Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

B) Le champ de l’expérience

chose un mouvement de l’ordre d’une transformation de nous-même afin

que la totalité provisoire (que nous sommes) puisse accepter l’événement.

Le phénomène est de ce point de vue intrasubjectif une exposition-

restitution d’un Soi au décours de l’événement.

 

B) Le champ de l’expérience

 

Faire expérience est un acte de conscience qui ne concerne pas des

éléments isolés, juxtaposés par hasard. C’est le fait d’une constitution active

en champ. L’histoire du concept de champ de l’expérience est trop vaste et

trop complexe pour être abordée ici. Retenons simplement qu’elle

commence sans doute avec les philosophies empiristes de Hume et de

Berkeley (bien qu’elles n’utilisent pas le terme de field of expérience, il est

déjà mentionné l’existence de complex of sensations, montrant ainsi que les

sensations se conditionnent mutuellement dans leur apparaître). Ce concept

passe non sans ambiguïté par Kant qui l’utilise avec une acception plus

générale (le «champ de l’expérience» s’opposant à celui des autres modes

de connaissance, ne procédant pas par expérience), réapparaît à l’occasion

de la découverte physique du champ magnétique, culmine dans la Théorie

de la forme, s’exprime dans l’œuvre de Rorschach dans l’idée de corps

propre chez M. Merleau-Ponty, puis dans la philosophie heidéggerienne et

celle des horizons chez E. Husserl. L’histoire détaillée de cette notion de

champ de l’expérience a été détaillée par Jocelyn Benoist46.

La difficulté à appréhender cette notion s’explore en plusieurs points.

D’une part, elle s’intrique avec celle de champ de la conscience, ce qui est à

la source de nombreuses confusions. La notion de champ de l’expérience

est à lafois de l’ordre d’une phénoménologie de la perception (en

l’occurrence dépendante de la question «comment les éléments perçus se

conditionnent dans leur apparaître?») et de celle d’une anthropologie (la

notion de Monde suppose que l’espace de déploiement de l’expérience

humaine soit pré-circonscrite à un proto-ensemble, unique par définition,

dont nous avons vu qu’il était celui des possibles). D’autre part, la difficulté

de ce concept renvoie à différentes options phénoménologiques prises au

XX e siècle, soit celle husserlienne des synthèses passives exposées dans Expérience et Jugement, soit celle de la philosophie heidéggerienne de Sein