances entrent dans l’entendement par la mémoire, l’enseignement classique s’adresse uniquement à celle-ci, gavant ses élèves d’autant de matières, pour la plupart inutiles, que le temps le permet, sans même lui donner seulement celui de les digérer et sans avoir recours simultanément à l’enseignement par les yeux et les oreilles qui seul fait naître en nous l’esprit d’observation, l’habitude de réfléchir, de raisonner, la faculté de déduire l’inconnu du connu et est de nature à développer sa volonté, son jugement, son initiative, sa valeur morale, de former en un mot des caractères. Aussi, quand cette instruction prend fin, que l’étudiant devenu homme, livré à lui-même, en arrive à l’application, ce n’est le plus souvent qu’un incapable chez lequel les germes de ces qualités primordiales sont atrophiées, de là le naufrage de tant d’intelligences et de caractères, une tendance à éviter ce qui peut être difficulté, une profonde indifférence pour ce qui se passe en dehors de lui, défauts caractéristiques de notre race, dont la décadence est fatalement liée à ces affaiblissements physiques, intellectuels et moraux de l’individu, qui le plus souvent n’est qu’un mineur que toute sa vie durant il faudra diriger.

Au lieu de former des industriels, des agriculteurs, des

commerçants, des colonisateurs, cet enseignement, dit classique, ne peut conduire qu’aux professions libérales et en raison de l’énorme disproportion entre le nombre des appelés et celui des élus, il crée cette multitude de déclassés et de mécontents qui végètent et parmi lesquels le socialisme recrute ses adeptes les plus fervents.

Quelques efforts ont bien été faits pour, concurremment avec

l’enseignement classique, développer en France l’enseignement professionnel qui aux connaissances générales réduites au minimum joint l’enseignement pratique d’une quelconque des branches des arts, des sciences, de l’industrie, de l’agriculture ou du commerce suivant la spécialité de l’école, mais ce progrès s’est effectué sans faire la place plus grande à l’éducation physique et morale, et là encore prévalent l’instruction théorique et la récitation des manuels; aussi ne saurait-on s’étonner que dans de semblables conditions, cet enseignement dont ont si fort à se louer les peuples qui en ont fait la base de l’éducation, ne produise pas en France les mêmes heureux résultats.

Chez les Anglo-Saxons notamment le système suivi est le

contrepied de celui admis en France; l’enseignement professionnel en raison de son utilité et de ses avantages prédomine. Partant de ce principe que l’expérience qui seule instruit les hommes, est aussi seule capable d’instruire la jeunesse, on en déduit que la pratique doit précéder la théorie, par suite les langues s’enseigner tout d’abord en les parlant, les sciences physiques par les manipulations, un métier, une profession par l’apprentissage, donnant, de ce fait même, occasion de se développer à l’esprit d’observation, à la réflexion, au jugement, à la volonté, à l’initiative, à la persévérance. Laissé libre de bonne heure et ayant possibilité d’agir de lui-même, c’est par les conséquences qui résultent pour lui de ses actes, que l’étudiant arrive à distinguer le bien du mal et contracte cette discipline interne qui constitue la moralité; il se développe au physique et acquiert du coup d’œil, l’esprit de solidarité, l’empire sur soi, le dévouement aux intérêts de la collectivité; quant au respect de l’ordre public, des coutumes établies, à l’obéissance à l’autorité, c’est affaire de mœurs et de mentalité de race. Dans ces conditions, au sortir même du collège, le jeune Anglais, avec une instruction générale restreinte, n’a aucune difficulté à trouver sa voie, et est à même d’apprendre en peu de temps le complément dont il peut avoir besoin pour la suivre et le plus souvent devenir quelqu’un.

Aujourd’hui que le télégraphe et la vapeur en réduisant les

distances ont fait du monde un seul et même théâtre d’action, le succès est acquis aux peuples dont les individualités sont tout à la fois capables, bien trempées au physique et au moral, dont l’émancipation est complète, et l’esprit de solidarité absolue, quand il s’agit d’intérêts collectifs; cela nous place incontestablement dans une situation désavantageuse pour le présent et inquiétante pour l’avenir.

Pour y remédier, au mieux de ce qui est possible, en ce qui

concerne l’éducation, il y aurait lieu en France, de:

Transférer lycées et collèges des villes à la campagne, ce qui est

relativement facile en raison de la rapidité des communications.

Réduire dans une notable proportion la durée des classes et des

études et donner aux jeux et aux exercices physiques la même importance qu’aux autres branches de l’éducation.

Faire de même touchant l’éducation morale; donner de bonne

heure et progressivement aux élèves plus de liberté, les abandonnant à eux-mêmes dans une assez large mesure afin de leur apprendre à se conduire.

Pour la généralité, réduire l’enseignement classique au strict

nécessaire de mnémonique, le rendre expérimental; à l’étude du grec et du latin qui est sans profit, substituer des traductions et une étude plus sérieuse des langues vivantes. Supprimer les concours, les classements, les diplômes, toutes choses où la chance a trop de part et qui engendrent la jalousie plus que l’émulation, crée des espérances trop souvent chimériques, et les remplacer par des examens de passage d’une classe à une autre.

Mais que de difficultés pour la réalisation de pareilles réformes,

qui devraient commencer par celle même des professeurs qui, dressés à une méthode qu’ils tiennent pour excellente, dont ils ont le train-train et qui les fait vivre, sont incapables d’en concevoir et d’en appliquer une autre; en second lieu, il faudrait rendre irresponsables les chefs d’établissement, sauf le cas de lourde faute, des quelques inconvénients et accidents qu’entraîne inévitablement de temps à autre le système; et aussi faire que les parents acceptent de voir leurs enfants retardés dans leurs classes, quand ils ne sont pas jugés aptes à passer à la classe supérieure, sans qu’il en résulte du discrédit pour l’établissement. Enfin et par-dessus tout, il y aurait à modifier l’esprit public, de telle sorte que l’enseignement classique, qui en raison de son inutilité est chose de luxe, ne soit donné qu’à ceux auxquels leur état de fortune permet de ne rien faire, au lieu de s’étendre de plus en plus, par l’octroi de bourses, si bien que dans notre pays, dont la population agricole, commerciale et industrielle est les 9/10 de la population totale, la clientèle de l’enseignement professionnel n’est que le 1/8 du nombre de nos étudiants; et ce, parce que pour la plupart des emplois de tout repos des administrations de l’État, dont l’obtention est le desideratum de la majorité des Français, pour lesquels quelque garantie d’instruction est demandée, les diplômes de l’enseignement classique sont à peu près les seuls admis ou tout au moins dont il soit tenu compte; à quoi s’ajoute ce préjugé qui longtemps encore pèsera sur nous, par suite duquel le plus infime clerc, le plus humble fonctionnaire, le moindre employé, le plus modeste professeur se croient d’une caste bien supérieure à celle d’un industriel, d’un commerçant, d’un artisan ou d’un paysan dont les travaux cependant exigent beaucoup plus d’intelligence. Malheureusement aussi, avec la propension de l’Université à monopoliser l’instruction, et de la sorte supprimer la concurrence, il est à craindre que ces errements néfastes se perpétuent au point que le mal devienne irrémédiable.

Notons encore que l’enfant ne peut plus tout apprendre, qu’il faut

choisir, et nos programmes, nos méthodes, nos établissements d’instruction ne répondent plus à la diversité des vocations et des mœurs, aux conditions changeantes de la vie moderne; par suite aussi, un lycée, un collège ne saurait davantage demeurer un froid immeuble administratif, taillé sur un modèle uniforme, celui si peu attrayant, si généralement dénué d’air et de lumière que nous connaissons.

39, Lasse.—D L , X, 122.

41, Garçon.—Dans un college, comme portent les éd. ant.; qu’on l’y mette interne.

264,

8, Affolé.—D L , IV, 62.

25, Faire.—P , Symposiaques (mélanges), I, 1.

33, Conuiue.—Banquet, festin, repas (en latin convivium); nom d’un dialogue de Platon.

38, Autres.—C.-à-d. il n’y a pas doute qu’ainsi dressé à la recherche et à l’amour de la vertu, il ne soit moins désœuvré que les autres.

266,

11, Platon.—Cité par P dans le traité Des moyens de conserver la santé.

16, Il se fait.—Var. des éd. ant. à 88: aux colleges où.

17, Lettres.—Add. des éd. ant. à 88: et leur en donne goust.

25, Dameret.—Efféminé, qui fait le beau et cherche à plaire aux dames.

31, Office.—Leur devoir; pendant les classes, les études, la récitation des leçons.

36, Quintilian.—Instit. orat., I, 3.

268,

1, Graces—Étaient dans l’antiquité la personnification de ce qu’il y a de plus séduisant dans la beauté. Elles étaient au nombre de trois: Aglaé (qui excite l’admiration), Thalie (qui inspire la joie), Euphrosyne (qui réjouit l’âme); on les représentait sous la figure de trois jeunes vierges nues, sans ceinture, les mains et les bras entrelacés, formant des danses gracieuses autour de Vénus. M .

2, Speusippus.—D L , IV, 1.

15, Soleil.—S E , Pyrrh. Hyp., I, 14.

19, Cocqs.—P , De l’envie et de la haine, vers le commencement.—Alexandre le Grand frémissait, dit-on, au seul toucher d’une pêche; Turenne se trouvait mal, assure-t-on, s’il voyait une araignée: petites faiblesses de grands homme, si cela est exact. —Jacques I er d’Angleterre, qu’on ne saurait mettre sur le même rang, se trouvait mal, dit-on encore, à la vue d’une épée nue; peut-être était-ce le souvenir de sa mère qui l’obsédait.—Plusieurs membres de la famille de Candale, avec laquelle Montaigne était lié, et c’est probablement à eux qu’il fait allusion ici, ne pouvaient supporter l’odeur de la pomme.—Ambroise Paré en dit autant de Wladislas, roi de Pologne, et cite des exemples de l’horreur inspirée par le pain, les œufs, les légumes, les chats, les souris, les araignées, etc...—Les cas de ces singulières antipathies et autres analogues sont fort nombreux, en voici quelques autres: Alaüs Borrichius cite un cabaretier qui frémissait et se couvrait d’une sueur froide, quand il voyait du vinaigre; une demoiselle qui ne pouvait regarder une plume, sans jeter des cris; un gentilhomme écossais qui pleurait à l’aspect d’une anguille.—Le maréchal de Brézé s’évanouissait à la vue d’un lapin; la fièvre s’emparait d’Erasme, dès qu’il voyait ou sentait du poisson; Joseph Scaliger tremblait en apercevant du lait, et ne pouvait souffrir davantage le cresson; l’illustre mathématicien Cardan avait horreur des œufs; Ladislas Jagellon redoutait les pommes; si l’on faisait sentir ce fruit à un sieur La Chesnaye, secrétaire de François I er, le sang s’échappait en abondance de ses narines; on cite des gens que le froissement d’une robe de soie fait tomber en pâmoison.—Samuel Pelissius parle d’un homme qui se troublait et divaguait, quand il voyait de la salade; un autre éprouvait une douleur aiguë quand on parlait des pieds ou de ce qui s’y rapporte, bas, souliers, etc., et cette douleur cessait dès qu’on parlait de la tête ou de ce qui s’y rapporte, cheveux, etc...—Henri III ne pouvait demeurer dans une chambre où était un chat; le maréchal de Schomberg avait la même aversion.— Un conseiller au parlement de Bordeaux avait été si effrayé à la vue d’un hérisson qu’il crut, pendant plus de deux ans, que ses entrailles étaient dévorées par cet animal.—D’après Pierius Valerianus, l’odeur des roses faisait évanouir le cardinal Caraffa; il en dit autant d’un cardinal de Cordoue, d’un évêque de Breslau; et ce qui est plus particulier, il cite un espagnol, Dom Juan Rual de Polemaque, sur lequel entendre prononcer le mot Lana produisait le même effet.— Balzac a écrit: «La rose est mon inclination, comme c’était l’aversion de M. le chevalier de Guise»; Catherine de Médicis ne pouvait non plus en supporter l’odeur.—Le chancelier Bacon tombait en défaillance, quand il y avait une éclipse de lune; le duc d’Epernon quand, dans un repas, on lui servait du levraut; le maréchal d’Albret, du marcassin.—Il existe sur ce sujet deux ouvrages publiés l’un en 1617, l’autre en 1665, le premier de Sagittarius, savant allemand, le second de Martin Schoockius, savant hollandais. P .

26, Boucle.—C.-à-d. contenir. Métaphore tirée de l’usage où l’on est de boucler une jument par l’interposition d’un anneau pour empêcher qu’elle ne soit saillie, ce qui était également le principe des ceintures de chasteté du moyen âge, dont le musée de Cluny, à Paris, a des spécimens; se dit aussi de quelqu’un jeté en prison.

32, D’autant.—Boire d’autant, c’est faire raison, tenir tête à quelqu’un à table, buvant à chaque invitation qu’il vous en fait en buvant lui-même.

270,

7, Recita.—Peut-être Gaspard de Schomberg, qui était reçu à Montaigne et qui a rempli pour la France diverses missions en Allemagne, et avait été notamment chargé par Charles IX d’aller justifier auprès des seigneurs de cette contrée les massacres de la Saint-Barthélemy en faisant connaître les nécessités qui avaient motivé cet acte politique.

9, Alcibiades.—P , Alcibiade, 14.

18, Vtramque.—Montaigne emploie ces deux vers dans un sens directement opposé à celui qu’ils ont dans Horace, d’où ils sont tirés.

19, Leçons.—Var. des éditions antérieures: Voicy mes leçons, où le faire va auec le dire. Car à quoy sert il qu’on presche l’esprit, si les effects ne vont quant et quant? au lieu de: «Voicy... escrites» (19 à 32).

20, Voyez.—«Voulez-vous, disait S. G , un abrégé de la

règle de saint Benoît, considérez sa vie; voulez-vous un précis de sa vie, considérez sa règle: l’une est l’expression de l’autre.»

21, Platon.—Dans le dialogue intitulé Les Rivaux.

27, Philosophe.—Ce n’est pas Héraclite, mais Pythagore, qui fit cette réponse; ce fait rapporté par C , Tusc., V, 3, a été relevé par lui dans un livre d’Héraclite.

32, Escrites.—D L , VI, 48.

272,

7, Paroles.—P , Apophth. des Lacédémoniens.

9, Babil.—Plus encore que chez toute autre race, l’exubérance de paroles existe chez les Latins, dont nous sommes. De tous temps, ils ont été grands discoureurs, amis des mots et de la logique, se préoccupant très peu des faits et faciles à gagner à toute idée présentée dans un beau langage. Aujourd’hui chacun s’en mêle et il n’est même plus besoin de logique; pour réussir, il ne suffit plus, en France, mais c’est une chose à laquelle rien ne supplée, que d’être prêt à parler, à l’impromptu, sur quoi que ce soit, et à même de trouver de suite des arguments, tout au moins bruyants, pour répondre à ses adversaires; la compétence, pas plus que la vérité et la sincérité, ne sont nécessaires; des lieux communs, un langage tant soit peu amphigourique, des évocations flattant les passions de l’auditoire assurent le succès; et cette nécessité d’être à même de parler sans réfléchir est telle, qu’elle élimine des affaires publiques, et notamment du Parlement, nombre d’hommes de valeur réelle et de jugement pondéré.

33, Ombrages.—Ombres, apparences, ou encore aperçus, comme on dit aujourd’hui.

39, Tiens.—Add. des éd. ant.: que qui en a l’esprit.

274,

2, Bergamasque.—Le patois de Bergame passait, du temps de Montaigne, pour le langage le plus grossier de l’Italie.

7, Pas.—C.-à-d. pas plus que ne fait, que ne sait.—Un emploi analogue du verbe faire se retrouve dans cette expression «si fait», encore en usage: «Vous ne mangez pas?—Si fait (si, je fais l’action de manger)».

7, Petit pont.—Aujourd’hui, pont du Châtelet, un des trois premiers ponts de Paris, ainsi nommé par opposition au Grand pont, devenu le Pont au Change et actuellement le Pont-Neuf.

10, Maistre és arts.—Gradué des anciennes universités à la suite d’épreuves soutenues avec succès, qui avait qualité pour enseigner les humanités et la philosophie; arts était alors synonyme de lettres.

15, Afer.—T , Dial. des Orateurs; le texte latin porte Aper.

22, Faire.—P , Apophth. des Lacédémoniens.

28, Feray.—P , Instruction pour ceux qui manient les affaires d’État, 4.

30, Consul.—P , Caton.—Montaigne donne un sens trop général à la réflexion de Caton qui ne se moquait pas de l’éloquence de Cicéron. mais de l’abus qu’il en fit, dans le temps de son consulat, un jour que, plaidant pour Muréna contre lui Caton, il se mit à tourner en ridicule les principes essentiels de la philosophie stoïcienne, d’une manière par trop comique, peu digne de la fonction qu’il occupait, ce qui lui attira cette observation de son adversaire plus piquante que tous les traits qu’il venait de lui décocher. C .

—Cicéron était, du reste, lui-même fort porté à l’épigramme. Dans ses Saturnales, M cite quelques-unes de ses plaisanteries.

Parlant de César: «La ceinture m’a trompé», dit-il, faisant allusion à ce qu’il portait sa toge à la mode des jeunes gens efféminés, lui qui était l’homme d’action par excellence. De Pompée, qui venait de concéder le droit de cité à un barbare: «Il le donne aux autres et est impuissant à nous le rendre à nous-mêmes.» De Caninius Dibulus fait consul, en 45, la veille du jour où finissait l’année, avec laquelle sa charge prenait fin: «Nous avons eu en Caninius un consul vigilant; de tout son consulat il n’a pas goûté le sommeil.»

35, Force.—C.-à-d. n’importe, il n’y a pas lieu de s’y opposer, de l’y contraindre. Cette locution se retrouve avec le même sens dans Rabelais.

276,

10, Vers.—P , Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres, 4.—On raconte à peu près la même chose de Racine qui écrivait d’abord ses pièces en prose et les estimait terminées, lorsqu’il ne lui restait plus qu’à les mettre en vers.

11, Le demeurant.—Var. des éd. ant.: les mots, les pieds et les césures qui sont à la vérité de fort peu au pris du reste. Et qu’il soit ainsi...

18, Fera il.—C.-à-d. mais que fera notre jeune élève, si on le presse...—Montaigne revient ici à son principal sujet, qu’il semblait avoir entièrement perdu de vue.

20, Desaltere.—Parmi les singularités de ce genre, nous rappellerons encore celle-ci: «Vous avez des cornes ou vous n’avez pas de cornes: Or vous n’avez pas de cornes, donc vous avez des cornes.»

21, Respondre.—S , Epist. 49.

23, Empesche.—D L , II.

26, Aage.—D L , VII.

36, Querir.—Montaigne détourne, en effet, assez fréquemment le sens des citations qu’il donne; il était capable d’inventer le procédé; mais il a pu le trouver dans saint Paul, ainsi que le reconnaît saint Jérôme.

36, Suiure.—«Qui traite un beau sujet, est sans peine éloquent.» E .

37, Aller.—J.-J. Rousseau a dit aussi: «Toutes les fois qu’à l’aide d’un solécisme, je pourrai me faire mieux entendre, ne pensez pas que j’hésite.» Il s’est bien fait entendre sans avoir besoin de solécismes; mais cette phrase montre qu’il était aussi peu esclave que Montaigne des exigences de la grammaire. L C .

278,

3, Brusque.—Montaigne excelle, en effet, à user du laconisme, témoin le membre de phrase qui se rencontre quelques lignes plus haut: «Que le Gascon y arrive, si le François n’y peut aller.»

4, Feriet.—Épitaphe de Lucain, citée dans la Bibliothèque latine de Fabricius.

5, Affectation.—Les éd. ant. aj.: et d’artifice.

7, Fratesque.—Monacal, de l’italien fratre, moine.

8, Cæsar.—Add. des éd. de 80, 82 et 87: Qu’on lui reproche hardiment ce qu’on reprochoit à Séneque, Que son langage estoit de chaux viue, mais que le sable en estoit à dire.

9, Appelle.—S , César, 55, ne dit pas que l’éloquence de César était soldatesque, c.-à-d. brève, saccadée, nerveuse, comme on imagine le langage du soldat, parce que la devise qui lui convient est «acta non verba (des actes et non des paroles)», mais que, sous ce rapport aussi bien que sous celui des talents militaires, il est hors de pair. L’erreur de Montaigne vient de ce que certaines éditions de l’auteur latin sont mal ponctuées en ce passage; par suite sa remarque à cet égard est sans objet.

22, Soy.—C.-à-d. l’éloquence qui fixe toute l’attention de l’auditeur fait tort aux choses dont on parle, elle en fait en quelque sorte la critique.

27, Paris.—Quand on demandait à M son avis sur quelque

mot français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au Foin, disant que c’étaient ses maîtres pour le langage, ce qui a donné lieu à cette protestation de R :

«Comment! Il faudrait donc pour faire une œuvre grande, Qui de la calomnie et du temps se défende

Et qui nous donne rang parmi les bons auteurs,

Parler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs.»

Il y a toutefois lieu de croire que cette indignation était inspirée à Régnier plus par son esprit de contradiction que par ses convictions, si on s’en rapporte au jugement que B a porté sur lui:

Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l’auteur.

30, Seulement.—D L , X, 13.

37, Platon.—Des Lois, I.

40, Meilleurs.—Les éd. ant. port.: miens.

40, Disoit.—S , Serm., 34.

280,

25, Latine.—Cet Allemand se nommait Horstanus; il professa dans la suite au collège de Guyenne. Le père de Montaigne essaya d’en agir de même pour ses autres enfants; il dut y renoncer par la difficulté de trouver à qui en donner la charge.

28, Moy.—Latiniser ainsi, c’est bien; mais que devient, durant ce temps, la douce et irremplaçable éducation, qui ne peut se donner en latin, que nous recevons sur les genoux de nos mères, qui forme nos premiers élans vers les choses généreuses, notre première préparation aux combats de la vie? A l’égard de Montaigne, cette manière de faire a dû favoriser en lui l’impatience de toute règle et de toute discipline. M .

282,

4, Romanorum—Ouvrage estimé, publié en 1555.

6, Temps.—Dans ses ouvrages, Muret expose en un parfait latin antique des idées toutes modernes. On a de lui des notes sur les auteurs anciens, dont ses études ont beaucoup contribué à épurer les textes, des Harangues, des Poésies et des Épîtres.—On raconte de lui qu’étant en Italie, il tomba gravement malade et entra dans un hôpital. Là, deux médecins délibérant près de lui sur le traitement à suivre à son égard, et le prenant pour un homme du commun, ils se dirent en latin: «Faciamus periculum in anima vili (Que risquons-nous sur un être de rien)?» pensant bien n’être pas compris; et Muret de leur crier aussitôt: «An vilis anima pro qua mortuus est Christus (Eh quoi, n’est-ce rien, un être pour lequel le Christ a donné sa vie)?» Et il sortit au plus vite de ce lieu pour échapper aux expériences. B .

14, Intelligence.—Si Montaigne ne savait pas le grec, il n’en était pas de même de sa sœur Madame de Lestonna, témoin l’anecdote suivante qui n’est pas sans analogie avec celle de la note précédente: M. de Lestonna reçut un jour la visite d’un ami venant lui proposer une «débauche d’amourette»; et sa femme se trouvant là, l’ami pensant n’être pas compris d’elle, s’exprimait en grec; il se trompait, elle le lui fit bien voir, il dut détaler au plus vite.

16, Tablier.—Table servant aux jeux de dames, d’échecs et de trictrac, comme il en existe encore aujourd’hui.

25, Et ne fus... seruist.—Var. de 80: et auoit, vn ioueur d’espinette pour cet effect.

26, Instrument.—Ce soin était confié, comme l’indique la note précédente, à un joueur d’épinette, petit clavecin qui est devenu le piano.—Le réveil de Montaigne, enfant, a fait le sujet d’un tableau par Ed. Hamman, qui a été exposé à Paris, au salon de 1847.

35, Bien.—Var. des éd. ant.: d’vn iugement bien seur et ouuert.

284,

6, Guienne.—A Bordeaux.

19, Lire.—Les Eléments de mathématiques d’Euclide furent pour Pascal ce qu’avaient été pour Montaigne les Métamorphoses d’Ovide.

23, Lancelot du Lac.—Un des principaux chevaliers de la Table Ronde (ordre de chevalerie fabuleux, institué, suivant les légendes de la Grande-Bretagne, à la fin du e V siècle); ses exploits ont été chantés au moyen âge, dans un roman de ce nom.

23, Amadis.—Amadis des Gaules, poème espagnol de chevalerie du moyen âge, écrit par divers auteurs, traduit en français par ordre de François I er.

23, Bordeaux.—Huon de Bordeaux, chanson de geste, autrement dit de faits héroïques du e XII siècle.

25, Discipline.—C.-à-d. le soing qu’on auoit à mon institution (qu’on apportait à mon éducation), comme le portent les éditions antérieures.

29, Conniuer.—Qui eut le bon esprit d’être de connivence, d’accord avec moi, en ayant l’air de ne pas s’en apercevoir.

30, L’Æneide.—Poème épique, l’un des chefs-d’œuvre de Virgile, ayant pour héros Énée, un des chefs de Troie, venu en Italie pour s’y établir, après la ruine de cette ville, et auquel les Romains faisaient remonter leur origine.

286,

2, Parties.—Acception tirée de l’anglais, signifie ici: qualités, talents, moyens intellectuels.

7, Fainéantise.—Var. des éd. ant.: Stupidité.

27, Cognoissait.—«Sous ses airs d’indolence, l’esprit de Montaigne n’en était pas moins, en effet, plein de hardiesse, couvant bien des audaces.» S -B .

288,

5, Deformabat.—Montaigne s’élève ici contre la réprobation qui, à cette époque et longtemps encore après, pesait sur les comédiens. De nos jours ils sont estimés à juste titre à l’égal des autres suivant la conduite privée de chacun, bien qu’on puisse leur reprocher à tous en général que la réclame à outrance qui se fait autour de leurs noms et qu’excusent les nécessités du métier, les porte trop à en prendre les exagérations pour des réalités, à quoi il faut ajouter qu’une différence existe entre eux plus accentuée que dans n’importe quelle autre carrière. Les artistes de second ordre (acteurs et chanteurs) qui vont pérégrinant de ville en ville, peinant à l’extrême pour arriver à jouer presque chaque jour des pièces différentes, gagnent peu, sont parfois obligés pour vivre à des compromissions que le besoin excuse, et leur considération s’en ressent. Combien autre est l’existence des coryphées de la profession, jouant cent fois de suite et plus la même pièce! Ils ont des loisirs que les précédents ne connaissent pas et en outre réalisent des bénéfices qui leur permettent la vie la plus large; à cela rien à dire. Seulement il y en a parmi eux qui oublient trop que le monde dépense sans compter pour ses plaisirs, alors qu’il est le plus regardant pour ce qui est de première nécessité, et ils jaugent leur valeur d’après l’argent dont on les comble et deviennent encombrants, s’estimant sans vergogne au-dessus de ceux-là mêmes dont ils interprètent les œuvres, ne se disant pas que dans Molière, dont ils s’honorent, c’est l’observateur, le moraliste, l’écrivain incomparables qu’on admire, et pas du tout l’acteur depuis longtemps ignoré de beaucoup.

8, Valent.—Qui méritent d’y être admis.

17, Spectacles.—Le premier édifice moderne, complètement clos, spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du e XVII

siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de théâtre.—Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations littéraires.

17, Diuertissement.—Diversions, qui servent à détourner les gens de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à louer.

17, Occultes.—Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.

22, Espouser.—Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la partie de l’Émile où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.

 

CHAPITRE XXVI.

Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de

Bordeaux.

23, Suffisance.—Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.

Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à

quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «Credo quia absurdum, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.

De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou

d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.

En dépit de tout raisonnement, les croyances communes

constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. L ).

290,

29, Saturúsque.—Le texte latin porte satiate; saturus mis pour satur constitue un barbarisme. L C .

292,

1, Iuger.—Add. des éd. ant.: des choses.

2, Nature.—Les éd. ant. port.: Dieu.

12, Rien trop.—Maxime philosophique célèbre attribuée par A à Bias; P en fait honneur à Chilon; D L pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.—Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans H ; T , dans son Andrienne, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» H , dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités:

«En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» A l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure

longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit R . «Surtout, Messieurs,

pas de zèle,» répétait T à ses diplomates. «L’excès en

tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le Paradis perdu de M , Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui,

dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» L F en a

fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité:

«Rien de trop est un point

Dont on parle souvent et qu’on n’observe point.»

Enfin, on peut en dire aussi qu’elle était la maxime favorite de M , qui aurait pu la prendre pour devise au même titre que

«Que sçay-ie», car dans ses jugements en toutes choses, comme dans tous les actes de sa vie politique et privée, il en a fait une application constante.

15, Moquer.—En 1385. F , III, 17, dit que la rapidité avec

laquelle la nouvelle en parvint du Portugal en France, au comte de Foix, fut attribuée à ce que celui-ci avait à son service un malin esprit qui lui rapportait la nuit les nouvelles de ce qui, présentant de l’intérêt pour lui, s’était passé la veille dans le monde entier.

25, Perdue.—En 93. Antonius Saturninus, qui commandait deux légions dans la Germanie supérieure, s’était soulevé et avait été battu par le lieutenant de l’empereur en Gaule. La distance du lieu du combat à Rome, évaluée par P , Paul Émile, à 20.000 stades (le stade valant 150 pas environ), ce qui ferait 500 lieues, est en réalité de 250. La nouvelle s’en répandit dans la capitale de l’empire, le jour même où le fait se produisit, et Domitien, parti nonobstant à la tête d’une armée pour le combattre, rencontra, chemin faisant, le courrier qui lui était envoyé pour lui annoncer sa défaite.

26, L’accident.—Guerre civile, III, 36.

35, N .—Il est exact que Pline présente comme vrais, nombre

de faits qui depuis ont été controuvés, mais c’est inévitable, et dans le domaine de la science bien des vérités du jour au lendemain perdent cette qualité; c’est ainsi qu’il n’existe plus de gaz permanents, alors qu’il n’y a pas un demi-siècle, on en comptait cinq. Par contre, certaines autres de ses assertions que nous tenons comme invraisemblables, ne le sont sans doute que parce que nous ne les avons pas encore vérifiées: telle cette propriété qu’il relate de l’huile maintenant le calme dans une certaine mesure parmi les flots d’une mer agitée, ce que longtemps on a considéré comme une fable, jusqu’à ce qu’assez récemment le hasard l’ait confirmé. Pline, qui manquait des moyens d’investigation si nombreux aujourd’hui, a composé son Histoire naturelle, comme Buffon a écrit la sienne qui, sous le rapport de l’exactitude, laisse aussi fort à désirer, ce dont ce dernier est peut-être moins excusable, vu la différence des temps et une plus grande facilité de contrôle; il n’en est pas moins un auteur éminemment précieux qui a conservé à la postérité beaucoup d’indications, de procédés que nous avons utilisés et qui, sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.

38, Impudence.—L’édition de 1588 porte: imprudence.

39, Tesmoigne.—De Civitate Dei, XXII.—Les corps de ces deux frères, martyrisés au er I siècle, découverts, d’après une tradition, en 380, par saint Ambroise, sur l’indication qu’eux-mêmes, dans une apparition, lui avaient donnée du lieu où ils avaient été ensevelis, furent transférés par ses soins dans la cathédrale qu’il faisait construire à Milan; et c’est dans le cours de cette translation, qu’un aveugle qui avait touché le brancard portant ces reliques avait recouvré la vue.

294,

12, Recors.—Témoins; du verbe latin recordari, se souvenir. D’où cette appellation donnée couramment à ceux qui assistent un huissier pour lui servir de témoins et lui prêter main-forte en cas de besoin.

16, Frangerent.—On s’étonne de voir Montaigne, surtout après avoir décliné la croyance aux miracles attribués à saint Hilaire, se faire le défenseur si zélé de ceux que rapporte saint Augustin, parmi lesquels se trouvent quelques cas de résurrection. La vertu et la piété des témoins ne sont pas en pareille matière d’importance primordiale, elles peuvent même porter à se défier de témoignages de personnes dont la foi a pu sur ce point troubler le jugement et faire préférer ceux de profanes moins portés à céder à semblable entraînement.—Il y a du reste un point qui, en fait de guérisons miraculeuses, donne à réfléchir: Pourquoi tous les miracles de cette nature, des temps anciens comme de nos jours, prêtent-ils tous à être expliqués par la science à laquelle il arrive de résoudre elle-même des cas semblables? Que n’a-t-on vu une fois, une seule fois, une impossibilité indiscutable se réaliser, quelqu’un amputé d’un membre, par exemple, ne serait-ce que d’un petit doigt, le recouvrer soudainement et en user, comme avant l’accident survenu; ce serait là un miracle indéniable que seraient obligés de reconnaître les plus incrédules.

26, Creance.—C’est ce triage entre les choses à croire et celles à ne pas croire qui dans l’Église a donné naissance à la plupart des hérésies et des schismes, ce qu’indique l’étymologie même du mot hérésie, αἵρησις;, qui signifie proprement choix; quant au schisme, de σχίσμα, division, il n’en est que la conséquence.

34, Obeissance.—C’est le principe même de la religion catholique et, de fait, une religion ne saurait être une sans cela; seulement l’application de cette autorité souveraine est chose délicate: l’obligation de ne pas empiéter sur ce qui n’est pas de son domaine, de s’adapter, dans chaque pays, à ses mœurs et à ses lois, de n’être ni oppressive ni opprimée, est de bien grande difficulté, d’autant que toute erreur, toute maladresse préjudicie, à tort mais d’une façon effective, à la religion elle-même, surtout en des temps comme les nôtres de libre discussion et d’indifférence religieuse.

39, Sçauans.—Add. des éd. ant.: et bien fondez.

 

CHAPITRE XXVII.

Ce chapitre est numéroté XXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de

Bordeaux.

296,

8, Amitié.—S s’est souvenu de ce chapitre dans

Hamlet, où il en a transporté des passages entiers et nombreux.

10, L’ensuiure.—Le suivre des yeux, le regarder travailler, voir comment il s’y prend.

12, Suffisance.—Élaboré, travaillé avec tout le soin dont il est capable.

24, Ignoré.—Qui ne savaient pas qu’il était déjà désigné sous ce titre.

24, Contre-vn.—Le Contre-un, ou Discours sur la servitude volontaire (Contre-un veut dire: contre le gouvernement d’un seul, la monarchie), opuscule d’une trentaine de pages in-octavo, est un pamphlet qui s’élève contre les abus du despotisme. Inspiré par les troubles de l’époque, il n’a pourtant pas trait aux événements d’alors, et de plus, il ne conclut pas.—Montaigne dans les éditions antérieures indique que L B l’a composé à l’âge de dix-huit ans, et en fin de ce chapitre il dit seize, probablement pour mieux faire valoir la précocité d’esprit de son ami, car il ne se pique guère en général d’exactitude. Ce serait, d’après cela, vers 1548 que ce discours aurait été écrit; mais il témoigne d’une maturité de talent qui donne à penser à certains qu’il pourrait bien dater de 1554, alors que l’auteur avait vingt-quatre ans, ou tout au moins qu’il a été retouché à ce moment; ils s’appuyent pour cela sur ce qu’il y est fait mention de du Bellay qui n’avait rien publié avant 1549, de la Franciade de Ronsard et d’autres poètes de la Pléiade, dont les poésies commençaient seulement à se répandre.—Ce n’est que dix ans environ après la mort de l’auteur, en 1574, que cet écrit fut publié pour la première fois à Bâle, et encore en latin et par extraits; il ne l’a été intégralement et en français qu’en 1576, à Genève, inséré, comme du reste en 1574, dans un recueil comprenant d’autres pièces s’inspirant de la même idée. Du reste, il produisit peu d’effet sur le moment et n’a réellement acquis de la vogue qu’aux époques révolutionnaires, en 1789, 1852, où on le remit en lumière, adapté aux besoins du moment. Par lui, on a fait de La Boétie un précurseur des révolutions modernes: de telles idées étaient bien loin de son caractère, et ce discours a été de sa part un morceau purement littéraire où les sentiments généreux et la fougue de la jeunesse se sont donné carrière, plutôt qu’une œuvre politique réfléchie. B . V. I, 318.

25, Ieunesse.—Les éd. ant. aj.: N’ayant pas atteint le dix-huitiesme an de son aage.

38, Gentil.—A ici le sens de généreux qui se retrouve dans «gentilhomme», mais dans lequel il n’est plus guère employé aujourd’hui, sauf dans quelques rares localités, avec tendance à disparaître complètement.

298,

6, Ciuiles.—L’édit de janvier 1562, sous le règne de Charles IX encore mineur. Cet édit accordait aux Huguenots l’exercice public de leur religion. Le parlement refusa d’abord de l’enregistrer, en disant: «Nec possumus, nec debemus (nous ne pouvons et ne devons)», et finit par s’exécuter après deux lettres de jussion. Il y a dans cet édit une sorte de règle de conduite pour les Protestants; il y est dit qu’«ils n’avanceront rien de contraire au concile de Nicée, au Symbole des Apôtres, ni à l’Ancien et au Nouveau Testament».

7, Place.—Le mémoire de La Boétie sur cet édit, si jamais il a été imprimé, n’existe plus. On ignore dans quel sens il était écrit; il est à supposer toutefois, étant donné le caractère de l’auteur et l’opposition que cet édit rencontrait, qu’il devait en approuver la teneur et constituer un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse.

10, Lumiere.—A Paris, en 1571.—Les œuvres de La Boétie se composent: d’une traduction de l’Économique de Xénophon, parue sous le titre de Mesnagerie; de celle de deux petits traités de Plutarque, de fragments du Dante; pièces de vers latins, de vers français, du Discours sur la servitude volontaire et de Mémoires sur nos troubles résultant de l’édit de janvier 1562. Ces deux derniers opuscules, Montaigne ne les publia pas, craignant qu’ils ne devinssent une arme pour les fauteurs de désordre de l’époque; la

note ci-dessus, I, 296, Contre-vn, indique ce qui advint du premier.

V. N. I, 320: Main.

19, Siecles.—A l’appui de sa thèse, Montaigne aurait pu indiquer ceux qui, dans l’antiquité, ont eu des liaisons de cette nature: Hercule et Philoctète, Thésée et Pirithoüs, Oreste et Pylade, Pythias et Damon, Épaminondas et Pélopidas, Alexandre et Héphestion, Scipion et Lelius, et pour clore par un mot de Phèdre: «Rien de plus commun que le nom, de plus rare que la chose.»

20, Aristote.—Morale à Nicomaque, VIII, 1.

300,

5, Enfans.—L’infanticide est commun en Chine; il y a nombre de gens, même à leur aise qui ne gardent pas plus de deux ou trois enfants. Annales de la propagation de la Foi.

7, L’aultre.—Les éd. ant. aj.: L’amitié n’en vient iamais là.

8, Aristippus.—D L , II.

11, Plutarque.—De l’amitié fraternelle.

14, Dilection.—Tendresse, affection, du latin dilectio, qui a même signification.

15, Alliance.—Ce terme de «frère» était souvent employé à cette époque pour marquer les relations d’affection entre personnes que n’unissait aucun lien du sang. C’est dans ce même ordre d’idées que Montaigne appelait Mademoiselle de Gournay sa fille d’alliance; ne dit-on pas dans le même sens des «frères d’armes» et «frères» et «sœurs» dans les communautés religieuses. Cette appellation est d’usage courant chez les peuples sémitiques, c’est à elle qu’est probablement due cette assertion de R , dans la Vie de Jésus, cette si charmante idylle, que Notre-Seigneur avait des frères.

18, Fraternelle.—Allusion probable au droit d’aînesse qui subsistait alors, d’après lequel l’aîné avait des privilèges et était favorisé, souvent de la façon la plus abusive, dans la succession des parents, et qui n’était pas sans avantage au point de vue de la société. Il maintenait la famille en lui donnant un chef et à ce chef une situation qu’il devait utiliser pour aider tous autres à se tirer d’affaire. Ce droit, aujourd’hui aboli en France, survit encore dans quelques majorats, immeubles ou dotations inaliénables attachés à la possession d’un titre de noblesse et permettant au titulaire de garder son rang. L’idée essentielle sur laquelle reposait le droit d’aînesse était d’empêcher la noblesse de péricliter, l’idée de la famille n’en était qu’une résultante; c’est au contraire exclusivement cette dernière qui a donné naissance à la pensée récemment émise de permettre de constituer des biens familiaux destinés à parer à la désagrégation de la famille, amenée par les exigences de l’existence et les facilités de se répandre au loin; biens de valeur restreinte, mais qui, bénéficiant de certaines immunités, demeureraient, quoi qu’il arrive, un centre à l’abri de toute éventualité.

20, Souuent.—«Rara concordia fratrum (la concorde, chose rare chez des frères)», est une maxime de jurisconsultes.

«Le frère est ami de nature,

Mais son amitié n’est pas sûre.»

28, Amitié.—«Le sort fait les parents, le choix fait les amis» (D ).

302, 15, Vsage.—L’abbé S estime trop au-dessus de tout autre

sentiment cette amitié bien éthérée pour de simples mortels, et que son culte pour la mémoire de son ami emporte l’auteur des Essais au delà de l’humaine nature, incapable d’un sentiment platonique si pur et si désintéressé.

25, Fins.—L’éd. de 80 aj.: comme de la generation, alliances, richesses.

31, Durable.—Mais inversement. Les femmes haïssent mortellement pour des sujets très légers. Mme G .

37, Reietté.—Contre cette opinion qui regarde les femmes comme peu propres à l’amitié, T e , littérateur français du XVIII siècle, dans son Essai sur les femmes, 1773, dit: «Rien ne leur échappe, elles devinent l’amitié qui se tait, encouragent l’amitié qui souffre»; les rapports de M me Récamier (1778 à 1849) avec de Chateaubriand et Ballanche témoignent de la vérité de cette appréciation; en amour, Thomas leur accorde les mêmes délicatesses.

38, Grecque.—Passage des plus curieux où est fort bien expliqué ce que c’était que cet amour des Grecs pour les jeunes gens, dont on a tant et si diversement parlé.

304,

33, Achilles.—Achille, roi des Myrmidons, peuple de Thessalie (anc. Grèce); le plus fameux des héros grecs qui prirent part à la guerre de Troie et immortalisé par Homère dans l’Iliade; célèbre en particulier par sa liaison avec Patrocle, tué par Hector qu’Achille tue à son tour pour venger la mort de son ami, et tué lui-même par Pâris d’une flèche au talon, seule partie de son être qui fût vulnérable ( e XIII siècle). Son nom, dans toutes les langues, est synonyme de bravoure et d’intrépidité.

306, 34, Publiée.—Dans le recueil déjà cité plus haut, Paris, 1574; et plus récemment.

7, Aristogiton.—Aristogiton était l’amant de Harmodius. Hipparque, qui gouvernait Athènes, conjointement avec son frère Hippias, cherchant à s’imposer à Harmodius, celui-ci et Aristogiton le tuèrent. D’autres disent qu’Hipparque, insulté par Harmodius, s’en vengea en insultant la sœur de ce dernier, qui avec l’aide de son ami tua l’insulteur. Ce faisant, Harmodius tomba lui-même sous les coups des gardes de son ennemi, tandis qu’Aristogiton, arrêté, périssait peu après dans les tortures. Leur mort fut le point de départ d’un mouvement populaire qui délivra Athènes du joug de la tyrannie, 509.

14, Equable.—C.-à-d. «d’une espèce d’amitié plus juste et plus égale» que celle dont il vient d’être parlé.

19, Parle.—Ce qui suit est une peinture des plus touchantes de l’amitié, condensée en quelques lignes.

25, Fatale.

«Il est des nœuds secrets, il est des sympathies

Dont, par le doux rapport, les âmes assorties

S’attachent l’une à l’autre, et se laissent piquer

Par un je ne sais quoi qu’on ne peut expliquer.» C .

33, L’autre.—Il y a dans saint Ambroise pleurant la mort de son frère, et répandant sur sa tombe les fleurs de son éloquence, des mots d’une tendresse charmante, des pensées d’un raffinement de sensibilité bien rare, que rappellent certaines pensées et certaines expressions de Montaigne. P .—Il en est de même dans les

lettres de saint Jérôme à l’occasion de la mort de Népotien.—Quant à ce passage même des Essais, on en retrouve l’imitation suivante dans L :

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