Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

D) La nostrité

la notion d’historialité.

 

D) La nostrité

 

La relation de certaines personnalités pathologiques avec l’espace

commun est spécifique: elle met à jour le lien profond que tout existant

établit avec la mondéité ambiante et plus précisément avec le phénomène

d’être ensemble, dérivé, on peut le penser, de cette mondéité première.

Cette question fait le cœur de l’habitation affective des espaces de vie. La

nature phénoménologique ou anthropo-phénoménologique du problème est

une question nouvelle. Elle n’était jusque là conçue que comme simplement

psychologique.

La psychopathologie phénoménologique revendique un statut particulier

à cette question à travers la notion de nostrité. Elle vise à identifier une

sorte de relation apriorique avec cette modalité d’existence qu’est l’être

ensemble. Avant toute relation à la chose commune, une disposition

préalable existe en chacun de nous pour vivre son être avec autrui. Cette

disposition nostrique ou nostrité est interne-externe et se réalise (se remplit,

en termes husserliens) tant bien que mal dans les multiples expériences de

communauté que chacun élabore. Avec chaque espace vécu en commun, un

entre vient à se réaliser et se trouve ensuite questionné. Cette question est

celle de l’ 24 entre au sens de Bin Kimura ou du Nous. Ce caractère interne-

externe de la nostrité permet de concevoir que nous pouvons souffrir d’une

nostrité blessée lorsqu’elle ne s’épanouit pas dans une relation vécue avec

l’espace commun.

 

Un existential : l’être-le-nous

Le concept est nouveau, inspiré de M. Heidegger et de L. Binswanger. La

nostrité ou 25 être-le-nous permet de penser la relation que nous avons avec

cet espace intersubjectif. Sous le nom de wir allemand, du We anglais, se

pense une relation phénoménologique-affective autonome avec l’espace

commun, procédant d’une genèse (d’une histoire phénoménale) autonome.

Cette nostrité conditionne toutes les spatialités vécues, sur un plan

anthropologique. Chaque être-avec, réel ou virtuel, chaque présence habitée

au monde est l’effet de l’appel nostrique. Sitôt que nous éprouvons de

l’espace, celui-ci est investi en tant qu’ 26 être-avec, Mitsein, positivement ou

négativement 27. L’espace affectif trouvé ou retrouvé et l’espace affectif

perdu sont conditionnés par cet appel nostrique.

Ce terme est plus binswangérien qu’Heideggérien. L. Binswanger donne

cependant au Nous un sens plus précis, comme il en est dans le Nous

amoureux28. Il le définit comme «rencontre aimante originaire» qui permet

la réalisation de tous les espaces affectifs. Il entrevoit cette nostrité à travers

le lien de l’amour et s’éclaire par la relation Je-Tu dans sa forme aimante.

L. Binswanger assume clairement cette question car il en fait un être-avec

sans fusion. Elle ne doit jamais l’être.

Heidegger est en retrait de l’expression strictement aimante de ce lien. Il

n’analyse de l’espace intersubjectif ou nostrique que les formes dévaluées,

dont le On constitue l’élément le plus connu, mais affirme en même temps

qu’être est être avec. La notion de nostrité est alors centrale. C’est un

existential. Tout existant en rencontre la question, autant que cette existence

est en souci de son déploiement. Il y a un être-le-nous constitutif de notre

être même et il fait que la présence se donne comme 29 déjà avec. La

subjectivité constituante et le monde qui lui répond sont l’une et l’autre

marquée de ce Nous.

Lu par L. Binswanger ou M. Heidegger, ce Nous de la nostrité est bien

autre chose que la somme des Je, des Toi et des Il. Il est un mode du

Lebenswelt. Il est aussi fragment d’expérience de monde de quoi il ne peut

jamais se différencier. Le Nous outrepasse la question de l’altérité conçue

comme une relation d’opposition absolue entre autrui et moi. Il est toi, moi

et le il, cette part toujours extérieure au Je-Tu. Il rend possible l’être-

ensemble et en fait le sol de toute expérience, qu’ensuite la responsabilité

éthique va redifférencier. Il permet d’entrevoir la question de

l’intersubjectivité comme lieu vivant de co-appartenance, transmissible

intergénérationnellement, dans laquelle je suis toujours déjà non séparé

d’autrui. Nous sommes sur cette idée assez proches d’une phénoménologie

du sacré 30 et aussi des autres phénoménologies de l’espace intersubjectif de

B. Kimura31 32 et de H. Tellenbach.

 

Respirations de la nostrité

La nostrité n’est pas de l’ordre de la signification; on pourrait même dire

qu’elle ne signifie pas ni n’appelle à un grégarisme philosophique. Certains

voudraient la récuser en la caricaturant, sans voir qu’elle est en dialectique

avec le principe d’individuation-séparation. Si on ne voit pas qu’elle appelle

(vise intentionnellement) des formes anthropologiques mais que ces formes

ne peuvent jamais être remplies, et qui plus est, évoluent et sont

incessamment reprises, on passe à côté de son phénomène. Et il y a

véritable phénomène et non pas seulement un simple changement de

contenu.

Concevoir une nostrité dynamique n’est pas non plus en faire un

impératif, renvoyant chacun à un unique être-le-nous.Le Nous ne nous

détermine pas absolument de part en part. La nostrité élabore en

permanence les communautés qu’elle appelle, et permet le passage des

investissements de l’une dans les autres.

Peut-on y voir une expression de la fonction maternelle, dans la mesure

où ce Nous exprime une certaine relation avec l’Il-y-a originaire, le pré-

donné sur fond duquel chaque chose peut avoir sens? Cela a

métaphoriquement une certaine pertinence mais ce serait réduire la nostrité

que de la limiter à cette seule fonction. Elle permet l’acceptation et

l’intégration dans les multiples déterminations anthropologiques

communautaires qui sont chacune de plus en plus pensée. La famille sans

doute, est le premier de ces espaces affectifs. Puis dans l’enfance, le groupe,

la classe, la bande, la « tribu », le Club, ensuite le quartier, le village, la

région, la société, la communauté de travail, le champ social, le peuple, les

appartenances religieuses et l’humanité dans son ensemble (l’humanité dans

son ensemble n’excluant aucune de ces communautés, au contraire, les

réalisant), etc., vont répondre, tant bien que mal, à l’appel nostrique. Tous

les espaces intermédiaires affectivement institutionnalisés vont être vécus

selon une capacité apriorique présente ou absente, de l’ordre de la nostrité.

La nostrité va ensuite, avec moins de prégnance, rencontrer d’autres

structures anthropologiques de l’espace collectif, moins protectrices, plus

individualisantes: il y a une histoire intérieure de la nostrité en nous, qui va

vers un vécu du Nous plus pauvre et plus rigide avec l’âge.

De fait, dans le Vivre humain, cette relation avec ce Nous est souvent

conflictuelle : on connaît ces Nous inlassablement contestés, parfois déniés.

C’est tantôt

C’est tantôt avec tantôt contre ce Nous que nous nous élaborons, même si

ultimement nous acceptons cette appartenance, dans les faits ou les

discours. Un long chemin se fait de détissage et de retissage de cette

relation à ce Nous. L’individuation peut se faire en partie contre lui ou avec

lui. Peut-être aussi nous dénostrisons-nous comme nous nous démiennisons

tout au long de notre vie, comme le commande l’histoire intérieure de la vie

en chacun.

Chacune des identités reçues et acceptées ne l’est que par un acte

herméneutique de reconnaissance et d’appropriation, certes plus ou moins

actif ou passif, parfois revendiqué ou parfois simplement consenti. Cette

appropriation nous fait avaliser l’identité de la chose commune et porte à ce

titre tous les risques de déclaration d’appartenance : celui d’en accepter les

responsabilités collectives et aussi l’acceptation d’une suridentification par

autrui à cette nostrité. C’est une des grandes difficultés du destin humain

que de devoir accepter des appartenances et des responsabilités qui nous

dépassent, sur lesquelles nous n’avons pas toujours prise.

 

Appel interne et externe au Nous

La nostrité, nous commençons à le comprendre, est une relation à la fois

extrasubjective et intrasubjective. Son aspect intrasubjectif est ici le plus

important. C’est lui qui fait crise dans ses appels. La nostrité peut même

prendre des formes en dehors de toutes vies de groupe. Ce qu’elle est en

nous comme disposition, appel de forme où se donner, positivement ou

négativement, est incernable directement. Elle est appel au groupe sous la

forme d’une phorie (d’une sorte de joie de la rencontre, joie de résonance,

celle qu’éprouve le voyageur au sortir de sa solitude), d’une jovialité latente

à la rencontre des autres retrouvés.

Dans la relation affective au groupe, car c’est de cela qu’il s’agit, solitude

vécue et phorie sont en respiration nostrique l’une avec l’autre. La phorie

d’y être, de ne plus en être, de s’y retrouver ou d’en être séparé, de l’avoir

perdu et toutes les expressions de nostalgie ne sont pas son unique

phénomène mais en sont une expression psychologique familière à chacun.

Cet appel interne a une expression psychopathologique particulière dans

l’addiction, qui en radicalise la tension. Toute addiction comprend une sorte

d’appel dysphorique à un Nous-ensemble, archaïque ou élaboré, qui fait respiration de la distance avec son objet perdu, bien au-delà de la dyade

mère-enfant.

 

Les pathologies de la nostrité

 

Quelles sont les grandes pathologies dans laquelle la nostrité est

engagée?

1) La paranoïa. Dans les grandes pathologies de la nostrité, la

paranoïa joue un rôle central, quasiment paradigmatique. Elle est sa

pathologie par excellence, avec cependant une réserve: la paranoïa est la

pathologie de la nostrité et de tous les espaces intersubjectifs, qu’ils aient

été faiblement ou fortement pensés comme nôtre.

On peut caractériser la paranoïa comme une pathologie d’une nostrité

appréhendée préalablement comme pathologique. Pathologique car elle est

en même temps surévaluée, surconstituée et menacée, ensuite

immanquablement blessée dans son rapport aux réalités d’échange. Les

deux expressions surconstituées et menacées vont ensemble appeler le vécu

d’exclusion (excluant ou exclu) et ce d’autant plus exclu que ces ensembles

ont été surconstitués.

Le Se sentir exclu est la situation anthropologique fondamentale de la

paranoïa. Le Devoir exclure de la paranoïa active qui veut protéger la

nostrité d’une menace, pressentie au nom de son éprouvé pathologique, est

une formulation équivalente, simplement inversée.

Comment articuler ce plan phénoménologique avec celui de la clinique ?

Tout d’abord il faut remarquer que les flairements d’ambiance ne visent pas

seulement des objets isolés mais des atmosphères dissonantes. Il flaire

autant l’entité dissonante à exclure que la globalité de l’ambiance dont il va

se sentir comme mis à l’extérieur.

La clinique de la paranoïa témoigne de cette problématique de

l’ambiance, de l’appartenance et de l’implication qui restitue la teneur de

cette nostrité. Les expériences de captation d’ambiance (la recherche

méfiante) font le cœur de l’activité paranoïaque. C’est d’elle que vient la

fiance et ses méfiances propre à la paranoïa active ou plus encore sensitive:

les sensations latentes, confuses, les flairements d’hostilités ou de

connivences entre complices jouent un rôle central. Au point culminant de

l’exclusion ou du se sentir exclu, se situe le délire olfactif ou olfacto-gustatif d’empoisonnement, cristallisation d’un vécu d’hostilité incorporé

que le sujet tente d’expulser.

La genèse du délire peut parfois s’accompagner plus précisément.

L’ambiance peut se transformer en rumeur, étape intermédiaire entre une

transformation de l’ambiance et sa « mise en idée» sous forme du délire. La

rumeur et les impressions rumorales sont issues de ces multiples

perceptions de collectivité (impressions d’ensemble ayant perdu leur

sentiment de cohérence) que ne cesse de surdéterminer le paranoïaque. Le

paranoïaque traque les impressions d’ensemble de toutes ces nostrités, que

ce soit celles du lien amoureux ou celles du clan, de la tribu ou du lieu de

travail. Ces impressions d’ensemble sont reprises dans des distorsions

interprétatives jusqu’à ce que la production d’un thème délirant vienne

constituer une nouvelle «réalité» dotée d’une prétendue cohérence.

2) En second lieu, la nostrité est utile pour éclairer la dimension

charismatique de certaines personnalités pathologiques comme le Typus

Melancolicus, selon H. Tellenbach, personnalité hypernormale, hantée par

les normes de l’espace commun qui font pour lui véritablement monde, et la

transgression des normes, synonyme de sortie du Monde. Ce Ty p u s opère

en réalité une sorte de rabattement de la mondéité sur l’ensemble des

normes du champ social. Le charisme33 est une détermination de la nostrité,

pathologique ou non. La question de son caractère pathologique est affaire

de proportion. Elle est une relation intrasubjective avec le besoin de

s’occuper du groupe, de s’y adonner en attitude protectrice 34. La faillite de

cette relation à la chose commune engage alors tout l’être de celui qui

s’adonne et produit les thèmes de honte vis-à-vis de la collectivité, en

réalité du Soi-collectivité qui s’était formé. C’est alors l’être-en-arrière-de-

soi mélancolique, une faillite ontologique en face de quoi la mort peut

apparaître comme un moindre mal. La désolation mélancolique est aussi

perte d’un monde par indignité. Un monde, il faut le préciser, qui n’est pas

dévalorisé, mais au contraire survalorisé, porté trop haut, jamais vu dans la

moindre contradiction ni ambiguïté, jamais perçu dans ce qu’il a de négatif.

Point de nihilisme mélancolique; le mélancolique veut se donner la mort,

comme moindre mal, parce qu’il est indigne de ce monde.

3) En troisième lieu, cette nostrité vient à se manifester dans

l’addiction et la personnalité alcoolo-dépendante, à deux niveaux.

Pour mieux comprendre cette question, il faut partir du couple

enserrement-élation (délivrement). A l’origine de toutes les addictions se

trouvent des micro-tensions, qui font appels à être délivrés par la fusion

d’élation. Ce ne sont pas des angoisses proprement dites et les anxiolytiques

ne les guérissent pas. Ce sont plutôt des vécus d’impatience, d’attentes

d’événement, d’ennui, de besoin d’action, d’atonie, qui sont mieux définis

par ce qui les abolit : l’élation en tant qu’esquisse de fusion, de ce dont on

est séparé. Comprise comme fusion avec la chose commune plutôt qu’avec

un objet isolé, elle permet de voir que ce qui lui fait opposition est une sorte

de vécu de séparation, au sens large, de cette chose commune. L’appel de la

chose collective est traité ici par le produit d’addiction, l’alcool le plus

souvent, ou le cannabis, qui en est proche. Près de la chose collective se

déchargent les tensions intérieures. L’addiction est une histoire de la tension

qui se forme et se décharge à son point de fusion. Cela constitue la balance

dysphorique entre l’angoisse du monde commun vécu éloigné et enfin

retrouvé (réalisant l’ivresse). L’addiction réalise cet appel des autres, bien

distinct de l’appel de l’autre.

Nous retrouvons précisément cette question dans la personnalité alcoolo-

dépendante, et cela à deux niveaux.

Dans son comportement ordinaire, d’abord et dans l’expérience d’élation

ensuite. L’une prépare déjà l’autre, ce qui éclaire la trame sous-jacente entre

l’intrasubjectif et l’intersubjectif. Ainsi dans l’élation, jubilation du monde

retrouvé (précisons: comme d’un être-avec retrouvé), cette nostrité vient à

se manifester comme réponse à une séparation préalable des autres, une

perte des autres dans l’habitation du monde. Le rapport que nous avons (ou

que nous n’avons pas) à la chose collective dans l’ivresse est une des

expressions concrètes de cette situation simple. L’ivresse alcoolique,

solitaire ou non, pousse à son extrême la question de la fusion dysphorique

non pas avec un chacun, mais avec le Nous. C’est le vécu d’ambiance

alcoolique, disposition nostrique remplie de cet appel aux autres.

Dominique Pringuey a éclairci cette question d’une façon décisive35 dans le

problème de la nostrité alcoolique.

4) Nostrité, ivresse alcoolique et ivresse cannabique. La relation de la

nostrité aux autres toxiques est bien différente : la dimension de nostrité est

présente d’une façon différente dans l’élation cannabique. Cette élation cannabique contient encore une dimension jubilatoire mais différente; plus

personnelle, beaucoup moins partageable car elle est tempérée par une

certaine indifférence. La composante du Nous ensemble retrouvé est moins

marquée dans l’élation cannabique que dans celle qu’offre l’alcool.

L’élation cannabique retire la tension d’opposition du monde mais est peu

ou inconstamment jubilatoire. Elle ne vise pas la collectivité humaine du

partage du boire, demeurant plus personnelle. Sa première qualité pour ceux

qui s’y adonnent est de retirer la pesanteur des tensions de l’instant et du

besoin d’agir (son effet sur les manifestations impulsives est une des raisons

de son succès). Elle fait une certaine anxiolyse, partielle, coûteuse en effets

secondaires certes, mais nullement négligeable. Cela explique son rôle dans

la sédation de certaines angoisses et de la tension d’impulsivité (préparant

la ruptivité) chez certains patients. Cependant, cet effet anxiolytique de

surface est médiocre car il produit un apragmatisme, de telle sorte que son «

résultat » thérapeutique est globalement négatif.

– Il est possible de donner diverses caractéristiques fondamentales à

l’ivresse cannabique, en tant que forme de la présence.

– la présence cannabisante en tant qu’élation est tout d’abord «

antidialectique». L’expérience de l’ivresse cannabique abolit les tensions

internes. Tout est en paix avec tout; plus rien ne s’oppose et ne se construit

en s’opposant. Tout est compossible sans s’exclure. De là l’apaisement

cannabique, vie momentanément sans conflit ni lutte. Toute ivresse

desserre.

Là où il y a jubilation dans l’alcool, l’ivresse cannabisante produit un

ricanement d’étonnement. L’étonnement cannabique se formule en ces

termes; « alors, c’est donc ainsi ? ». Il y a désubjectivation critique au profit

d’une position méta qui permet à l’usager son «ricanement» spécifique.

Position méta et ricanement requièrent la même obliquité. Et «ricaner »

n’est pas rire; la jubilation cannabique est celle d’un spectateur sans action,

qui ne participe pas vraiment à la scène qu’il reçoit. Il recherche au

contraire une participation lointaine et inactive. Contrairement à celle

induite par le cannabis, la jubilation alcoolique fait rire ou porte au rire,

entre autres effets. C’est une jubilation participative dans l’ivresse

alcoolique, sans prise de distance au monde et au groupe, sans grande

distorsion des perceptions non plus.