Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)
Chapitre 14
— Vous devriez rester ici, à l’abri.
Je relevai brusquement les yeux vers le visage austère de Wanglin qui s’était approché de moi pendant que j’inspectais nerveusement le contenu de mon sac. C’était la troisième nuit consécutive que Sangui disparaissait dans l’obscurité à la recherche de son espion et mon anxiété ne faisait que grandir. Ces choses-là prenaient du temps, m’avait promis le jeune homme. Le campement était gigantesque et nous n’avions aucun moyen de deviner à l’avance l’endroit exact où le soldat venait monter la garde tous les soirs. Il nous suffisait de persister dans nos efforts.
Mais comment pouvais-je me montrer patiente alors que mon fils était si proche ? Et comment pouvais-je, qu’avait donc dit Wanglin ? Rester à l’abri ?
— Hors de question, rétorquai-je d’une voix ferme.
— Je ne plaisante pas. Lorsque le jeune Wu reviendra avec son contact, nous devrons agir sans perdre la moindre seconde. Je mènerai un groupe à l’intérieur du campement et…
— Et j’en ferais partie.
— Vous nous mettrez en danger.
Abandonnant la besace sur le sol, je me redressai pour toiser mon interlocuteur sans me laisser intimider par son expression irritée
— Je viens avec vous.
— C’est de la folie. Votre garde du corps peut nous accompagner si vous y tenez vraiment, mais vous resterez ici avec deux de mes soldats. Ils vous protégeront.
— Si rester à l’abri avait été une option depuis le début, ne pensez-vous pas que je serais encore à Ningyuan, en train de vous attendre ? N’ayez crainte, je ne vous ralentirai pas.
— Là n’est pas le problème, conseillère. Vous ne pourrez pas vous fondre dans la masse si nous étions découverts.
Son regard se perdit un instant en direction de ma tresse blonde et je dus réprimer un commentaire désobligeant. Je n’étais pas la seule qui échouerait à passer inaperçue une fois à l’intérieur du campement. Wanglin et ses hommes avaient beau ressembler davantage aux Jurchens que moi, il n’en restait pas moins qu’un coup d’œil aux longs cheveux sombres qu’ils avaient tous refusé de raser suffirait à convaincre qu’ils étaient des imposteurs. Dans l’obscurité de la nuit, vêtue des uniformes qu’avaient portés les soldats tombés devant les murs de Ningyuan quelques années plus tôt et la tête enfoncée dans une calotte bordée de fourrure, je ne voyais guère de différence entre mon escorte et moi.
— Capitaine ! héla quelqu’un dans notre dos. Ils sont de retour.
Ils. Je me sentis tressaillir et la dispute avec Wanglin s’effaça aussitôt de mon esprit. La seule personne que nous attendions était Sangui et si quelqu’un l’accompagnait, cela signifiait qu’il avait enfin retrouvé son contact. Le cœur battant à toute allure, je pivotai sur les talons pour faire face aux silhouettes qui avaient fait leur apparition à l’orée de notre campement provisoire.
Wu Sangui était plongé en pleine discussion avec un homme que je ne reconnaissais pas, les cheveux rasés à la façon des Jurchens et les épaules couvertes d’une armure de plaques teintes en bleue. Son allure avait quelque chose de terrifiant, mais lorsque je vis ses yeux s’écarquiller de stupeur en se posant sur moi, je n’aurais su dire lequel de nous deux était le plus déstabilisé par l’autre.
— L’enfant est bien ici, déclara Sangui en guise de salutations. Voici Cheng Yao. Il m’a confirmé que nous étions au bon endroit. Mais sa tente est gardée.
Il serait impossible de dépeindre avec exactitude le mélange de soulagement et de nervosité qui s’empara de moi à ces mots. Tournant brièvement la tête vers Yexi et Xiaoli, je pris une longue inspiration pour calmer les battements de mon cœur avant de ramener mon attention sur l’espion.
— Cheng Yao ?
— Madame.
— Mon fils est-il en bonne santé ?
— Je ne l’ai vu que de loin, madame, mais il semblait en parfaite santé.
— Vous avez dit qu’il était sous surveillance ? nous interrompit notre capitaine d’un ton impatient.
Wanglin n’avait pas exagéré en affirmant qu’il ne souhaitait pas perdre la moindre seconde. Au moins un sujet sur lequel nous étions parfaitement d’accord.
— Il l’est, répondit l’espion. Mais pas autant qu’à Shenjing. Plusieurs nourrices logent dans sa yourte pour veiller sur lui et deux hommes montent la garde devant la porte toute la nuit.
— Ne pouvons-nous pas découper le tissu de la tente pour nous faufiler à l’intérieur hors de vue des sentinelles ? demandai-je.
Cheng Yao secoua la tête d’un air désolé.
— Le pourtour des yourtes est constitué d’un treillis en bois sous la toile. Les planches pourraient sans doute être brisées si vous disposiez de plusieurs minutes, mais ce ne sera pas possible avec les nourrices. Elles vous entendront et appelleront les autres en renfort. Vous ne parviendrez pas à ressortir du camp en vie.
— Existe-t-il un moyen de détourner l’attention des gardes ?
— La relève a normalement lieu peu de temps avant l’aube. Si l’un de vous m’accompagne, nous pourrons les devancer de quelques minutes et nous faire passer pour eux. Les soldats seront épuisés après leur nuit blanche, il sera facile de les convaincre d’aller fermer l’œil un peu plus tôt que d’habitude. Vous devrez tout de même vous débarrasser des nourrices, mais cela sera moins difficile, à l’abri de la yourte.
J’adressai un regard hésitant à notre capitaine qui hocha la tête.
— Nous enverrons une dizaine d’hommes. Les autres resteront aux alentours du camp pour couvrir notre fuite. Il nous faudra trouver des armures en meilleur état afin de ne pas attirer l’attention.
— J’en ai dissimulé plusieurs dans les bosquets des environs en prévision de ce jour.
— Parfait, répondit Wanglin avant de jeter un coup d’œil vers moi. Mes soldats assureront votre sécurité pendant que no…
— Xiaoli restera ici pour aider à préparer notre fuite, mais je viens avec vous.
— Conseillère…
— Je viens avec vous.
Comme s’il existait la moindre chance que je revienne sur ma décision.
※
Pas à pas, notre groupe progressa dans le silence le plus complet à la suite de Cheng Yao qui semblait connaître les rondes des sentinelles sur le bout des doigts. À trois reprises, il nous intima de nous cacher derrière une tente d’un geste de ses doigts osseux et à trois reprises, nous aperçûmes une paire de soldats épuisés nous dépasser sans un regard. Aucun d’eux ne prêtait une attention scrupuleuse à leur environnement, comme si l’idée même de danger était si saugrenue que leurs réflexes en étaient émoussés.
Après d’interminables minutes, notre guide nous ordonna de nous arrêter sous un abri non loin d’une yourte blanche gardée par deux hommes en armure.
— Celle-là ? articulai-je sans prononcer le moindre son.
Cheng Yao acquiesça et fit signe à Yexi de le suivre pour la première partie de notre plan. Wanglin n’avait pas été ravi de laisser ce rôle à mon compagnon, mais il avait fini par s’incliner devant sa volonté de fer. Je n’étais pas la seule à savoir me montrer obstinée.
Nichée derrière une caisse, j’observai les deux hommes se rapprocher de la tente et échanger quelques mots à voix basse avec les sentinelles en luttant contre une angoisse sourde. À cette distance, Yexi était parfaitement anonyme sous son armure, mais je ne pouvais m’empêcher de craindre le pire. J’avais arrêté de respirer. Finalement, les gardes hochèrent la tête avant de s’éloigner en haussant les épaules.
Ce fut comme si l’air retrouvait enfin son chemin vers mes poumons.
— Restez près de moi, murmura Wanglin lorsque la voie fut libre.
Je lui emboitai impatiemment le pas pour rejoindre la tente qui luisait presque à la lueur de la lune. Mon fils. Si proche. Ma gorge était nouée à la pensée que je pourrais bientôt le tenir entre mes bras.
Nous étions si près de parvenir à notre but.
Si près.
Ce fut le regard de Yexi qui, avant tout le reste, m’informa que notre plan avait échoué. Lorsque je vis ses yeux s’écarquiller et sa main se porter par réflexe à sa ceinture, quelque chose se brisa dans ma poitrine. En quelques instants à peine, le campement silencieux fut envahi par un concert de bruits dissonants ; le bruissement de la toile qu’on soulève, le cliquetis du métal en mouvement. Les murmures. Nous n’étions plus seuls.
Je pivotai sur mes talons, les doigts serrés autour de la poignée de mon épée, prête à défendre chèrement ma vie. Des dizaines de Jurchens étaient en train d’émerger des tentes environnantes, armés de la tête aux pieds comme s’ils nous attendaient depuis des heures. Comme si le Khan avait prévu que nous tenterions de nous infiltrer dans son camp pour sauver Taiyang. Mon cœur s’arrêta de battre dans ma poitrine. Bien sûr qu’il l’avait prévu.
— Non ! hurla Yexi dans mon dos.
L’exclamation de mon amant fut aussitôt masquée par un tonnerre de cris de surprise. Oubliant les troupes ennemies qui nous cernaient de toute part, je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule pour découvrir que des flammes avaient commencé à lécher le tissu de la tente où se trouvait Taiyang. Quelqu’un avait mis le feu à la yourte.
— Non, non non !
L’armée jurchen s’effaça d’un seul coup. C’est à peine si je remarquai que Yexi et l’espion avaient quitté leur poste pour se ruer à l’intérieur. Mon esprit tout entier était focalisé sur le feu qui gagnait du terrain avec chaque seconde et chaque pas que je faisais dans sa direction.
Taiyang. Je devais sauver Taiyang.
J’étais presque arrivée devant l’ouverture lorsqu’une épée s’abattît sur mon flanc gauche. Répondant à un instinct aussi vieux que le monde, je fis une grande enjambée pour lui échapper et raffermis mon emprise sur ma propre arme afin de tenir tête au Jurchen qui m’avait attaquée. Mais mon corps se figea quand la personne revint à l’assaut et que je reconnus l’homme qui se tenait derrière la lame.
Wanglin.
※
Le choc provoqué par cette découverte me pétrifia. Hébétée, je ne pus faire autrement qu’observer l’épée fondre sur moi dans un silence assourdissant. Dans mon esprit se succédaient les images de Wanglin lorsqu’il était venu à notre aide après nos déboires avec l’eunuque Wei quelques années plus tôt, ou même lorsqu’il s’était mis en danger sans la moindre hésitation pour nous permettre de rejoindre le palais après la mort de l’empereur. Mais ce n’était pas moi qu’il avait voulu protéger, ce n’avait jamais été moi. C’était Youjian.
Mes doigts se crispèrent sur la poignée de mon arme, mais il était déjà trop tard. La lame du soldat n’était plus qu’à quelques pouces de mon cou. Je n’avais aucune chance de l’arrêter. Alors que tout semblait perdu, une silhouette percuta Wanglin et l’entraîna au sol d’un coup violent à la mâchoire. Quand il se releva sur des jambes flageolantes, je reconnus Wu Sangui, les traits déformés par une surprise à la hauteur de la mienne.
Que se passait-il ?
Je n’en avais pas la moindre idée.
Le regard du jeune homme se posa brièvement sur moi avant d’être attiré par un mouvement derrière mon épaule. Sans réfléchir davantage, je me jetai sur le côté, évitant de peu l’épée d’un nouvel assaillant qui tomba lui aussi à terre, une flèche plantée entre les yeux.
J’aurais été incapable de dire qui l’avait tirée.
La bataille faisait rage tout autour de moi et les flammes répandaient dans la nuit une horrible odeur de brûlé. Brandissant mon arme, je parcourus la scène du regard, luttant pour comprendre qui se battait contre qui. Yexi avait disparu à l’intérieur de la tente de Taiyang et je ne savais pas ce qu’il était advenu de lui. Le cœur battant à toute allure, je m’élançai pour le rejoindre quand une main se referma comme un piège sur mon épaule.
— Qui êtes-vous ? interrogea l’inconnu dans un mandarin âpre.
Au lieu de lui répondre, je pivotai sur les talons pour le frapper de ma lame. Mais l’homme bloqua mon attaque avec un juron et entremêla ses jambes aux miennes dans un mouvement fluide qui me fit basculer en arrière.
Ma tête heurta le sol avec un bruit sourd, et pendant quelques secondes, je fus incapable de comprendre ce qui m’arrivait. Le souffle coupé, j’ouvris les paupières en plissant les yeux pour dissiper la lumière blanche qui s’attachait à mes rétines. Il me fallut compter jusqu’à dix pour m’apercevoir que l’inconnu se trouvait désormais au-dessus de moi et que c’était son bras, et non la chute, qui m’empêchait ainsi de respirer.
— Ne bougez pas, gronda-t-il lorsque je remuai pour échapper à son étreinte. Je ne veux pas vous faire de mal.
— Vous… articulai-je d’une voix rauque. Vous me faites déjà mal.
Ses yeux sombres s’écarquillèrent légèrement et il relâcha la pression. Avec ce regain de liberté vint une bouffée d’air frais qui se propagea dans ma gorge comme une vague réparatrice. Sans même réfléchir, je fis un nouveau geste pour me redresser, mais mon assaillant était jeune et vigoureux, sa poigne bien trop solide pour que je puisse m’en dégager.
— Qu’avons-nous là ? appela un autre Jurchen d’une voix caverneuse qui semblait se répéter en écho entre les tentes.
— Je pense qu’il s’agit de la mère, Grand Khan, répondit mon geôlier sans me quitter des yeux.
— Voyons, Dorgon, laisse-la se relever. Est-ce là une façon de traiter nos invités ?
Le Khan apparaissait si calme qu’il était facile d’oublier que nous nous tenions au milieu d’un champ de bataille. Mais à peine m’étais-je fait cette réflexion que je dus me rendre à l’évidence ; le chaos du combat s’était tu. Quelques minutes avaient suffi aux Jurchens pour reprendre le contrôle. Anéantie, je me laissai faire lorsque le dénommé Dorgon se saisit de mon bras pour me remettre brusquement sur pieds et tournai la tête de tous les côtés à la recherche des miens.
Nos soldats encore en vie avaient tous été faits prisonniers. Plus loin, près des tentes, je pouvais distinguer les silhouettes de Sangui et Wanglin allongées sur le sol, mais la distance et la pénombre m’empêchait de voir s’ils étaient simplement blessés ou s’ils étaient morts. De Yexi ou Taiyang, il n’y avait aucune trace. Je n’eus pas le temps de réfléchir à ce que cela signifiait, car sur un signe du Khan, Dorgon tira un poignard de sa ceinture et me plaqua contre son torse pour le poser bien en évidence sur mon cou.
— Parce que ceci est une meilleure façon de traiter vos invités ? demandai-je entre mes dents serrées.
— Une simple précaution, répondit le souverain Jurchen.
Le Khan était un homme de la quarantaine, immense et large d’épaules, dont les bras musclés tendaient les manches de sa tunique noire brodée d’or. Une natte brune s’échappait de son couvre-chef pour descendre le long de son dos, ondulant à chacun de ses mouvements. Lorsqu’il posa les yeux sur moi, je ne pus réprimer un tremblement saccadé. Peut-être était-ce le résultat de ma chute, mais je fus saisie d’une sensation de vertige. Il émanait de lui une présence et une puissance qui me donnait envie de me replier sur moi-même jusqu’à disparaitre de son champ de vision. C’était l’aura d’un homme que vous ne vouliez pas avoir pour ennemi.
— Le jeu est terminé, tonna-t-il. Montre-toi.
J’étais sur le point de rétorquer que j’étais déjà devant lui lorsque la lame se referma davantage sur mon cou, me privant de ma voix. Une autre silhouette venait d’émerger d’entre les tentes et je compris que c’était à lui que le Khan s’était adressé.
— Je me rends ! cria Yexi. Laissez-la partir.
Un sanglot désespéré m’échappa à la vue de Taiyang, blotti contre la poitrine de son père. Yexi le maintenait contre lui du bras gauche tout en brandissant une épée rougie jusqu’à la garde du droit. Sa tunique et son visage étaient maculés de sang, mais à la façon dont il se tenait sur ses jambes, je devinai qu’il ne s’agissait pas du sien.
— Laissez-la partir, répéta-t-il avec un grognement.
— L’enfant d’abord.
— Yexi, non… suppliai-je, mais ma voix se transforma en gargouillement lorsque le poignard perça ma peau.
Une douleur fulgurante me traversa de part en part et, pendant un court instant, je crus que Dorgon venait de me trancher la gorge. Pourtant, seul un mince filet de sang s’écoula de la blessure.
— Arrêtez de bouger, murmura le Jurchen à mon oreille. Je serais obligé de vous faire mal si vous continuez.
— Nous n’avons pas exactement la même définition de douleur, marmonnai-je entre mes dents serrées.
Indifférent à notre dispute, le Khan fit un pas vers Yexi. Je voulais lui hurler de fuir, d’arracher notre fils au danger, mais je savais qu’il n’en ferait rien. Pas lorsque j’étais entre les mains de nos ennemis. Le regard de mon compagnon se tourna lentement vers moi, suppliant et désespéré dans la faible lumière de l’aube.
— Vous la laisserez partir ? demanda-t-il d’une voix défaite.
— Nous la laisserons vivre.
Mes lèvres formèrent le mot non, mais Yexi n’y prêta pas attention. Il lâcha son épée et s’approcha du Khan pour lui remettre Taiyang. Aussitôt, quatre Jurchens se jetèrent sur lui pour le forcer au sol avec des coups de poings et de pieds auquel il ne répondit pas malgré mes hurlements. Satisfait, le Khan se tourna vers moi et fit un geste envers Dorgon qui me tira en arrière.
— Yexi ! criai-je en luttant pour résister. Non !
Rien n’y fit. Mon geôlier continua son chemin comme si je ne pesais pas plus lourd qu’une plume et, bien vite, les tentes se dressèrent entre Yexi et moi, m’empêchant de voir ce qu’il advenait de lui. Ma terreur s’accentua et je me débattis plus violemment encore. S’ils faisaient du mal à mes compagnons… S’ils les tuaient… Je ne pouvais pas rester sans rien faire. C’était impossible.
— Arrêtez ! rugit Dorgon.
— Lâchez-moi ! hurlai-je d’une voix qui frisait la panique.
— Je vous ai dit de…
Pliant soudainement les genoux, je penchai la tête pour lui mordre le poignet à pleines dents. Dorgon poussa un cri de douleur et son emprise sur moi se desserra pendant une fraction de seconde. Mais une fraction de seconde était tout ce dont j’avais besoin. Je pivotai sur les talons afin de le forcer à baisser le bras et bondis dans l’interstice qui venait de se créer.
Pendant un bref instant, je crus avoir triomphé de mon adversaire. Une brève seconde où l’ivresse de la victoire remplaça la peur et l’angoisse. Puis ma course fut abruptement arrêtée par une main sur mon poignet qui manqua de peu de me déboiter l’épaule. Tournant la tête, la dernière chose que je vis fut le bras de Dorgon s’abattre sur moi, un couteau toujours serré entre ses doigts.
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