Les écorchés

Fabien Miras · Chapitre 26 sur 46

Pages du PDF

Les écorchés

24 – Cet homme que voilà

 

« Je sais que tu as été blessé par quelqu’un d’autre

Je peux le dire par la façon dont tu te comportes

Mais si tu me le permets, voici ce que je vais faire »

Beth Hart

 

Une nuit chaude, si chaude, et puis noire, trop noire. Noire comme le trou du cul de l’immonde trempé dans cet abîme béant ravagé qu’est le monde d’aujourd’hui. Tout ici est bien trop noir pour sentir l’honnête. Léon se méfie, mais se sent à l’aise, c’est comme ça. La nuit diffuse "Les Gnossiennes" d’Erik Satie interprétées par Jean-Joël Barbier. Il regarde ses pompes bon marché. Le goudron fondu du trottoir s’est marié aux semelles. Ça bouchera peut-être les trous… Qu’est-ce que ça peut puer le goudron ! Cette ville est étrange. Il n’y reconnaît rien, pourtant, il s’y sent comme chez lui. Tout est noir, gris ou blanc. On dirait que les couleurs n’ont pas voulu venir au rendez-vous. Étrange cet endroit, trop sombre, presque effrayant. Léon s’allume une clope dans le vent chaud et asphalté. Il doit réfléchir. Qu’est-ce qu’il fout ici ? Comment est-il venu d’ailleurs ? La dernière chose dont il se souvienne c’est…

- Heureux de te revoir Léon. Je commençais par croire que tu m’avais boudé !

D’un sursaut, Léon se retourne. Il n’a rien senti venir dans son dos, mais le type est là, à quelques mètres de lui. Il a environ sa taille et sa corpulence. Il porte un costume noir avec une chemise bleue. Léon reconnaît immédiatement le costume. Le type a l’air à l’aise. Il le regarde d’un sourire amusé. Malgré son élégance et sa nonchalance, il dégage quelque chose d’extrêmement dérangeant. Ses yeux surtout. Gris clair, presque transparents, Léon les sent posés sur lui aussi froids et pénétrants que la lame d’un rasoir. Ce gars ne lui inspire aucune confiance.

- T’es qui toi?

Il pouffe. De la poche cigarette de sa veste, il sort un étui d’argent, l’ouvre, en extrait une clope à filtre et l’allume.

- Je répète, qui êtes-vous ?

- Si tu voulais bien arrêter d’être con cinq minutes Léon, on pourrait peut-être passer à l’essentiel. Il a une voix grave, presque graveleuse, comme si une bille à pointes roulait en lacérant sa gorge. En même temps, sa voix est aussi aiguë, presque sifflante.

- D’accord, c’est quoi l’essentiel ?

Le type balaye sa question du revers de la main comme si elle n’avait aucune importance.

- Viens avec moi, j’ai quelque chose à te montrer.

Ils avancent côte à côte sur le trottoir. À chaque pas, les semelles de Léon s’enfoncent dans le goudron. La chaleur devient à peine tenable, pourtant, il ne transpire pas. Qui est ce type ? Ils traversent cette ville sans couleur, passent plusieurs quartiers, en silence. Les Gnossiennes se sont arrêtées. L’air devient de plus en plus lourd. Léon tient à peine sur ses jambes. Au détour d’une rue, ils arrivent dans ce qu’il semble être un port. Des silhouettes, non, des ombres plutôt, avancent en file indienne d’un bâtiment à l’autre, chargées de gros sacs. D’autres s’ajoutent, vaquant à différentes occupations. Des véhicules vont et viennent. Un amas d’ombres s’agglutine autour de ce que Léon suppose être une bagarre. Les rues sont soudainement surpeuplées, chaque ombre s’affairant à une tâche. L’homme les désigne du doigt en souriant.

- Regarde les donc, mes chères petites fourmis. Misérables enveloppes en décomposition courant sans cesse d’un but futile à un autre, âmes résignées et dociles. Elles ont passé toute leur existence sur terre sans même se poser la question de savoir si elles avaient le choix. Lobotomisées qu’elles ont été par votre mode de vie si profondément matérialiste, si savamment marié à ces stupides doctrines religieuses, mes petites fourmis sont nées dans la peur, ont vécu dans la peur et sont mortes dans la peur. La peur ET la soumission. Quand elles sont arrivées ici, il n’y avait qu’à leur enlever le confort et le sommeil, et regarde-les donc, plus productives encore que des enfants chinois dans une usine de prêt-à-porter. Quelle pitié ! Quelles méprisables petites âmes sans intérêt !

- Je suis comme elles.

- Oui et non. Tu es comme elles en ce moment, enfin, plus ou moins.

- Que veux-tu dire ?

- Les hommes se divisent en trois catégories, ceux qui sont bons, ceux qui progressent et ceux qui abandonnent. Dans laquelle de ces catégories crois-tu être ?

D’instinct, Léon aurait dit la troisième. Mais il prend le temps, s’allume une cigarette. Après quelque bouffée il balance, hésitant :

- J’ai choisi la quatrième, celle qui englobe les trois en même temps.

L’homme lui saisit le visage et l’embrasse sur les deux joues.

- Enfin je te retrouve ! Marchons encore veux-tu, j’ai une dernière chose à te montrer.

Ils remontent les rues sombres. Léon sait qu’il marche aux côtés d’un démon mais n’a pas peur. Que veut-il de lui ?

- Ne te tracasse pas avec toutes ces questions, elles sont bonnes pour les autres, pas pour toi. Vois-tu, tu m’as bien déçu quand tu t’es enfilé tous ces médicaments. Moi qui aurais tellement voulu que tu accomplisses le bain de sang tant espéré, tu t’es contenté de retourner ta haine contre toi. Quelle déception ! Avec le temps que j’ai passé à te souffler à l’oreille de faire un carnage, je t’en veux vraiment d’avoir ainsi méprisé mon travail. Une chance que cette sorcière d’ex-petite amie t’ait ramené à la vie pour mieux te précipiter dans le vide, elle et son psy ont vraiment fait du bon boulot ! Et la voilà qui revient après tout ce temps avec de quoi te motiver, génial non ? On va pouvoir bosser correctement maintenant toi et moi !

- Tu racontes des conneries, elle…

- Ferme-la et arrête d’être stupide ! Tu es Léon et j’ai un plan pour toi. ON a TOUS un plan pour toi.

- Qu’est-ce que tu me racontes ? C’est qui ce « on » ?

- Vraiment tu me déçois beaucoup ! Je m’attendais à tellement mieux…

Le démon lui jette un regard glacé en tirant sur sa cigarette.

- Regarde ce bâtiment, il s’agit de mon préféré.

De la pointe du doigt il désigne un hôtel de plusieurs étages au style architectural datant de la Renaissance. Caché par l’ombre, il en demeure presque invisible. Seules les immenses fenêtres, éclairées de l’intérieur par un immense brasier permettent d’en définir certains contours. Des cris stridents, des hurlements de douleurs mêlés à des claquements et à un bruit de métal froissé proviennent de tout le bâtiment. Le sang de Léon se glace.

- Regarde Léon, regarde bien. Je t’ai réservé tout le premier étage me dit-il avec un large sourire.

- Tout le p... Non !

- Oh que si ! Mais comme je t’aime bien, je vais te dire un secret. Il te reste encore une petite, une minuscule chance d’éviter d’y aller.

- Laquelle ?

- Et puis quoi encore, tu m’as pris pour le bon Dieu ? Arf, bon, ok, il s’agit d’un choix.

- Quel choix ?

- Vas voir par toi-même.

De la tête il désigne la direction d’une immense cathédrale. Il semble y avoir beaucoup de lumière derrière la porte, mais une lumière sereine, attirante. Léon se dirige vers elle. Le démon le laisse s’éloigner. Puis, au moment où Léon est prêt à entrer, il lui lance :

- N’oublie pas Léon, un simple choix, tâche de faire le bon. À très bientôt.

Léon commence à ouvrir la lourde porte qui craque de tout son poids dans le crissement métallique de ses gonds. Quel choix a-t-il de l’autre côté ?

Julie ouvrit les yeux au milieu de la nuit. Si la fatigue physique s’était atténuée, le sommeil ne lui avait pas permis de s’éclaircir les idées, bien au contraire. Sa raison et ses ressentis se livraient un combat sans merci dont l’issue pour le moment était incertaine. Plutôt que de se noyer dans ses pensées, elle se leva du lit de fortune que Marley lui avait installé dans une chambre, fait de sacs en jute remplis de feuilles mortes, posés sur une palette. Un matelas plus confortable qu’il n’y paraissait. Elle enfila un short en jean et un débardeur blanc dont l’impression rose disparaissait au fur et à mesure des lavages. Il était troué à quelques endroits. Julie aimait ce débardeur, et il le lui rendait bien, mettant en valeur sa poitrine généreuse et masquant un peu les quelques kilos superflus qui briochaient son ventre. Elle déboula dans le salon en se secouant les cheveux, comme si elle voulait en chasser les dernières particules de rêves. Marley était là, devant ses écrans, confortablement installé dans son fauteuil de bureau. Il se retourna immédiatement quand elle s’approcha de lui, affichant un sourire lumineux qu’elle lui rendit.

- Salut ma belle, cette grande sieste t’a été profitable ?

- Hey salut, si on veut. Où est Léon ?

- Dans le hamac sous les papayers, son corps a besoin de plus d’heures de repos que le tien on dirait.

- Faut dire qu’il a dégusté… Et toi, tu ne dors pas ?

- Rarement plus de quelques heures. Et puis je préfère travailler la nuit, les réseaux sont moins fréquentés. Je viens à peine de faire bouillir de l’eau, prends-toi un thé si tu veux.

- Volontiers, merci.

Julie prit une tasse dans le bac à vaisselle plein et la nettoya. Elle y déposa négligemment un sachet de thé et la remplit d’eau bouillante. Elle en renversa autant sur le plan de travail que sur la table, son premier soupir exaspéré de la journée. Elle épongea rapidement et revint au côté de Marley. Le rasta était en train de se rouler un joint et boire un liquide qui ressemblait à du café. Les écrans affichaient des dossiers en transferts, des copies de documents officiels, des photos et des pages entières de codes dont Julie ne comprenait strictement rien.

- Tu travailles sur quoi ?

- Une histoire de pot-de-vin entre les élus locaux et un géant de la maçonnerie qui veut construire une autoroute sur la mer. Une affaire de plusieurs millions. Mais rien d’aussi passionnant que l’histoire qui nous anime.

- Passionnant, c’est pas vraiment le mot que j’emploierais.

- Oups, c’est vrai ! Excuse-moi ma belle.

- C’est pas grave.

Ils respectèrent le silence de la nuit durant un moment, Marley sirotant son café en fumant son joint, Julie buvant son eau chaude. Le thé était de piètre qualité et infusait mal. Les écrans d’ordinateurs faisaient toujours défiler des tonnes de dossiers et de codes. Chez les voisins, un coq se mit à chanter. Julie regarda l’heure au coin d’un des écrans : Deux heures du matin. Même le chant des coqs était décalé ici !

- Julie - c’était la première fois que Marley l’appelait par son prénom - je peux te dire quelque chose en toute franchise ?

- Houlà, quand ça commence comme ça, souvent c’est une façon polie de dire « ce qui vient après ne va pas te plaire ».

Marley sourit.

- C’est vrai. Ça doit te changer de Léon et de son tact légendaire.

Julie haussa les sourcils.

- Ça, on ne peut pas dire que ce soit la diplomatie qui l’étouffe.

Ses mots sortirent avec une certaine raideur hautaine, inconsciente et involontaire. Mais Marley se froissa.

- Cet homme sans filtre t’est tout de même bien utile…

Julie se rendit compte de sa bourde et se sentit toute merdeuse d’un coup. Elle ne savait pas comment rattraper la chose.

- Tu connais Léon depuis longtemps ?

- Depuis le début de son arrivée sur l’île, quasiment trois ans si je me souviens bien. On s’est rencontrés dans la file d’attente de la préfecture, il y déposait des papiers pour obtenir l’autorisation de conduire des ambulances, moi j’y allais pour demander au préfet de démissionner, dossier complet à l’appui. Malgré son air bourru et méfiant, Léon m’a tout de suite plu. J’ai fait en sorte qu’il obtienne ses papiers un peu plus vite, et voilà.

Julie sourit en soufflant sur sa tasse. Elle n’avait jamais imaginé Léon dans la situation d’un type normal avec lequel on puisse sympathiser dans une file d’attente.

- Léon est ambulancier ?

- Léon est beaucoup de choses.

Marley posa un temps, ralluma son joint éteint, bidouilla un peu sur son clavier puis revint sur Julie.

- Pour ce que j’étais en train de te dire tout à l’heure…

Julie un peu nerveuse, déglutit bruyamment. Elle aurait préféré que Marley oublie et passe à autre chose. Apparemment pas. Elle tenta de s’armer un peu.

- Je t’écoute.

- Oublie cette histoire de vengeance, oublie ton mari et oublie Léon. Prends le premier avion disponible et rentre chez toi, règle ton divorce et démarre une nouvelle vie. Tu es belle, intelligente – de ce que j’en juge -avec des capacités, des ressources et du tempérament. Tu t’en sortiras. Je peux te renflouer financièrement et te réserver un vol pour demain en un clic. C’est la meilleure chose à faire crois-moi. Et Léon en a assez bavé comme ça.

- Je ne comprends pas.

- Tu sais pertinemment que si. Tu ne lui apporteras rien d’autre que de la souffrance. Si ce n’est pas lui qui te fera du mal… Ce n’est pas parce que je n’ai pas tout dit tout à l’heure que je n’en sais pas plus sur toi. Je voulais juste éviter qu’une femme meure dans ma maison. Même si j’avoue que j’ignore ton degré d’implication, tire-toi avant que Léon n’en apprenne plus. Il déteste le mensonge. Les mots de Marley lui firent l’effet d’un électrochoc. Au moins ça avait le mérite d’être franc. Que savait-il vraiment ? Elle dut l’admettre, Marley était très efficace. Et il avait au moins raison sur un point : cette envie de vengeance ne mènerait nulle part.

- Tu l’aimes beaucoup Léon hein ?

- Oui, mais surtout ne lui dis pas, il a une certaine tendance à refuser tous les compliments.

Ils rirent un peu, cela décontracta l’ambiance, bien trop sérieuse pour cette heure. Mais Julie, curieuse, voulait en savoir plus.

- C’est quoi son histoire ?

Marley se cambra dans son fauteuil.

- Ah lala… Léon… Un sacré numéro que ce zorey-là !

Julie sourit en coin, elle était assez d’accord. Marley poursuivit.

- Léon, par où commencer ? Disons que ceux qui prennent les coups les plus durs sont parfois ceux qui ont le cœur le plus tendre… C’est une bonne introduction. Tout ce que je vais te dire, je l’ai découvert tout seul. Le grand philosophe Jamel Debbouze a dit un jour : « Je sais ce qu’est la frustration. La frustration peut faire des dégâts terribles ». Léon c’est ça, les dégâts de la frustration ajoutés à l’incompréhension d’un enfant hypersensible à la dureté et l’injustice de ce monde. Là où d’autres s’arment et trouvent la force en eux pour continuer à avancer, Léon lui, à trop en encaisser, s’est résigné, comme si fatalement il n’avait pas droit au bonheur. Puis il y a eu cette femme et ce psy… Il l’a aimé à la folie, donc mal. Quand elle est partie, elle l’a tellement et si brusquement ignoré qu’il a lui-même fini par douter de sa propre existence. Mais tout cela, sans s’en rendre forcément compte, il l’a cherché. Il y a un proverbe chez nous qui dit : L’bon Dié i puni pas l’roche. En d’autres termes, si quelque chose t’arrive, ce n’est pas complètement par hasard. Mais Léon il a sombré chaque jour un peu plus dans le malheur, a continué à s’endurcir, à se fabriquer avec soin cette « armure blindée », en apparence, qu’il montre au monde pour s’en préserver. Une armure faite pour protéger un enfant perdu, pour l’empêcher de souffrir, mais qui l’enferme également, le rendant incapable de s’ouvrir au monde. En bref, pour moi Léon est un type qui n’a pas appris à être heureux, dont la vie ressemble à un grand vide cerné de colère et de désillusions. Et puis il est un brin borné aussi. Mais je le considère comme mon ami et je l’aime. Voilà.

Nouveau silence. Sans être complètement surprise par ce que venait de lui confier Marley, Julie découvrit Léon sous un nouvel angle. Pour elle, il n’était qu’un connard furieux mais bizarrement attachant et pour lequel, sans trop savoir pourquoi, elle éprouvait parfois une attraction presque magnétique. Certes il pouvait se montrer très agréable, mais bien rarement. Et maintenant elle comprenait pourquoi. Julie se sentit comme prise soudain d’une grande pitié pour celui dont jusqu’à présent elle ne se servait que dans un but précis et clairement identifié : retrouver son mari.

- C’est triste. C’est même assez pathétique.

- Tant que c’est pas tes poux !

Les deux confidents se retournèrent brusquement. Léon apparut dans la pénombre de la pièce. Le visage bleui et gonflé, la tignasse en vrac et les yeux encore tout crottés, il avait déjà une clope au bec. Lui non plus n’avait pas eu l’air d’avoir bien dormi.

- Y’a du café qui traîne ?

- Il doit en rester une tasse. Refais-en si tu veux mon frère.

- Ça marche.

Léon se traîna jusqu’à la cafetière. De par sa démarche, on voyait qu’il avait du mal à bouger à cause des coups qu’il avait pris. Marley et Julie échangèrent un regard complice qui en disait long. Les avait-il entendus ? Depuis combien de temps ? Peu importe, Léon n’y fit aucune allusion. Il se contenta de s’asseoir dans le canapé et de se joindre à la conversation. Il la détendit même. Parlant de choses légères, avec son humour bien particulier, au cinquantième degré et un brin cynique. Tous les trois prirent le temps de rigoler un peu. Léon regarda Julie. La voir rire de bon cœur, toutes dents dehors, avec son nez sautillant, ça lui réchauffait le cœur. Comment faisait-elle ? Elle semblait profiter de l’instant et avoir oublié complètement ses déboires. Ça avait l’air si simple. Une bonne heure passa ainsi, jusqu’à ce que Léon reprenne un air plus préoccupé.

- Dans tout cet infâme bordel, y’a une chose que je n’arrive pas à comprendre. Enfin, y’a beaucoup de choses que je pige pas mais celle-là, elle me prend la tête : qui a retrouvé Mélodie dans la chambre et comment il a fait ? Accessoirement le « qui » je m’en fous.

- On peut dire que tu sais niquer une ambiance mon frère.

- Passe-moi un Damien Saez, elle sera niquée pour de bon ! Sérieusement, une idée ?

Chacun se concentra et y alla de sa petite théorie. Ils avaient été suivis. Ok mais dans ce cas pourquoi ne pas intervenir avant ? Seule Mélodie était suivie. Possible. Quelqu’un avait entendu les coups de feu ? Dans ce cas c’est la police qui aurait débarqué. Son petit doigt était allé chercher du secours ? C’est Marley tout d’un coup qui eut le déclic.

- Ma belle, tu veux bien me passer ton téléphone.

Julie s’exécuta, malgré la surprise. Pourquoi il lui demandait de faire ça ? Elle tendit son smartphone, Marley le saisit et l’ouvra en deux à l’aide d’une petite clé. Il fit ça en un éclair, l’habitude.

- Bon Dié ! Parfois je déteste avoir raison.

À l’aide d’une pince à épiler, il sortit une puce de circuit imprimé ronde, large comme une pièce de 50 cents et plus fine qu’une feuille de papier à cigarette.

- Ceci mes amis est un tracker GSM. Un modèle performant, de la belle technologie, plutôt utilisé par les gouvernements que par des gamins qui jouent les apprentis espions. Ce modèle-ci a quelques années.

Léon se tourna rapidement vers Julie.

- Comme on va dire que pour le moment, je vais réfuter la thèse selon laquelle tu savais que ce truc était là, j’parie que c’est ton gentil mari qui te l’a offert ce téléphone hein ? La portée de ce truc Marley ?

- Suffisante pour que n’importe qui sur l’île puisse suivre la miss en temps réel.

- Si Mélodie a été suivie à un moment, et que ce machin ait donné un signal alors qu’on était à côté, ça n’a pas dû être difficile pour les méchants de l’histoire de faire le rapprochement. Faut qu’on bouge, toi aussi Marley, tu viens avec nous.

- Impossible mon frère, j’ai tout mon matériel ici. Et il faut que j’active mon code.

- Quel code ?

- Trop long à t’expliquer.

- Ok. Prends de quoi te connecter à distance. On se tire Marley. Détruis-moi cette puce.

Tout d’un coup il y eut un courant d’air terrible dans la case. Les écrans d’ordinateur et les lumières s’éteignirent aussitôt, comme balayés par ce souffle. Silencieux et subitement plongés dans le noir, les trois amis firent le même constat, trop tard, quelqu’un était là.

OceanofPDF.com