Les écorchés
Préambule
J’ai pris la bombe de peinture et j’ai commencé à écrire au milieu de la route, là où je savais que tu passerais pour aller bosser :
MERCI
FULL METAL
BICHETTE
Je me suis posé la question, un moment, de savoir si je rajoutais un T entre le I et le C. Mais à quoi bon ? Je t’en ai assez fait baver et même là, de voir cette inscription pendant un temps, ça risquait pas de te mettre les zygomatiques en furie ! Pour toi c’était il y a 5 mois déjà, pour moi, c’était hier. La douleur est toujours vive, comme si on m’avait arraché un organe. Une partie de moi te souhaite tout le bonheur du monde. Une autre veut ta mort.
J’ai balancé la bombe de peinture dans la nuit et le mistral, faisant un doigt d’honneur à cette vie. En passant devant chez toi j’ai vu qu’il n’y avait personne. C’était peut-être pire que si t’avais été là. Où étais-tu ? Avec qui ? Pourquoi ça me piquait toujours autant cet abandon ?
Pour t’oublier je pars à l’autre bout de cette foutue planète. Pour retrouver mon identité, je pars. Pour trouver l’apaisement dont tu m’avais parlé, je pars.
" Encore un dodo et après on se dit au revoir ? "
C’est ce que m’a sorti le petit avant mon départ. C’est ça qui a fait défaut, dans tout ça, entre autres. Et ça continue de me transpercer les tripes chaque fois que j’y pense. Notre dernière nuit, tu étais la seule à savoir qu’elle était la dernière. Le lendemain, tu te volatilisais. Et moi, moi je sombrais chaque jour un peu plus dans la folie, la haine. Tu envoyais le silence à mon égard et ton numéro de téléphone à tous les mecs des sites de rencontre.
Deux ans et demi ensemble, et j’ai rien compris à la fin. Je sais seulement qu’elle m’a mis en vrac. Donc je déracine tout, pour oublier, t’oublier, « passer à autre chose », « tourner la page ». Décidément je déteste ces mots-là !
Je pars loin de toi parce que tu es partout, même en moi, que j’en ai perdu jusqu’à la dernière fibre de ma personnalité et que, finalement, une des seules et uniques raisons que j’ai eue au fait que tu sois allée voir ailleurs a été : « Je n’ai jamais autant bougé. J’ai envie d’être égoïste »
Putain, mais d’où ça sortait ? Comment j’aurais pu deviner ?
Ouais, j’aurais dû sûrement rajouter un T entre le I et le C…
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