Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)

Ellie Ariny · Chapitre 41 sur 49

Pages du PDF

Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)

Chapitre 38

 

La présence de Qin Liangyu nous permit de traverser la capitale sans être inquiétés, mais notre chance tourna devant les murs du palais impérial où un bataillon de soldats d’élite nous attendait de pied ferme.

— Je crois que tu as sous-estimé le Fils du Ciel, me souffla Xiaoli en observant les centaines de lances qui se tenaient entre nous et notre destination.

— Peut-être un petit peu.

— On fait quoi, maintenant ?

— Je ne pense pas que nous ayons le choix.

Une main sur les rênes, je me tournai vers la gauche avec une ébauche de sourire, mais mes lèvres se figèrent quand je ne découvris que du vide là où Yexi aurait dû se trouver. Après un long débat houleux, mon compagnon avait finalement accepté de rester au camp avec notre fils. Rien au monde n’aurait pu me persuader de conduire Taiyang droit dans les bras de l’empereur avant d’obtenir l’assurance qu’il ne lui ferait pas de mal. Et si la perspective de fuir en abandonnant tout derrière nous avait été une option réaliste, nous l’aurions envisagée dès la naissance de l’enfant. Non, Yexi savait que je n’étais pas prête à perdre ce que j’avais construit dans ce pays. Ni la vie au palais ni nos terres de Shaoxing. Je m’étais recréé un foyer, ici. Et je ne comptais pas laisser qui que ce soit me l’arracher de nouveau.

— J’accompagne la conseillère Jade du clan Shen auprès de l’empereur, déclara Qin Liangyu d’une voix puissante qui me tira de mes réflexions.

— La conseillère n’est pas la bienvenue dans la capitale.

— Je désire parler au Fils du Ciel, rétorquai-je.

— Le Fils du Ciel n’a que faire des paroles d’une traitresse.

— Je préférerais l’entendre de sa propre bouche si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

— Comment osez-vous !

Les gardes se rapprochèrent d’un pas tout d’abord hésitant avant de s’enhardir en constatant que la générale n’intervenait pas. J’avais obtenu d’elle la promesse qu’elle me conduirait jusqu’à l’empereur pour qu’il écoute mon plaidoyer et décide lui-même de mon sort, mais elle m’avait également dit qu’elle ne prendrait pas les armes contre les siens si nous étions arrêtés. Qin Liangyu était loyale à l’empire. Elle ne me devait rien. Il était inconcevable d’imaginer qu’elle reviendrait sur son serment pour quelqu’un qu’elle ne connaissait qu’à peine.

Je fus la première surprise quand elle fit signe à ses lanciers de se mettre en position de défense.

— Générale ! s’indigna le soldat qui avait parlé un peu plus tôt.

— Capitaine Wu, n’est-ce pas ? Je vous prie d’appeler vos hommes à baisser les armes. Nous ne représentons aucun danger pour ce palais ni pour ses occupants.

— La femme doit être emmenée aux cachots.

— Si c’est l’ordre du Fils du Ciel, il en sera ainsi. Mais elle y sera escortée avec les honneurs dus à son rang et non comme une traitresse ou une criminelle. Vous ne lui ferez pas de mal.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’étais satisfaite de ce développement de la situation, mais c’était toutefois préférable à ce que j’aurais sans doute subi sans son aide.

— Merci, générale, dis-je avec un sourire sincère.

— Le reste dépend maintenant de vous.

— Mais vous respecterez votre promesse ?

— Je préviendrai le Fils du Ciel que vous êtes ici et que vous désirez lui parler.

— Merci.

— Bonne chance, Jade.

Si je survivais à la colère de l’empereur et que l’empire survivait aux Jurchens, j’espérais pouvoir renouer le contact avec cette femme. Elle avait ébranlé ma vision du monde dès l’instant où j’avais posé les yeux sur elle pour la première fois, lors du sacre de Youjian. Je ne souhaitais pas laisser cette étincelle s’éteindre avant d’avoir vu où elle pourrait me mener. Qin Liangyu avait tant à m’apprendre. Mais ce jour n’était pas encore venu.

Plongeant mon regard dans celui du capitaine, je descendis de cheval en gardant la tête haute. Derrière moi, j’entendis Xiaoli et Hyun-yi faire de même. Si je dois me montrer honnête, j’étais sincèrement reconnaissante aux deux jeunes femmes d’avoir refusé de m’abandonner. Je m’en voulais de les mettre en danger, bien sûr, mais leur présence à mes côtés me procurait un sentiment d’invincibilité, une conviction qui serait cruciale dans la suite de nos affaires. La confiance était un élément clé quand on traitait avec des empereurs.

— Je désire parler au Fils du Ciel, répétai-je.

— Vous parlerez au gardien de prison.

— Si c’est ce que le Fils du Ciel a ordonné.

L’homme laissa échapper un rire narquois qui lui aurait sans doute valu une réprimande de la part de ses supérieurs. Dans l’empire Ming, l’évocation même du souverain était suffisante pour provoquer au sein d’une assemblée une manifestation ostentatoire de respect. Je dus me retenir de réitérer ma question en utilisant cette fois le prénom de l’empereur. Youjian ne m’en avait pas expressément donné l’autorisation après son accession au trône et je préférais ne pas alimenter sa méfiance envers moi.

Nous traversâmes les artères d’un palais bien plus silencieux et austère que celui que j’avais quitté deux ans plus tôt. Les statues et les ornements recouverts de feuilles d’or avaient disparu, grattés ou vendus dans un effort pour rallier de nouveaux soutiens militaires. La peinture s’écaillait par endroit, grignotée par les hivers terribles que la région avait vécus. Les serviteurs, également, s’étaient vus drastiquement réduits. J’avais connu les ruelles de la cité impériale débordant d’eunuques et de femmes de chambre, mais c’est à peine si nous en rencontrâmes une trentaine, avançant en petits groupes, le regard morne et fatigué. La guerre avait laissé sa marque sur Shuntian.

— Vous resterez ici jusqu’à ce que le Fils du Ciel en décide autrement, déclara le capitaine en s’arrêtant devant la première cellule d’un bâtiment dans lequel je n’avais jamais pensé être enfermée un jour.

— Ce qui sera très bientôt, car vous irez de ce pas lui dire que je demande à le voir, n’est-ce pas ?

L’homme haussa un sourcil moqueur et nous poussa toutes les trois à l’intérieur. S’il n’avait tenu qu’à lui, Youjian n’aurait jamais été prévenu de ma présence au palais. Cela ne m’inquiétait pas outre mesure. Qin Liangyu m’avait promis qu’elle s’en chargerait elle-même. Je devais simplement me montrer patiente.

— Je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de plus grandiose… annonça Hyun-yi après le départ de l’officier.

— Des prisons impériales ? m’enquis-je avec un sourire amusé.

— Du palais tout entier. J’ai entendu parler de la demeure majestueuse des empereurs Ming depuis mon enfance. Mes parents disaient que c’était le centre du monde. Mais d’après ce que j’ai pu en voir, l’endroit m’a l’air plutôt… défraichi.

— Regrettes-tu enfin de nous avoir accompagnées ? demanda Xiaoli en tournant ses yeux ronds vers la jeune femme.

— Jamais.

— Tu pourrais être à bord d’un bateau qui te ramène chez toi en cet instant.

— Chez moi n’existe plus depuis longtemps.

— Tu pourrais…

Hyun-yi la fit taire en se saisissant de sa main d’un geste ferme. Je ne pus observer ce que son regard disait à Xiaoli, mais cette dernière sourit timidement en réponse et hocha la tête. Leurs mains restèrent liées. En les voyant si proches, je fus prise d’un sentiment de profonde tendresse et me jurai que je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour protéger Hyun-yi. Je ne voulais pas que Xiaoli revive une seconde fois la perte qu’elle avait connue quand la fille de l’apothicaire était morte pour permettre à Youjian de rejoindre la capitale.

— Quand nous sortirons d’ici… commençai-je.

— Si nous sortons d’ici, me coupa Xiaoli avec un rictus moqueur.

— As-tu donc si peu confiance en moi ? Quand nous sortirons d’ici, j’espère que tu considéreras sérieusement rester avec nous, Hyun-yi. Nous pourrons t’aider à ouvrir une officine. Si c’est ce que tu souhaites, bien sûr. Je voulais que tu saches que tu es la bienvenue parmi nous quoi qu’il arrive. J’ai l’impression que notre petite famille s’est agrandie d’un membre depuis que nous t’avons rencontrée.

— Je… Je suis heureuse de vous avoir rencontrées également, répondit la jeune femme en jetant un regard en coin à Xiaoli.

Leurs mains ne s’étaient toujours pas lâchées.

※

Lorsque la porte s’ouvrit, deux jours plus tard, je pensais être prête à affronter tout ce qui se présenterait sur le seuil de notre cellule. J’avais préparé mon plaidoyer, listé mes arguments et débattu avec mes compagnes de ce qui saurait convaincre les soldats de nous conduire à Youjian. Pourtant, les mots me manquèrent en découvrant face à moi la dernière personne dont j’imaginais recevoir la visite.

— Compagne Tian ? soufflai-je sans parvenir à reprendre mes esprits. Que… Que faites-vous ici ?

Xuefeng afficha un sourire satisfait en m’entendant utiliser le titre qu’elle avait gagné auprès de l’empereur au lieu de son nom. Après deux années passées loin de la cour de Shuntian, son air de supériorité éveilla dans mon cœur un sentiment qui s’apparentait presque à de la nostalgie. Je fus pourtant obligée de noter que, malgré sa désinvolture apparente, la jeune femme semblait épuisée. Les traits de son visage étaient tirés et son maquillage peinait à couvrir les cernes sombres qui soulignaient ses yeux.

— Vous avez toujours été une sœur pour moi, Jade, déclara-t-elle d’une voix trainante. Est-il étonnant que je souhaite prendre de vos nouvelles ?

— C’est que cet endroit n’est pas exactement un salon de thé propice à ce genre de retrouvailles…

— C’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment.

Deux soldats la dépassèrent pour tirer le bureau au centre de la cellule et y amener de nouvelles chaises sur lesquelles Xuefeng nous invita à nous asseoir. Lorsqu’elle traversa enfin la pièce pour nous rejoindre, une main sur son ventre, je vis ce que la robe lâche m’avait initialement dissimulé. La jeune femme était enceinte.

— Toutes mes félicitations, fis-je avec un sourire tandis qu’elle prenait place devant nous avec une grimace d’inconfort. Le Fils du Ciel doit être fou de joie.

— Il vient d’avoir une fille, mais les docteurs ont dit qu’il s’agissait cette fois d’un fils. Son pouls est si fort et si vigoureux qu’il se détache aisément du mien.

— Un prince à la mesure de son rang.

— Un prince qui voit sa position remise en cause avant même sa naissance, rétorqua-t-elle d’un ton sec.

Xuefeng avait apparemment décidé de ne pas perdre de temps en platitudes. C’était pour le mieux. La situation était trop urgente pour s’égarer dans un labyrinthe de compliments hypocrites et de critiques sous-jacentes.

— Compagne Tian, déclarai-je en croisant les mains devant moi sur la table, mon fils n’est pas celui de l’Empereur Tianqi et vous le savez aussi bien que moi. Vous étiez là. La relation que j’entretenais avec le précédent Fils du Ciel ne devrait pas avoir de secrets pour vous.

— J’ignore ce qui s’est passé après mon départ. Vous avez donné à votre fils le nom de Shen. Pour quelle raison, sinon pour dissimuler sa parenté ? Je me souviens de la mort de votre époux… Je vivais déjà au palais, à cette époque. Vous n’étiez pas…

— Pour dissimuler sa parenté, oui. Mais pas pour les raisons que vous pensez. Ma seule intention était de garantir qu’il pourrait hériter des terres du clan Shen.

— Et vous deviez pour cela garder l’identité de son père secrète…

— Exactement.

Les sourcils de la jeune femme se froncèrent pendant quelques instants, avant de se hausser si subitement que je faillis sourire. Elle avait deviné. Son regard fouilla frénétiquement la cellule à la recherche de Yexi, l’ombre protectrice qu’elle avait toujours vue planer au-dessus de mon épaule.

— Il n’est pas là, déclarai-je d’un ton ferme, plus pour confirmer ses doutes que pour révéler quelque chose qu’elle était parfaitement capable de constater par elle-même.

— Un fils de soldat ? Le Khan a mobilisé son armée pour mettre le fils d’un misérable soldat sur le trône de l’empire ?

Ma main se referma sur son poignet avec rudesse et je savais que les gardiens de prison m’auraient rappelée à l’ordre s’ils avaient été présents. Mais ils s’étaient retirés, laissant la compagne de l’empereur et son futur enfant en compagnie d’une femme qu’ils considéraient comme une traitresse. Étrange. La pensée m’effleura l’esprit, mais j’étais trop en colère pour lui accorder l’attention nécessaire.

— Prenez garde à ce que vous dites, l’avertis-je. Non, le Khan n’a jamais eu l’intention de mettre Taiyang sur le trône. Il savait exactement qui était son père. Tout ce qu’il souhaitait était d’obtenir le soutien du peuple, d’arriver dans la capitale comme un héros et non comme un envahisseur.

— Cela n’a pas fonctionné.

— Parce que j’ai tout fait pour lui échapper. Demandez à Qin Liangyu si…

— Je ne suis pas ici pour discuter de ces détails.

— Non, en effet. Vous êtes ici pour vous assurer que mon fils ne viendra pas se mettre entre votre enfant et le trône.

Xuefeng porta la main à son ventre avec une grimace.

— Auriez-vous vraiment agi différemment, à ma place ? Je vous ai toujours admirée, Jade. Même lorsque nous nous tenions de part et d’autre d’un champ de bataille. Vous savez ce que vous désirez et vous n’avez jamais hésité à faire ce qui devait être fait pour l’obtenir.

— Même quand vous pensiez que j’avais rejoint la cause des Jurchens, vous voulez dire ?

Au lieu de me répondre, Xuefeng me dévisagea avec un sourire qui n’était pas sans me rappeler son père. La première fois que nos routes s’étaient croisées, dans le jardin de Li Yaorong à Nanjing, elle n’avait pas encore fêté ses quinze ans. Je me souvenais parfaitement de la jeune fille qu’elle avait été, alors. De la façon dont elle se tortillait impatiemment sur sa chaise en parlant de la capitale et de l’empereur. Il n’y avait plus aucune trace de cette enfant dans la femme qui se tenait désormais devant moi. Elle avait été forcée de bâtir une muraille impénétrable pour survivre et se tailler une place dans un monde où les femmes n’avaient que peu de pouvoir.

Nous n’avions pas choisi la même voie, elle et moi, mais peut-être nous ressemblions-nous plus que ce que j’aurais voulu admettre.

— Je ne souhaite pas être votre ennemie, l’assurai-je. Ni à vous ni au Fils du Ciel. S’il daignait seulement m’écouter, il…

— Il serait sûrement disposé à vous recevoir si je le lui demandais.

Autrement dit, elle pouvait m’aider si j’acceptais de l’aider en retour. Xuefeng m’évoquait davantage son père avec chaque seconde qui s’écoulait.

— Qu’attendez-vous de moi, compagne Tian ?

— Que vous quittiez l’empire.

— Hors de question.

— Pourquoi ne repartiriez-vous pas… chez vous, quel que soit le pays qui vous a vu naitre ?

— Parce que ce pays n’est plus le mien depuis longtemps. Je refuse d’abandonner tout ce que j’ai construit simplement pour apaiser des inquiétudes infondées. Taiyang n’est pas le fils de l’Empereur Tianqi, et je n’ai jamais voulu semer le doute sur la succession. L’ancien empereur n’était pas supposé mourir, il était censé vivre de nombreuses années, avoir ses propres enfants et affirmer de lui-même que Taiyang n’était pas son fils. J’ai risqué ma vie pour aider le Fils du Ciel à gagner la capitale. Cela n’est-il donc pas suffisant pour prouver ma loyauté ?

Le visage de Xuefeng s’était tendu à mes mots, mais ce fut Xiaoli qui, la première, comprit que ce n’était pas mon discours qui la mettait dans cet état.

— Êtes-vous souffrante, compagne Tian ? demanda ma petite Li en fronçant les sourcils. Je peux faire appeler les gardes si vous avez besoin d’aide.

— Non. Non, tout va bien. Je dois juste…

Le reste de sa phrase se perdit dans un gémissement étouffé. Ses lèvres crispées étaient devenues presque blanches et sur la table, ses poings se serraient convulsivement. L’inquiétude me gagna malgré moi à cette vue. Sa grossesse ne semblait pas suffisamment avancée pour provoquer des symptômes de cet ordre.

— Appelons les soldats, proposai-je en faisant mine de me lever.

— Je vous dis que tout va bien ! Les guérisseurs du palais m’ont assuré que l’enfant était en pleine santé. Un prince n’est pas un enfant comme un autre, voilà tout. Il est fort. Je dois me montrer à la hauteur.

— La santé de votre bébé est importante, déclara Xiaoli d’une voix douce. Mais la vôtre l’est également. Ne laissez pas les médecins de la cour vous convaincre du contraire. Lorsque Jade était enceinte, je lui faisais boire de la bouillie de riz avec des baies de…

— N’essayez pas de changer de sujet !

La pensée que Xuefeng était terriblement isolée me traversa de nouveau l’esprit. Une concubine, favorite et enceinte de l’empereur, ne disposant ni de ses propres gardes ni de demoiselles de compagnie ? Ce n’était pas seulement étrange, cela allait à l’encontre des règles de la cité interdite.

Avait-elle ordonné à son entourage de ne pas l’accompagner pour cet entretien dont le sujet s’annonçait délicat ? Peut-être ne leur faisait-elle pas confiance. Cela n’aurait pas dû m’étonner, au vu de tout ce qu’elle avait vécu. Après avoir été utilisée par Wei Zhongxian et Madame Ke, avoir perdu la protection de l’Empereur Tianqi et avoir vu son père et ses frères mourir en prison sans parvenir à convaincre quiconque de leur venir en aide, il était naturel que Xuefeng se montre à ce point méfiante.

Je n’avais jamais été seule.

Même dans les moments les plus difficiles, j’avais toujours bénéficié du soutien de Xiaoli, Ruoyan et Yexi. Leur présence à mes côtés avait été une certitude inébranlable. Je n’avais jamais douté de leur loyauté. Xuefeng n’avait pas eu cette chance. Dès l’instant où le destin l’avait précipitée dans le gynécée de Tianqi, elle avait été seule.

Je savais qu’il était dangereux de se laisser aller à la compassion envers un adversaire, mais c’était plus fort que moi. Xuefeng avait dit qu’elle me considérait presque comme une sœur et je pense que, sans l’intervention de son père, le sentiment aurait été réciproque.

— Je ne quitterai pas cette pièce tant que nous ne sommes pas parvenues à un accord, me lança-t-elle en prenant une longue inspiration. N’essayez pas de me faire changer d’avis.

— Loin de moi cette idée.

— Je veux que vous concédiez publiquement que l’enfant n’est pas celui de l’empereur. Devant les ministres et l’ensemble de la cour. Plus de secrets. Plus de complots. Vous réaffirmerez votre soutien au Fils du Ciel et reconnaîtrez que le trône est entre les mains de l’homme que les Cieux ont désigné pour régner sur nous tous.

— Il restera un Shen ?

— Nous trouverons un moyen de falsifier les dates des archives avant que quelqu’un ne commence à poser trop de questions. Mais si le doute subsiste, alors vous révélerez sa véritable parenté, peu importe ce qu’il adviendra de vos terres dans le sud. C’est bien compris ?

— Et si j’accepte, vous persuaderez l’empereur de m’écouter ?

— Je vous y accompagnerais moi-même.

— Dans ce cas, j’accepte.

Xuefeng se releva avec un sourire ravi avant de pivoter sur ses talons pour traverser la pièce et frapper à la porte de la cellule.

— Attendez, protestai-je en me redressant. La situation est urgente, quand pensez-vous pouvoir convaincre l’empereur de nous recevoir ?

— Maintenant, répondit-elle d’un ton malicieux.

Tirant un rouleau de plaquette de sa veste, elle tendit la main vers le soldat qui venait de la rejoindre sur le seuil.

— Emmenez les prisonniers aux bains et donnez-leur des vêtements propres. Le Fils du Ciel les attend dans le Pavillon de l’Harmonie Suprême.

Elle s’était jouée de moi. La pensée me fit presque sourire. Je n’avais après tout rien promis d’autre que ce que je comptais faire depuis le début. Tournant mes yeux vers Xiaoli et Hyun-yi, je leur fis signe de passer devant moi.

— Zhongxin, souffla Xiaoli en s’arrêtant brièvement devant la concubine.

— Pardon ?

— Dans le village de Zhongxin se trouve un apothicaire. Demandez à voir Jiaorui. Son père et lui ont été d’une aide précieuse lorsque Jade était enceinte.

Xuefeng ne daigna pas répondre, mais son regard stupéfait suivit ma petite Li lorsqu’elle sortit de la cellule avec Hyun-yi.

Une fois dans le couloir, mon cœur accéléra le rythme au souvenir de la dernière fois que j’avais misé tout mon avenir sur un entretien avec le Fils du Ciel, après l’assassinat de mon époux. Tant de choses avaient changé, depuis. J’avais perdu mon titre, la protection de l’empereur et le sentiment de sécurité que m’offrait Yexi. J’étais une traitresse aux yeux du pays qui m’avait adoptée. Mais je n’étais pas seule, et j’étais plus résolue que jamais.

La partie n’était pas encore terminée.

 

OceanofPDF.com