Les Mohicans de Paris 2
Orsola.
LXV
« Mon frère mort, poursuivit M. Gérard, je devins le chef de la famille et l’administrateur de la fortune de mes neveux. D’abord, je me trouvai assez embarrassé : je n’avais jamais eu que douze ou quinze cents francs de revenu provenant d’un petit bien paternel que je faisais rapporter moi-même ; lorsque j’eus à manier des sommes considérables en billets de banque, il me prit des frissonnements inconnus ; quand je vis des sacs d’or renversés sur une table, je compris le vertige ! seulement, ces sensations étaient toute physiques et n’avaient rien de criminel. Je n’avais d’autres désirs que ceux qui étaient éclos dans le cercle où d’habitude je vivais.
« M. Sarranti commença l’éducation des enfants, me donna quelques conseils pour
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l’emploi et le placement des revenus, et les premiers jours s’écoulèrent dans une parfaite tranquillité.
« Les deux seules femmes qui habitassent la maison étaient Gertrude et Orsola : Gertrude, qui après avoir été, à vingt ans, la nourrice de ma belle-sœur, et l’avoir vue mourir entre ses bras, était devenue, à quarante-cinq, la gouvernante de ses enfants ; Orsola, qui s’était, comme vous savez, impatronisée dans la maison et décorée du titre de femme de confiance. Je vous ai dit, mon père, l’effet de répulsion que cette femme avait commencé par produire sur moi... Pourquoi cela ? À part cette chanson que je lui avais entendu chanter le jour de l’enterrement de mon frère, je n’eusse pas trop su le dire ; ce n’était point qu’il y eût en elle quelque chose de répulsif : au contraire, elle était belle. Seulement, il fallait s’en apercevoir ; mais, du moment qu’on s’en était aperçu, les regards qui l’avaient d’abord laissée passer indifféremment revenaient à elle, et, une fois qu’ils avaient pris cette fatale direction, ne pouvaient plus la quitter ! D’abord, quand je l’avais vue pour la première fois, elle était vêtue
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d’un costume sombre qui ne la faisait aucunement valoir ; ses cheveux étaient cachés sous une espèce de coiffe de veuve ; le reste de son accoutrement était, non pas tout à fait d’une femme du commun, mais d’une bourgeoise qui a renoncé à toute idée de coquetterie. La seule chose que j’eusse remarquée en elle, c’étaient des yeux assez beaux, des dents fort blanches et des lèvres dont le rouge vif et presque sanglant m’avait tout particulièrement frappé. Mais, depuis la mort de mon frère, peu à peu, et semaine par semaine, elle avait, pour ainsi dire, mis à jour une beauté : c’étaient, d’abord, de magnifiques cheveux, bleus à force d’être noirs, dont elle avait tiré de dessous sa coiffe la riche réserve et dont elle s’était fait de splendides nattes ; c’était un cou, doré comme l’épi au mois de juillet, qu’elle avait dégagé d’une collerette montante ; c’était une taille souple et flexible comme le bouleau de nos forêts, qu’elle avait enfermée dans une robe de deuil en taffetas noir ; c’était un pied espagnol, mieux que cela, un pied basque, qu’elle avait débarrassé de la pantoufle qui le chaussait et emprisonné de nouveau, mais,
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cette fois, dans un soulier à rubans flottants ; c’était une double rangée de dents blanches, qu’elle montrait, même sans sourire, comme si ses lèvres eussent été trop courtes et trop arrondies pour se rejoindre ; c’étaient, enfin, des mots charmants dits en patois de nos montagnes, avec un mélodieux accent basque, et qui me semblaient, quand elle m’adressait la parole – ce qui, au reste, lui arrivait rarement –, un écho du pays natal.
« Tous ces changements successifs s’étaient opérés en moins de trois mois, au grand étonnement de tous les commensaux de la maison, lesquels ne soupçonnaient point, sous sa chrysalide de bure, la brillante phalène qui venait d’éclore. Du reste, pour qui Orsola faisait-elle ces frais de toilette ? Il était impossible de le dire : elle ne parlait jamais à personne que les besoins de la maison ne l’y forçassent, et elle se tenait dans sa chambre tout le temps qu’elle n’avait point affaire dans les régions aristocratiques du château. C’était pour elle, sans doute ! cette innocente coquetterie déplaisait probablement à son ancien maître, et, peu à peu, elle voulait
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s’assurer si son nouveau maître était aussi sévère que l’ancien. Son nouveau maître, c’était moi !
« Laissez-moi vous dire toutes les séductions de cette femme, à qui j’eusse donné quarante ans la première fois que je l’avais vue, et qui, au fur et à mesure qu’elle dépouillait l’ancien costume, semblait dépouiller avec lui les années ; de sorte qu’au bout de trois mois, je lui eusse donné à peine trente ans. C’est là ma seule excuse à l’infâme ascendant que cette abominable créature finit par prendre sur moi.
« J’avais, je vous l’ai dit, perdu ma femme très jeune et après d’assez tristes années de mariage. Doué d’une constitution assez robuste, d’un tempérament d’homme du Midi, mes passions avaient pu momentanément s’engourdir, mais devaient infailliblement, un jour ou l’autre, se réveiller. Plusieurs fois, je m’étais surpris à regarder passer cette femme ; plusieurs fois, en son absence, je m’étais étonné de penser à elle... Quant à Orsola, elle semblait n’avoir pour moi d’autre attention que cette respectueuse déférence que l’inférieur a pour son maître. Elle s’était
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réservé le service de ma chambre et de celle de M. Sarranti, ayant le soin d’y entrer de préférence pendant le déjeuner ou le dîner, et n’y trahissant sa présence que par ces attentions auxquelles on reconnaît, chez qui les a, l’habitude personnelle de la plus excessive propreté. Nous rentrions régulièrement dans nos chambres à neuf heures du soir, et, en général, à dix heures tout le monde était endormi.
« Un soir que j’avais à revoir des comptes de banque et de régie – c’était pendant une nuit de décembre 1818 –, je prévins Orsola de mon désir de prolonger mon travail assez avant dans la nuit et la priai de faire monter une provision de bois dans ma chambre. Elle l’apporta elle-même en venant faire la couverture ; puis, le bois déposé, la couverture faite, elle sortit en me demandant en patois :
« – Monsieur n’a plus besoin de rien ?
« – Non, lui répondis-je en détournant d’elle mon regard ; car j’avais peur que mon regard, en se fixant sur elle, ne fît jaillir de mon cœur un éclair de cette étrange luxure qu’elle éveillait en
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moi.
« Elle sortit, tira doucement la porte derrière elle, et je l’entendis monter l’escalier et rentrer dans sa chambre, située au-dessus de la mienne. Je restai pensif, sans faire attention que, peu à peu, le feu s’éteignait, et je ne commençai à m’en apercevoir que par le froid qui m’envahissait lentement.
« Il était inutile que je pensasse à travailler ce soir-là : toutes mes idées étaient ailleurs. Je voulus fuir dans le sommeil les tentations qui venaient m’assaillir ; je jetai une brassée de bois sur mon feu, je me couchai, j’éteignis la lumière, et j’essayai de m’endormir. Je m’endormis, en effet.
« Une heure, à peu près, s’était écoulée depuis que j’avais fermé les yeux, quand je me réveillai, suffoqué par la fumée ; le feu avait pris dans la cheminée, par suite, sans doute, de la trop grande quantité de bois que j’y avais jetée ; le vent rabattait la fumée dans ma chambre, et cette fumée m’étouffait. Je me jetai à bas de mon lit, et je criai :
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« – À l’aide ! au feu !
« Mais personne ne vint. J’allais gagner l’escalier de service, lorsque, au bout du corridor, j’aperçus Orsola, les cheveux dénoués, vêtue d’une espèce de peignoir qui n’était autre qu’une longue chemise de nuit, pieds nus, son bougeoir à la main. Elle était superbe ainsi, et semblait quelque apparition comme on raconte qu’il en existe dans les vieux châteaux ou dans les couvents en ruine. Il y avait, en effet, dans cette femme, de la châtelaine et de l’abbesse, mais surtout du démon ! Puis, comme si la distance qu’il y avait d’elle à moi eût dû l’empêcher de remarquer le luxurieux désordre dans lequel elle se trouvait :
« – Vous avez appelé à l’aide, dit-elle, et je suis accourue. Qu’y a-t-il ?
« Je la regardai, émerveillé.
« – Le feu ! balbutiai-je, le feu !
« – Où cela ?
« – Dans ma chambre !
« Elle s’y précipita sans se préoccuper de la
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fumée.
« – Ah ! dit-elle, ce n’est rien.
« – Comment ! ce n’est rien ?
« – Non, c’est un feu de cheminée, et les cheminées sont en briques. Voulez-vous m’aider, monsieur ? Nous allons l’éteindre.
« – Mais, pour l’éteindre, appelons du monde !
« – C’est inutile, dit-elle, ne réveillons personne : nous l’éteindrons bien à nous deux, et même je l’éteindrai à moi toute seule, si vous ne voulez pas vous en mêler.
« Ce sang-froid me paraissait merveilleux : c’était moi, l’homme, c’est-à-dire la créature prétendue forte, qui avais eu peur, c’était elle, la femme, c’est-à-dire la créature réputée faible, qui me rassurait !
« Je n’appelai point. Dans la disposition d’esprit où je m’étais couché, l’apparition qui venait à moi était celle que j’eusse évoquée. Elle, d’ailleurs, était, comme je l’ai dit, hardiment entrée dans ma chambre, avait ouvert la fenêtre pour dissiper la fumée, avait arraché les draps de
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mon lit, les avait trempés dans la cuvette, et, en appliquant ces draps mouillés contre l’ouverture du foyer, avait entièrement intercepté le courant d’air ; puis, tirant le drap à elle d’un mouvement régulier, elle avait produit le vide, et fait tomber des hautes régions de la cheminée les couches de suie qui s’étaient enflammées.
« Une demi-heure suffit à toute cette opération, dans laquelle je l’aidai, c’est vrai, mais plus préoccupé de ces cheveux noirs, de ces pieds blancs, de ces épaules arrondies qui transparaissaient sous le peignoir, que de l’incendie, qui, d’ailleurs, était complètement vaincu. Une autre demi-heure n’était point écoulée, que le parquet était épongé, la chambre propre, mon lit refait, et que cette créature fantastique, qui semblait un démon commandant aux éléments, avait disparu.
« La nuit qui suivit cet événement fut une des plus cruelles que je passai de ma vie !...
« Au reste, j’étais résolu à récompenser ce sang-froid et ce dévouement. Le lendemain, après le déjeuner, à l’heure où je la savais occupée à
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faire ma chambre, je montai et m’approchai d’elle, qui semblait ne se souvenir de rien ; je lui fis mes remerciements et lui présentai une bourse contenant une vingtaine de louis. Mais elle, recevant mes remerciements avec humilité, repoussa la bourse avec hauteur. J’insistai ; alors elle répondit simplement et sans affectation :
« – Je n’ai fait que mon devoir, monsieur.
« Je pensai que peut-être la somme n’était pas assez forte pour la tenter, et, voulant avoir le dernier mot de ce désintéressement, je pris tout l’or que j’avais dans ma poche ; je le joignis à celui qui était dans la bourse et je lui offris de nouveau cette bourse, mais sans plus de succès. Je lui demandai la raison de ces refus.
« – Il y a une première raison que je vous ai dite d’abord, et qui est la plus puissante, me répondit-elle : je n’ai fait que mon devoir, et qui ne fait que son devoir n’a pas droit à une récompense ; puis, ajouta-t-elle en souriant, il y en a une seconde...
« – Laquelle ? fis-je.
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« – C’est que, relativement, monsieur, je suis aussi riche que vous.
« – Comment cela ?
« – Mon ancien maître m’a laissé trente mille francs en capital, c’est-à-dire quinze cents livres de rente. Je n’ai qu’à retourner dans la vallée de
Savignac1, d’où je suis, et, avec mes quinze cents francs, je vivrai comme une reine !
« – Mais, alors, repris-je, pourquoi avez-vous demandé de si faibles gages quand je vous ai invitée à faire votre prix ?
« – Pour deux raisons encore, répondit-elle : parce que j’étais depuis dix ans dans la maison et que mon grand désir était de ne pas la quitter.
« – Voilà la première, lui dis-je. Et la seconde ?
« – La seconde ! dit-elle en rougissant légèrement ; la seconde, c’est parce que, du premier coup d’œil, je m’étais sentie attirée vers vous et qu’il me plaisait d’entrer à votre service.
« Je remis ma bourse dans ma poche, tout
1 Petite ville de la haute Ariège.
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honteux de trouver une pareille élévation de sentiment chez une femme que je n’avais, jusque là, considérée que comme une servante.
« – Orsola, lui dis-je, à partir de demain, vous prendrez une femme pour faire ici ce que vous y faisiez d’habitude, et vous vous contenterez de surveiller les domestiques.
« – Pourquoi me priver d’un plaisir, monsieur, en empêchant que je vous serve ? Est-ce votre manière de me récompenser ?
« Elle dit ces quelques paroles du ton le plus naturel.
« – Eh bien, soit, répondis-je ; vous continuerez de me servir, ma chère Orsola, puisque vous prétendez que ce service est un plaisir pour vous ; mais vous ne servirez que moi seul. Jean s’occupera de M. Sarranti.
« – À la bonne heure ! dit-elle, j’accepte cela ; il me sera permis d’avoir plus grand soin de vous.
« Puis, comme ma chambre était achevée, elle sortit simplement et dignement, ne se doutant pas, ou, du moins, n’ayant pas l’air de se douter
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qu’elle me laissait émerveillé de sa délicatesse, comme, l’autre fois, elle m’avait laissé émerveillé de sa beauté.
« À dater de ce jour, le sort de ma vie fut décidé et j’appartins à cette femme.
« Elle, de son côté, voyant que, au lieu de continuer à lui donner des ordres, comme on fait à une servante, je l’entourais d’attentions, comme on fait pour une femme, devint plus réservée à mesure que je devenais plus respectueux. Elle avait eu, depuis qu’elle était à la maison, le parler franc, libre et hardi, m’adressant la parole en patois chaque fois que l’occasion s’en présentait ; maintenant, elle me parlait à peine, et toujours à la troisième personne ; devenue, je le répète, timide et presque craintive, elle tremblait au premier mot, rougissait au premier geste. Avait-elle connaissances des désirs qu’elle m’inspirait et feignait-elle de les ignorer ? À cette époque, il m’eût été impossible de le dire ; depuis, j’ai pu voir quelle prodigieuse comédienne c’était que cette femme, et avec quel art elle marchait à son but !
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« La lutte dura trois mois environ.
« Pendant cet intervalle, le jour de ma fête était arrivé, et Gertrude avait eu l’idée d’en faire une solennité. Le soir, les enfants furent amenés au dessert avec de magnifiques bouquets ; derrière les enfants, était Sarranti, qui me tendit la main ; puis Jean et le jardinier vinrent aussi me faire leurs compliments. J’embrassai tout le monde, enfants et grandes personnes, professeur et domestiques, et cela, parce que je pensais qu’Orsola se présenterait à son tour et que je l’embrasserais comme les autres. Elle entra la dernière et je jetai un cri en l’apercevant.
« Elle était vêtue de son costume de montagnarde, avec le fichu rouge sur la tête, le corsage de velours noir et or : quelque chose de ravissant, entre la ville d’Arles et la paysanne romaine ! Elle me dit quelques mots en patois pour me souhaiter de longs jours et l’accomplissement de tous mes vœux. Je restai muet, ne trouvant rien à répondre et ne sachant que lui tendre les bras pour l’embrasser ; mais elle, au lieu de me tendre ses joues, baissa la tête,
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et me présenta son front, rougissant comme une jeune fille, tandis que sa main tremblait dans ma main.
« Personne, dans la maison, n’aimait Orsola, excepté moi, qui la désirais peut-être plus que je ne l’aimais ; cependant, malgré le peu de sympathie qu’elle inspirait, il n’y eut qu’un cri pour louer cette beauté opulente, à qui le costume national prêtait tout le charme de l’originalité. Je me sentis si troublé, que je remontai dans ma chambre, afin qu’on ne s’aperçût point de mon émotion.
« J’étais là depuis quelques instants, sans autre lumière que le reflet du feu qui brûlait dans l’âtre, lorsque je reconnus le pas d’Orsola, qui s’approchait de ma chambre, et que, ma porte s’ouvrant, je la vis apparaître dans son ravissant costume, éclairée par le bougeoir qu’elle tenait à la main et qui l’enveloppait de lumière.
« J’étais assis dans un fauteuil, appuyé, haletant, sur le bras du siège, dans la position de l’homme ou de l’animal prêt à s’élancer.
« Elle me vit et fit un mouvement, comme si
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elle ne s’attendait point à me trouver là ; mais, après ce premier mouvement échappé à la surprise, elle s’avança vers mon lit, et, comme d’habitude, se mit à enlever la couverture... Alors je me levai, décidé à tout risquer, j’allai à elle, les bras ouverts, chancelant comme un homme ivre, et lui disant avec toute la frénésie de ma folle passion :
« – Orsola ! Orsola ! que tu es belle !...
« Attendait-elle ce moment ? fut-elle réellement surprise ? Je l’ignorai toujours. Ce que je sais seulement c’est qu’elle jeta un faible cri, qu’elle laissa tomber son flambeau, et que nous nous trouvâmes dans l’obscurité.
« Ô mon père ! mon père ! murmura le malade, de cet instant commença ma vie criminelle ! de cet instant Dieu se retira de moi, et j’appartins au démon !... »
M. Gérard retomba presque expirant sur son oreiller, et le dominicain, tremblant que cette confession, si lente à arriver à l’endroit qui l’intéressait, ne lui échappât, n’hésita point, cette
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fois, à donner au mourant une seconde cuillerée de cet élixir qui avait déjà ranimé ses forces.
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