Les Mohicans de Paris 2
Qui n’est utile à rien, qu’à contenter un caprice de l’auteur.
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Qui n’est utile à rien, qu’à contenter
un caprice de l’auteur.
Un romancier habile et désireux de ménager ses effets sauterait par-dessus le chapitre qu’on va lire, et passerait tout de suite, du bruit produit par le galop du cheval qui emporte son maître vers Vienne, à l’apparition de M. Sarranti ; mais, pour aujourd’hui, qu’on nous permette d’être un romancier inhabile. Nous l’avons dit, cette histoire est une histoire que nous racontons dans
l’intimité de trois ou quatre mille amis1 ; nous nous donnons donc toute licence de faire à notre fantaisie, et non point au compas, certain que nous sommes qu’on nous écoute avec indulgence, et qu’on nous aime jusque dans nos défauts.
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Que voulez-vous ! nous n’avons pas le courage d’abandonner ainsi ces deux beaux enfants que nous allons être forcé de quitter dans quelques chapitres, pour ne plus les revoir jamais peut-être, et qui – souvenirs de notre cœur plutôt que création de notre esprit – ont à nos yeux tout le charme de Daphnis et Chloé de Longus, de Roméo et Juliette de Shakespeare, de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.
Imaginez la plus gracieuse des poses que vous prêtez aux deux jeunes Grecs, aux deux beaux Véronais, aux deux ravissants Créoles de l’île de France, et vous n’aurez pas de tableau plus charmant que celui que nous offriront les deux héros de ce récit, au moment où nous rentrerons dans la chambre à coucher du duc de Reichstadt.
Pour la seconde fois, le jeune homme avait fléchi sous l’effort ; le prince avait disparu ; l’enfant timide et maladif avait repris sa place. C’était lui qui, à son tour, était couché sur les coussins, et dont la tête pâle, aux artères convulsives, s’allongeait sur les genoux de Rosenha.
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Assise sur l’ottomane, la jeune fille, de ses deux mains étendues, faisait un collier au duc ; ses doigts roses et effilés se croisaient sous le menton imberbe de son amant ; et, lui renversant doucement la tête en arrière, elle mirait ses yeux noirs et veloutés dans l’azur humide des yeux du prince.
Oh ! que de fois, quand j’ai senti l’impuissance de ma plume à rendre ce que je voyais si bien dans le miroir de mon imagination, que de fois j’ai regretté de ne pas avoir, au lieu de cette plume impuissante avec laquelle j’essayais d’écrire, le pinceau magique du Titien ou de l’Albane ! Mais, que voulez-vous ! il n’a été donné qu’au seul Michel-Ange d’avoir reçu du ciel quatre âmes. Il faut se contenter de ce que nous donne le Seigneur, et ce n’est pas moi, quelque sujet que j’en aie peut-être, qui me plaindrai de l’avarice de Dieu.
L’enfant, fatigué d’avoir un instant atteint à la hauteur d’énergie de l’homme, l’enfant était redevenu enfant ; Rosenha avait compris sa faiblesse, et le caressait comme fait une mère de
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son fils, ou plutôt une sœur aînée de son frère.
Ah ! nous ne nous lassons pas de le redire, c’était un adorable tableau que celui de ce visage, un peu efféminé peut-être, mais doux, suave, pur, renversé en arrière et souriant, les lèvres entrouvertes, les dents perlant derrière ses lèvres, à cette belle créature qui avait à la fois, pour le sublime abandonné, une triple attraction, dévouée comme celle de la mère, indulgente comme celle de la sœur, tendre comme celle de la femme. Bien souvent déjà, dans les heures de tristesse et d’isolement, elle l’avait ainsi calmé, bercé, endormi sous ses caresses, sous ses chansons, sous ses baisers ; pleurant avec lui, se consolant avec lui, riant avec lui ; prête à rester s’il le voulait, prête à mourir, s’il le désirait !
C’est que sa sollicitude pour l’illustre enfant était immuable, infinie, suprême ; c’est qu’elle était fière de lui, fière et folle en même temps. On eût dit que ce jeune homme était sa créature à elle ; que nulle autre, ni sœur, ni mère, ni nourrice, n’avait de droits sur lui. Elle sentait son souffle, sa vie, son âme, intimement et
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indissolublement liés à la vie, à l’âme, au souffle de son amant. C’étaient cette sollicitude, ce soin, ces prévenances, dans le sourire, dans le regard, dans le geste, qui, depuis trois mois, avaient fait oublier au jeune homme sa captivité dorée ; et la prison du prince, métamorphosée par Rosenha en paradis, était devenue un lieu de délices d’où il n’eût jamais songé à s’enfuir.
Mais cette terre enchantée était pareille à l’île flottante de Latone ; elle semblait être à l’ancre comme un vaisseau, et, à chaque instant, le câble, soit brisé par le souffle de Dieu, soit coupé par la main des hommes, pouvait laisser dériver l’île vers ces horizons ambitieux que l’on s’efforçait de cacher aux regards du duc.
C’était dans ces moments-là que le jeune aiglon, sentant pousser ses ailes, songeait à les ouvrir et à s’envoler. Mais ces désirs de liberté qui agitaient parfois le cœur de l’homme se dissipaient bien vite au souffle des passions capricieuses de l’enfant ; et, comme, plus jeune, il quittait son livre d’études pour voir défiler un cortège militaire, jeune homme, il laissait ses
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souvenirs et ses velléités d’ambition politique, pour voir défiler, comme de blanches théories couronnées de fleurs, le lumineux cortège de ses illusions amoureuses.
Mais, alors, le prince trouvait un soutien à sa virilité dans cette jeune fille même, qu’on ne laissait peut-être pénétrer jusqu’à lui que dans l’espérance qu’elle l’éteindrait ; alors, au lieu d’être une ennemie à cet avenir plein de tempête, mais aussi plein de foudroyante lumière, elle lui devenait une alliée ; au lieu d’abaisser le prince jusqu’à elle, elle tentait de s’élever jusqu’au prince. Jusque-là, pourtant, aimante, passionnée, elle avait été plutôt l’écho qui répond que la voix qui conseille, plutôt le foyer qui réchauffe que la colonne de flamme qui guide à travers le désert ; elle combattait, mais sans force, sans volonté, sans but, et ces combats, commencés par des prières, des encouragements et des bravos, finissaient toujours par des baisers. Ce soir-là seulement, la lettre du général indien l’avait transformée, et l’on a vu l’influence qu’elle avait eue sur la détermination du prince.
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Cette détermination, le jeune homme, étonné de l’avoir prise, commençait à s’en épouvanter. C’était la première fois, au milieu des mille sollicitations de ce genre dont il avait été l’objet, c’était la première fois qu’il consentait, sans l’autorisation du prince de Metternich, sans l’aveu de son aïeul François, à recevoir un étranger, un serviteur de son père ; et, certes, il ne se fût jamais élevé jusqu’à cette audace si la jeune fille n’avait été là pour l’exalter, le soutenir, et faire enfin matériellement, en donnant le signal du rendez-vous du lendemain, ce qu’il n’eût osé faire lui-même.
Toutes les difficultés d’une pareille entreprise lui revenaient alors à l’esprit, et, quelle que fût l’adresse, quel que fût le courage, quel que fût le dévouement de ces deux hommes, il ne pouvait s’empêcher de frissonner pour lui et surtout pour eux, en songeant que, le lendemain à pareille heure, au lieu de causer d’amour avec une douce maîtresse, il causerait de fuite, de conspiration, de combats avec un rude et sévère guerrier.
Aussi, au milieu de ce silence étendu sur le
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tableau charmant que nous essayons de décrire, et qui, par son immobilité, ressemblait à un groupe de marbre peint, parfois le prince, frémissant tout à coup, secouait la tête.
Alors la jeune fille lui demandait :
– À quoi pensez-vous, monseigneur ?
Mais le prince continuait de rester silencieux, et, comme si le bruit qu’eussent fait ses pensées en se formulant l’eût effrayé, il pensait tout bas.
Enfin, à une de ces questions, il répondit :
– À quoi je pense, Rosenha ? Je pense à la folie de ces deux hommes.
– À leur folie, monseigneur ? J’aurais cru que Votre Altesse pensait à leur dévouement.
– Quand je parle de leur folie, Rosenha, je fais allusion à cet impossible projet de pénétrer jusqu’ici.
– Rien n’est impossible, monseigneur, à qui veut fermement. N’avons-nous pas lu ensemble l’histoire d’un prisonnier français nommé Latude, qui trois fois s’est échappé de sa prison : deux fois de la Bastille, une fois de Vincennes ?
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– Oui, tu as vu parfois un prisonnier fuir de sa prison ; mais tu n’as jamais vu un ami y entrer.
– Ils entreront, monseigneur.
– Soit ; mais ils seront vus, dénoncés, arrêtés... Tu ne sais pas de quelle invisible façon je suis gardé !
– Ils le savent, eux, puisqu’ils vous disent de ne vous confier à personne.
– Si je vais faire une promenade sur le Danube, il y a un pêcheur qui raccommode ses filets juste à cent pas de l’endroit où j’abandonne la terre ; en même temps que la mienne, sa barque quitte le rivage ; il a l’air de ne point me voir, et ne me quitte pas de vue ; il a l’air de ne point me connaître, et, si je vais à lui, si je lui adresse la parole, il balbutie les mots d’altesse, de monseigneur.
– Croyez-vous que j’ignore cela ?
– Si je vais à la chasse, et que je me laisse emporter à la poursuite du cerf ; que, par mégarde ou volontairement, je me perde sous la voûte de nos immenses forêts, sous l’ombre de nos grands
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arbres, et qu’arrivé là, me croyant seul, loin de tous les regards, je respire librement, non pas comme respire un prince, mais comme respire le dernier des hommes, j’entends, à cinquante pas de moi, la chanson d’un bûcheron qui lie son fagot. Ce bûcheron, c’est moi qu’il attendait ; la corde avec laquelle il lie son fagot a un de ses bouts enroulé autour de ma botte, et je m’aperçois que je m’étais trompé, que les arbres n’ont plus d’ombre, que la forêt n’a plus de solitude.
– Vous ne m’apprenez rien de nouveau, monseigneur.
– Si, pendant les belles nuits d’été, j’étouffe dans ces appartements aux tapisseries épaisses, et qu’il me prenne l’envie de descendre dans ce parc dont les frais tapis se déroulent sous mes yeux, je rencontre d’abord quelque valet de chambre attardé qui monte l’escalier, tandis que je le descends ; puis, à la porte, une sentinelle qui s’arrête et me présente les armes. Alors, ennuyé d’être prince sans cesse, prince toujours, prince dans l’obscurité comme à la lumière, je m’élance
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dans le parc, je quitte les allées, je m’enfonce dans le labyrinthe du bois vert... Tu crois que, là, je suis seul, Rosenha ? Tu te trompes : j’entends derrière moi le bruit d’une branche qui craque ; je vois un tronc d’arbre qui se dédouble, une ombre qui se glisse. Je suis aussi captif que dans mon appartement ; seulement, ma prison, au lieu d’avoir vingt pas de diamètre, a trois lieues de circonférence ; ce n’est plus ma fenêtre qui est grillée, c’est mon horizon qui a un mur !
– Hélas, ce que vous me dites là, monseigneur, tout le monde le dit comme vous ; mais où serait le mérite, pour ces deux hommes, d’accomplir ce qu’ils entreprennent, si la tâche n’était pas difficile, exorbitante, presque impossible ?
– Ils y renonceront, Rosenha, dit le prince dissimulant une espérance sous un doute.
– Monseigneur, aussi vrai que vous m’avez fait mauvais visage à mon entrée dans votre appartement, aussi vrai, c’est la crainte et non la conviction qui vous fait dire une pareille chose.
– Moi, je t’ai mal reçue ?
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– Oh ! la méchante figure que vous avez parfois, mon prince !
– J’étais triste, Rosenha.
– Dites que vous étiez jaloux !
– Soit, j’étais jaloux.
– Fi ! la vilaine chose que la jalousie, monseigneur ! Laissez cela aux princes de la maison d’Autriche, et, puisque vous êtes Français, aimez comme on aime en France.
– Tu sais donc comment on aime en France, Rosenha ?
– Non, mon Dieu ! mais j’ai entendu dire qu’en France, la jalousie était le plus grand outrage que l’on pût faire à une femme.
– Il y a du vrai là-dedans, Rosenha ; mais ce qui est vrai dans ce cas ne l’est point pour toi, qui n’es ni Française, ni Autrichienne, ni Anglaise, ni Espagnole, ni Italienne, quoi que tu aies, à toi seule, au moins un des dons que Dieu a faits à chacun de ces bienheureux pays... Oh ! continua le jeune homme en jetant ses bras autour du cou de Rosenha et en soulevant ses lèvres ardentes
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jusqu’à la hauteur de son visage, que tu es belle, et comme ta mère devait t’aimer !
– Vierge Marie ! s’écria la jeune fille en regardant la pendule, quatre heures passées !... Adieu ! adieu, mon duc !
– Déjà !
– Comment, déjà ?
– Oui ; nous avons encore trois heures de nuit.
– Et quand dormirez-vous, monseigneur ? quand prendrez-vous ce repos dont vous avez si grand besoin ? D’abord, je vous déclare une chose : c’est que, si vous ne me laissez pas partir, je ne reviendrai pas demain.
– Tu te trompes, Rosenha : tu veux dire ce soir.
– Demain, monseigneur ! Ce soir, c’est M. Sarranti que vous recevez, ne l’oubliez pas.
– Oui ; mais si, par hasard, il ne venait point ?
– Je le saurais, puisque, à midi, j’attends la visite du général.
– Mais comment le saurai-je, moi ?
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– Je vous écrirai.
Le prince pâlit.
– Et quel est le messager auquel tu oserais confier une pareille lettre ?
La jeune fille réfléchit.
– Je n’en connais pas un seul, continua le prince.
– J’en connais un, moi, dit Rosenha.
– Lequel ?
– Venez, monseigneur.
La jeune fille passa son bras sous le bras du prince et l’entraîna vers un petit boudoir qui avoisinait la chambre à coucher. C’était une pièce de huit ou dix pieds carrés, exposée au midi, pleine de pots de fleurs, de caisses d’arbustes, et dont toutes les fenêtres, treillagées, fermaient la nuit leurs vitres intérieures, qu’elles ouvraient le jour. Des oiseaux d’espèces les plus rares, rouges, bleus, verts, dorés, argentés, y dormaient dans toute sorte de poses.
Au milieu de cette petite chambre, ou plutôt de
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cette grande cage, était planté un perchoir en bois de rose couronné par un toit en forme de chapeau chinois, petite prison au milieu de la grande.
C’était le kiosque des colombes.
À l’approche des deux jeunes gens, et au bruit qu’ils faisaient en s’approchant, une d’elles s’éveilla, tira sa tête de dessous son aile, fit briller dans l’ombre son œil d’or, et passa son bec rose à travers une des petites portes de son pavillon.
Elle semblait la colombe tourière.
Elle inspecta les nouveaux venus, et sans doute fut satisfaite de l’inspection ; car elle poussa, à leur vue, un petit roucoulement qui voulait dire : « Vous pouvez approcher, ami Frantz et amie Rosenha ; nous vous connaissons de longue date, et nous savons que nous n’avons rien à redouter de vous. »
– Eh bien ? demanda le duc à Rosenha.
– Eh bien, vous ne comprenez pas, monseigneur, de quel messager je veux parler ?
– Oh ! si fait !
– Craignez-vous que celui-là ne vous
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trahisse ?
– Rosenha, tu es une fée !
Et le prince ouvrit la porte, allongea le bras, et prit sur son bâton la colombe qui les avait, à leur arrivée, salués de son roucoulement.
– Viens, ma belle messagère ! lui dit-il en l’embrassant ; ne pleure pas ainsi : tu ne quittes ton nid que pour quelques heures, et je quitterais bien volontiers le mien pour dormir une éternité dans celui où tu vas être tout à l’heure.
Et il tendit la colombe à la jeune fille, après avoir embrassé une seconde fois le ruban de velours noué par la nature autour de son cou.
Rosenha la prit à son tour, l’embrassa à la même place, ouvrit vivement sa mante, et la cacha dans sa poitrine.
Il fallait se quitter.
On convint que la colombe rapporterait la réponse de midi à une heure, et que, de midi à une heure, le duc guetterait à la fenêtre l’arrivée de la messagère au collier noir.
Puis les deux jeunes gens se séparèrent,
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Rosenha faisant jurer au duc de ne plus l’attendre sur le balcon, le duc faisant jurer à Rosenha de venir le lendemain à la nuit, pour ne s’en aller que le surlendemain au jour.
FIN DU TOME DEUXIÈME
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Cet ouvrage est le 795e publié
dans la collection À tous les vents
par la Bibliothèque électronique du Québec.
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Vous avez terminé Les Mohicans de Paris 2
Alexandre Dumas