Introduction À LA Psychopathologie Phénoménologique. Tome 1: Fondements et principes généreaux. Corporéité et mienneté. Névroses et personnalités pathologiques. ... (Phénoménologie) (French Edition)

A) la notion d’immaturité

bien distinguer dépendance et immaturité.

 

– De même, le noyau paranoïaque et les tendances schizoïdes ne le sont

pas. D’autres organisateurs sont en cause. Il n’empêche qu’immaturité et

noyau paranoïaque peuvent se donner ensemble dans certaines

configurations.

 

A) La notion d’immaturité

 

Elle doit être mieux précisée sur le point précis de sa relation à la notion

de dépendance affective. Elle n’est pas synonyme de cette dépendance.

Dans certains cas, il y a même possibilité de dépendance affective (au sens

des personnalités évitantes) sans immaturité dans les identités de rôle qui

sont bien assumées, voire trop bien assumées (hantise de la transgression).

La dépendance affective semble être une conséquence d’une immaturité

affective et veut répondre à une crise préalable dans l’autonomisation des

rôles. La dépendance affective est une configuration structurelle stable alors

que l’immaturité affective reste un organisateur général, donc non abouti et

en attente de s’organiser. Cependant, la plupart des immaturités affectives

ne se donnent pas de cette façon: celles des psychopathes, notamment, celle

des personnes s’adonnant aux addictions, etc.

 

B) La notion de déterminant structurel des personnalités

pathologiques

 

Elle doit être éclaircie préalablement car elle a fonction de mettre en série

l’immaturité avec d’autres organisateurs de mêmes niveaux.

L’immaturité sera en l’occurrence, le principal déterminant de ces

personnalités. On va la retrouver principalement dans les manifestations

abandonniques, les caractéropathies psychopathiques, les personnalités

passives dépendantes, les pathologies de dépendances principalement

alcooliques, etc.

La notion de déterminant structurel des personnalités pathologiques n’est

pas simple à manier épistémologiquement, car les autres déterminants

possibles de ces personnalités (fragilités dysphoriques, relations aux espaces intermédiaires, les fragilités valuatives, désorganisations

pulsionnels et mauvaises organisations des distances interpersonnelles,

notamment) ne sont pas de même niveau et peuvent s’intriquer ensemble.

Ainsi, immaturité et dépendance vont souvent ensemble mais peuvent être

associées à des troubles dysphoriques, à une mauvaise modulation des

distances intersubjectives. De la même manière, les psychopathies graves et

certaines personnalités borderlines peuvent associer et cumuler tous ces

troubles d’organisation (de désorganisation). Nous sommes dans une

perspective phénoméno-structurale qui ne dit pas le sens ultime des

«raisons» de cette organisation mais ne fait qu’indiquer les lignes fractales

de rupture.

Un déterminant serait une donnée structurale susceptible de générer une

crise d’insertion dans le champ social, dans la relation au corps et à la

temporalité. Chacun de ces déterminants réalise à lui seul une fragilité

structurelle empêchant l’investissement du rôle, le mettant vite au bord de

l’abandon, de son non-sens, ou de son délaissement. Ils sont atemporels

(strictement synchroniques) mais on en lit les effets dans ces accidents de

parcours de vie qui caractérisent les personnalités pathologiques (cf.

chapitre suivant). Ainsi les manifestations de personnalités pathologiques

renvoient chacune à un ou plusieurs déterminants. Certains de ces

déterminants peuvent être pensés phénoménologiquement comme proches:

ainsi des fragilités dysphoriques (de l’humeur de résonance aux espaces

intersubjectifs) et des relations générales au nous. Les deux relations

aprioriques sont dérivées l’une de l’autre (traiter l’appel ou le refus de la

nostrité en soi) mais doivent être bien distinguées, car la fragilité

dysphorique peut s’éprouver aussi isolément.

Les notions de fragilité axiologique, de pathologie de l’immédiateté et

celles de mauvaises modulations des distances affectives seront comprises

plus précisément dans l’analyse des modes d’être de ces personnalités.

Disons cependant que cette fragilité axiologique désorganise la stabilité des

ancrages élémentaires dans l’agréable/désagréable, la relation d’attirance

immédiate, la relation à son propre plaisir et donc la distance que chacun

peut établir avec celui-ci. Ainsi, le sujet, peu apte à organiser une relation

de fond dans ses investissements d’existence est rendu plus vulnérable aux

remplisseurs axiologiques immédiats, tel le sucré, les appels de nourriture

hypercalorique, les anxiolytiques et les toxiques, qui provoquent des flashs de décontraction totale. En l’absence d’ancrage d’existence dans des