Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

A) La fatigue physique sans épuisement psychique

valider ses compétences, doit être capable de différencier plusieurs formes

de fatigue et aider au partage du psycho-physique dans son phénomène. Il

va sans dire que ce partage de ce qui est physique dans la fatigue et de ce

qui est psychique est fondamental. Être fatigué ou ne pas l’être est une des

interrogations les plus communes de la quotidienneté.

La phénoménologie clinique peut discerner cinq vécus de fatigue, selon

les modalités d’altération des vécus originels du valoir, du pouvoir et aussi

les modulations du couple temporalité/historialité : la pure fatigue physique,

les réactions historiales d’abandonnisme, la fatigue psychogène non

dépressive, le sentiment corporel dépressif et les fatigues de conjuration ou

de rumination.

 

A) La fatigue physique sans épuisement psychique

 

L’affectation isolée du vécu de pouvoir est le propre de la fatigue

physique. Ce qui est affecté est le déploiement du Je peux à l’intérieur de sa

structure. Il est affecté sans être aboli mais reste présent comme forme

structurante.

Le je peux de la fatigue rencontre une pesanteur et donc un

emprisonnement physique-psychique. La volonté de dépasser la fatigue

peut s’exercer dans une certaine mesure. Cela se produit alors que le monde

reste normalement valué, chargé de sens. Le vécu de fatigue physique altère

peu l’expérience de valoir originaire; tout juste la met-elle à l’épreuve. Le

monde reste comme tel, chargé de sens. Il est simplement physiquement

inatteignable.

L’affectation pure du vécu de pouvoir, seule la mélancolie médicale le

réalise.

La simple fatigue physique réduit strictement la capacité physiologique

du possible mais pas sa structure phénoménologique, le proto-vécu de

possible des choses qui nous intéresse ici. Celui-ci conserve la structure

temporelle de la normalité.

La fatigue, simple endurance d’un présent qui n’est pas délivré par un

futur normalement investi, peut au long cours se dépressiver, mais c’est

alors un autre phénomène assez rare. La temporalité fatiguée ne touche pas

normalement l’avoir-été, à savoir la relecture du passé.