Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

III La mienneté de soi et ses altérations phénoménologiques dans la psychose

III. LA MIENNETÉ DE SOI ET SES ALTÉRATIONS PHÉNOMÉNOLOGIQUES DANS

LA PSYCHOSE

 

À elle seule, la question de la mienneté (mineness) de Soi offre

quasiment un paradigme à la psychopathologie phénoménologique17. Il se

formule ainsi: la psychose est une altération de « l’inhérence à soi du soi».

Elle est altération de la capacité à tisser la continuité spatiale de soi à soi, au

fil de la différence qui s’établit de soi à soi; à faire les différentes

réidentifications que l’expérience exige.

Avant d’engager la question sur un plan psychopathologique, disons bien

les immenses difficultés préalables à ce concept. Ces difficultés passent par

toute l’histoire de la pensée, dans la mesure où la question de

l’appartenance à soi (celle du mien au mien) n’est pas libre de choix

ontologiques, théologiques et éthiques. On ne peut évoquer tous ces choix

ici. Tout juste en quelques lignes pouvons-nous formuler certaines

questions. Être mien signifie-t-il que nous nous appartenons à nous-mêmes

à la façon dont on possède une chose? Ou, encore, que nous sommes

simplement porteurs d’une présence, plus originaire que nous, qui ne fait

que traverser notre être (nommée la personne dans la tradition

existentialiste et personnaliste chrétienne 18, nommée aussi illéité chez E.

Lévinas 19) ? De sorte, nous ne nous appartenons que relativement, ce qui

n’est pas sans poser des problèmes bio-éthiques. Gardons donc à l’esprit

que le mien et le propre sont toujours problématiques.

L’origine du problème est assez récente dans la psychopathologie. Elle

vient de la phénoménologie de M. Heidegger et passe par la notion de corps

propre chez M. Merleau-Ponty. Suivant A. Ballerini et G. P. Di Piazza20,

nous trouvons la question chez Jaspers et, à sa suite, chez Kurt Schneider et

Minkowski. Citons un passage assez dense pour éclairer cette généalogie «

Jaspers, après avoir opposé phénoménologiquement la conscience des

objets à la “conscience du Moi”, définit dans son domaine la “conscience

d’activité du Moi”, comme en définitive le fondement de la “conscience

d’exister”, même d’exister en tant qu’agent et centre actif de la propre

sphère mentale, en d’autres termes comme “ipséité”. K. Schneider souligna

la plus grande utilité à des fins psychopathologiques de l’aspect concernant

“l’appartenance au Moi” (Meinhaftigkeit) dans le cadre du sentiment d’activité du Moi, dont la perte est le noyau des expériences