Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)
Partie II
OceanofPDF.com
CHAPITRE 11
À l’aube de l’année 1628, Yexi, Xiaoli et moi quittâmes la capitale pour prendre la route de Ningyuan, l’un des derniers bastions Ming à se dresser de l’autre côté de la Grande Muraille, sur la côte est de l’empire. Je me souviens du jour de notre départ comme s’il s’agissait d’hier. L’hiver avait drapé la région d’un manteau de blanc étincelant et le froid était tel que mon souffle, restreint par mon écharpe, se condensait sur mes cils en petits cristaux de glace.
Le climat ne se prêtait pas à un voyage organisé vers le nord, particulièrement avec les nuages sombres qui s’amoncelaient à l’horizon, mais j’avais tout de même insisté pour prendre la route sans attendre.
Debout au sommet d’une butte aux côtés de mes compagnons, j’observais avec une émotion indéfinissable les hommes traverser les portes de Shuntian en rangs de quatre. L’empereur avait mis un peu plus de cinq cents soldats à ma disposition. Cinq cents. C’était si peu. Mais Youjian avait été formel ; notre expédition était une mission diplomatique, une opération de sauvetage peut-être, mais certainement pas une déclaration de guerre. Il aurait été malvenu de pénétrer dans les terres jurchens avec une armée.
— Qui aurait cru que nous partirions de la capitale avec une telle escorte, murmura Xiaoli.
— J’aurais préféré en avoir davantage, répondis-je.
— Ou mieux encore, pas du tout, ajouta Yexi en me jetant un regard sombre. Nous aurions voyagé bien plus rapidement à nous trois.
— Considérons-les comme une précaution. Tant que nous ignorons les projets du Khan en ce qui concerne Taiyang, nous ne devons fermer la porte à aucune possibilité.
Les aveux de Madame Ke nous avaient permis de dresser un tableau pour le moins détaillé du plan de Wei Zhongxian, mais les intentions des ravisseurs étaient aussi énigmatiques pour elle que pour nous. D’après la vieille femme, le Grand Eunuque avait souhaité inciter une guerre civile en utilisant le nom des Jurchens pour asseoir la légitimité de Taiyang en tant qu’héritier du trône. Affaibli et isolé, l’empereur n’aurait eu d’autre choix que de faire appel à lui pour reprendre le contrôle de son gouvernement. Nul ne connaissait les rouages de la cour mieux que Wei, l’homme qui avait dirigé le pays dans l’ombre pendant des années.
L’eunuque avait-il sincèrement prévu de s’arrêter après avoir regagné les faveurs de Youjian ? Impossible d’en être certaine à présent qu’il était mort, mais j’étais persuadée que ce n’était pas le cas. Quelques années plus tôt, Wei avait tenté de faire de son neveu un empereur afin de continuer à gouverner lorsque son premier pantin, Youxiao, deviendrait trop indépendant. Taiyang avait-il été sa véritable cible ? Si les revendications des Jurchens avaient convaincu une partie de la cour qu’il était bel et bien le fils du précédent empereur, peut-être n’était-ce pas une idée si aberrante que cela.
Une chose était sûre ; le Grand Eunuque ne se serait pas contenté d’un second rôle bien longtemps.
Et sans la trahison des Jurchens, peut-être aurait-il réussi à prendre place sur le trône.
— Si le Khan décide d’amener Taiyang dans son palais, alors les soldats pourront nous être utiles, déclarai-je. Et si ce n’est pas le cas, il sera toujours possible d’aviser. Allons-y. Le voyage vers Ningyuan sera long.
Yexi et Xiaoli acquiescèrent et je fis quelques pas vers ma monture, une jument brun-roussâtre à l’allure majestueuse. C’était la première fois depuis Shaoxing que je me retrouvais responsable d’un cheval et cette pensée m’évoquait avec une nostalgie persistante le jour où j’avais rencontré Colza, dans la cour de la villa Shen. Je me rappelais encore à quel point j’avais été intimidée par sa taille et sa force, ou les secondes qui s’étaient écoulées avant que je n’ose la toucher. Je me souvenais que Ruoyan avait été à mes côtés, un sourire amusé dansant sur ses lèvres. Ma timidité soudaine avait été une source d’hilarité pour lui au cours des semaines qui avaient suivi. Une autre vie. Presque malgré moi, mon regard tomba sur la besace attachée à la selle. J’y avais glissé la tablette funéraire de mon premier époux en préparant mes affaires, la veille. Cela avait été plus fort que moi. Une décision irréfléchie, et sans doute irrationnelle, mais je n’avais pas eu le courage de m’en séparer.
Avec un soupir, je mis le pied à l’étrier et me hissai sur le dos de l’animal tout en faisant signe à mes compagnons de me suivre sur le sentier. Je pouvais d’ores et déjà voir une silhouette solitaire se détacher du cortège pour venir à notre rencontre, les épaules soulignées par l’armure étincelante qu’il avait gagnée avec son nouveau titre de capitaine.
C’était la seconde chose pour laquelle l’empereur s’était montré inflexible. Wanglin.
Lorsque je lui avais demandé de mobiliser une partie de ses troupes, Youjian avait accepté à la condition qu’elle soit encadrée par un commandant en qui il avait parfaitement confiance. Un intermédiaire entre les hommes et moi. Car si les soldats obéissaient à Wanglin, ce dernier, lui, me devait le respect dû à un fonctionnaire impérial.
— Conseillère, me salua notre capitaine en me voyant trotter dans sa direction. Vous nous rejoignez enfin.
Son ton avait quelque chose de sarcastique, mais c’était une amélioration en regard de toutes les fois où il m’avait affublée du titre de concubine. Mes yeux s’attardèrent sur son visage marqué par les combats et je tâchai de me convaincre qu’il saurait se montrer un allié au cours des semaines difficiles que nous allions traverser. La présence de Wanglin faciliterait les échanges et empêcherait les soldats de lutter contre la chaine de commande.
Tant qu’il était d’accord avec mes ordres.
— Combien de temps jusqu’à Ningyuan, capitaine ? demandai-je en guidant mon cheval vers le talus.
— Avec une troupe de cette taille, je dirais une dizaine. Mais nous risquons d’être plus lents avec le froid. Nous devrons nous arrêter en chemin, pour renouveler nos réserves de vivres.
— Ne tardons pas, dans ce cas.
※
Jamais encore je n’avais posé les yeux sur une ville telle que Ningyuan. Située dans la baie du Liaodong, entre la montagne et la mer, la cité se dressait de toute sa hauteur au cœur du seul terrain praticable à des lieues à la ronde. C’était là que les Jurchens avaient tenté de forcer les défenses de l’empire, là que leurs armées s’étaient fracassées contre les soldats du Fils du Ciel année après année sans jamais parvenir à dépasser la frontière. Loin dans le sud, Shaoxing et Hangzhou jouissaient d’une quiétude ininterrompue depuis des siècles et même Shuntian, malgré ses impressionnants murs d’enceinte et ses tours de garde, ressemblait plus à un miracle d’ingénierie qu’à une ville en guerre.
Ningyuan n’était rien de tout cela. Ningyuan était une place forte.
Nous en eûmes un premier aperçu dès le jour de notre arrivée. La muraille crénelée qui protégeait les habitants était endommagée par endroits, témoin de la violence des combats qui avaient été livrés à ses pieds. La campagne environnante n’était qu’herbe rase et végétation brûlée aussi loin que portait le regard, car il ne fallait surtout pas donner aux ennemis un moyen d’échapper à l’œil attentif des sentinelles. Ces dernières gardaient d’ailleurs les remparts par dizaines, massées autour d’énormes canons dont les silhouettes se découpaient contre le gris du ciel. L’ensemble dégageait une impression de malaise et de danger qui me glaçait le sang.
— C’est un honneur de vous avoir parmi nous, conseillère, m’accueillit l’homme qui était venu à notre rencontre aux portes de la cité.
— Tout l’honneur est pour moi, général Yuan.
J’avais déjà croisé Yuan Chonghuan à l’occasion du sacre de Youjian, quelques mois plus tôt, mais nous n’avions alors échangé que quelques mots. Le général était âgé d’une quarantaine d’années, avec des sourcils arqués et une fine barbe qu’il taillait avec une attention toute particulière. Sa silhouette osseuse n’avait pas de quoi intimider au premier abord, mais j’avais appris qu’il était l’un des stratèges les plus redoutables de l’empire.
— Souhaiteriez-vous étudier notre artillerie de plus près ? s’enquit notre hôte en suivant mon regard. Vous semblez fascinée.
— Oh ! sursautai-je. Je… Je me disais simplement que vos murs avaient l’air imprenables.
— J’aime à croire qu’ils le sont. Ningyuan est essentiel à la protection de l’empire. Cela fait des années que nous repoussons les attaques des Jurchens, et nous comptons le faire encore longtemps.
— Le Fils du Ciel vous sait gré de votre sacrifice.
L’homme laissa échapper un petit rire satisfait et me fit signe de le suivre le long des pavés enneigés qui reliaient le fort et la muraille externe. De chaque côté de la grande rue, les boutiques en pierre avaient été reconverties en cantines et dortoirs pour les soldats de cette ville transformée en caserne militaire. Je pouvais en compter des centaines rien que dans ce quartier-ci, les épaules drapées de laine ou de nattes de paille tressées pour se protéger des températures glaciales. Aucun d’eux n’avait l’air particulièrement ravi de l’arrivée de cinq cents nouvelles recrues qui devraient partager leurs rations. La vue de leurs visages pleins de crasse et rougis par le froid m’ébranla profondément, mais le général les dépassa sans leur prêter attention.
Un peu plus loin, ce fut au tour de l’odeur métallique du sang de me prendre à la gorge. Sur ma gauche, la rue s’ouvrait sur une allée secondaire au fond de laquelle étaient attachées les carcasses d’animaux qui serviraient au repas du soir. Xiaoli poussa un cri de dégout en étudiant les rigoles écarlates que le sang avait creusées dans la neige et pressa la manche de son manteau contre son nez. Ce n’était pas la première fois que nous étions témoins d’une telle scène, mais la quantité de viande nécessaire pour nourrir une armée rendait l’opération cauchemardesque.
— Veuillez nous excuser, fit le général en me faisant signe de me hâter. Ce n’est pas un spectacle que vous devez avoir l’habitude de voir.
— De combien d’hommes disposez-vous ? demanda Wanglin.
— Près de dix mille entre ces murs, et tout autant répartis dans les forts environnants.
— Et à combien s’élèvent les troupes jurchens ?
— Bien plus, répondit le général d’un air sombre. Mais nous aurons le temps de parler de tout ça après nous être restaurés. Suivez-moi. Vos éclaireurs sont arrivés il y a quelques jours pour m’expliquer les grandes lignes de votre mission. Je voudrais vous présenter quelqu’un.
À l’intérieur du fort de Ningyuan, dans une salle de réception aux murs dénués de tout ornement, nous attendaient deux soldats à l’allure impeccable. Le premier, âgé d’une cinquantaine d’années, avait les yeux enfoncés et un visage rond mangé par une barbe clairsemée. Le deuxième avait l’air très jeune, moins de vingt ans selon mon estimation. De taille moyenne, il avait des traits aimables, d’épais sourcils et un nez droit. Son armure était plus simple que celles des deux autres soldats, ce qui indiquait probablement un rang d’officier inférieur.
— Conseillère, me saluèrent les deux hommes en inclinant légèrement le buste lorsque je pénétrais dans la pièce escortée de Wanglin, Yexi et Xiaoli.
— Laissez-moi vous présenter le général Zu Dashou, responsable des forces armées de Ningyuan, déclara Yuan Chonghuan en me désignant le premier officier. Ainsi qu’une de nos dernières recrues, Wu Sangui, dont le rôle est de recueillir et organiser les rapports de nos espions sur le terrain. Grâce à son travail, nous avons un aperçu global de la situation en terre ennemie. Messieurs, voici Jade, diplomate à la cour de Shuntian, dépêchée ici par le Fils du Ciel pour une mission de la plus haute importance, ainsi que le capitaine Hu Wanglin qui commande son escorte.
Je n’étais pas tout à fait sûre d’apprécier le ton qu’il venait d’employer, mais je décidai de ne pas m’y attarder. Il avait pris ma défense devant les ministres lors du sacre de l’empereur ; je pouvais lui accorder le bénéfice du doute. Et puis, quand bien même il se moquait de moi, il n’était pas grand-chose que je pouvais faire en représailles. En cet instant, j’étais celle qui avait besoin de leur aide.
— Merci général, répondis-je en m’inclinant à mon tour. J’espère pouvoir profiter de vos conseils.
— Yuan Chonghuan est le gouverneur du Liaodong, pas un simple général, rétorqua celui qui m’avait été présenté comme Zu Dashou.
— Oh, je… pardonnez-moi cette erreur d’étiquette, gouverneur.
— Ne vous en faites pas, me rassura l’intéressé en balayant d’un geste la remarque acerbe de son confrère. Et si vous nous expliquiez ce que vous attendez de nous ? Nous avons été prévenus de votre arrivée, mais ni le courrier de l’empereur ni vos éclaireurs n’ont été très clairs à propos de vos intentions.
Tout en parlant, le gouverneur me désigna poliment le fauteuil, mais je secouai la tête. Je me sentais déjà si petite et si insignifiante face à ces hommes de guerre ; je ne voulais pas prendre le risque d’accentuer encore leur avantage sur moi. Debout au milieu de la pièce, je croisai les bras et me lançai dans la description des évènements qui avaient eu lieu dans la capitale.
— Je vois… fit le gouverneur Yuan après avoir écouté mon histoire sans m’interrompre. Le Khan et sa cour se sont réfugiés entre les murs de Shenyang pour la saison froide. De toute évidence, c’est là qu’ils auront amené l’enfant. L’endroit est plus facile à défendre qu’un petit village, ou un camp perdu dans les steppes.
— Shenyang ? répétai-je en fronçant les sourcils.
— C’était son nom jusqu’à ce que les Jurchens s’en emparent il y a trois ans, m’informa le plus jeune de mes interlocuteurs. Vous la connaissez sans doute sous le nom de Shenjing, désormais.
— La capitale des terres jurchens, n’est-ce pas ?
— Oui. Cinq cents li au nord-est.
Cinq cents li. Un peu plus de soixante lieues. Mon cœur s’emballa à l’idée que Taiyang était si proche.
— Ce n’est qu’une supposition, à ce stade, raisonna Zu Dashou.
— Non, mon oncle, insista Wu Sangui. Le dernier courrier que j’ai reçu de mes espions faisait état de préparatifs pour la livraison d’une cargaison précieuse. Nous pensions qu’il s’agissait d’armes à feu, mais…
— Ce serait donc le prince héritier ?
— Taiyang n’est pas le prince héritier, les coupai-je d’une voix acerbe.
Les trois officiers se tournèrent vers moi avec un regard circonspect. Je ne comprenais pas pourquoi l’empire tout entier semblait se satisfaire de cette explication simpliste quant à la parenté de mon fils. Était-il donc si improbable aux yeux des hommes que l’empereur m’ait gardée près de lui pour autre chose que réchauffer son lit ?
— Je me doute que le Khan aura rapidement vent de ma présence ici, alors ne perdons pas de temps en discussions inutiles, repris-je en serrant les dents. Vos espions, à Shenjing… Sont-ils fiables ?
— Oui, répondit Wu Sangui. Nous les avons sélectionnés parmi nos soldats les plus braves et les plus loyaux.
— Pourront-ils découvrir où se trouve Taiyang au sein de la cité ?
— Je…
— Même s’ils le pouvaient, nous interrompit son oncle, que comptez-vous donc faire de cette information ? Mettre le siège devant les murs de Shenjing ? Au beau milieu de l’hiver ? Vos troupes ne survivraient pas une semaine dans ce climat. Les défenses de Ningyuan ont repoussé près de cent mille Jurchens lors de leur dernier assaut et Shenjing est tout aussi bien gardée. Vous n’avez aucune chance.
Le ton condescendant avec lequel le général Zu venait de parler fit se hérisser les cheveux de ma nuque. Sur ma droite, Yexi porta instinctivement la main à la poignée de son épée, un geste qui ne passa pas inaperçu aux yeux de nos hôtes. Quelques années plus tôt, sans doute aurais-je fait de même. Mais je savais désormais que la colère et la rancune, même justifiées, ne serviraient qu’à les conforter dans leurs préjugés.
Luttant contre mon envie de laisser parler ma frustration, je fis quelques pas vers la table afin de me saisir d’une tasse de thé dans le silence. La fatigue du voyage pesait lourdement sur mon esprit, mais si je voulais me faire respecter de ces officiers, je devais agir de façon stratégique et non succomber à la tentation du règlement de comptes. Finalement, un sourire aux lèvres, je reposai ma tasse et me tournai vers mes interlocuteurs.
— Sun Zi ne dit-il pas que le général qui ordonne à ses troupes d’assiéger son ennemi a déjà perdu ? fis-je en citant l’Art de la Guerre. Il ne me viendrait pas à l’idée de douter de la parole d’un tel sage. La meilleure façon de franchir les défenses de Shenjing n’est pas une attaque frontale, mais une diversion.
Face à cette réponse inattendue, Zu Dashou et Wu Sangui haussèrent les sourcils d’un air surpris.
— Une diversion ? répéta le gouverneur Yuan en m’étudiant d’un ton curieux.
— Une diversion, oui. Si je me présente devant sa ville avec une troupe, le Khan ne sera-t-il pas obligé de réagir ? De venir à ma rencontre, ne serait-ce que pour entendre mes revendications ? Et pendant que son attention est focalisée sur moi, certains de mes soldats pourront s’infiltrer dans la cité afin d’entrer en contact avec vos espions.
— Prévoyez-vous de faire sortir l’enfant de la ville avec uniquement quelques hommes ? demanda Zu Dashou en tournant son regard vers Wanglin qui observait la scène en silence, un sourire amusé sur les lèvres.
Je pensais Yexi capable de réussir cette prouesse à lui seul, mais mes convictions ne seraient sans doute pas suffisantes pour les officiers de Ningyuan.
— Le Fils du Ciel a dépêché ses meilleurs soldats pour cette mission, répondis-je. N’est-ce pas, capitaine Hu ?
— La priorité de l’empereur est de tirer le fils de la conseillère des griffes du Khan, acquiesça Wanglin. Nous sommes prêts.
— Quoi qu’il en soit, nous ne pourrons pas parvenir à notre but sans l’aide de vos espions, conclus-je en ramenant mon attention vers Zu Dashou et Yuan Chonghuan. Connaissez votre ennemi aussi bien que vous vous connaissez vous-même et vous pourrez mener des centaines de batailles sans jamais subir la moindre défaite.
— Une citation digne d’un bon général, approuva le gouverneur Yuan.
Je ne pus retenir une bouffée de fierté devant le fait que la condescendance avait entièrement disparu de sa voix.
— Acceptez-vous donc de m’aider ?
— Un bon général connaît son ennemi, conseillère. Un maître général discerne clairement les moments où il faut se battre de ceux où il ne le faut pas.
— Que voulez-vous dire par là ?
— Votre plan ne manque pas d’audace, je vous l’accorde. Mais même si l’attention du Khan reste sur vous, l’enfant sera toujours sous bonne garde. Dans l’état actuel des choses, il sera difficile pour un petit groupe d’hommes de parvenir jusqu’à lui sans sonner l’alarme. Si vous vous montrez patiente, en revanche… Connaissez-vous l’affinité des Jurchens pour la chasse ?
Déstabilisée par le changement de sujet, je jetai un regard vers Xiaoli et Yexi qui se tenaient près du mur avant de me rappeler qu’ils ne pourraient pas me venir en aide dans un contexte aussi officiel que celui-ci.
— J’ai entendu dire que les Jurchens s’adonnaient parfois à des expéditions de plusieurs semaines, déclara Wanglin. Est-ce ce à quoi vous vous référez ?
— Oui. Chaque année, à l’arrivée des beaux jours, le Khan emmène une grande partie de son armée dans les steppes. C’est une tradition qui perdure depuis des siècles et qui lui permet de tester la réactivité de ses formations militaires sur le terrain. Il sera bien plus facile de faire sortir l’enfant de la ville à ce moment-là.
— C’est impossible, gouverneur ! m’exclamai-je en frappant la table du poing. Mon fils est… Mon fils est juste là, à quelques jours de route. Comment pourrais-je… Comment pouvez-vous me demander d’attendre plusieurs mois ?
— Si ces quelques mois étaient la différence entre la victoire et la défaite, votre patience n’est-elle pas un prix qui vaut la peine d’être payé ?
OceanofPDF.com