Les Mohicans de Paris 2
Les confrères ennemis
LXXVII
Pendant que M. Jackal, bourrant son nez de tabac pour tâcher d’éclaircir ses idées et de comprendre quelque chose à l’énigme que lui avait jetée Salvator en s’éloignant, retournait, au grand trot de ses chevaux, vers Paris, Salvator allait retrouver Jean Robert à la maison mortuaire.
C’était juste au moment où, Carmélite commençant à retrouver sa raison, ses trois amies, qui ne l’avaient pas quittée un instant, entreprenaient cette douloureuse tâche de lui annoncer la fatale nouvelle.
Dominique était parti depuis un quart d’heure pour Penhoël, emmenant avec lui le corps de Colomban.
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Ludovic, après avoir laissé une ordonnance rigoureuse et promis de revenir le lendemain, partait de son côté pour la rue Notre-Dame-des-Champs, qu’il habitait.
Enfin, Jean Robert attendait Salvator, afin de regagner Paris avec lui.
Suivons celui de nos personnages auquel va, pour le moment, s’attacher le plus grand intérêt, c’est-à-dire Ludovic ; nous reviendrons aux autres plus tard.
Ludovic, la tête un peu alourdie par le jour et la nuit qu’il venait de passer, avait décidé de s’en retourner à pied à Paris.
Le trajet du Bas-Meudon à la rue Notre-Dame-des-Champs, en passant par Vanves, n’est qu’une promenade.
Ludovic revenait donc en se promenant et traversait le village de Vanves, lorsqu’il aperçut, devant une maison où nous avons précédemment conduit un de nos héros, une cinquantaine de personnes agenouillées, hommes, femmes et enfants, tous priant, les larmes aux yeux, pour
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qu’un miracle rendit la vie au bon, à l’honnête, au bienfaisant M. Gérard, auquel le curé du Bas-Meudon, de retour de son excursion à Bellevue, apportait le viatique.
À ce spectacle assez rare, Ludovic s’arrêta, et, s’approchant du groupe qui lui paraissait le plus désolé :
– Que pleurez-vous donc, mes amis ? demanda-t-il.
– Hélas ! répondit une voix, nous pleurons le père du pays !
Ludovic se rappela qu’en effet on était venu chercher l’abbé Dominique pour entendre la confession d’un mourant.
– Ah ! oui, dit-il, vous pleurez M. Gérard ?
– L’ami des malheureux ! le bienfaiteur des pauvres !
– Est-ce qu’il est mort ? reprit Ludovic.
– Non ; mais, à la suite d’une conférence que ce digne homme a eue avec un moine, il s’est senti tellement affaibli, qu’on a envoyé chercher le viatique, et qu’en ce moment M. le curé de
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Meudon lui administre les derniers sacrements.
– Hélas ! dirent en chœur les villageois redoublant de gémissements et de sanglots.
Ludovic, sous son masque de sceptique, était doué d’une sensibilité de femme ; les larmes franches lui allaient droit au cœur et attiraient insensiblement ses larmes.
– Quel âge a donc le malade ? demanda-t-il.
– À peine cinquante ans, monsieur, répondit un paysan.
– Ah ! dit un autre, ce n’est vraiment pas une miséricorde du bon Dieu de nous le reprendre si jeune, tandis qu’il y a tant de méchantes gens qu’il laisse sur la terre.
– En effet, dit Ludovic, cinquante ans, ce n’est pas un âge pour mourir, surtout quand on est regretté comme paraît l’être M. Gérard.
Puis, après avoir hésité un instant :
– Peut-on voir le malade ? ajouta-t-il.
– Est-ce que vous seriez médecin, par hasard ? dirent d’une seule voix tous les assistants.
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– Oui, répondit Ludovic.
– Médecin de Paris ?
Ludovic sourit.
– Médecin de Paris.
– Oh ! alors, entrez vite, mon cher monsieur ! dit un vieux paysan.
– C’est le ciel qui vous envoie ! dit une femme.
Et, en même temps, les paysans l’entourèrent, les uns le priant, les autres le poussant, de sorte qu’il se trouva presque porté dans la maison.
Outre les personnes agenouillées dans la rue, il y en avait dans le vestibule, dans l’escalier, dans l’antichambre, et jusque dans la chambre à coucher du mourant.
Mais, à ces mots : « C’est un médecin de Paris ! c’est un médecin de Paris ! » chacun se rangea pour laisser passer Ludovic.
Le mourant venait de communier, et la sonnette tintait, annonçant que l’œuvre sainte était accomplie.
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Ludovic s’inclina comme les autres, si peu croyant qu’il fût, lorsque passa le prêtre, précédé du bedeau et des enfants de chœur, et suivi des personnes étrangères qui, dans une pieuse intention, étaient venues mêler leurs prières à celles de l’Église.
Puis, lorsqu’il releva la tête, il se trouva, lui troisième, dans la chambre du moribond.
Les deux autres personnes étaient M. Gérard, qui, complètement anéanti, semblait agoniser sur son lit, et un homme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux et aux moustaches gris, portant à sa boutonnière la croix de la Légion d’honneur, et qui, appuyé au chevet, semblait suivre avec un intérêt réel les progrès presque visibles de la mort sur la physionomie du mourant.
Les deux hommes, en se trouvant vis-à-vis l’un de l’autre, commencèrent par se regarder, chacun d’eux pour savoir probablement à qui il avait affaire ; puis, comme cet examen ne lui avait absolument rien appris pour sa part, Ludovic s’avança le premier, et, avec la
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courtoisie d’un jeune homme en face d’un homme qui a le double de son âge :
– Monsieur, dit-il, est le frère du malade ?
– Non, monsieur, répondit l’homme aux moustaches grises continuant d’examiner Ludovic ; je suis son médecin. Et vous ?
– Moi, monsieur, dit Ludovic en s’inclinant, j’ai l’honneur d’être votre confrère.
L’homme aux moustaches grises fronça légèrement le sourcil.
– Autant, dit-il, qu’un jeune homme de vingt-cinq ans peut être le confrère d’un homme qui a passé dix ans de sa vie sur les champs de bataille et quinze ans au chevet du lit des malades.
– Pardon, monsieur, dit Ludovic, mais je vois que j’ai l’honneur de parler à M. Pilloy.
Le médecin se redressa.
– Qui vous a dit mon nom, monsieur ? demanda-t-il.
– Je l’ai appris d’une manière bien simple, et il était accompagné des plus grands éloges,
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monsieur, dit Ludovic. Le hasard m’a conduit près de deux malheureux jeunes gens qui viennent de s’asphyxier au Bas-Meudon ; j’ai réclamé tout de suite l’assistance d’un confrère : on a prononcé votre nom, j’ai envoyé chez vous ; chez vous, on a répondu que vous étiez au chevet de M. Gérard.
– Et vos asphyxiés ? demanda le chirurgien militaire, un peu adouci par la politesse du jeune homme.
– Je n’en ai pu sauver qu’un, monsieur, répondit Ludovic ; si vous aviez été là, peut-être les eussions-nous sauvés tous les deux.
– Et alors, dit M. Pilloy, vous trouvant sur les lieux, et apprenant qu’il y avait un malade dans cette maison, vous êtes entré ?
– Je ne me fusse pas permis une pareille inconvenance, monsieur, dit Ludovic, sachant que vous étiez près de M. Gérard, si les braves gens qui pleurent à la porte ne m’y avaient en quelque sorte forcé. L’extrême douleur est crédule, vous le savez, monsieur ; pardonnez-leur, et, quand vous leur aurez pardonné,
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pardonnez-moi à mon tour.
– Mais je n’ai rien à pardonner à eux ni à vous, monsieur ; vous êtes le bienvenu, et deux conseils valent toujours mieux qu’un. Malheureusement, ici, ajouta-t-il en baissant la voix, je crois que tous les conseils du monde n’y feraient fin.
Puis, plus bas encore :
– C’est un homme perdu ! dit le chirurgien militaire.
Si bas qu’il eût parlé, le malade entendit ce que disait le bon M. Pilloy et poussa un gémissement.
– Chut ! fit Ludovic.
– Pourquoi chut ? demanda le chirurgien.
– Parce que l’ouïe est le dernier sens qui survive en nous, et que le malade vous a entendu.
M. Pilloy secoua la tête en homme qui doute.
– Alors, demanda Ludovic se penchant à l’oreille de M. Pilloy, alors il n’y a plus d’espoir ?
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– C’est-à-dire, répondit le chirurgien militaire, que, dans deux heures, il sera mort.
Ludovic posa la main sur le bras de M. Pilloy en lui montrant le malade qui s’agitait dans son lit.
M. Pilloy fit un signe de tête qui signifiait : « Oh ! il a beau se remuer, il faudra qu’il y passe tout de même ! » Puis, traduisant sa pantomime par la parole :
– Ce matin, continua-t-il, j’avais encore l’espérance de le conserver quarante-huit heures ; mais je ne sais pas quel est l’imbécile qui lui a fourré dans la tête l’idée de se confesser ; ce qui était bien inutile, attendu que je le connais depuis qu’il habite Vanves, et que c’est un homme d’une vertu irréprochable ! – Il est resté trois heures enfermé avec une espèce de moine, et, tenez, voilà l’état dans lequel le saint homme me l’a rendu ! Ah ! les prêtres, les moines, les calotins, les jésuites ! murmura le vieux soldat ; et quand on pense que c’est l’empereur, auquel nous devons de si bonnes choses, qui nous a rendu tout cela !
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– Et quelle est la maladie dont M. Gérard est atteint ? demanda Ludovic.
– Eh ! la maladie habituelle, pardieu ! répondit M. Pilloy en haussant les épaules, comme s’il n’existait au monde qu’une sorte de maladie.
À ces mots : la maladie habituelle, Ludovic sourit. Il venait de reconnaître un disciple de Broussais appliquant inintelligemment les leçons de ce grand maître.
Puis, pensant que l’existence d’un homme, que Dieu donne pour un si court espace et reprend pour l’éternité, est parfois remise aux mains d’un ignorant ou, qui est pis, d’un fanatique, son sourire s’effaça ; il haussa invisiblement les épaules et regarda le vieux chirurgien de l’air d’un homme qui se tient sur ses gardes.
– Par la maladie habituelle, vous entendez, sans doute, une gastrite ? demanda-t-il.
– Naturellement, répondit le chirurgien ; il n’y a, parbleu ! pas à s’y tromper. Voyez plutôt vous-même.
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Autorisé par son confrère, Ludovic s’approcha du lit.
Le malade paraissait dans un état de prostration complète ; sa respiration était bruyante, difficile, oppressée ; quand il respirait, sa poitrine se soulevait entièrement comme dans le râle.
Ludovic étudia le visage, passant du tout à la partie, de l’ensemble aux détails.
La face était pâle, d’une coloration jaunâtre ; les extrémités étaient moites et froides ; une sueur visqueuse était répandue sur tout le visage, perlant surtout à la racine des cheveux.
À ces symptômes extérieurs, Ludovic jugea que la maladie était grave, en effet ; et, cependant, il ne vit point le malade dans l’état absolument désespéré où le voyait son confrère.
– Vous souffrez beaucoup, monsieur ? demanda-t-il.
À cette question faite par une voix nouvelle, et qui semblait rendre à M. Gérard un espoir perdu, celui-ci ouvrit les yeux et tourna la tête vers
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l’étranger qui lui parlait.
Ludovic fut étonné de la vitalité qui régnait encore dans l’œil du moribond, vitalité qui n’était point en rapport avec la dégradation apparente de ses forces : le blanc de l’œil était jaune ; les traits de la figure étaient décomposés ; le visage semblait mort ; mais l’œil, ou plutôt le cœur de l’œil n’était point aussi mort que la figure. Il y avait encore de la force et de la vie dans cet œil.
– Voulez-vous me montrer votre langue ? reprit Ludovic.
M. Gérard montra sa langue ; elle était d’un blanc-jaune tirant sur le verdâtre, chargée, épaisse dans toute son étendue ; mais elle n’avait pas cette pointe effilée comme celle des serpents, puis elle n’était ni presque sanglante à son extrémité, ni rouge sur les bords, ainsi qu’est la langue dans les gastrites.
Jusque-là, Ludovic avait été dans le doute ; à partir de ce moment, il entra dans la certitude.
Aussi, par un mouvement involontaire, presque machinal, son regard se tourna-t-il du
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malade sur le chirurgien, et cela, avec une expression à laquelle il n’y avait pas à se tromper.
Cette expression voulait dire clairement : « Mais vous voyez bien que ce n’est point une gastrite ! »
Le vieux chirurgien, dans sa confiance en lui-même, ne parut remarquer ni le mouvement ni le regard de Ludovic ; il ne sourcilla point.
Ce sang-froid d’un confrère, qui devait au moins avoir sur lui l’expérience de l’âge et de la pratique, ébranla le jeune homme dans sa conviction.
Il lui restait un dernier examen à faire.
Il souleva le drap du malade, mit à nu sa poitrine décharnée, y posa la main, et l’y appuya doucement, lentement, mais de plus en plus, jusqu’à ce que la pression devint cependant assez forte.
Voyant alors que M. Gérard ne trahissait la douleur par aucun signe :
– Souffrez-vous ? lui demanda-t-il.
– Non, répondit M. Gérard d’une voix faible.
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– Comment ! insista Ludovic, lorsque j’appuie ainsi, vous ne souffrez pas ?
– Je respire plus difficilement, mais je n’éprouve aucune douleur.
Ludovic se retourna de nouveau vers son confrère, lui disant pour la seconde fois des yeux : « Mais vous voyez bien que ce n’est point une gastrite ! »
Le vieux chirurgien ne parut pas plus comprendre la pantomime de Ludovic la seconde fois que la première.
Ludovic sourit.
Quant à lui, il était convaincu que M. Gérard avait été traité pour une maladie qu’il n’avait pas.
Maintenant, quelle maladie avait-il ?
Ludovic croisa les bras, regarda fixement le malade ; puis, en baissant la tête, comme pour réfléchir plus profondément, il aperçut sous le traversin du malade, non seulement le mouchoir avec lequel il s’essuyait le visage, mais encore celui dans lequel il crachait.
On eût dit que le mouchoir était taché de
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rouille ; ce qui produisait ces taches, c’était une sorte de mucus sanguinolent.
Ludovic était sur la piste de la maladie.
Alors, pour la seconde fois, il souleva le drap de M. Gérard ; mais, cette fois, au lieu d’appuyer sa main sur l’estomac, il appliqua son oreille à la poitrine, et cela à la grande stupéfaction du vieux chirurgien, qui ne connaissait pas encore ce nouveau mode d’auscultation et dont la physionomie prit une expression d’étonnement et de curiosité qui pouvait équivaloir à cette question : « Mais que diable faites-vous là, mon cher confrère ? »
Ce fut à son tour Ludovic qui ne fit pas attention à la pantomime du vieux chirurgien. Il parut satisfait des bruits qu’il venait d’entendre dans la poitrine du malade, car il releva la tête d’un air triomphant.
Il savait, certainement, à quoi s’en tenir désormais sur l’état du patient, et il connaissait la maladie à laquelle il avait affaire ; il ne lui restait plus que le pouls à examiner : il demanda à M. Gérard de lui donner la main ; le malade obéit
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machinalement.
Le pouls n’avait point perdu toute sa force ; il résistait sous le doigt ; il était très fréquent, c’est-à-dire qu’il dépassait cent pulsations ; enfin, il était irrégulier sans doute, mais fort légèrement.
C’était à peu près ainsi que Ludovic comptait, disons mieux, que Ludovic espérait le trouver.
Son examen terminé, le jeune docteur finit par où il eût dû commencer ; mais, comme un homme qui arrive au bord d’une rivière où l’on crie : « Au secours ! » il avait plongé d’abord.
Il se retourna vers M. Pilloy et lui demanda depuis combien de temps durait la maladie, quelles avaient été ses diverses phases, quelles étaient les causes auxquelles on l’attribuait.
Le vieux médecin raconta alors l’immersion de M. Gérard dans le bassin du château et les funestes conséquences que ce plongeon, destiné à sauver la vie d’un enfant, avait eues pour le sauveteur ; il répondit ensuite à toutes les autres questions de son confrère ; puis, quand il eut achevé :
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– Eh bien ! demanda-t-il d’un air gouailleur.
– Eh bien, dit Ludovic, j’ai l’honneur de vous remercier de votre complaisance, monsieur ; je sais ce que je voulais savoir.
– Et que savez-vous ?
– Je sais de quelle maladie est atteint le malade, dit Ludovic.
– Bon ! ce n’était pas difficile à savoir, puisque j’ai commencé par vous dire que c’était une gastrite.
– Oui ; mais voilà justement où nos opinions diffèrent.
– Que voulez-vous dire ?
– Vous plairait-il de passer dans la chambre voisine, mon cher confrère ? Je crois que nous fatiguons le malade.
– Oh ! ne vous en allez pas, monsieur, au nom du ciel ! demanda M. Gérard en rassemblant toute sa force pour exprimer ce désir.
– Soyez tranquille, mon ami, dit M. Pilloy, qui crut que la prière s’adressait à lui ; je vous ai
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promis de ne pas vous quitter, et je vous tiendrai parole.
Et les deux médecins s’apprêtèrent à sortir de l’appartement. Sur le seuil de la porte, ils rencontrèrent la garde-malade.
– Ma bonne dame, dit Ludovic, nous allons rentrer dans cinq minutes ; en notre absence, quelque chose que demande le malade, ne lui donnez absolument rien.
Marianne se retourna vers M. Pilloy, comme pour savoir si elle devait obéir à cette injonction.
– Dame ! lui répondit celui-ci, puisque monsieur prétend qu’il va guérir le malade.
Il s’attendait à ce que Ludovic allait se récrier ; mais, à son grand étonnement, Ludovic ne répliqua point ; il se contenta de s’effacer pour laisser passer M. Pilloy avec la déférence que le plus jeune doit à son ancien.
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