Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

IV Phénoménologie clinique

celles de l’abandon, du renoncement, parfois celle de l’anticipation

destructrice de l’échec pour n’avoir plus à lutter. Une historialité

pathologique s’instaure, distillant sa tardivité voire sa terminalité. On

imagine bien leurs discours : que cette randonnée n’avait pas de sens en

elle-même, ce qui compte est de marcher et non point son but, etc.

Le vécu historial de terminaison peut gagner l’action. C’est ce qui se

passe dans l’abandonnisme où l’anticipation de la terminaison gagne la

partie. Pressentant la fin, ou l’échec, la lutte s’épuise et la temporalité

s’infléchit sans se battre. C’est alors contre la séduction de l’épuisement

que se débat la fatigue.

 

IV. PHÉNOMÉNOLOGIE CLINIQUE

 

La fatigue a différentes formes qu’il convient de différencier. La plainte

de fatigue ressemble à celle de la souffrance et peut être incluse dans le

registre des souffrances. Cependant, contrairement à la souffrance, qui peut

se valider de certaines douleurs cliniquement connues ou de certains faits

souffrants, cette plainte de fatigue peut être invérifiable. La barrière de la

corporéité et celle de l’altérité ne nous permettent pas d’en vérifier le

fondement physique. Comme la plainte de souffrance 7, celle de la fatigue

peut faire l’objet d’une névrotisation ou, plus précisément, d’une

hystérisation, cela d’autant plus qu’il existe à l’horizon de la question de la

fatigue le vieux problème de la pigritia, de paresse. Ce qui est désigné

comme paresse existe. Sa place dans le territoire psychologique est

problématique car elle appartient davantage au registre éducatif ou psycho-

éducatif. C’est bel et bien une incapacité à rassembler les efforts et l’énergie

en vue de l’action. C’est aussi un désir de non-action ou une lassitude dans

l’action car l’action « coûte » de la peine; c’est une « absence de motivation

» prétendant se justifier en elle-même, qui refuse de considérer que nous

organisons nous-même nos motivations d’existence. Elle réapparaîtra dans

notre propos avec sa vieille cousine l’acédie, autrefois péché capital comme

l’est encore théologiquement la paresse.

Pour éclairer les vraies fatigues de la dépression et des fausses fatigues, il

faut analyser le vécu corporel dans la fatigue. Une certaine pertinence de la phénoménologie se joue sur ce point. La phénoménologie, si elle veut