Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)
III La présentation d’autrui et l’expérience contact
montré J. Gabel 16.
Cet inconstituable de nature prépsychologique, nous ne le rencontrons
jamais à l’état pur. Il va servir de support aux autres manifestations d’autrui.
Autrui ne peut nous être connu que par des identités de rôle, des aspects de
sa personne, des positions de rencontre, des modes d’engagement affectif
susceptibles de changer. Ce sont des données provisoires. Tant que nous
sommes dans le temps du récit, un certain bouleversement de ce qu’est
quelqu’un, ou de ce qu’il a été, peut se produire, faisant que l’appréhension
de cet autrui s’en trouverait affectée. Aussi, ne puis-je jamais ultimement
résumer ce qu’est quelqu’un à ce qu’il est comme idem.
Certaines pathologies de l’intersubjectivité résultent de cette crise de
l’idem et de l’alter. Alors, nous sommes incapables dans de telles crises
d’éprouver distinctement l’idem d’autrui de son alter. Nous rabattons (ou
réduisons) l’être d’autrui à son idem sans pouvoir appréhender qu’autrui
n’est jamais seulement celui-là, (cette identité de rôle-là) que nous
éprouvons. Autrui nous apparaît totalement dans une sorte de surproximité,
excessive à supporter. Car, pour que nous puissions constituer normalement
autrui, et être en relation simple et profonde avec lui, il faut que nous
puissions en permanence décoller son idemité de son ipséité, dans une
séparation de moi à lui qui soit celle d’un véritable alter.
III. LA PRÉSENTATION D’AUTRUI ET L’EXPÉRIENCE CONTACT
Dans le monde du Vivre humain, tel qu’il s’exprime en
psychopathologie, toute rencontre commence par une expérience de
contact.
La dimension de contact inclut une première expressivité d’autrui en
même temps qu’une première tonalité de partage du moment intersubjectif.
Elle est ensuite nécessairement recouverte par notre projet de monde, qui
reprend les données de cette première apparition d’autrui pour aller vers ce
qui est l’objet de sa rencontre. Dans la normalité, cette première expérience
esthétique d’autrui ne compte guerre, sinon dans les phénomènes de
séductions ou d’antipathies provisoires, par contre elle est déterminante en
psychopathologie.
Le contact ne dure guère mais ne s’éteint jamais totalement; il peut
toujours se reprendre, se redéterminer. À travers ce moment, assez
spécifique aux identités de rôles, il nous est possible de laisser se composer
une ipséité.
Il faut inscrire cette apparition d’autrui dans le travail de reconnaissance
des formes ou types de la présence. Être conscient, faire présence, c’est
reconnaître autant au plan des identités de rôles (ce qui nous intéresse ici)
que de l’ipséité. Et reconnaître, par définition, c’est retrouver des types, du
déjà-connu. Voilà bien l’œuvre esthétique: percevoir des formes et restituer
leurs ressemblances, dissemblances et les significations affectives qu’elles
portent.
Dans la pathologie, ce moment peut perdurer; ainsi par exemple dans la
gêne névrotique où cette dimension de contact ne s’abolit pas.
Normalement, ce contact se reprend dans une expérience plus profonde et
assez différente, qui est la constitution d’autrui. La pathologie de la
première ne signifie pas nécessairement celle de la seconde. La rencontre
névrotique peut être assez pathologique de prime abord puis se reprendre et
ne point empêcher qu’un véritable autrui soit constitué (et, précisons-le,
éventuellement contourné, méprisé, etc., mais absolument constitué). Nous
sommes dans l’impressionnabilité névrotique, principalement hystéro-
phobique, mais aussi obsessionnelle.
Cette présence en pure apparition ne concerne pas que le récepteur que
nous sommes à l’apparition d’autrui (le contacté). Le patient (le contactant)
peut aussi l’avoir intégrée et se tenir en apparition d’une façon particulière
pour autrui. Son apparition devient stable sur un mode figural: les exemples
d’une telle expérience en sont le maniéré qui s’est perdu dans l’identité de
rôle de son image apparaissante. Il ne se vit que dans la puissance de ce
moment expressif de contact pris comme moment d’apparition pour autrui
toujours renouvelé, le croit-il, sans voir qu’une apparition inlassablement
renouvelée dans l’instant tourne à la saturation ridicule pour autrui. À côté
du maniéré, on peut décrire le sophistiqué qui compose le savant moment
unique ou si préservé de son apparition, sachant bien mieux que l’histrion
ménager l’occupation de l’espace intersubjectif. Le sophistiqué apparaît,
sature de figuralité son aréopage, puis s’en esquive bien vite. Il ménage
ensuite une certaine position d’apparition toujours tangentielle pour mieux
cultiver son maigre capital de nouveauté. Nous pouvons renvoyer.