Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

C) Les réactions abandonniques et la fatigue

Pour autant, la prescription d’antidépresseur peut être parfois utile; les

antidépresseurs sont souvent de vrais anxiolytiques et, hors de l’effet des

antidépresseurs sur le noyau temporel, tiennent une grande part de leur

efficacité comme tels. On ne devra pas négliger la dimension anxieuse (soit

primaire, soit secondaire à l’inactivité) dans la constellation paradépressive,

car l’inactivité crée de l’angoisse ou de l’anxiété, dérégule la relation

d’attente inhérente aux événements. L’inactivité et ses grands espaces sans

temps sociaux font émerger de l’anxiété comme les grands espaces créent

de l’agoraphobie20. Plus encore, l’anxiété étant une pathologie de la

préparation de l’action, s’il n’y a pas résolution dans l’action, l’évacuation

de l’anxiété ne se fait pas aisément.

Il ne faut pas cependant écarter la possibilité d’usage de ce groupe de

psychotropes. Les antidépresseurs, par leurs effets psychostimulants ou

sédatifs (permettant de réorganiser les horaires de vie), par leurs effets

stabilisateurs neuro-thymiques, peuvent contribuer à une amélioration du

tableau paradépressif.

Les paradépressions justifient à ces divers titres une prise en charge

médico-psychologique, cela d’autant plus que ces éléments de

paradépression ne se rencontrent pas toujours d’un seul bloc. La

paradépression se découvre par fragments, partiellement, se résout et

réapparaît au décours de toutes sortes d’événements de vie.

 

C) Les réactions abandonniques et la fatigue

 

On différenciera méthodiquement, et ici assez brièvement, une réaction

spécifique à la fatigue, celle dite abandonnique – c’est à dire une réaction

d’abandon, ou de laisser-aller passif –, du sentiment corporel de fatigue

simple.

L’abandonnisme est un appel de fin qui déstructure l’expérience, avant

son accomplissement. C’est une fuite en avant pour accélérer son cycle;

sitôt entrevue la fin, elle est anticipée. La fatigue appelle cet abandon mais

ne le dicte pas. Notre randonneur fatigué va chercher dans ses dernières

ressources de quoi tenir jusqu’au bout de l’étape. Cela appartient à une

psychologie de la volonté de se surpasser et de faire reculer certaines

limites du possible. Chacun est équipé différemment pour repousser ces

limites.