Le Papillon de Jade: livre 3 (French Edition)
Chapitre 21
La chaleur s’intensifia au début du mois d’août avant de commencer à se dissiper à l’approche de l’automne. Il n’avait pas plu depuis si longtemps que les rivières s’étaient presque toutes taries, forçant les femmes à partir de plus en plus loin dans les steppes pour puiser l’eau nécessaire à la survie du camp. C’était une mission éprouvante, mais Xiaoli et moi nous portions volontaires chaque fois que le guérisseur pouvait se passer de nous afin de profiter d’un moment de liberté.
Ces expéditions nous entraînaient le plus souvent à quelques heures de marches, sur les rives d’un lac qui résistait si farouchement à la sécheresse qu’il fut brièvement question d’y déplacer nos yourtes. Les gardes de Buyantai se joignirent même à nous à plusieurs reprises afin d’étudier la région, mais la profusion de moustiques mit rapidement un terme à ce projet et seules les femmes continuèrent leurs allers-retours. Pour Xiaoli et moi, leur compagnie était de loin préférable à celles des soldats. Contrairement à ces derniers, elles ne passaient pas leur temps à nous surveiller du coin de l’œil, inquiètes à l’idée que nous étions en train d’élaborer quelque plan suspect. À leurs yeux, nous étions simplement des membres de la communauté et rien ne nous différenciait des centaines d’autres femmes savonnant le linge et puisant l’eau.
Nous aurions pu nous échapper à de multiples reprises au cours de ces quelques semaines.
Si telle avait été notre intention.
Ce fut au retour d’une de ces expéditions, un soir de fin d’été, que notre vie marqua un nouveau tournant. J’avais profité du périple pour me laver les cheveux et les tresser en une natte qui descendait jusqu’à mes reins. Mes doigts étaient rougis d’avoir battu le linge dans l’eau glacée pendant des heures et mes bras souffraient du poids des corbeilles que nous ramenions au camp, mais mon humeur était joviale. Se prélasser dans une rivière en période de sécheresse pouvait avoir cet effet-là.
Il ne nous fallut pas longtemps pour deviner que quelque chose d’inhabituel était en train de se produire.
Le campement était normalement gardé à toute heure du jour et de la nuit par des sentinelles stationnées à intervalles réguliers entre les yourtes. Après plus de deux mois à vivre parmi les Jurchens, je connaissais sur le bout des doigts l’emplacement des postes de garde et même les visages des hommes qui s’y relayaient. Ce jour-là, pourtant, seul le silence nous accueillit. Il n’y avait pas une âme en vue.
— C’est étrange, murmura Xiaoli en déposant son panier sur le sol.
Je n’avais pas encore bougé lorsque la brise porta jusqu’à nous l’écho d’une cacophonie lointaine. Les femmes se figèrent autour de nous. Très vite, pourtant, il devint évident que ce n’était ni des lamentations ni des cris de douleur. C’était des rugissements de joie. Aussitôt, une vague de fébrilité balaya notre petit groupe qui se mit à converser dans un mélange confus de dialectes. Je n’avais pas besoin d’un interprète pour comprendre ce qui était en train de se passer.
L’armée était de retour.
Le cœur battant à toute vitesse, Xiaoli et moi nous lançâmes dans une course éperdue à travers les tentes. Une fois arrivées de l’autre côté du campement, nous aperçûmes des milliers de cavaliers approcher dans leurs cuirasses blanches, rouges, jaunes et bleues, étendards flottants au vent. Jouant des coudes pour traverser la foule compacte, j’accélérai l’allure en priant tous les Dieux qui m’écoutaient encore de m’avoir rendu mon compagnon.
Hong Taiji avançait en première ligne, vêtu d’une armure jaune que je fus surprise de trouver maculée de sang. J’avais imaginé que le Khan se contenterait de déployer ses troupes en restant hors de portée de l’ennemi, mais les Jurchens prenaient la guerre très au sérieux. De part et d’autre de sa monture, je reconnus Dorgon et son plus jeune frère, Dodo. Mais mon regard ne s’attarda pas longtemps sur eux. Les poings serrés à m’en mordre la chair, je fouillai les rangées de soldats à la recherche du seul homme qui comptait véritablement.
Yexi.
Lorsque je le vis finalement apparaitre sur le dos d’un immense cheval brun, mon corps se détendit dans un souffle et mes yeux s’embuèrent de larmes. Il était en vie.
Yexi était en vie !
Tout en moi brûlait de courir dans sa direction. Je voulais me jeter dans ses bras, sentir la chaleur de son étreinte me couper du monde pendant quelques précieuses secondes. Pourtant, silencieuse au milieu des Jurchens ivres de joie, je suivis du regard la silhouette de mon amant sans oser bouger. L’arc abattu de ses épaules. Le tremblement de ses mains. Le visage émacié que je devinais sous son heaume à la teinture jaune presque méconnaissable.
J’étais incapable du moindre mouvement.
Les yeux sombres de Yexi parcoururent la foule jusqu’à rencontrer les miens. Mais au lieu de s’y arrêter, au lieu de m’adresser un sourire rassurant, il les détourna aussitôt comme s’il n’arrivait pas à soutenir mon regard.
Je n’avais pas vu une telle douleur se peindre sur ses traits depuis des années.
Qu’avait-il vécu ?
— Le Khan rentre victorieux ! s’exclama Dorgon d’une voix que j’entendis à peine. Ce soir, nous festoyons !
Les cris autour de moi redoublèrent d’intensité. Des dizaines de femmes franchirent la ligne des spectateurs pour s’avancer vers un fiancé ou un frère qui revenait auréolé de gloire. Certaines s’agenouillèrent devant leur souverain en posant respectueusement leur front sur le sol. On chantait. On dansait. J’entendis des futs s’ouvrir et devinai que l’alcool coulerait probablement à flots jusqu’au lendemain. Mais Yexi ne fit pas le moindre geste dans ma direction. Les poings crispés sur ses rênes, il se maintint au niveau des soldats sans même relever la tête.
Pétrifiée au milieu de la foule en liesse, je sentis quelque chose se briser en moi. Devais-je aller à lui ? Les Jurchens m’arrêteraient-ils si j’essayais de le faire ? L’angoisse et la raison se livraient un duel impitoyable dans mon esprit, occultant tout ce qui m’entourait. Ce n’est que lorsque Xiaoli me serra brusquement la main que je revins à moi et découvris que le cheval du Khan avait fait halte à quelques pas de nous.
— Gr… Grand Khan, m’inclinai-je.
La vue du sang qui maculait sa cuirasse me retourna l’estomac. Je savais que tout cela était une mise en scène. Hong Taiji avait fait le choix de ne pas se changer afin de faire honneur à sa réputation de guerrier. Le sang de ses ennemis était le symbole de sa victoire. La preuve qu’il méritait sa place et la ferveur patriotique des siens.
Lorsqu’il leva la main et que le silence s’abattit sur les Jurchens qui nous entouraient, cette pensée prit une intensité nouvelle dans mon esprit. C’était au-delà du patriotisme. La figure du Khan inspirait à ces gens une ferveur presque religieuse. Quelle chance avait Youjian de repousser une armée de soldats fanatiques prêts à mourir pour leur souverain quand il devait lui-même composer avec les loyautés changeantes de ses conseillers et de ses généraux ?
— Il y a quarante-cinq ans, mon père, le Grand Khan Nurhaci a fait le premier pas vers la réunification de nos peuples sous une seule bannière, déclara Hong Taiji en parcourant la foule du regard. Aujourd’hui, nous faisons honneur à sa mémoire en poursuivant ce qu’il a commencé pour que le monde tremble à la mention même de notre nom. Le sang qui coule dans nos veines est celui de guerriers dont la valeur transcende les siècles. Leur succès est le nôtre. Notre victoire, la leur. Et ce n’est que le début ! Ce triomphe appartient à chacun d’entre vous. Au sang et à la sueur que vous avez versés. Aux efforts que vous avez accomplis. Et puisque la gloire de la conquête vous revient, il en va de même pour le butin que nous rapportons des terres tchakhares !
La fin de sa phrase fut masquée par une explosion de vivats frénétiques. Derrière le souverain, les soldats se saisirent des besaces qui pendaient à leurs selles pour en tirer des piles de bijoux et de taels d’argent. La foule se pressa aussitôt autour d’eux, jouant des coudes et tendant les bras dans un chaos de rires et de cris d’allégresse.
Insensible au tumulte qui nous entourait, le Khan descendit de sa monture d’un geste agile et se tourna dans ma direction.
— Joignez-vous à moi.
Il était impossible de désobéir à un ordre direct. Tête baissée, j’adressai un regard en coin à Xiaoli avant de le suivre dans les steppes.
※
Hong Taiji s’immobilisa à une distance suffisamment grande pour ne pas être entendu de ses soldats. Pas assez loin, cependant, pour masquer l’écho du début des festivités. Le soleil n’était pas encore couché, mais je savais que cela n’empêcherait pas les milliers de Jurchens de célébrer dignement le retour triomphal de leur armée, ici et dans les autres camps.
Comme il en avait l’habitude, le Khan se contenta de me dévisager en silence pendant un long moment, si bien que je me sentis m’agiter malgré moi. La patience, mon ennemie de toujours, me tournait souvent le dos quand j’avais le plus besoin d’elle. Étais-je censée le féliciter de sa victoire ? Lui demander ce dont il souhaitait m’entretenir ? M’agenouiller ?
— Je veux le trône de l’empire.
La voix puissante du Khan m’arracha brusquement à ma confusion et je levai la tête vers lui, sonnée par la franchise brute dont il venait de faire preuve. J’étais incapable de deviner la réponse qu’il attendait de moi.
— Pas d’indignation ? fit-il avec un sourire amusé. Pas d’opposition ou de supplications ?
— Veuillez excuser mon détachement, Grand Khan, mais votre objectif n’est pas exactement une surprise.
— J’avais pensé que vous essayeriez de me dissuader de prendre les armes contre votre pays d’adoption.
— Pourquoi ferais-je une chose pareille ? L’empereur a ordonné ma mort, je ne gaspillerai pas mon souffle pour sa cause. L’empire Ming ne signifie plus rien pour moi.
Le mensonge était sorti sans la moindre hésitation. Pas de battement intempestif de mes paupières ni de voix tremblante. Mes joues n’avaient même pas rougi. J’étais devenue si douée à ce jeu que je m’effrayais parfois moi-même.
— Bien, approuva le Khan en levant les mains pour enfin retirer son heaume.
— Puis-je connaître la raison pour laquelle vous avez décidé de partager cette information avec moi aujourd’hui ?
— Nous partons dès demain pour Shenjing. La guerre approche de jour en jour et je dois multiplier mes chances de réussites.
— J’ai juré de vous apporter mon soutien.
— Et je souhaite comprendre jusqu’où vous êtes prête à aller pour tenir votre promesse.
Je n’étais pas tout à fait certaine d’apprécier la façon dont il avait formulé sa pensée. Cela ressemblait à une autre épreuve et je croyais avoir dépassé cette étape de ma relation avec les Jurchens. Mon esprit survola les évènements des dernières semaines et j’étais sur le point de lui conseiller de discuter avec Buyantai, lequel pourrait lui confirmer que j’avais été une prisonnière exemplaire, quand le Khan se remit à marcher.
— Votre fils a-t-il été vu par beaucoup de gens, au palais ?
— Non, admis-je en lui emboitant le pas. J’ai gardé son existence secrète après sa naissance, et sans doute le serait-elle encore si vous… sans votre intervention.
— Mais vous avez été vue, vous-même, aux côtés du précédent empereur ?
— À de très nombreuses reprises. L’Empereur Tianqi aimait particulièrement surprendre ses ministres et ses conseillers en m’entraînant à toutes les réunions d’état et aux diners auxquels il était invité.
— Ces gens pensaient tous que vous étiez sa maîtresse ?
Le sujet était, aujourd’hui encore, quelque chose qui m’irritait au plus haut point. Mais je ne voyais pas de raison de réfuter ce qui était une vérité incontestable. Tout le monde, au palais, avait vu en moi une énième concubine de Youjian, la seule différence étant que je n’avais jamais eu l’honneur de voir notre relation officialisée par un titre impérial. De plus, Hong Taiji n’avait pas demandé si j’avais été la maîtresse de l’empereur, simplement si la population le croyait.
— Oui.
— Vous ne me servez pas à grand-chose tant que vous êtes ma prisonnière.
— Je ne suis une prisonnière que parce que vous en avez décidé ainsi, Grand Khan, rétorquai-je avec ce que j’espérais être un sourire amusé.
— Si c’est bien la seule chose qui se tient entre nous, sachez que je suis prêt à pousser notre association au niveau supérieur.
— Au niveau supérieur ?
— Une alliance. Je veux vous avoir à nos côtés, de votre plein gré, afin de donner de la crédibilité à nos revendications et faciliter notre avancée dans l’empire Ming.
Ce n’était ni plus ni moins que ce que j’avais deviné. Mais la façon dont il avait tourné les yeux vers moi et le sourire qui avait étiré ses lèvres quand il avait prononcé le mot alliance firent courir un frisson dans ma nuque.
— Quel genre d’alliance ? demandai-je, car je ne souhaitais laisser aucune place à l’interprétation.
— Un mariage.
Le choc me priva de ma voix. Le frisson s’était transformé en bourrasque glacée et j’aurais pu jurer que les steppes s’étaient figées tout autour de nous. C’était impossible. Il ne pouvait pas être sérieux.
Ou le pouvait-il ?
Le refus était sur le bout de ma langue. Je ne voulais pas. Je ne devais pas. Je n’étais pas prête à revivre une telle expérience, encore moins à présent que mon cœur avait guéri au point d’offrir librement son affection. Yexi… Yexi avait tant donné, tant sacrifié pour moi. Comment pouvais-je le trahir de cette façon ?
Mais avais-je vraiment un autre choix ? Je souhaitais prouver à Hong Taiji qu’il pouvait me faire suffisamment confiance pour me laisser aller et venir à ma guise. Un mariage pourrait certainement me permettre d’atteindre cet objectif.
— Le mot alliance sous-entend des bénéfices pour les deux partis concernés, fis-je en serrant les dents.
— Je vous restituerai votre fils.
Le souffle coupé, je relevai brusquement la tête pour dévisager mon interlocuteur.
—Tai… Taiyang ?
— Y a-t-il un autre fils dont vous m’avez caché l’existence ?
Ses yeux perçants ne m’avaient pas quitté depuis plusieurs minutes. Si je l’épousais, il me rendrait Taiyang. Il devait se douter que je ne pouvais pas me permettre de laisser passer une telle occasion. J’étais prête à tout pour retrouver mon fils. Au fond de moi, je commençais doucement à voir se dessiner les contours d’une stratégie. À ce stade, ce n’était guère plus qu’une ombre imprécise, l’esquisse d’une idée sans doute trop ambitieuse. Mais peu importe la direction qu’elle prendrait à l’avenir, obtenir la garde de Taiyang était la première étape.
— Vous ne songez tout de même pas à vous limiter à cette seule offre, n’est-ce pas ? m’enquis-je en faisant de mon mieux pour imiter le regard hautain de mon ancienne gouvernante. Me rendre ce qui me revient de droit ne peut pas vraiment être appelé un bénéfice.
Hong Taiji éclata de rire et baissa momentanément la tête, comme pour saluer mon audace.
— De quoi auriez-vous donc besoin ?
— Je souhaite obtenir mes propres appartements après le mariage, avec des jardins privés. J’ai toujours mal supporté d’être enfermée entre quatre murs.
— Vous semblez être née pour devenir l’une des nôtres, dans ce cas.
— Je veux des chevaux, et des gens à mon service.
— Accordé. Mais ce sera des femmes jurchens.
— Mes compagnons…
— Vos compagnons devront vivre selon nos lois, tout comme vous. Vous pouvez garder la petite suivante, mais nos hommes doivent leur loyauté à leur bannière, non à une femme.
Je ravalai nerveusement ma salive. J’aurais voulu pouvoir le convaincre de me rendre Yexi, mais je savais que le mode de vie des Jurchens tournait entièrement autour de leur système de bannière. Il n’était pas en mon pouvoir de faire de lui une exception à la règle.
— Mais ils vivront comme des citoyens libres et non comme des prisonniers ? insistai-je en fronçant les sourcils.
— Tant qu’ils ne me trahissent pas.
— Bien. Je souhaite également trois cents taels d’argent, je suppose que cela n’est pas un prix exorbitant pour un homme de votre condition ?
L’espace d’un instant, je ne pus m’empêcher de craindre que j’avais été trop loin. Le Khan verrait-il se dessiner dans mes requêtes une liste des éléments dont j’avais besoin pour préparer ma fuite ? Un endroit pour retrouver mes compagnons à l’abri des regards, un moyen de transport suffisamment rapide pour nous permettre de disparaitre au milieu de la nuit et les ressources pour acheter des provisions sur notre route ? Tournant mon attention vers l’horizon, je serrai les poings dans les manches de ma robe et attendis que l’orage se déchaine. Mais la seule tempête qui parvint jusqu’à moi fut le son tonitruant de son rire.
— Sur ces terres, il est d’usage de négocier le prix de l’épouse avec le père de cette dernière, pas avec la fiancée en personne, expliqua-t-il quand il réussit à reprendre son souffle.
Tout l’or du monde n’aurait pu me convaincre de lui révéler que, dans le pays où j’étais née, c’était la fiancée qui se présentait à son promis avec un apport financier et non le contraire.
— Cet arrangement vous semble-t-il convenable ?
— Il sera fait selon vos souhaits.
— Dans ce cas, je serais honorée de faire partie de votre clan, déclarai-je de ma voix la plus sincère.
— Vous m’en voyez satisfait.
Nous continuâmes à avancer en silence jusqu’à regagner la bordure du campement. Non loin de nous, près des tentes, Yexi avait terminé de s’occuper de son cheval et se dirigeait désormais vers son dortoir pour se changer. Mon corps entier se tendit vers lui et je dus faire un effort considérable pour ne pas céder à l’envie de courir le rejoindre. M’en voudrait-il lorsque je lui révélerais ce que je venais de faire ? Comprendrait-il ma décision ?
— Le soldat Luo s’est montré d’une bravoure sans pareille, déclara soudainement Hong Taiji en suivant mon regard. Sur le champ de bataille, il a terrassé plus d’ennemis que dix de mes meilleurs hommes.
— Il étudie l’art du combat depuis son plus jeune âge auprès des moines du temple de Feilai.
— Je n’en doute pas. Il aurait fait un bon Jurchen.
— Je suis certaine qu’il serait ravi de savoir que vous le tenez en si haute estime.
Yexi avait tué autant d’hommes que dix soldats jurchens. Le regard hanté qu’il m’avait lancé un peu plus tôt prenait tout son sens.
— Et tel un Jurchen, continua le Khan, il mérite de passer cette nuit de fête comme il l’entend.
— Pardon ?
— Je disais que cette nuit, et cette nuit uniquement, le soldat Luo mérite de dormir en paix, sans se sentir constamment surveillé par les soldats aux côtés de qui il s’est vaillamment battu. J’imagine que cela vous fait plaisir de le savoir.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire par là, me défendis-je.
Hong Taiji éclata de rire et posa une main sur mon épaule. Le métal de son armure me mordit douloureusement la chair, mais la sensation d’inconfort s’estompa dès qu’il ouvrit la bouche.
— Moine ou pas, je vois bien les regards que vous échangez tous les deux. Non, non, n’essayez pas de mentir. Je ne suis pas aveugle. Et à dire la vérité, votre relation passée ne m’importe pas vraiment. Voyez cette nuit comme un cadeau, pour lui faire vos adieux comme il se doit. Je suis généreux avec ceux qui me servent exemplairement.
— Je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit qui mérite un tel cadeau, Grand Khan.
— Ce n’est pas vous que je cherche à récompenser, Jade.
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