Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)

Ellie Ariny · Chapitre 6 sur 49

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Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)

Chapitre 3

 

— Votre Majesté !

Wanglin fut le premier d’entre nous à reprendre ses esprits. Les yeux écarquillés, il croisa les mains devant son visage et se laissa tomber à genoux pour poser le front sur le sol, aussitôt imité de mes compagnons et moi.

— Votre Majesté ! s’exclamèrent Yexi et Xiaoli d’une voix tremblante.

— Votre Majesté ! répétai-je avec un battement de cœur de retard.

Youxiao était mort. Cela faisait de Youjian un empereur.

Dans le silence tendu qui suivit, Taiyang se mit à couiner d’indignation sur son coussin et je sentis l’attention du jeune homme se tourner vers lui. Je pouvais sans peine deviner les pensées qui étaient en train de traverser son esprit en cet instant. L’enfant pouvait-il vraiment ne pas être le fils illégitime de son frère ? Était-il en présence d’un autre prétendant au trône ?

— Youjian… commençai-je d’une voix étranglée.

— Silence ! m’interrompit aussitôt son garde du corps.

— Non, Wanglin. Laisse-la parler. Relevez-vous.

Je m’exécutai en prenant soin de garder mon calme.

— Je vous fais le serment que le père de cet enfant n’est pas l’empereur, Votre Majesté. Et je ne compte absolument pas…

— Je sais, me rassura le jeune homme en faisant un pas vers moi. Je sais. Vous vous êtes montré mon alliée à maintes reprises, Jade. Je n’ai aucune raison de me méfier de vous aujourd’hui. Mais cela ne change rien. La vérité importe peu, à la cour. L’enfant va semer le doute quant à la légitimité de la succession, et c’est un risque que nous ne pouvons pas courir.

— Si vous souhaitez me voir quitter la capitale, je le ferai. Je ne désire rien de plus que de vous être utile. Mais…

— Mais ?

Nerveuse, je jetai un coup d’œil vers la porte de mon salon en songeant à ce qui était en train de se passer à l’extérieur. Youjian était intelligent, je le savais. Mais il était également très jeune. Certaines choses qui me paraissaient évidentes lui échappaient peut-être encore. Si j’avais été à sa place, en cet instant précis, Taiyang aurait été le dernier de mes soucis.

— Parlez, ordonna le nouvel empereur.

— Votre Majesté est fort clairvoyante de s’inquiéter de ce que penseront les courtisans une fois que vous serez assis sur le trône, déclarai-je en m’inclinant respectueusement. Mais il est possible que vous soyez en train de négliger un problème plus pressant encore.

— Assez, Jade. Je n’ai pas besoin de toutes ces cérémonies, soyez franche avec moi s’il vous plait.

— Wei Zhongxian.

Les sourcils de Youjian se foncèrent sur son visage, une expression bien sérieuse sur ses traits figés entre le garçon et l’homme.

— Le Grand Eunuque ? Pensez-vous qu’il va essayer de m’empêcher de gagner la capitale ?

— J’en suis persuadée.

— En l’absence d’héritier, le mandat du ciel me revient ! Il n’a pas le droit de faire une chose pareille !

— Ce ne serait pas la première fois que l’eunuque Wei cherche à manipuler la succession de l’empire, lui rappelai-je. Vous savez déjà qu’il a réussi à convaincre l’empereur défunt de le laisser décider lequel de ses fils serait amené à monter sur le trône. Votre prédécesseur est mort sans héritier, cela va sans doute le ralentir, mais cela ne l’arrêtera pas pour autant. Que se passera-t-il si vous ne vous présentez jamais pour prendre ce qui vous revient de droit ?

— Je suppose que les ministres placeraient un autre prince sur le trône. Le fils d’une concubine mineure de mon père.

— Un enfant, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Et qui serait le plus à même de devenir son conseiller personnel ? Qui connaît les politiques de votre prédécesseur dans les moindres détails ? Wei a des espions partout, Votre Majesté. Et il sait que vous ne lui faites pas confiance. Si vous vous asseyez sur le trône, sa carrière est finie. Son influence, perdue. Il a tout à gagner à vous couper l’accès à la capitale. Les hommes, dehors, vous sont-ils fidèles ?

Comprenant enfin mon allusion, Youjian fit un pas en arrière, les poings serrés le long de sa tunique. De l’autre côté de la pièce, Wanglin brandit son épée, comme si les soldats risquaient de se précipiter au travers de la porte pour attenter à la vie de leur souverain.

— Ils ont été dépêchés à la demande de l’empereur défunt, confirma Youjian d’une voix sombre. J’ignore à qui ils obéissent.

— Vous devez retourner au palais sans perdre la moindre seconde, répondit Wanglin.

— Cela va de soi, approuvai-je. Vous devez partir sur le champ. Voyager le plus vite possible, dans le secret, et ne révéler votre identité que lorsque vous serez devant les portes du palais. En présence de témoins.

— Mais… l’escorte pose-t-elle vraiment un risque ?

La note de panique dans la voix du jeune empereur me transperça le cœur. Il était facile, quand on discutait avec Youjian, d’oublier qu’il avait à peine plus de quinze ans. Son charisme et son courage lui donnaient une aura majestueuse qui masquait la crainte qu’il devait ressentir face à cette situation inattendue. Son statut de prince avait été dangereux, bien sûr, mais ce n’était rien en regard de ce qu’il aurait à affronter à partir de ce jour. Il lui revenait désormais de reprendre le contrôle d’un gouvernement corrompu et de redresser la barre d’un pays à la dérive. D’imposer sa volonté à des ministres qui avaient près de quatre fois son âge. De trier parmi ses courtisans qui lui serait fidèle et qui rapporterait ses moindres faits et gestes à un homme s’agrippant désespérément au pouvoir. Et il n’avait, pour le soutenir dans ces tâches, qu’un nombre d’alliés dérisoire.

Comment pouvais-je le laisser à son sort ?

Une succession de coups rapides nous fit tous sursauter. Le cœur battant à toute allure, je fis signe à Ahma d’emmener Taiyang dans l’antichambre avant que Xiaoli n’ouvre la porte, révélant un soldat armé des pieds à la tête.

— Nous attendons vos ordres, Votre Majesté.

Poussée par l’habitude, je jetai un regard discret derrière son épaule pour vérifier combien d’hommes étaient présents dans la cour. Depuis ma position, je pouvais en apercevoir une vingtaine, la moitié de l’effectif qui était arrivé la veille. Il m’était toutefois impossible de savoir si les soldats manquants étaient simplement hors de mon champ de vision, ou bien s’ils avaient été déployés autour de ma maison afin de couper l’accès aux issues de secours. Une nuance qui avait son importance.

— Vos hommes sont-ils tous rentrés du village, capitaine Ma ? demanda l’empereur sans rien laisser paraître de son trouble.

— Nous étions sur le chemin du retour quand nous avons entendu les cloches, Votre Majesté. Vous devez vous rendre au palais sans tarder.

— Je vais avoir besoin d’un palanquin.

— D’un palanquin ?

— Ou d’une calèche. Le Fils du Ciel ne peut pas se promener à travers la campagne comme un vulgaire soldat, voyons. Allez au village préparer un coche et nous partirons.

L’homme hocha la tête avant de reculer pour fermer la porte, non sans m’avoir lancé un regard circonspect. Lorsque le silence retomba, je poussai un soupir soulagé.

— Les escortes princières sont sélectionnées parmi les plus valeureux et les plus loyaux des soldats impériaux, déclara Youjian d’une voix sombre. L’accusation que vous portez est grave.

— Ce n’est pas une accusation, Votre Majesté. Je ne connais pas ces hommes, et je n’ai aucun moyen de savoir s’ils ont pour ordre de vous protéger ou de vous tuer. Tout ce que je peux vous offrir est une supposition. Une conjecture de ce que j’aurais fait si je m’étais retrouvée à la place de Wei Zhongxian en cet instant précis. Le Grand Eunuque était un adepte des intrigues avant même votre naissance… C’est un ennemi redoutable, bien plus intelligent que je ne le serai jamais.

— Et que feriez-vous à ma place ? insista le jeune homme en penchant la tête sur le côté.

— Je partirais sur le champ par une porte dérobée en compagnie de votre garde du corps pour acheter des chevaux au village. Ou une charrette avec une bâche à même de vous couvrir. Et je… je demanderais également à Yexi de m’accompagner, car c’est un guerrier redoutable et deux épées valent mieux qu’une.

L’empereur tourna son regard vers Yexi qui tomba aussitôt à genoux, une expression horrifiée sur le visage.

— Votre Majesté ! s’écria-t-il d’une voix étranglée. Je ne peux pas vous suivre et abandonner les femmes de cette maison sans protection. Lorsque les soldats de votre escorte apprendront que vous avez disparu, peu importe qu’ils soient fidèles à Wei ou bien à vous-même, ils ne laisseront personne en vie entre ces murs.

— Nous partirons tous ensemble, dans ce cas, décida Youjian.

Yexi se releva en m’adressant un regard étrange, à la fois réprobateur et admirateur, comme s’il devinait que je l’avais délibérément encouragé à me contredire. Il était essentiel, pour notre relation future, que Youjian comprenne que je ne souhaitais pas imposer mon fils à la cour. Il aurait été bien plus difficile de me montrer convaincante s’il m’avait vue insister pour le conduire moi-même au palais.

— Nous sommes à vos ordres, répondis-je en m’inclinant. Nous devrions pouvoir quitter la propriété par la porte du jardinier et rejoindre le village. Mais de là, il nous faudra trouver une façon de gagner Shuntian sans attirer l’attention. Wei aura probablement placé des espions ou des assassins sur le chemin.

— Avez-vous une idée ?

— Je ne me suis jamais rendue à Zhongxin, mais Xiaoli en a eu l’occasion à de multiples reprises.

Nos regards convergèrent vers ma compagne qui baissa les yeux en reculant de quelques pas, comme si la conversation approchait un sujet qu’elle voulait à tout prix éviter.

— Xiaoli ? insistai-je.

— Je…

— Connais-tu quelqu’un qui pourrait nous venir en aide ?

— Je… Oui, je pense.

※

Zhongxin se révéla être un bourg modeste, ouvert aux quatre vents et traversé de ruelles de terre battue. Les maisons étaient basses, masquées derrière des murs d’argile couverts de tuiles et rehaussées de touches de couleurs là où les vêtements séchaient sous le soleil.

Cachée dans les bois en bordure du village, je me forçais à la patience en attendant le retour de Xiaoli et Wanglin. La fuite de l’ancienne propriété jésuite n’avait pas été aussi difficile que je l’avais craint. Nous n’avions même croisé qu’un seul homme que Yexi avait assommé sans un mot afin de pouvoir le trainer dans les buissons.

Je ne pouvais m’empêcher de songer que je venais peut-être de commettre une erreur irréparable. Si le capitaine Ma avait réellement reçu l’ordre de prévenir le retour de Youjian, il aurait certainement assigné des forces plus conséquentes autour de la villa afin de ne pas le voir filer entre ses doigts. La facilité avec laquelle nous avions atteint le village était-elle la preuve que les soldats étaient fidèles au nouveau souverain ? Peu importait. Ce qui était fait était fait et la seule chose qui comptait, désormais, était de ramener le jeune empereur dans la sécurité des murs de la Cité Interdite assez vite pour contrecarrer les plans de Wei Zhongxian.

— Je pense que la disparition du Fils du Ciel a été découverte, gronda Yexi en me faisant signe de le rejoindre pour me désigner la file de gardes qui avaient fait irruption dans la rue principale. Nous aurions dû prendre plus d’armes avec nous, ils ne tarderont pas à fouiller les bois.

— Engager le combat serait un risque bien trop élevé, répliquai-je. Qu’ils travaillent ou non pour Wei ne change rien. Nous venons d’enlever l’empereur et cela est une excuse suffisante pour nous tuer sans même poser de question.

— Ne soyez donc pas si pessimiste, intervint la voix douce de Youjian. Si nous sommes découverts, je leur dirai que c’est de plein gré que je vous ai suivi.

— J’aimerais avoir votre confiance, Votre Majesté, mais les mêlées ne sont pas propices aux décisions réfléchies. Un accident est si vite arrivé. Et s’ils travaillent réellement pour Wei…

— Chut, quelqu’un approche.

Le silence retomba sur notre groupe et je jetai un regard inquiet vers Ahma qui berçait Taiyang contre sa poitrine. Le nourrisson était endormi, mais je savais qu’il pouvait s’éveiller et se mettre à hurler à tout moment, attirant l’attention des villageois ou même des gardes.

— Jade ? appela à cet instant la voix de ma petite Li.

Je tournai les talons le cœur battant. Xiaoli et Wanglin venaient d’apparaitre sur le sentier avec une charrette à deux roues tirée par un cheval fatigué. À l’avant se trouvaient un homme et une femme que je n’avais jamais vus. Lui était large d’épaules, le menton fuyant et les yeux perçants sous d’épais sourcils bien dessinés. Elle était d’une grande beauté, le visage encadré de longs cheveux noirs qu’elle avait serrés dans un anneau de métal au niveau des omoplates. Tous deux portaient des tenues du même tissu bleu-gris couvert d’un tablier qui avait dû être blanc dans une autre vie.

— À qui avons-nous l’honneur ? demandai-je en quittant du regard les inconnus qui me contemplaient avec une expression stupéfaite pour me tourner vers Xiaoli.

— Jiaorui et Ruiqin sont les enfants de l’apothicaire, m’expliqua ma compagne. Ruiqin a préparé toutes les infusions que tu as bues après la naissance de Taiyang. C’est… C’est devenu une amie.

— Ah ?

Je ne pouvais pas m’empêcher d’éprouver une forme de suspicion instinctive envers ces deux individus dont Xiaoli ne m’avait jamais parlé. Mais, ravalant mes incertitudes, je décidai de faire confiance au jugement de ma petite Li. Elle n’aurait jamais fait ce choix si elle n’était pas entièrement sûre d’elle.

— Ravie de vous rencontrer, déclarai-je donc en me retournant vers la charrette. Et merci d’avoir accepté de nous venir en aide.

— Jiaorui devait partir pour la capitale d’ici la fin de la semaine afin de livrer les remèdes préparés par mon père, expliqua la jeune femme en échangeant un regard complice avec Xiaoli. Personne ne s’étonnera qu’il s’y rende quelques jours plus tôt, au vu de la situation. Le chemin vers le palais ne va pas tarder à être pris d’assaut par tous les nobles de la région qui chercheront à assister au sacre du Fils du Ciel.

Je n’y avais pas songé. Mais à bien y réfléchir, au-delà du ralentissement inévitable de notre allure, c’était un détail qui jouerait en notre faveur. Même si Wei envoyait des soldats surveiller les routes, ils ne pourraient examiner chaque cargaison qui passerait les portes de Shuntian au cours des prochains jours, pas alors que tous les courtisans dans un rayon de plusieurs lieues allaient converger vers la capitale.

— Ce sera sans doute dangereux, déclarai-je néanmoins. Je ne souhaite pas vous impliquer sans vous prévenir…

— Le palais vous récompensera généreusement lorsque tout ceci sera derrière nous.

La voix de Youjian ne trahissait pas le moindre effroi. À son apparition soudaine, frère et sœur jetèrent un regard prudent vers Xiaoli qui acquiesça. Ils descendirent alors précipitamment de la charrette pour s’agenouiller à même la cour, les yeux rivés sur le sol. L’envie me démangea de leur intimer de se redresser afin de partir sur le champ, mais je savais qu’il ne me revenait pas de prendre une telle décision. Youjian était empereur désormais. Il me faudrait m’habituer à ce bouleversement des rapports que nous entretenions tous les deux.

— Relevez-vous, ordonna finalement le jeune homme. Nous n’avons pas de temps à perdre.

Ruiqin et Jiaorui s’empressèrent de lui obéir. Le dos toujours courbé, ils firent le tour de leur véhicule afin de déplier la bâche sombre qui nous dissimulerait aux yeux curieux une fois sur les routes.

— Les soldats ont gagné le village, notai-je. Nous laisseront-ils vraiment passer sans fouiller le chargement ?

— Nous devons créer une diversion, proposa Wanglin. Votre eunuque doit se rendre de l’autre côté du bourg pour attaquer les représentants de…

— Hors de question, le coupa Yexi. Je reste ici.

— Mais…

— Nous n’avons pas le temps pour ces enfantillages, intervint le Fils du Ciel. Wanglin, tu iras. Je te retrouverai au palais.

— Je ferai selon vos ordres.

— Si je peux me permettre, suggéra Ruiqin en baissant immédiatement les yeux lorsque l’empereur se tourna vers elle. Votre serviteur ne sera pas suffisant. Les soldats sont à votre recherche. Ils ne quitteront leur poste que s’ils pensent vous poursuivre, vous.

— Ruiqin a raison, ajoutai-je. Quelqu’un doit se faire passer pour vous, Votre Majesté.

— Je le ferai, déclara aussitôt la jeune femme.

— Ruiqin, non ! s’exclamèrent son frère et Xiaoli d’une même voix.

Le regard de ma petite Li était écarquillé par l’horreur. Pourtant, c’était de loin la meilleure solution. Ruiqin était d’une taille semblable à Youjian, et si elle revêtait le manteau de ce dernier, il lui serait facile d’attirer l’attention des gardes présents dans le village. Le problème était qu’elle se mettait ainsi face à un danger plus grand encore qu’en nous accompagnant sur les routes de la capitale.

— Ne fais pas ça, se lamenta Xiaoli en lui prenant la main. Les soldats… Tu risques…

— Je ne vois pas de destin plus digne que celui de mourir pour l’empereur. Laissez-moi vous aider.

— Wanglin la protégera, coupa Youjian d’un ton ferme tout en dénouant sa veste de soie rouge et or pour la tendre à la jeune femme.

Cette dernière s’agenouilla comme si elle était sur le point de recevoir un cadeau divin. Elle enfila ensuite le vêtement d’un geste tremblant avant de libérer ses longs cheveux pour les attacher en un chignon serré sur le haut de son crâne. Et pendant tout ce temps, le regard de Xiaoli ne la quitta pas une seule seconde. Il y avait quelque chose dans son expression que je voyais pour la première fois. Une intensité que je ne lui connaissais pas. Consciente que la scène qui se déroulait devant nos yeux était d’une importance majeure, elle resta silencieuse. Mais je pouvais deviner dans le pli de ses lèvres à quel point cela lui en coûtait.

Je n’avais pas vu Xiaoli souffrir ainsi depuis longtemps.

Yexi sauta à bord de la charrette d’un geste souple, mais alors que j’étais sur le point de le suivre, Ruiqin se tourna vers moi pour me tendre un sachet d’herbe.

— J’ai amené quelque chose pour vous, me confia-t-elle avec un sourire. Enfin, pour le petit. S’il pleure pendant le voyage, placez la bourse près de son nez, cela l’aidera à se rendormir. Vous attirerez moins l’attention.

— Comment… hésitai-je en jetant un regard en coin à Xiaoli.

— Personne ne sait à part moi, m’assura-t-elle en refermant mes doigts autour du sachet. Je vous le jure.

— Merci, Ruiqin. Lorsque tout cela sera fini, retrouve-nous au palais. Je ferai ce qui est en mon pouvoir pour vous rembourser, ton frère et toi.

La jeune femme acquiesça et s’approcha de Xiaoli avec qui elle échangea quelques mots à voix basse. Le visage crispé, ma compagne hocha la tête et lui serra brièvement le bras avant de la laisser partir avec Wanglin.

— Xiaoli… murmurai-je en tendant la main vers elle lorsqu’elle me rejoignit finalement dans la charrette.

— Pas maintenant, m’interrompit-elle.

Et puisque je ne pouvais rien faire pour lui venir en aide tant qu’elle ne souhaitait pas s’ouvrir à moi, je gardai le silence.

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