Haute saison

Adèle Bréau · Chapitre 35 sur 39

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Haute saison

Plage de la Chambre d'amour

 

Ils sont tous les trois assis sur la même serviette. Celle qu’ils ont volée à l’hôtel, parce que leurs paréos, restés accrochés à leur fenêtre, sont trempés. Fanny observe ses orteils pleins de sable, juste à côté de ceux de Margaux et de Jérémy. Elle leur a proposé de se poser un peu sur la plage après le dîner. Le spectacle ne va pas tarder, ils ont hâte de retrouver l’animation du club, mais ils ont compris que quelque chose clochait. Victor est parti, et même si en vacances on ne prête guère attention à la vie des parents, ils ont accepté. Les sauveteurs qui rangeaient leur matériel ont porté Fanny jusque sur le sable et lui ont proposé en riant de la hisser tout en haut de la chaise de surveillance. Elle a failli refuser, mais les enfants ont insisté. Allez, maman, ça doit être génial. Si tu n’y vas pas, c’est nous qui montons. Là-haut, elle a pu admirer le ciel et l’océan à perte de vue. Et compris une nouvelle fois l’importance du changement de point de vue.

De retour sur leur serviette, Fanny prend Jérémy dans ses bras et lui caresse doucement les cheveux.

— Tu es heureux ? demande-t-elle tout bas.

Il hoche la tête.

— J’ai plein de copains, ici.

Fanny a le cœur qui se serre, les larmes qui montent. Pour un peu, elle irait tous les embrasser, ces gamins qui n’ont pas repoussé son fils et lui ont ouvert la porte sur un échange possible. Ce soir, il n’a même pas pris de dessert, lui qui d’ordinaire ne peut s’empêcher d’en engloutir deux ou trois, voire d’autres sucreries en cachette. Puis, calmement, elle explique à ses enfants que Victor et elle se sont disputés.

— Comme souvent, commente Margaux.

Fanny ne répond pas. Que peut-elle dire ? Elle ajoute qu’elle ne sait pas si c’est définitif, s’il reviendra, mais qu’ils sont ce qu’elle a de plus cher au monde. Quoi qu’il advienne, rien ne changera ça.

— Et toi, tu veux qu’il revienne ? demande Jérémy.

Fanny hésite avant de répondre.

— Oui.

Elle n’a plus envie de se mentir, ni de délimiter un monde entre le leur et celui des enfants. Ils sont assez grands pour comprendre. D’ailleurs, Jérémy, qui semble rassuré, la supplie de le laisser rejoindre « la bande », avec laquelle il a prévu une chasse au trésor. À son côté, Margaux reste silencieuse. Alors Fanny accepte, pour qu’elles puissent parler tranquillement.

— Ma chérie, est-ce que Germain et toi, vous…

Margaux sursaute et fusille sa mère du regard.

— Maman !

— Quoi ? J’ai quand même le droit de demander. Tu n’as que quatorze ans. Et si certains jeunes gens pensent qu’à ton âge on est mature, ce n’est pas le cas.

— Non. On n’a rien fait. Il m’a simplement raccompagnée.

— Comment ça « raccompagnée » ? Où étais-tu ? Tu as quitté l’hôtel ?

Margaux se mord la lèvre. Et puis hausse les épaules.

— On est allées sur la plage avec Lena. Elle voulait retrouver un mec.

— Quel mec ? Quelqu’un de votre âge ?

— Arrête avec l’âge ! C’est si important ?

— Oui. Sinon tu ne serais pas encadrée par des animateurs, et je n’aurais pas à signer une autorisation de sortie. Ce que j’ai accepté de faire parce que j’avais confiance en toi.

— Je sais. Pardon, maman. Je voulais juste suivre ma copine. Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça.

— Comme quoi ? Quelqu’un t’a fait du mal ?

— Non. C’est moi. J’ai dû lui laisser penser que j’étais intéressée. Peut-être que je l’étais ?

— De quoi tu parles ? Margaux, ma chérie, tu m’inquiètes. Tu n’as pas… ?

— Non, ne t’inquiète pas. C’est juste un mec. Il a voulu aller un peu trop loin mais c’est bon, il n’est rien arrivé. Je n’aurais pas dû accepter de rester seule avec lui, c’est tout.

— Mais non ! Tu n’as rien à te reprocher. On n’est pas obligée de céder aux avances de quelqu’un sous prétexte qu’on est seule avec lui. Je pensais que votre génération avait évolué, là-dessus. Qui c’est, ce type ? Je vais aller lui dire deux mots. Enfin, Margaux ! Non, non. Personne ne peut te forcer à quoi que ce soit même si tu lui as accordé un baiser. Parce que c’est bien ça ?

— Oui…

— Qui est-ce ?

— Personne.

— Tu ne veux pas me le dire ?

— Non. Tout va bien, maman. Je peux y aller ? Je vais demander aux sauveteurs de venir te chercher.

— Tu es gentille, mais j’attends des amis.

— Des amis ?

Fanny sourit. C’est vrai que c’est amusant. D’ailleurs, est-ce que ce sont des amis ? Comment les appeler ? « Des connaissances » ? Est-on davantage amis parce qu’on se connaît depuis dix ans ? Elle a envoyé un message à Matthias et Chantal, leur proposant de la rejoindre sur la plage pour essayer de voir le rayon vert. Fanny garde le silence et Margaux, d’abord étonnée, finit par capituler, trop heureuse de s’en tirer à si peu de frais. Elle promet de rester dans le club, avec l’équipe, jure de retrouver sa mère pour le spectacle, de rester joignable sur son téléphone. Et puis elle s’en va, la laissant seule devant le ciel orangé.

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