Les écorchés
33 - Bouboule
« La vie a une fin, le chagrin n’en a pas »
Charles Baudelaire
- Il est relativement aisé de se comprendre. Il suffit pour cela de s’écouter, de laisser s’exprimer de façon juste, appropriée, chacune de tes facettes. Tu t’entraîneras avec le temps à les reconnaître et à les identifier en toi et chez les autres… Voir son ego est aussi très simple. Dès que tu émets un jugement de valeur, que tu cherches à « casser » l’autre, c’est ton Bouboule qui s’exprime. Pas besoin de dépenser des milliers d’euros en thérapie, c’est simplement ça : là où se trouve le jugement est Bouboule. Être sans jugement est la porte ouverte à l’amour. Depuis que tu es né, Bouboule tient un véritable livre d’or de tous tes déboires. Chaque fois que tu t’es énervé, que tu as aimé, que tu t’es émerveillé, abandonné ou tout simplement voulu jouer et qu’à chaque fois on t’a cassé et que tu as souffert, ton Bouboule l’a noté et depuis se tient là pour faire en sorte que ça n’arrive plus. Pourquoi as-tu tant de mal à faire l’enfant, le clown ou à te laisser aller au sentiment amoureux, à la confiance, à l’abandon ? Parce que tu en as souffert par le passé et que ton Bouboule se met à hurler « arrête, tu vas te rendre ridicule, ou tu vas souffrir comme la dernière fois. Regarde, si tu recommences, tu vas revivre les déboires du passé !
- Je comprends. Mais que faire alors ?
- Pacifier l’ego, le rassurer. Ose laisser vivre tes différents personnages, en pleine conscience et dans l’intensité, puis dis-le à l’ego. Si tu lui montres que cette fois, ça s’est bien passé, et que tu renouvelles ces expériences, petit à petit, il se calmera. Même si par le passé, Bouboule t’a montré qu’être dans la passion et l’intensité t’a fait du mal, parce que tu laissais trop tes dépendances te guider, tu as eu tort de te verrouiller, et ton armure tu l’avais construite bien avant Aurélie, ou la mère de ton fils, si tu veux tout savoir. Apprends à sortir de ça, ose à nouveau vivre dans l’intensité et l’authenticité Léon, et tu seras heureux, confiant, serein et parfaitement connecté. L’ego est là, pour te faire croire qu’il te « protège ». Et dans ce rôle-là, il est une véritable machine à casser lorsqu’un de tes personnages se sent attaqué. C’est exactement ce qui s’est passé quand tes émotions t’ont débordé et que tu as fait toutes ces choses pour te venger d’Aurélie.
- Je ne comprends pas très bien Zougou.
- D’accord, nouveau petit jeu. Tu vas me dire quelque chose d’extrêmement désagréable, et, à tour de rôle, je vais laisser m’exprimer mes différents personnages.
- Ok, je te dis quoi ?
- Ce que tu veux.
Léon prit un temps, puis éclata de rire !
- C’est fou, j’ai envie de te sortir une phrase, mais en même temps je sens mon Bouboule m’empêcher !
- Parce qu’il te met en garde contre les déboires du passé ! C’est le moment de lui dire que tu peux laisser sortir un de tes personnages, même très malveillant, et qu’il ne t’arrivera rien de négatif.
- D’accord.
Léon ferma les yeux, respira plusieurs fois profondément et se choisit un personnage. Il ouvrit les yeux, l’air mauvais.
- Tu es nul Zougou, ridicule avec toutes ces théories à la con qui me cassent les couilles et en plus tu pues de la gueule.
Zougou éclata de rire !
- C’est très bien Léon, très bien ! Répète-le encore une fois.
Léon répéta ses injures, dans la foulée, Zougou se mit à pleurer, visiblement très touché parce que Léon venait de lui balancer. Celui-ci se sentit immédiatement très coupable, mais en même temps très amusé. Puis Zougou, enleva ses mains et dévoila des yeux lumineux.
- Alors, qui parlait ?
- Un de tes personnages je dirais. J’ai blessé l’enfant, l’homme, et le thérapeute.
- Oow, très très bien Léon. Excellent même ! Dans la réalité, cela ne se passerait pas ainsi n’est-ce pas ? À peine un de mes personnages se sentirait-il touché que Bouboule arriverait tout de suite à la rescousse. Recommence s’il te plaît.
- Tu es insignifiant, tu me gonfles et en plus d’être moche tu schlingues !
Zougou prit un air renfrogné et très agressif.
- Non mais comment tu me parles ! Tu t’es regardé toi avec ta gueule de con et ton alcoolisme, tu crois vraiment valoir mieux que moi ? T’arrives même plus à tirer un coup sans penser à ton ex !
- Là t’es vache Zougou.
- Hahaha ! Oui excuse-moi ! Bouboule est très blessant n’est-ce pas, il sait comment faire très rapidement mal ! Faisons quelques exercices pour lâcher tout ça… Voilà qui est bien ! Maintenant tu vas répéter encore une fois ta phrase, et cette fois-ci, je vais laisser parler ma lumière intérieure, mon âme si tu préfères, ou peu importe son nom, ma vraie nature bienveillante.
Une nouvelle fois, Léon se répéta. Tout en encaissant, Zougou prit une voix douce, les yeux remplis d’amour.
- Tu sais Léon, ça me touche beaucoup ce que tu viens de dire. Je pensais réellement que je t’apportais quelque chose de positif en partageant tout cela avec toi. Mais si tu me trouves si nul, tu ne voudrais pas, s’il te plaît, me montrer comment m’améliorer ? J’aimerais tellement devenir meilleur.
Léon en resta interdit, il ne savait plus quoi dire. De nouveau, Zougou partit d’un gros éclat de rire.
- Oow, magnifique non ? Que vient de faire l’âme ? Elle vient de donner du pouvoir à l’autre pour lui donner l’occasion de s’expliquer de façon plus constructive.
- Cela ressemble un peu à de la manipulation je trouve.
- Si c’est fait de façon intéressée oui. Mais la lumière est désintéressée. Elle veut juste rayonner et aider les autres à rayonner à leur tour en recevant des messages.
- J’ai vraiment du mal à entrer là-dedans Zougou, même si je le voudrais bien. C’est tellement…
- Bisounours.
- C’est ça !
- Parce que Bouboule est là pour veiller au grain. Si tu considères qu’être dans cet esprit c’est être naïf et se fermer les yeux sur les difficultés du monde, bien évidemment que cela n’a pas de sens. Bien au contraire, c’est développer sa pleine conscience. Tu es trop désabusé Léon. N’as-tu donc pas compris que c’est ce qui t’avait coûté si cher ?
- Si, bien sûr que si.
- Ne désires-tu pas changer ?
- Ça c’est vraiment la bonne question…
- C’est pour cela que je te la pose. Tu es un être extraordinaire Léon, sache-le ! Oui, je sais, ton Bouboule a du mal à prendre ce genre de compliment parce que tu ne t’aimes pas, et que tu as du mal à croire que tu es beau. Savoir que l’on est extraordinaire ne veut pas dire que l’on est rempli d’orgueil, bien au contraire.
- Ça va pas plaire à mon côté rock’n’roll tout ça !
- Tout dépend de l’exemple que tu souhaites lui montrer ! Les Rolling Stone au début de leur carrière se sont énormément drogués, puis ils ont compris que toutes ces substances étaient naturellement présentes dans le corps. Regarde Mick Jagger sur scène, il danse comme un enfant de trois ans. C’est un enfant de trois ans. Il capte simplement l’énergie et les émotions de la foule, puis il les lâche par le corps et la voix. Toi, tu as donné trop d’importance à tes personnages de désabusé, de tyran.
- J’ai fait le choix de ne pas oublier.
- Tu as fait le choix de ne plus vivre, de ne plus croire en rien. Parce que tu es persuadé qu’à chaque fois que tu vas baisser ta garde, que tu vas espérer, tu vas en souffrir.
- Mais c’est le cas Zougou. Combien de fois l’ai-je vérifié ?
- S’il te plaît, tu veux bien essayer autre chose, pour rassurer le thérapeute en moi ? Tu veux bien me faire confiance ?
- C’est ton âme qui parle là où tu me manipules?
- Hahaha, un peu les deux, je l’admets ! Cette maison dans laquelle vous avez habité, demeure ta dernière vraie maison, il serait peut-être temps de penser à replanter tes racines ailleurs tu ne crois pas ?
- À quoi bon ? Et pour aller où ?
- En toi Léon, c’est le seul endroit où tu te sentiras vraiment chez toi, en sécurité et heureux. Je serais ravi de te guider vers ce chemin-là. Mais encore faut-il que tu le veuilles.
- Je ne sais pas. Mon Bouboule m’en fait voir de toutes les couleurs !
- Au moins tu le vois maintenant, c’est un très bon début.
- J’avoue avoir peur. Laisser tout cela, tout ce que je connais. Tellement peur de ce qu’il y a derrière, peur que ce ne soit plus moi.
- Au contraire Léon, ce sera davantage toi. Et il n’y a rien devant qui soit plus lourd que derrière, bien au contraire.
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