Haute saison
Sur la promenade
— Je croyais que tu n’aimais pas qu’on te pousse.
— Quand c’est toi, c’est différent.
C’est aussi pour cette raison que Fanny a choisi ce club. Son accessibilité à la plage. En fauteuil, tant de choses vous sont interdites, comme cette joie simple de se promener avec sa fille en longeant la mer, au milieu des vacanciers « ordinaires », sans se poser de questions, sans l’appréhension de se trouver coincée par une volée de marches, un sol qui empêche, emprisonne le fauteuil, des regards gênés qui disent tant de choses. Ah, désolée, effectivement, ça va être compliqué mais vous pouvez vous mettre dans le petit coin, là-bas ? Ah non, nous n’avons pas de rampe, vous savez, c’est un vieux restaurant. Pour accéder au terrain de pétanque ? Ah oui, il faut passer par le chemin de sable. Alors, certes, il y a toujours la possibilité de demander. Gentiment, poliment. Excusez-moi, pourriez-vous m’aider pour les marches ? Non, il faudrait une autre personne, vous n’y arriverez pas tout seul. Les têtes qui se tournent et les inconnus pressés qui font semblant de ne pas entendre. Ou les types très fiers qui ont l’impression de donner un rein, et ceux qui n’écoutent rien et pensent pouvoir la soulever comme la poussette qu’ils descendent dans le métro. Mais le fauteuil fait quinze kilos, et elle soixante de plus. Du coup, ils s’énervent et grimacent. Parce que bon, ils ont quand même autre chose à faire que de se péter le dos en portant une handicapée qu’ils ne connaissent pas. Oh, et puis trouvez quelqu’un d’autre, quelle plaie. Dire merci beaucoup quand elle a finalement trouvé deux gaillards serviables qui l’ont aidée à franchir l’obstacle minuscule qui contraignait tous ses désirs. Dépendre des autres. Elle a horreur de ça.
Depuis que Fanny est toute petite, elle déteste qu’on l’aide. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours voulu faire les choses seule. Ses devoirs, les gâteaux, apprendre à lire, son piano, et même monter les meubles en kit. Elle n’aimait pas expliquer, attendre, subir la lenteur des autres, leur incompréhension, leurs humeurs. Elle préférait s’occuper des choses par elle-même quitte à y passer des heures, à devoir visser ses étagères avec un couteau à beurre parce qu’elle n’a pas envie de demander où est la caisse à outils. « Tu ne veux pas que je t’explique, Fanny ? Ce serait plus simple. » Non, non. Même Victor. Elle ne lui a jamais laissé d’espace pour qu’il l’épaule. Même lorsqu’ils étaient très amoureux, qu’elle était parvenue, pensait-elle, à s’abandonner enfin, qu’elle n’avait plus eu peur qu’un incendie se déclare dans la nuit parce qu’elle avait compris qu’il resterait là, avec elle, à lui tenir la main sous les draps pour un bon bout de temps. Ça le rendait dingue, qu’elle ne veuille aucune assistance. Enfin Fanny, ça n’a rien à voir avec ton handicap, tu peux quand même accepter que je passe te prendre en bagnole à ton bureau pour t’emmener au restaurant ? Mais j’ai une voiture, à quoi ça rimerait que tu fasses ça ? Retrouvons-nous là-bas, je peux quand même y aller toute seule. Évidemment que tu peux, c’est juste que ça m’aurait fait plaisir, c’est tout. Eh bien, pas à elle. Elle aimait sa voiture, la chaleur de l’habitacle, cette sensation de maîtriser son destin, de pouvoir aller où elle veut sur un coup de tête. Sans penser aux volées de marches, aux autres qu’il faut remercier, au sourire qu’il faut garder parce qu’on est tellement dépendant d’autrui qu’on ne va pas non plus faire la gueule.
Le jour où elle a rencontré Victor, elle était dans cet état d’esprit-là. Au volant de sa vieille Citroën, encore ivre de colère après un type dont elle se souvient à peine du nom. Un étudiant aux Beaux-Arts très séduisant qui se prétendait artiste et passait le plus clair de son temps à traîner chez elle, à vider son frigidaire et à réfléchir à son avenir pendant qu’elle bossait déjà, de 9 heures à 19 heures, dans une petite boîte où elle avait trouvé un bel équilibre. Le soir, lorsqu’elle rentrait, éreintée, elle le retrouvait au même endroit, englué dans le vieux sofa que sa mère avait bien voulu lui léguer et qui avait fini par quitter les lieux en même temps que son occupant favori.
Oui, elle se souvient très bien de cette rupture molle et sans éclat parce que c’est aussi ce jour-là qu’elle avait rencontré Victor. Après avoir demandé à l’artiste sans œuvre de descendre son sofa moche dans la rue parce que ça, même avec deux jambes valides, elle ne pouvait pas le faire – contrairement à tout le reste, avait-elle marmonné assez fort pour qu’il l’entende –, elle lui avait déclaré que lui aussi pouvait y rester, dans la rue. Que leur histoire avait assez duré. Qu’elle n’avait jamais existé, qu’elle se résumait à deux pauvres rapports sexuels hebdomadaires, à un lave-vaisselle qu’ils vidaient à tour de rôle et à la certitude qu’ils ne vieilliraient pas ensemble. L’artiste avait un peu rechigné, tenté d’obtenir un délai. Comment allait-elle se débrouiller, sans lui ? Hein ? Dans son état ?
Oui, ce matin-là, elle était pleine de colère. Elle avait appelé le bureau pour prévenir qu’elle était un peu souffrante, qu’elle viendrait probablement dans l’après-midi et s’était jetée dans sa voiture parce qu’elle aimait la vitesse quand elle avait envie de tout casser. Parce que ça lui rappelait la sensation divine de l’asphalte sous ses semelles, du corps qu’on force, qui lutte, sue, et finit par se vider de sa rage. Et c’est en ralentissant qu’elle avait vu l’affiche, sur un rond-point. « Partagez votre pouvoir, donnez votre sang à la salle municipale. » Tiens, pourquoi pas ? Ça lui prendrait une bonne heure et on lui offrirait un café. Et puis, elle devait beaucoup au personnel soignant. Avant, elle se fichait bien de tout ça, mais aujourd’hui, la simple vue d’une blouse lui donnait envie d’aider, de rendre ce qu’on avait fait pour elle, même à son petit niveau. Elle s’était garée sur une place handicapée – seul avantage à son état, si on met de côté les insultes de ceux qui ne voient pas le fauteuil dessiné sur la chaussée, ou qui trouvent qu’elle est un peu trop mignonne pour prétendre à cette place de choix sur laquelle putain on ne peut pas se mettre et qui reste vacante toute la journée parce que bon, entre nous, y’en a quand même pas tant que ça ! Puis elle s’était présentée à l’accueil. Oh, madame, vous voulez passer devant moi ? Allez-y.
Les gens gentils, c’est presque pire, pour vous faire sentir la différence. Non, je ne suis pas malade, avait-elle répondu poliment. Je viens donner mon sang, comme vous. Avait-elle été opérée récemment, pris de la drogue, eu des relations sexuelles sans protection avec un partenaire qui lui-même aurait pu en avoir ? Était-elle allée récemment en Asie, en Amérique latine, en Afrique ? Avait-elle eu un rhume, une infection quelconque ?… Fanny avait répondu consciencieusement au questionnaire, avait rendu sa copie et attendu qu’on vienne la chercher. Et c’est là qu’elle avait vu l’homme qui allait bouleverser sa vie. Contrairement aux autres donneurs plongés dans leur téléphone, leur journal, leur livre ou leurs pensées, il se tenait tête droite, souriant, comme prêt à reprendre une conversation commencée quelques instants auparavant. Se sentant soudain aimantée par ce sourire, elle avait poussé son fauteuil vers lui, pris place à son côté et soutenu son regard puisqu’il n’avait cessé de la dévisager. Pas tel un prédateur, ou un curieux qui se demanderait comment baise une handicapée, mais comme un être plein de candeur, simplement désireux de découvrir les autres et de connaître leur vie.
Et c’était exactement ce qu’il était. Ainsi qu’elle le découvrit ce 26 avril 2006, le jour où Victor était entré dans sa vie.
— Je pourrais m’inscrire à un stage de surf ? demande Margaux, tandis qu’elles passent devant une de ces cabanes en bois qui affichent leurs tarifs et leur joie de vivre à côté de monceaux de combinaisons trempées et de planches entreposées le long de la mer.
— Oui, pourquoi pas ? Mais tu ne veux pas qu’on attende de voir si ça intéresse ton frère ?
— Ça m’étonnerait. Il a craqué sur une fille, au club.
— Ah bon ?
— Quoi ? Ça devait arriver, tu sais, maman. Il n’est plus un bébé, malgré ce que tu penses.
— Je ne pense rien. C’est juste… inhabituel.
— Oui, bon. Ne t’inquiète pas. De toute façon, à cet âge-là, les garçons se contentent de rester entre eux et de ricaner quand la fille passe devant eux. Ça ne devrait pas aller plus loin, cette histoire. Non, juste pour te dire qu’à mon avis il n’a pas envie de sortir de l’hôtel. On ne devrait pas beaucoup le voir, cette semaine. Ce matin, il était déjà douché, en short, baskets aux pieds, et assis sur son lit à 8 heures du matin. Complètement cinglé, celui-là. À la maison, on doit le secouer comme un cadavre pour le réveiller.
— Le mot « cadavre » associé à ton frère, excuse-moi, ma chérie, mais j’ai du mal.
— Maman !
— Tu comprendras, quand tu auras des enfants. Dans très longtemps, bien entendu.
— Bien sûr, maman, répond en souriant Margaux, qui connaît bien les angoisses de sa mère.
Ou plutôt la manifestation des angoisses de sa mère. Car si elle pouvait vraiment voir au fond d’elle ce qui s’y passe, elle serait encore plus incrédule qu’elle ne l’est devant tant de désordre. Parce qu’au fond d’elle, et Fanny le sait, on croirait un bureau mal rangé, ou plutôt la chambre d’ado d’une mère trop triste pour avoir osé toucher à quoi que ce soit, même longtemps après que celui-ci eut quitté la maison, construit sa vie et n’a plus aucun plaisir à y passer du temps. Oui, au fond de Fanny, on trouve des photos de Margaux et Jérémy bébés, des polaroïds de Victor, des petites cartes maladroites décorées de gommettes et de cartes « bonne faîte, maman », des bodys minuscules qu’elle n’a toujours pas jetés, des livrets scolaires, des photos de classe de maternelle, des coccinelles en pâte à sel aux ailes arrachées, des après-midi de pluie blottie contre ses enfants encore petits, des soirées à lire trop tard pour eux, sa chaise calée contre le lit de Margaux, Jérémy à moitié endormi sur ses genoux, qu’elle câline en imitant la voix de l’ogre qui leur fait si peur. La tête de Fanny est remplie de souvenirs de plus en plus lointains, de bibelots empoussiérés, de vestiges d’un passé dont elle peine à se délester.
— Vous êtes très gentille, avec votre maman, glisse une vieille dame à Margaux, avant d’ajouter à l’adresse de son amie qui l’accompagne : Comme c’est triste, pour cette femme.
Margaux et Fanny n’y font même plus attention. Les bons jours, elles en rigolent, même. Elles jouent à deviner parmi une foule qui va leur dire quoi. Quelles jeunes filles vont s’écarter en sursautant comme si elles pouvaient être contaminées, quel enfant va montrer Fanny du doigt à ses parents qui, très gênés, le gronderont, quelle femme de son âge baissera les yeux, et se demandera probablement quelle aurait été sa vie si on lui avait ôté cela. Personne n’est indifférent à sa différence.
— On va demander ? Pour ton stage ?
— Oh, merci, maman.
— Attends, je n’ai pas dit oui.
Elles se frayent tant bien que mal un chemin parmi la foule qui déambule mécaniquement le long des planches de bois. Dans un sens ou dans l’autre mais sans dévier jamais. Pardon, pardon. Arrivée au comptoir, Margaux s’adresse au jeune homme qui ne voit pas Fanny. Il y a du désir, dans sa voix. Il fanfaronne.
— T’as d’jà pris des cours ? Tu m’as l’air assez sportive.
Fanny a appris à traduire les intonations. Elle pourrait décrire les gens rien qu’à leur voix, leur façon d’appuyer sur certaines syllabes, de s’essouffler parce qu’ils sont émus ou fâchés.
— On n’a plus beaucoup de cours de libres mais on va pouvoir te trouver ça. Une jolie fille comme toi. T’es de la région, je ne t’ai jamais vue ?
Et Margaux qui glousse comme une idiote, visiblement ravie de susciter tant d’enthousiasme chez ce piège à filles saisonnier. Sauf qu’elle a quatorze ans, et que c’est un peu jeune pour susciter le désir de qui que ce soit, songe Fanny.
— Bon, ma chérie, on y va ?
— Oui, maman, j’arrive. Il faut bien que je m’informe ! répond Margaux en levant les yeux au ciel.
Il y a un silence, parce que le jeune homme se demande s’il s’agit d’une blague. D’ailleurs, peut-être qu’il ne pense rien. Impatiente, Fanny décide toutefois de mettre fin à ce trop long échange. Elle s’ennuie et, jusqu’à preuve du contraire, c’est encore elle qui paye, et qui décide si un crétin musclé peut, ou pas, engager une longue conversation avec sa progéniture à peine pubère. Elle a beau avoir adoré Point Break, elle va devoir jouer les rabat-joie. Elle déteste se voir dans le rôle de la ringarde qui ne comprend rien et voit le mal partout, mais elle sait bien ce que les garçons de cet âge-là ont en tête. Surtout ceux qui traînent près de l’océan. Merci, elle a donné. Alors, elle contourne la cabane et se plante devant la porte laissée ouverte, par laquelle ne cessent d’entrer et sortir des jeunes gens en combi ouverte jusqu’à la taille et aux joues striées de peintures de guerre anti-UV. À leur façon de ne pas s’intéresser au manège de leur jeune collègue, elle a vite compris que son attitude ne tient guère du coup de foudre subit pour une néo-vacancière pas encore bronzée, mais d’une habitude à laquelle lui-même ne prête sans doute plus attention.
— Nathan, je crois qu’il y a quelqu’un qui veut te parler, lance un gaillard immense au tatouage tribal entortillé autour d’un torse musclé sur lequel Fanny essaye de ne pas trop s’attarder.
Nathan sursaute lorsque ses yeux finissent par croiser ceux de Fanny – les gens voient toujours le fauteuil en premier. Elle, c’est plus tard. Quand ils sont curieux.
— Oui, madame ? Je peux vous aider ?
Il semble osciller entre l’incrédulité – on voit tellement de choses, de nos jours, peut-être y a-t-il une façon de surfer sans ses jambes ? – et le rire nerveux, puis fait un clin d’œil à sa cliente.
— Bien sûr.
Elle sourit très largement. Parce qu’elle adore ça, que ça neutralise l’adversaire et qu’elle a compris que, pour ne pas susciter la pitié, il valait mieux paraître heureux. Elle a vu que beaucoup de gros, de vieux ou de timides faisaient comme elle. Puis, elle reprend :
— Je suis la maman de la petite jeune fille qui vous demande des renseignements depuis tout à l’heure. J’ai cru comprendre que vous aviez une place pour elle ? Je peux vous régler ? On doit aller faire un footing sur la plage et ça commence à taper, vous ne trouvez pas ?
— Maman ! s’exclame Margaux qui est venue la rejoindre.
— Oui… oui, pour le cours du matin ? On peut commencer demain. À 13 heures ?
— Ça n’est pas très pratique. Et ça n’est pas vraiment le matin. Il n’y a pas plus tôt ?
— Maman, ça dépend de la marée.
— Oui, madame, chaque jour elle se décale. Après-demain ça devrait être vers midi, et ainsi de suite.
— Bon, mais tu ne déjeuneras pas avec nous demain, alors ? Jusqu’à quelle heure sert le restaurant ? Ils n’ont pas dit 14 heures à la réunion de bienvenue ?
— Maman, chuchote Margaux, manifestement désireuse de mettre un terme à cette conversation plus que gênante.
« Malaisante », dirait-elle. Ou peut-être le dira-t-elle vraiment.
— Vous êtes au club ? s’enquiert Nathan, qui se détend peu à peu.
— Oui ! C’est juste à côté. Vous connaissez ?
— Tout le monde connaît, ici. C’est la première fois que vous y séjournez ?
Fanny songe qu’un garçon qui dit « séjourner » ne peut pas être foncièrement mauvais. Qu’il a peut-être été élevé par une fana de mots croisés, de Scrabble ou qu’il est fort érudit et passionné de vocabulaire.
— Oui. Et vous, vous y êtes déjà allé ?
— Parfois, oui. Le soir…
Fanny n’aime pas vraiment le petit sourire qu’il esquisse en prononçant ces mots. Mais leur échange est interrompu par l’arrivée d’un groupe, qui rentre trempé à la base après deux heures intensives passées à se faire rouler dans les vagues. C’est en tout cas ce que comprennent Fanny et Margaux à leurs exclamations aussi ravies qu’épuisées. Une quinquagénaire s’allonge même de tout son long devant les portants à combinaisons, les bras en étoile, en criant : « Je veux mourir ! » Une bande d’hommes et de femmes de son âge s’esclaffent. Fanny les observe en souriant. Elle leur envie cette joie de groupe, cette insouciance des vacances entre amis, où l’on retrouve le temps de quelques semaines la candeur de l’enfance, la légèreté des jeunes années. À moins que ce soit elle. Ou plutôt eux, qui se sont laissé gagner par la mesure, la monotonie, qui se sont éloignés peu à peu des autres, de leurs amis, de leurs familles, avant de s’éloigner l’un de l’autre. Pourtant, il ne s’est rien passé. Pas de dispute, de drame ou de tromperie. Simplement, ils ont commencé à inviter moins. Parce que, le soir, ils étaient crevés. Que le week-end, ils aimaient se retrouver en famille avec les petits, et que les enfants des autres les agaçaient souvent – Margaux et Jérémy étaient tellement parfaits. Pour les vacances, ils avaient pris le pli de partir à quatre, refusant généralement les quelques propositions qui avaient cependant perduré. Peut-être qu’ils ont eu tort de ne plus faire l’effort. Peut-être que c’est ça, le secret des couples qui durent : rester ouverts, entourés d’une bande comme à l’adolescence.
Fanny en profite pour remplir son chèque. Ces joyeux quinquas lui ont fichu le blues. Leurs rires résonnent un peu trop fort dans ses oreilles, comme un rappel de ce qu’elle a perdu. Ses amis – ou plutôt leurs amis – et son amour pour Victor. À moins qu’il soit encore là, tapi au fond d’elle, enseveli sous les photos de classe, les dessins de fête des mères et les coccinelles en pâte à sel. Mais elle a beau fouiller, s’efforcer d’exhumer les sentiments qui étaient déjà si forts quand ils avaient partagé leurs Pepito après avoir donné leur sang, elle ne trouve rien. Rien que des cendres et le désir de fuir ce club angoissant. Parce que, s’il y a bien une chose dont elle n’a pas envie aujourd’hui, c’est de déjeuner avec le père de ses enfants devant une macédoine de légumes en boîte et le silence pour compagnon.
— Allez, pousse-moi, ma chérie, on va aller visiter un peu les environs.
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