Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Michel de Montaigne · Chapitre 117 sur 141 · partie 7/8

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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Livre Troisième

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 8 parties.

536,

1, Coras.—Détenu à la conciergerie de Toulouse, comme

calviniste, y fut assassiné avec trois cents de ses coreligionnaires quelque temps après la S.-Barthélemy.

7, Pendu.—Discours préliminaire de l’Apologie pour Hérodote, par H. E é , tom. I.—Un N Armand du Thil avait trouvé moyen, grâce à sa ressemblance avec un N é Martin Guerre, de se faire recevoir comme son mari, par la femme de ce dernier qui était absent. Il tint sa place pendant trois ans, et en eut deux enfants, sans que ni elle, ni ses parents, ni ses amis découvrissent l’imposture; au bout de ce temps, le vrai mari survenant, le procès en question s’engagea devant le parlement de Toulouse (1560); du Thil fut condamné à être pendu, puis brûlé après sa mort.— Montaigne dit que cette affaire était si peu claire, qu’à son avis un acquittement s’imposait; telle a été à notre époque l’affaire Dreyfus, où la culpabilité possible n’a cependant jamais été péremptoirement établie, dont la condamnation a divisé profondément la nation et dont un parti s’est fait si longtemps une arme contre l’armée bien innocente de la légèreté criminelle de quelques-uns; les erreurs judiciaires, comme les inhumations prématurées, sont journalières: on les éviterait en s’abstenant aussi longtemps que la certitude n’est pas faite.

11, Ans.—V M , VIII, 1; et A -G , XII, 7.—Il s’agissait d’une femme de Smyrne qui avait tué son mari et son fils, lesquels avaient assassiné un autre fils qu’elle avait eu d’un premier mariage; mû par cette considération qu’il ne pouvait ni acquitter une femme coupable d’un double assassinat, ni punir une mère infortunée qu’une juste douleur avait poussée à cette vengeance, l’Aréopage ajourna à cent ans le prononcé du jugement (68).

13, Songes.—Voir ci-dessous N. III, 540: Vif.

14, Choses.—Il s’agit probablement de la pythonisse d’Endor que Saül alla consulter. Étant en présence des Philistins, se sentant pris d’inquiétude, il consulta le Seigneur, par l’organe de ses intermédiaires ordinaires. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, Saül fit rechercher une de ces créatures qu’il avait proscrites, habiles dans l’art de lire l’avenir et d’évoquer les morts du tombeau. On lui en indiqua une à Endor. Il s’y rendit déguisé, et lui demanda d’évoquer Samuel, ce qu’elle fit avec la permission de Dieu, disent certains pères de l’Église avec lesquels se range ici Montaigne, et elle lui prédit qu’il serait battu et que son royaume passerait aux mains de David, ce que vérifièrent les événements (1051).

17, Engin.—Une autre intelligence que la nôtre.

25, Intelligunt.—Citation d’auteur inconnu.

26, t Creduntur .—S Augustin a dit: «Le plus souvent il advient que ceux qui entendent méprisent, et que ceux qui n’entendent point sont touchés de plus de zèle et de dévouement.»

32, Brauerie.—En se servant de termes insultants et méprisants pour ceux à qui il parle.

538,

1, Aient.—Sous-ent.: Je l’admets pourvu qu’ils aient...—Il semble que Montaigne fasse ici allusion aux discussions soulevées par la Réforme, la grosse question de l’époque.

15, Authorisé.—D’accord; mais comment reconnaître que cette approbation surnaturelle a bien été donnée à tel ou tel? Quelle preuve en peut-il donner à ceux qui taxent de fourberie et d’imposture cette prétention de sa part?

23, Vents.—Avec la même rapidité que le vent.

31, Elider.—Briser, rompre, anéantir; du latin elidere, d’où vient élision.

540,

3, Marque.—On prétendait que le diable imprimait sa griffe sur le corps des sorciers.

7, Ellebore.—Plante employée en médecine comme purgatif et qu’autrefois on croyait propre à guérir la folie.

8, Ciguë.—Plante ombellifère, dont une espèce, la grande ciguë, est très vénéneuse; le poison extrait de cette plante était, notamment à Athènes, l’un des moyens d’exécution employés pour la mise à mort des condamnés à la peine capitale.

16, Nœud.—Gordius, Phrygien (Asie Mineure), de simple laboureur étant devenu roi, avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium le char qui le portait quand on vint lui annoncer la royauté; le joug était lié au timon par un nœud si artistement fait, qu’on ne pouvait en apercevoir les bouts: on le nommait le «nœud gordien» et un oracle avait promis l’empire de l’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand, lors de son expédition, s’y essaya; après plusieurs tentatives infructueuses, il le trancha avec son épée et parvint ainsi à éluder, sinon à accomplir la prédiction.

18, Vif.—A cette époque, on brûlait encore les gens se disant sorciers, ou passant pour tels.—Nicolas Rémy, conseiller du duc de Lorraine et enquêteur sur le fait de sorcellerie, fit, dans l’espace de quinze ans, brûler plus de 900 prétendus sorciers, dont 800 sorcières, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans un livre en 1596, dédié au cardinal de Lorraine: «Ma justice est si bonne, y dit-il, que l’an dernier, il y en a eu 16 qui se sont tués, pour ne pas passer par mes mains.»—En 1602, dans le Jura, un autre juge, Boguet, se targuait de pareille extermination, pratiquée pendant seize ans: il avait l’humanité de faire étrangler ses victimes avant qu’on ne les jetât au feu, sauf toutefois les loups garous «qu’il faut avoir bien soin de brûler vifs»; après avoir d’abord épargné les enfants au-dessous de quatorze ans, il en était venu à croire que pour avoir raison de cette lèpre, il fallait brûler tout jusqu’aux berceaux.

20, Sommier.—De cheval de somme.

21, L’estoit.—Ces sortes de métamorphoses temporaires étaient provoquées, disait-on, au moyen d’un fromage dont certains hôteliers initiés avaient le secret, qui changeait ceux qui en mangeaient en bêtes de somme, dont les dits hôteliers se servaient pour leurs propres services, leur rendant ensuite leur forme primitive. S. Augustin, qui relate le fait (De Civit. Dei, XVIII, 18), déclare ne pas y croire et que ce sont là des effets de songes; il admet toutefois que dans des cas très rares, ces suggestions peuvent être inspirées par des démons et qu’alors les fardeaux qu’il vous semble que vous portez, ce sont les démons eux-mêmes qui les portent pour compléter l’illusion. Mieux vaudrait se borner à expliquer simplement de semblables faits par les hallucinations dont on peut être jouet en dormant, que de faire intervenir le diable.

30, Pleuuis.—Garantis. Pleuvir est un vieux mot inusité, signifiant cautionner, promettre.

39, Obliger.—Var. de 88: l’attirer.

39, Choix.—Vous fournira les moyens de choisir.

542,

11, Οἰφεῖ.—Proverbe grec qui a son semblable en latin: Claudus optime virum agit et que Montaigne traduit après l’avoir cité. C’est sans doute dans cette opinion que les anciens ont fait de Vulcain, qui était boiteux, l’époux de Vénus.

18, Decidé.—A , Probl., 10, 26.

31, Coches.—L’ébranlement et l’agitation de leurs carrosses.—A un moment, on en a dit autant des machines à coudre; à ce compte où nous conduiront l’usage des chemins de fer et des automobiles et plus encore celui des bicyclettes! Ce que je puis cependant affirmer, c’est que des effets de ce genre se produisent parfois chez l’homme qui demeure de longues heures consécutives, douze à quinze, à cheval.

32, Commencement.—Au commencement de ce chapitre, III, 526, à la fin de la page.

39, Mot.—De l’adage cité plus haut sur les boiteux.

544,

4, Italie.—T T , Paragone dell’Italia alla Francia.

7, Suetone.—Vie de Caligula, 3.

10, Erratique.—Vagabond, instable, incertain. Du latin erraticus qui signifie errant çà et là; on désigne aujourd’hui sous ce nom: roche, bloc erratique, des roches qui, par une cause quelconque, se trouvent transportées à grande distance de leur gisement naturel.

11, Theramenez.—Cothurne (soulier) de Théramène; sobriquet donné par les Romains aux gens ménageant deux partis contraires comme avait fait Théramène, l’un des trente tyrans d’Athènes, imposés par les Spartiates à cette ville après leur victoire d’Ægos Potamos (404), qui adhérait aux mesures d’oppression prises par ses collègues contre le peuple et qui, auprès de celui-ci, les désapprouvait, ressemblant, en agissant ainsi, aux chaussures de théâtre que chaussaient indifféremment, suivant le besoin de son rôle, tout acteur homme ou femme, et qui, confectionnées sur une même forme, se mettaient indifféremment à l’un ou l’autre pied. Cette attitude de Théramène tourna contre lui, ses collègues le condamnèrent à boire la ciguë (403). V. É , Theramenis Cothurnus.

12, Dragme.—La drachme (monnaie) valait un peu moins d’un sou.

14, Talent.—Monnaie de convention valant près de 5.000 francs (4.840 fr.).

15, Cynique.—S , De Benef., II, 17.

21, Riuerso.—Proverbe italien qui existe pareillement et textuellement en français.

23, Hercules.—Obligé par les destins d’obéir à Eurysthée, roi d’Argos, entreprit, par les ordres de ce prince, une foule de travaux périlleux, dont les principaux, énumérés ci-après, sont connus sous le nom des «Douze travaux d’Hercule»: Il étouffa le lion de Némée; tua l’hydre de Lerne; prit vivant le sanglier d’Érymanthe; atteignit à la course la biche aux pieds d’airain; tua à coups de flèche les oiseaux du lac Stymphale; dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; vainquit les Amazones; nettoya les écuries du roi Augias, en y faisant passer le fleuve Alphée; combattit et tua le géant Géryon, auquel il enleva ses troupeaux; enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; enfin, délivra Thésée des enfers. Parmi ses autres travaux; il délivra Hésione d’un monstre marin; vainquit et étouffa le géant Antée; sépara les montagnes de Calpé et d’Abyla qui auparavant étaient une seule montagne et qui formèrent ce qu’on a nommé depuis les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar); tua le centaure Nessus; délivra Prométhée enchaîné sur le Caucase, etc...

24, Iuger.—C , Acad., II, 34.

33, Tout.—P , Vie d’Esope.

 

CHAPITRE XII.

546,

Physionomie.—Montaigne ne traite le sujet qui sert de titre à ce chapitre que dans ses cinq ou six dernières pages.

14, Reproche.—Add. de 88: et d’iniure.

17, Maisons.—L’ex. de Bord. porte massons; c’est la version qui a été adoptée dans la traduction; «maisons» est évidemment une erreur d’impression qui s’est glissée dans les éditions antérieures et répercutée d’édition en édition.

23, Vent.—«Le vent enfle les outres, l’opinion enfle les hommes.» Cette sentence, de S , se trouvait du nombre des inscriptions

que portaient les solives de la bibliothèque de Montaigne.

24, Balons.—A cette époque l’aérostat, la simple montgolfière elle-même, n’étaient point inventés; il ne s’agit donc ici que de simples balles de cuir, remplies d’air, plus ou moins grosses, comme encore actuellement il en est employé, sous ce nom, soit comme jouet d’enfants, soit à certains jeux, tels que le foot-ball, si fort à la mode aujourd’hui.

26, Ioinctement.—Plus directement, plus spécialement.

28, Sequi.—«Régler ses actions, observer la loi du devoir, suivre la nature.» La morale de Montaigne peut se résumer dans cette citation de L , parlant de Caton, dont l’auteur des Essais fait ici

application à Socrate, le plus parfait de ses modèles, qu’il admire, mais n’imite que dans ce qui n’est pas contraire à la tranquillité de son existence et ne saurait y apporter de trouble dans l’avenir.

29, Pareil—C , De Off., I, 26.

548,

4, Braues.—Var. de 88: nobles.

6, Ralle.—Rase la terre. Selon C «raller à terre», c’est

courir vite et raser la terre, comme font certains oiseaux.

14, Suffisance.—Add. de 88: soit pour iuger, soit pour rapporter.

24, Besoigne.—C , Acad., I, 4, où Varron développe ce caractère moral de la philosophie de Socrate.

550,

7, Agricola.—T , Agricola, 4.—Sa mère avait nom Julia Procella; lui-même fut le beau-père de l’historien Tacite qui a écrit sa vie. Général habile, il soumit la Grande-Bretagne qu’il réduisit en province romaine, et, le premier, reconnut que c’était une île.

12, Viande.—Nourriture. V. N. I, 540. Se disait autrefois pour désigner toute chose entrant dans l’alimentation.—«La sienna vianda era, pans et aygua tot dia (Sa nourriture de tous les jours était uniquement du pain et de l’eau),» est-il dit dans la Vie de S t Honorat.—«En cette isle seule, naissent ces belles poires..., viande très salubre ès malades, comme ès sains.» R , IV, 54.—Ne

se dit plus aujourd’hui que de la chair des animaux.

22, Pœnitence.—Ceux appartenant aux ordres monastiques et plus particulièrement aux ordres mendiants.

552,

1, Propre.—Au fait, à l’épreuve.

2, Targue.—Et est armé pour la lutte, ni plus ni moins qu’avant et absolument comme tout le monde l’est;—se targuer signifie proprement se couvrir d’une targe ou targue, espèce de bouclier.

7, N’a.—Sous-entendu: imprimé.

11, Incorporels.—Sans corps, vides de sens, frivoles.

14, Ceans.—Ici dans mon livre.

20, D’ahan.—D’effort, de fatigue, de tourment.

21, Perche.—Se démener, ainsi que fait l’oiseau de proie qui, attaché à une perche, s’y débat continuellement.

32, Informe.—Nous forme, façonne notre âme.

35, t Reuerez .—Les pères de l’Église, et plus particulièrement S

A , dans ses Confessions.

37, Voirie.—De la lie du peuple; voirie, c’est l’endroit d’une ville où on jette les immondices.

554,

2, Science.—Pourquoi allons-nous chercher dans l’étude des sciences, des armes contre les maux et les accidents de la vie?

20, Picoreurs.—Les partisans, les maraudeurs.

21, Essayois.—J’essuyais, j’éprouvais.

34, Nous.—.«O tempora, o mores (Dans quels temps vivons-nous)!» s’écriait de même Cicéron, en de semblables circonstances, s’élevant contre la perversité des hommes de son époque.

36, Donne.—Ces deux vers français semblent être de Montaigne; la traduction du vers de Virgile qui suit est de lui.

556,

6, Estranger.—Les mercenaires étrangers, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols, qu’appelaient indifféremment à leur aide les Catholiques et les Protestants. C’est ici la seule allusion que Montaigne fasse à l’intrusion de l’étranger dans nos affaires politiques; quelque las qu’il soit des guerres civiles, il ne parle jamais, soit dit à sa louange, de recourir pour y mettre fin à l’appui que l’on pourrait recevoir du dehors.

9, Chef.—Non à la discrétion du chef, mais chacun...

23, Prohibete.—Virgile dit cela d’Octave, qui plus tard devint Auguste. Montaigne en fait vraisemblablement application ici à Henri de Navarre qui avait sauvé l’État par l’assistance qu’il avait prêtée à Henri III, dont, au moment où Montaigne écrivait, il était devenu le successeur naturel par la mort du duc d’Alençon, frère de ce dernier. 24, Precepte.—Il est de Cléarque, général lacédémonien, et rapporté par V M , II, 7, ext. 2.

26, Pourpris.—Enceinte, clos.

29, Delicieuses.—Fait rapporté par F , Stratagèmes, IV, 3, 13, au sujet de l’armée de M. Scaurus en Illyrie, vers l’an 122—Ce Scaurus, qui s’illustra par ses services militaires et qui obtint les honneurs du triomphe, devint prince du Sénat et, comme tel, eut, pendant un certain temps, la direction de toutes les affaires de Rome; mort en 97.

30, Peregrinations.—Voyages; du latin peregrinatio.

32, Rhodes.—Les chevaliers de Rhodes qui, dans leur hiérarchie, comprenaient le titre de commandeur, avaient été particulièrement sur mer, pendant plusieurs siècles, la terreur des pirates musulmans. Du temps de Montaigne, on les appelait encore de ce nom, bien qu’après la prise de Rhodes par les Turcs (1522), ils fussent devenus chevaliers de Malte, cette île leur ayant été donnée comme refuge par Charles-Quint.

38, Prefix.—Déterminé, arrêté, fixe.

40, Empale.—Supplice en usage chez les Turcs, consistant à enfoncer dans le fondement du condamné un pieu ou pal, fixé verticalement, qui lui traverse les entrailles et le laisser ainsi jusqu’à ce que la mort s’ensuive, ce qui peut se faire attendre huit à dix heures; ce fut le supplice infligé en 1800 à l’assassin de Kléber.

40, Deport.—Sans délai, sur-le-champ.

558,

1, Damas.—Le fait se passait en 1516; Selim I, sultan ottoman, était d’une cruauté égale à son courage et à sa fermeté; il avait détrôné et fait périr son père et ordonné la mort de plusieurs de ses frères; c’est lui qui obtint du dernier calife abbasside, dont déjà les sultans ottomans avaient absorbé toute l’autorité, de lui résigner cette qualité de calife, qui lui donnait l’investiture religieuse et le mettait au-dessus de tous les princes musulmans.

5, Mortelle.—La guerre civile.—S. Thomas blâme la sédition; mais il approuve l’insurrection consistant à renverser un pouvoir injuste et tyrannique; alors, selon lui, elle est plus qu’un droit, elle est un devoir. Il se rencontre sur ce point avec un tout autre individu que lui, Robespierre, qui, lui aussi, a dit que lorsque la loi devient oppressive, l’insurrection devenait le plus sacré des devoirs.

5, Fauonius.—P , M. Brutus, 3.

7, Mesme.—Epist. 7, à Perdiccas.

9, Citoyens.—«Dans les séditions, les méchants seuls

gouvernent.» H .

15, Consorce.—De notre société, c.-à-d. de la société chrétienne.— Consorce est le mot latin consortium qui a cette signification et auquel Montaigne a donné une désinence française.

27, Colloqué.—Add. de l’ex. de Bord que l’on a cru devoir conserver dans la traduction: Desmembrant sa mere et donnant à ronger les pièces à ses antiens ennemis.

37, Platon.—République, II, 4; Pensées de Platon.

560,

14, Pelaudé.—Maltraité, écorché, dépouillé.

14, Gibelin.—Guelphe et Gibelin, noms de deux partis politiques qui, pendant près de quatre siècles, divisèrent l’Allemagne, puis l’Italie. Ces dissensions eurent pour point de départ les prétentions, en 1158, à la couronne impériale de Conrad, seigneur de Wiblingen (d’où par corruption Gibelin), et de Welf (dont on a fait Guelfe), duc de Bavière; mais elles ne tardèrent pas à se modifier dans leur esprit, et, d’une façon générale, les Gibelins en tenaient pour la domination impériale et la hiérarchie féodale, les Guelfes pour la domination de l’Église et l’indépendance nationale. Ces querelles cessèrent par lassitude de part et d’autre et surtout par la diversion qu’occasionna l’invasion des Français en Italie, en 1495.

17, Voisinage.—Montaigne, qui lui-même était catholique, habitait en plein pays protestant; en outre, sa mère Antoinette de Louppes était protestante et deux de ses enfants, le sieur de Beauregard et Jeanne de Lestonna, avaient adopté la même religion.

19, Desempare.—Abandonne, quitte, transgresse.

20, Recherché.—Je ne m’écarte jamais des lois et qui eût fait l’examen de ma conduite...

20, Muettes.—Add. de 88: et desrobées.

36, Demise.—Soumise; du latin demissa.

562,

8, Commettre.—Confier le soin d’une vieillesse...

10, Pourpoint.—Presque nu, avec mon seul pourpoint; ou encore, réduit à la dernière extrémité, ne sachant quel parti prendre. —«Mettre un homme en pourpoint», c’est à proprement parler le dépouiller complètement, le réduire à la besace, dit Nicot, ce qui ressort nettement de ce quatrain attribué à Charles IX, où il est question de François I er:

«Le roy François ne faillit point,

Lorsqu’il prédit que ceulx de Guise

Mettroient ses enfants en pourpoinct,

Et tous ses subiects en chemise.»

32, Mail.—Maillet.

564,

8, Temps.—Var. de 88: estat.

30, Vie.—Combien peu il en a coûté au repos et à la tranquillité de ma vie, quoique j’en aie vu s’écouler plus de la moitié, pendant que s’opérait la ruine de mon pays.

35, Escheuer.—Éviter, esquiver. V. N. III, 508.

36, Guignent.—Qui nous visent, nous guettent, s’adressent à nous.

566,

3, Qu’à.—Mais seulement par comparaison.

5, Office.—La corruption des grands et des hommes dans les plus hautes situations.

22, Mains.—«Cedo et manum tollo, je cède et tends la main.» C , fragm. Consolat. ap. L ., III, 28.

24, Tastonner.—Flatter, amadouer. On disait: tastonner doucement les chevaux de la main pour les adoucir, les calmer.

31, e Peste .—La peste, au XVI s., ravagea presque toute l’Europe. A l’époque où Montaigne écrivait, en 1585, elle venait de sévir à Bordeaux et dans les régions environnantes, s’étendant jusque chez lui; dans la ville seule où elle régna six mois, de juin à décembre 1585, elle fit 16.000 victimes sur 42.000 habitants.

36, Estranges.—Add. de 88: et inouys.

568,

1, Plaisante.—Singulière, étrange, surprenante. «Plaisante» est mis ici par antiphrase.

32, Compromis.—Eussent admis d’une commune entente cette nécessité.

36, Diuerse.—Ou le goust tout diuers, comme porte l’éd. de 88.

570,

6, Descouppent.—Se répartissent, se partagent en différentes formes.

6, Neorites.—D S , XVII, 105.

9, Fosse.—A cette époque, le service des inhumations n’était pas partout, surtout dans les campagnes, un service public; on enterrait fréquemment de ci, de là, dans les propriétés particulières, ce qui se pratiqua jusqu’au moment de la Révolution, à l’égard des Protestants qui n’étaient pas admis dans les cimetières catholiques là où il en existait et qui encore à l’heure actuelle y sont enterrés à part. C’est à cela qu’est dû ce grand nombre de terrains, de quelques mètres carrés de superficie, abandonnés aujourd’hui, qui existent dans certaines régions, notamment dans le Périgord, où il en subsiste encore entourés de leurs murs de clôture et que signalent des arbres funéraires.

12, Aucunement.—Presque.

15, Suffoquant.—Des soldats romains, dit T -L , XXII, 51, furent, le lendemain de la bataille de Cannes, trouvés morts en cette situation; il est à croire que blessés grièvement et hors d’état de mettre fin autrement à leurs souffrances, ils en avaient agi ainsi de désespoir.

572,

10, Filiere.—En terme de fauconnerie, on appelle filière une cordelette d’une vingtaine de mètres de long, que l’on tenait attachée à l’un des pieds de l’oiseau pendant ses exercices de dressage.

16, Frappe.—«Le coup ne nous surexcite pas tant que le bruit.» S , Epist. 74.

20, Noel.—Dès l’été, sous prétexte que vous en aurez besoin en hiver, la St-Jean étant en juin et Noël en décembre.

25, Main.—Par avance.

28, Dure.—S , qui appartenait à la secte des Stoïciens, dans

ses Épîtres 13 et 98.

34, Volontiers.—Vraiment; ceci dit sans nul doute par ironie. 574,

10, Chaille.—Ne vous en mettez pas en peine.

14, Incertam.—Le texte de Properce porte: At vos incertam.

30, Total.—C’est à tort qu’on veut nous apprendre à mourir, et à changer la forme de notre vie, alors que nous touchons à sa fin.

34, But.—«Le but de nostre carriere c’est la mort», dit ailleurs (I, 112) Montaigne, en contradiction ici avec lui-même.

35, Visée.—Le but où elle vise.

576,

11, Deschargée.—Et la plus légère.—S , César, 87.

19, Presens.—Var. de 88: plus grande que nous n’auons.

20, Futurs.—Add. de 88: et de la mort à venir.

26, Socrates.—Socrate était fils d’un sculpteur, profession qu’il exerça d’abord, puis abandonna vers 30 ans pour s’adonner aux sciences, Criton, un riche Athénien, lui ayant assuré à cet effet des moyens d’existence.—Dès lors, Socrate se donna la mission de réformer ses concitoyens et sa vie fut un véritable apostolat qu’il exerça uniquement par la parole, conversant avec les uns et les autres, procédant généralement par des interrogations qui, de réponses en réponses, amenaient ses adversaires à de ridicules absurdités, et ses disciples à découvrir par eux-mêmes les vérités qu’il voulait leur inculquer. Il ne tenait pas d’école proprement dite; on le rencontrait partout où se portait la foule, dans les assemblées du peuple, les fêtes, les gymnases, et tout servait de prétexte à son enseignement dans lequel il s’appliquait à faire ressortir les vertus (la prudence, la tempérance, la force, la justice), l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; à combattre les sophistes qui prétendaient tout savoir, leur opposant que quant à lui tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien; à recommander la pratique du bien comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur, le respect des lois et leur observation comme un impérieux devoir.—Sa vie fut conforme à sa doctrine; il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus publiques et privées, se signala par son désintéressement, sa générosité, son égalité d’humeur. Ses mœurs furent toujours irréprochables, et rien dans les accusations que ses ennemis portèrent contre lui n’en laisse soupçonner la pureté. Jamais il ne se départit d’une simplicité vraiment stoïque; il menait une vie frugale, allait toujours nu-pieds et ne se couvrait pas plus en hiver qu’en été.—Exact à remplir tous ses devoirs de citoyen aussi bien en guerre qu’en paix, Socrate se distingua par son courage en diverses occasions. Il avait 36 ans, quand Potidée se révolta et, réduite par la famine, fut prise après un siège de deux ans (434); il s’y fit remarquer par ses actions d’éclat, et céda à Alcibiade, qu’il avait arraché des mains de l’ennemi, le prix de la vaillance que lui-même avait mérité. Pendant ce siège, il demeura un jour et une nuit dans la même attitude, comme en extase, ce qui lui arrivait quelquefois. A la bataille de Délium, que les Athéniens perdirent contre les Thébains (424), il soutint pied à pied la retraite avec Lachez, jusqu’à ce que Xénophon, harassé de fatigue, étant tombé de cheval, il le prit sur ses épaules et le porta en lieu sûr. Il prit également part, en 422, à une expédition ayant pour objet de secourir Amphipolis, qui appartenait à Athènes et qu’assiégeait Brasidas, général de Lacédémone, qui y fut tué. De même en paix, notamment à l’occasion des affaires de Diomédon (V. N. I, 38:

Supplices), et de Théramène (V. N. III, 544). Par sa vie tout entière, Socrate mérita d’être proclamé le plus sage des hommes. Il se disait inspiré par un génie familier, qu’on a appelé «le Démon de Socrate», qui dirigeait sa conduite. Il ne semble pas que ce fût là une assertion ayant pour objet de donner plus de poids à ses conseils; ce devait être cette sensation intérieure qui chez l’homme à l’esprit juste et pénétrant, lui communique comme un pressentiment de ce qui doit arriver, avant même que son esprit ait pu saisir la justesse de cette inspiration.—La hardiesse et la continuité de ses censures indisposèrent à la longue ses concitoyens; dès l’an 424, Aristophane, dans sa comédie des «Nuées», l’avait vivement attaqué. Il finit par être accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas admettre les divinités et de chercher à introduire des divinités nouvelles; en réalité il était poursuivi surtout parce qu’il était opposé au pouvoir démocratique. Devant ses juges, il garda l’attitude la plus fière et fut condamné à boire la ciguë; et vit l’exécution de la sentence différée durant trente jours, par suite du départ pour Délos de la galère y transportant la députation sacrée que les Athéniens envoyaient chaque année et jusqu’au retour de laquelle aucune exécution capitale ne devait avoir lieu. Pendant cette longue agonie il conserva un calme, une lucidité d’esprit, une égalité d’humeur inaltérables, et, le moment venu, subit son sort avec un courage et une sérénité admirables. Peu après, un revirement dans l’opinion se produisit: son principal accusateur fut condamné à mort et lapidé; les autres, condamnés à un bannissement perpétuel, se pendirent; un deuil universel fut ordonné et une statue lui fut érigée.—Socrate s’était marié à l’âge de cinquante ans; Xantippe, sa femme, passe pour avoir mis plus d’une fois, par son humeur acariâtre, sa patience à rude épreuve; on lui prête une seconde femme Mirto, mais l’accord n’existe pas sur ce point. Il semble avoir eu trois enfants, dont l’un, Lamproclès, pouvait avoir 17 à 18 ans quand il mourut, tandis que les deux autres, Sophroniscus et Menexanus, étaient encore en bas âge.—Parmi ses disciples et avec une foule d’autres, Socrate compte: Xénophon, Platon, Antisthène, Aristippe, Phédon, Euclide, Criton, pour ne nommer que ceux qui ont acquis le plus de notoriété.

—Voir en outre le concernant: III, 690; I, 78; I, 124 et N. Mort; N. I,

254: Vtilité; N. II, 118: Chrestiens; II, 222 et N. Sages; II, 242 et N.

D’autrui; II, 244 et N. Fantasies; II, 426; III, 134 et N. Accoustumé.

27, Vie.—Tout le passage commençant par ces mots: «I’ay peur, Messieurs», et se terminant par ceux-ci: «craindre des Dieux», qui, dans la traduction, est mis entre guillemets, est extrait de l’Apologie de Socrate, dans P , ch. 17, 26, 32, etc., traduite par fragments

par C dans les Tusc., I, 41.

30, Cachée.—Var. de 88: interne.

578,

19, Prytanée.—Édifice où, à Athènes, les Prytanes (magistrats chargés des affaires politiques et judiciaires) tenaient leurs séances; on y emmagasinait, en outre, des approvisionnements de blé et autres grains, et là également prenaient leurs repas certains citoyens nourris aux frais du trésor public.

23, Homere.—Odyssée, XIX, 163.

28, Desmettre.—Soumettre, abaisser.

580,

3, Dieux.—L’éd. de 88 aj.: Vous en ordonnerez doncq comme il vous plaira, membre de phrase qui dans l’éd. de 95 se lit à la page précédente, lig. 10.

3, Puerile.—Témoignant de sentiments d’une naïveté enfantine.

6, Luy.—C , De Oratione, I, 54.

7, Calé.—Se fût-elle abaissée...

13, Incorruptible.—S , Epist. 31.

27, Eux-mesmes.—Ces dernières phrases sont copiées du traité de P , intitulé De l’envie et de la haine, 3.

582,

1, Ignorance.—Var. de 88: fantasie, au lieu de «impression et ignorance».

8, D’augmentation.—Elle fait naître plus d’animaux de toutes espèces qu’elle n’en enlève.

10, Dedit.—La traduction de ce vers d’Ovide est donnée dans la ligne qui suit.

19, Chantent.—Il y a longtemps que le chant du cygne à l’approche de la mort, est regardé comme une fable.

36, Iours.—J’augmente tous les jours le nombre de mes citations, contre ce que, tout d’abord, je m’étais proposé de faire et le plan que je m’étais tracé en commençant mon livre.—On peut dire que les Essais ont paru en trois fois: dans la première édition (1580), les citations sont assez rares; elles sont plus nombreuses dans la seconde (1588); elles foisonnent dans la troisième (1595); Montaigne en a fait, ainsi qu’il le dit, l’amusement de son oisiveté pendant les quatre dernières années de sa vie.—«Il y a quelque modestie, qui sied bien, d’appuyer sa pensée de quelque autorité étrangère, ou de recourir à l’expression d’un autre en défiance de la sienne propre; mais c’est un usage qui peut dégénérer en abus, et c’est ce qui en est de cette farcissure d’exemples, comme l’appelle leur auteur, que l’on trouve dans les Essais.» C . N .

584,

7, Liminaire.—Qui se met en tête d’un livre; on a dit depuis épître préliminaire, et aujourd’hui préface.

12, Exagite.—Critique; une des acceptions du verbe latin exagitare. C , Orat., 13, dit aussi en parlant des dialogues de Platon où Socrate prend à partie les Sophistes: «Plato exagitator omnium rhetorum (Platon, ce critique de tous les rhéteurs).»

26, Seruice.—Et le détournent de son vrai sens, pour en faire une application nouvelle.

30, Conte.—Et les racontent, les avouent.

31, Moy.—Leur pardonne-t-on plus qu’à moi?—Add. de 88: Comme ceux qui desrobent les cheuaux, ie leur peins le crin et la queue et par fois ie les eborgne: si le premier maistre s’en seruoit à bestes d’amble, ie les mets au trot, et au bats s’ils seruoyent à la selle.

31, Naturalistes.—Qui aimons, qui suivons la nature, qui sommes partisans des choses naturelles et vraies.

586,

5, Perdre.—L’auteur fait probablement allusion ici aux sentiments que la lecture de son livre avait inspirés pour lui à Mademoiselle de Gournay.

8, Soixante.—Var. de 88: septante.

11, Espreindre.—En exprimer.

22, Deslogeant.—Projet qui n’a pas été réalisé.

22, Parfaict.—Var. de 88: patron admirable, au lieu de «exemplaire parfaict».

35, Predicament.—Était de cette catégorie.

37, Hommes.—C.-à-d. et est une preuve très incertaine de la laideur de l’âme.

588,

2, Pied.—Add. de 88: Il n’est pas à croire que cette dissonance aduienne sans quelque accident qui a interrompu le cours ordinaire.

2, Sienne.—De sa laideur.

4, Institution.—C , Tusc., IV, 37; De Fato, 5.

11, Phryné.—Une des courtisanes les plus célèbres de la Grèce ancienne; elle eut pour amant le sculpteur Praxitèle et lui servit de modèle pour ses statues de Vénus. Elle était si riche qu’elle offrit, dit-on, de rebâtir Thèbes à ses frais, mais à condition qu’on placerait sur les murs cette inscription: «Alexandre a détruit Thèbes, Phryné l’a rebâtie»; son offre fut refusée.—Accusée d’impiété et défendue par Hypéride, elle allait être condamnée quand, dit S E , Adv. Math., II, 65, arrachant son vêtement, la poitrine nue, elle se précipita aux pieds des juges; elle avait trouvé pour les gagner à sa cause un argument plus puissant que ceux de son avocat. A , XIII, fait, au contraire, honneur de cette idée à

Hypéride. Q , II, 15, la reporte à elle-même et commente en

outre le fait de la façon suivante: «Ce n’est pas à la plaidoirie d’Hypéride, tout admirable qu’elle était, que Phryné dut son salut; mais à sa beauté dont elle acheva le triomphe en découvrant son sein,» voulant montrer que non seulement le talent oratoire et le bon droit peuvent faire avoir gain de cause, mais que tout a le don de persuader: l’argent, la faveur, l’autorité de celui qui parle, jusqu’à la présence muette de la vertu, de l’infortune ou de la beauté.—Après cet acquittement, l’Aréopage rendit un décret qui défendait d’exciter le moindre sentiment de pitié chez les juges et de juger un accusé, soit homme, soit femme, en sa présence.

16, Pas.—Pas plus que le premier Scipion ne l’a lui-même oublié.

17, Bon.—Dans le Jardin des racines grecques de L si en

faveur dans les études il y a trois quarts de siècle, on trouve: «ἀγαθός, bon, brave à la guerre»; et cette indication est ainsi complétée: «prudent, excellent, expert, propre à, utile», mais il n’y est pas question de beauté. Cependant on rencontre quelquefois dans les textes le mot καλοκᾄγαθος, «bel et bon», mis pour καλὸς καὶ ἀγαθός, d’où nous est venue cette même expression, en usage en français, aujourd’hui encore, dans le style familier.

19, Platon.—Dans le Gorgias.

20, Aristote.—Politique, I, 3.

25, Fait-il.—D L , V, 20.

590,

8, Foyter.—Fouetter.—Et si j’étais chargé de punir les hommes je châtierais plus rudement les méchants...

592,

6, Fauorable.—J’ai un visage avantageux.

10, Socrates.—S.-ent.: qui était de mine très ingrate. V. III, 586.

11, Presence.—Prestance.—Var. de 88: mon port, au lieu de «ma presence».

25, Esperons.—L’avait poursuivi de très près.

28, Prins.—L’éd. de 88 port.: et desfaicts; et aj.: ayant esté rencontrez en desordre et fort ecartez les vns des autres.

35, Enuiée.—Add. de 88: et nonobstant ce vain interualle de guerre auquel lors nous estions.

594,

31, Chatouilleux.—Ce guet-apens se produisit en 1588 dans la forêt de Villebois, près d’Orléans, alors que Montaigne se rendait à Paris, probablement pour la réimpression des Essais.

34, Masquez.—L’éd. de 88 aj.: bien montez et bien armez.

34, Argoulets.—Arquebusiers, comme il les nomme plus bas. V. N.

I, 252.

596,

10, Implorata.—On dit dans le même sens, en français: «M’étant déjà voué à tous les saints du Paradis».

12, Chef.—Add. de 88: non plus auec ses menasses, mais.

19, Pourpensée.—Mûrement réfléchie; pourpenser est un augmentatif de penser.

23, Non.—Add. de 88: (I’essayerois volontiers à mon tour quelle mine il feroit en vn pareil accident).

26, Pareille.—Et me fit promettre de lui rendre la pareille, s’il venait à se trouver dans le même cas.

34, Droict.—A tort ou à raison; ou encore ici «à tort et à travers».

598,

2, Offenser.—Et je suis si peu enclin à offenser qui que ce soit...

4, Criminelles.—Alors qu’il était conseiller au parlement.

6, Aristote.—D L , V, 17.

13, Trefles.—A moi qui ne suis qu’un valet de trèfle (qu’un personnage de peu d’importance), peut s’appliquer...

15, Plutarque.—Add. de 88: mesme.

17, Mesme.—De ces deux mots cités par P , l’un se trouve

dans ses traités: Sur la différence entre le flatteur et l’ami, 10, et De l’envie et de la haine, 3; l’autre, dans la Vie de Lycurgue, 4.

 

CHAPITRE XIII.

600,

10, L’œuf.—C , Acad., II, 18, d’où le fait semble tiré, le place à Délos.

17, er Celuy-là .—Justinien I, empereur d’Orient (527 à 565), qui fit reviser toutes les constitutions et ordonnances de ses prédécesseurs et en forma le code qui porte son nom, qui fut suivi des Pandectes, des Institutes et des Novelles; tous ces ouvrages réunis constituent le Corpus juris civilis (code civil).

602,

10, e Montaignes .—C’était un usage assez répandu au XIII siècle, dans les républiques de Lombardie, de confier à des juges étrangers l’administration de la justice; cet usage existait ailleurs, notamment dans la petite république de S t-Marin en Italie, où il se serait maintenu jusqu’à son absorption, en 1870, par le royaume d’Italie actuel; on le retrouve encore dans la république d’Andorre (petit état sur les confins de la France et de l’Espagne), qui est administrée par deux viguiers, nommés l’un par l’évêque d’Urgel (Espagne), l’autre par la France, dont les jugements, quand ils sont frappés d’appel, sont déférés au Président du tribunal civil de Perpignan.

11, Procez.—«Il est peu de nations où les lois criminelles soient assez bonnes pour qu’on ne préférât pas à leur tribunal celui d’un seul homme de probité et de sens.» S .

18, Platon.—République, III.

22, Testament.—Et en général, en matière judiciaire de quelque nature que ce soit.—Il est actuellement question de la rendre plus compréhensible et aussi conforme à ce que l’on veut dire, car il faut réellement être initié pour comprendre. Vous recevez, par exemple, une «assignation à comparaître, à trois jours francs, à dix heures du matin». Cela signifie, ce dont vous ne vous doutiez probablement pas, qu’il est inutile de vous déranger, mais que vous devez vous adresser à un avoué qui aura à se présenter en votre lieu et place le cinquième jour à midi.

26, Artistes.—Arrangées avec art.

27, Primement.—Exactement.

28, Enfrasquez.—Embarrassés, égarés, perdus; de l’italien enfrascarsi, s’embarrasser dans les branches des arbres.

32, Vif.—De mercure, communément appelé encore du «vif-argent».

604,

8, Esmiée.—Divisée, émiettée, du latin mittas, qui signifie miettes.

8, Doctrina.—Ce sont bien les propres termes de l’auteur latin, mais pris dans un sens tout différent de celui qu’il leur a donné.

24, Choppent.—Bronchent.

27, Difficulté.—On dit en proverbe: «La glose d’Orléans est pire que le texte».

«Mais à quoi s’attacha ta savante malice?

Ce fut surtout à faire ignorer la justice.

Dans les plus claires lois, ton ambiguïté

Répandant son adroite et fine obscurité,

Aux yeux embarrassés des juges les plus sages

Tout sens devint douteux, tout mot eut deux visages. Plus on crut pénétrer, moins on fut éclairci.

Le texte fut souvent par la glose obscurci.» B .

606,

4, Pice.—Proverbe grec passé dans la langue latine. C’est aller s’embarrassant de plus en plus, telle une souris dans de la poix qui va s’engluant d’autant plus qu’elle fait plus d’effort, se donne plus de mouvement pour se dépêtrer.

10, Estoufferent.—Fable imitée par L F , sous le titre de «Les deux chiens et l’âne mort»; et, avant lui, par M F , dans celle intitulée «Le loup qui prend la lune pour un fromage», où un loup voyant la lune se refléter dans une mare, boit tant d’eau de la mare pour atteindre ce qu’il croit être un fromage, qu’il en crève comme les chiens d’Esope.

11, Crates.—Ou plutôt Socrate. D L , II, 22.

25, Admiration, chasse.—Var. de 88: doubte.

27, Obliquement.—Les oracles d’Apollon, comme du reste tous les oracles, étaient toujours rendus en termes obscurs et ambigus, permettant diverses interprétations souvent contradictoires.

38, Diuerse.—Ces vers sont de L B , et se trouvent dans une

traduction de Roland le furieux faite à la demande de Marguerite de Carles qui devait devenir et devint sa femme.

608,

5, Grain.—Que de bien peu. Métaphore tirée du sorite du tas de blé. Le sorite est un raisonnement tendant à démontrer qu’une quantité est par elle-même chose indéterminée, c’est-à-dire qu’elle est à la fois petite et grande: Qu’on se figure un tas de blé, qu’on en enlève un seul grain, puis un autre ensuite, et qu’on continue de la sorte; en n’enlevant chaque fois qu’un grain, on ne détruit pas le tas et cependant il arrive finalement à être réduit à un seul grain.

13, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 13.

17, Soy.—Mon sujet veut que je revienne souvent à parler de moi.

21, Verbale.—Nos discussions ne portent que sur des mots.

24, Substance.—L a démontré que nous n’avons aucune idée

claire et précise de ce que nous appelons substance. V. son Essai philosophique concernant l’entendement humain, liv. I, ch. 4, § 18; liv. II, ch. 23, § 2, etc.

29, Hydra.—De l’hydre de Lerne. Cette hydre était, selon la fable, un serpent monstrueux à sept têtes, qui repoussaient à mesure qu’on les coupait, si on ne les abattait toutes d’un seul coup. La destruction de ce monstre fut un des douze travaux d’Hercule (V. N. III, 544:

Hercules). La plupart des fictions mythologiques recouvrant une vérité, on pense que l’hydre de Lerne n’était autre qu’un marais d’où s’échappaient des miasmes pestilentiels et que les habitants parvinrent à dessécher. Au figuré, on désigne de ce nom toute difficulté sans cesse renaissante et Montaigne en fait ici application aux discussions auxquelles prêtent les mots.

29, Memnon.—Ici et à la ligne suivante, il faut lire Menon, suivant le dialogue de ce nom de Platon. Cette erreur subsiste également dans toutes les éd. ant., comme aussi dans l’ex. de Bord.

34, Ruchée.—«Qui ajoute à sa science, accroît aussi son travail.» Ecclésiaste.

610,

9, Ethiques.—Morales.

18, Iustice.—«Montaigne mérite vraiment d’être compté parmi ceux qui ont contribué à l’élaboration de nos lois, pour avoir concouru au triomphe de deux idées qui font leur sagesse et leur force: la modération dans le droit pénal et l’équité dans le droit privé.» G , avocat général à la cour d’Orléans, 1865.

29, Iuges.—Au nombre des progrès réalisés par la Révolution, la publicité des débats judiciaires est sans contredit l’un des plus importants. Elle protège quelque peu contre l’arbitraire des juges, le sans-gêne, la partialité du président à l’audience, l’inattention de ses assesseurs, et les dénis de justice par trop flagrants dans les jugements rendus. Et voilà qu’à propos du divorce, on s’avise aujourd’hui de vouloir que le huis clos soit de règle, comme si toute affaire de quelque nature qu’elle soit ne pouvait donner matière devant les tribunaux aux révélations intimes les plus cruelles, aux scandales les plus éhontés et les moins attendus que l’on cherche de la sorte à éviter. C’est un inconvénient regrettable qui frappe à première vue, mais en y réfléchissant, il n’est pas à mettre en parallèle avec ceux, bien autrement préjudiciables, que présente le huis clos; l’accepter dans ce cas, c’est donner de l’extension à l’abus; Dreyfus, lors de son premier jugement, eût-il été condamné, s’il n’eût été jugé à huis clos!

38, Accrocher.—Retarder, annuler.

612,

1, Repentance.—Non responsables.

2, Consacrez.—Sont sacrifiés, immolés aux formes...

2, Autre.—C’est bien à Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, que le fait se rapporte. Plutarque, en le citant, dit que l’individu que ce roi venait de condamner, s’étant aperçu que pendant qu’il plaidait sa cause, le prince sommeillait, en appela aussitôt: «Et à qui?» dit Philippe hors de lui. «A Philippe éveillé!» Ce reproche le fit réfléchir sur sa sentence, dont il reconnut l’injustice et qu’il répara de son propre argent. P , Apophth. des rois.

9, Condamné.—Le préjudice qu’il avait causé au condamné.

12, Crime.—Elles sont nombreuses et de toutes les époques, par exemple celle du chevalier de la Barre en 1765, supplicié à l’âge de 19 ans pour ne pas s’être découvert au passage d’une procession et avoir tenu des propos anti-religieux.

12, Opinions.—P , Instr. pour ceux qui manient affaires d’État, 21.

13, Gros.

«Tout désordre apparent est un ordre réel,

Tout mal particulier un bien universel.» P .

19, Cyrenaiques.—D L , II, 92.

20, Theodoriens.—D L , I, 99.—Théodore, surnommé d’abord l’Athée, ensuite Théos (Dieu), semble avoir vécu en Égypte et à Cyrène, du temps des premiers successeurs d’Alexandre le Grand. Il posait en principe que le sage se suffit à lui-même, que le monde est sa patrie, que rien n’est honteux en soi, mais seulement quant à l’opinion qui en a été établie pour mettre un frein à la multitude; en outre, il niait l’existence des dieux. En conséquence, il considérait comme indigne du sage l’amitié, l’amour de la patrie; et, comme lui étant permis: le vol, l’adultère, le sacrilège, pourvu qu’il choisisse bien son temps.

26, Innocence.—P , Alcibiade, 23.—Alcibiade disait qu’en pareil cas, il ne s’en fierait à personne, pas même à sa mère. C’est cette même idée qu’exprimait encore, en d’autres termes, je ne sais quel Président de cour, disant que si on l’accusait d’avoir volé les tours de Notre-Dame de Paris, il commencerait par prendre la fuite et gagner la frontière.

27, Faict.—A même de me récompenser d’une bonne action, comme il a pouvoir de me punir d’une mauvaise.

29, Point.—Var. de 88: les autres, au lieu de: «de ne faillir point». 31, Perte.—C’est la morale de la fable de L F , «L’huître et

les plaideurs».

614,

9, Receu.—Ceci figure dans l’éd. de 88; c’était donc écrit lorsque, au mois de juillet de cette année, il fut, ainsi qu’il est consigné dans ses éphémérides, par l’autorité des chefs de la Ligue et à la sollicitation du duc d’Elbeuf, en représailles de ce qu’un parent de ce duc était retenu prisonnier par le roi à Rouen, enfermé à la Bastille, où il ne resta que quelques heures, ayant été presque aussitôt remis en liberté, sur l’intervention, dit-il, de la reine-mère.

11, Affady.—Je me languis tellement de la liberté, comme on dit dans certaines parties de la France; j’en suis tellement avide, tellement fou.

12, Aucunement.—En quelque sorte, quelque peu.

18, Loix.—Montaigne parle ici de la résidence forcée et de l’interdiction de séjour des repris de justice, un des abus de notre législation, qui de la sorte ajoute, pour les malheureux qui en sont frappés, aux difficultés de l’existence et les incite à poursuivre dans la voie du mal. Elle ne fait que changer le péril qu’elle veut prévenir en les rejetant sur certains points, sur certaines professions où ils se retrouvent et s’excitent réciproquement contre la société, et en crée d’autres non moins dangereux: beaucoup, par exemple, se rejettent sur les travaux des ports et c’est en partie à leur influence que sont dues ces grèves répétées qui en ce moment compromettent si gravement notre commerce maritime.

23, Iustes.—«Il est difficile de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’obéit que parce qu’il les croit telles: il serait bon qu’il comprît qu’on ne leur obéit que parce qu’elles sont lois et que c’est là ce qui les rend justes.» P .

25, Sert.—Et cela leur suffit.—Jubeat lex, non suadeat. «La loi ordonne, elle ne persuade pas,» a dit le chancelier de l’Hospital.

26, Equité.—Il est curieux de rapprocher cette appréciation de ce que pensaient à cet égard les révolutionnaires de 1793. Déjà la Déclaration des droits de l’homme inscrite en tête de la Constitution du 3 septembre 1791 avait posé que le but de toute association politique est la conservation de ces droits, dont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression, qui sont naturels et imprescriptibles.—Le 24 avril 1793, la Convention discutant un projet nouveau de Constitution, Robespierre proposait d’y introduire les articles ci-après:—Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l’homme, est essentiellement injuste et tyrannique et n’est point loi. —Tout acte contre la sûreté ou contre la propriété d’un homme, exercé par qui que ce soit même au nom de la loi, hors des cas déterminés par elle et des formes qu’elle prescrit, est arbitraire et nul; le respect même de la loi défend de s’y soumettre et, si l’on veut l’exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force. —La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme et du citoyen.—Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.—Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.—Et le 4 novembre 1848, la seconde République proclamait à son tour qu’il y a des droits antérieurs et supérieurs aux lois positives.—Cette légitimité de la résistance à des lois injustes a été fréquemment affirmée, notamment par Sophocle, Cicéron, Victor Hugo, Eugène Pelletan, Léon XIII, Pie X.

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