Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 11
Moment de silence à la table. Le repas semble sur pause et je peux entendre mon cœur battre fort dans ma poitrine. Puis la chaise d’Hayden tombe à la renverse lorsqu’il se lève et c’est la catastrophe...
— Arrêtez de le défendre, Abby ! Ce bâtard qui passe son temps à jouer les types plus que parfaits s’est tapé votre fille et vous n’avez rien vu ! Pendant que vous pensiez payer des cours pour qu’elle progresse, il l’initiait d’une autre façon dans le sable. Vous avez capté ou faut que je vous fasse un dessin ?
Je n’en reviens pas qu’il ait osé, tout le monde a reposé sa cuillère dans son assiette. La bouche pleine de gâteau, ils sont si surpris de la réaction d’Hayden qu’ils se sont arrêtés de mâcher, et tous les regards choqués convergent de Sean à moi. Ma mère, livide, a les larmes au bord des yeux et me dévisage avec dégoût.
C’est un désastre !
— Cassie, est-ce que... C’est vrai ?
Je ne peux l’observer plus longtemps tant je me sens honteuse et humiliée. Mes yeux sont braqués sur ma main qui tient la petite cuillère en argent que je serre si fort qu’elle s’imprime dans ma paume. Très vite, je tremble et les doigts d’Hayden viennent se poser sur les miens.
— Pardon, bébé, je...
D’un revers, j’envoie valser mon assiette qui se brise sur le sol et quitte la maison en courant. Ils m’appellent tous en même temps, mais je m’en fiche, il faut que je m’éloigne. Ma vie ne peut pas tourner correctement. Il n’avait pas le droit de me faire ça. Je n’ose même pas imaginer l’état de ma mère à l’heure qu’il est. Elle a dû arracher les yeux de Sean et foutre Hayden à la porte. Ils peuvent s’entre-tuer s’ils veulent, ça ne me fait ni chaud ni froid, ils ont ruiné mon anniversaire. J’en veux à Sean pour l’avoir provoqué, je savais qu’Hayden finirait par exploser, mais pas de cette façon.
***
— Mojito double fraise pour la mini Abby !
Assise au comptoir du Max & Wax, je porte le verre à mes lèvres.
— Merci, Kenny, j’aurais préféré double rhum.
— Désolé, ne compte pas sur moi pour te laisser repartir ivre. Anniversaire ou pas.
Il est déterminé et avec Kenny, rien ne sert d’insister, c’est peine perdue et il a raison, ce n’est pas l’alcool qui résoudra mes problèmes. Je vais prendre le temps de le boire, ne comptant pas rentrer de si tôt. J’ai bien fait de ne pas embarquer mon portable, cela évitera les appels à tout-va de tout le monde. Mes pensées divaguent pendant que les clients ont les yeux rivés sur l’écran géant du bar. Je n’en reviens pas qu’Hayden m’ait caché qu’il était impliqué dans une affaire de viol. C’est super grave, j’ai beau me répéter qu’il n’est pas comme ça et que s’il a été relâché, c’est moins horrible que ça en a l’air, mais on était déjà plus ou moins ensemble, j’aurais aimé qu’il m’en informe. C’est comme ça avec Hayden, il ne dit rien et je finis par apprendre de moi-même ou par les autres, et ça se finit toujours mal. Les phares qui éclairent la vitrine me font me retourner. Ethan. Je n’ai pas super envie de le voir, mais bon, ce n’est pas la pire personne.
— J’avais raison, j’étais persuadé que je te trouverais le premier ! s’exclame-t-il en poussant la porte.
— Bravo. La soirée s’est terminée en chasse au trésor ? N’y vois aucune prétention de ma part, mais c’est à celui qui aura retrouvé la salope en premier ?
— Ne raconte pas n’importe quoi, Cassie. Moi, je sais comment tu es. Sean a grave abusé, Hayden aussi, mais si tu en avais parlé à ta mère plus tôt, on n’en serait pas là.
Blasée, je lève les yeux au ciel, le mal est fait.
— C’est lui qui t’envoie ?
— Non. Il est parti de son côté, il est persuadé que tu es sur la plage.
— Comment va ma mère ? l’interrogé-je pour changer de sujet.
— Choquée, je crois. Elle a viré Sean. Marina et Sunny sont rentrés chez eux et ils t’embrassent. Ils ont laissé leurs cadeaux pour toi.
— Elle doit me détester, déclaré-je en ne cessant de songer à l’opinion que ma mère doit avoir de moi.
— Arrête de penser comme ça.
— Ils se sont battus ? demandé-je soudain, les paumes moites.
— Non. Hayden est sorti pour te courir après, mais tu n’étais déjà plus là. Va vite le retrouver, il était super flippé que tu fasses une connerie.
Mon corps se tend un peu plus et j’imagine ce qui doit lui traverser l’esprit. Qu’il va me perdre comme il a perdu Séléna. Après avoir demandé son portable à Ethan, je compose le numéro d’Hayden. Sans entendre de sonnerie ni avoir le temps de dire quoi que ce soit, Hayden crie dans le téléphone, essoufflé.
— Tu l’as trouvée ?
— C’est moi, tu es où ?
— Oh, putain, Cass ! Tu m’as foutu la trouille, j’ai cru que tu...
— Que je me serais noyée dans la mer ? l’interromps-je. Non, Hayden, je ne suis pas suicidaire.
Le vent emplit le micro et je ne comprends qu’un mot sur deux.
— Allô ?
— Je ne t’entends plus, je te rejoins dans ta chambre, conclut-il avant de raccrocher.
***
Un quart d’heure plus tard, je suis recroquevillée en boule sur mon lit à fixer la planche. Elle est vraiment belle, j’ai hâte de l’essayer, peut-être demain. Je n’ai pas croisé ma mère ni Pitt. On toque à ma porte.
— Entre !
Mon ton est ferme.
— Je peux te parler, chérie ?
Je ne m’attendais pas à elle en premier. Impossible pour moi de la regarder en face, je baisse les yeux.
— Je suis désolée, maman.
— Pourquoi tu ne m’en as pas informée ? me questionne-t-elle en s’asseyant avec prudence sur mon lit. Tu es grande, d’accord, mais par pitié, Cassie, pourquoi Sean ? Il y a plein de garçons de ton âge ! Est-ce qu’il t’a forcée ?
— Non, j’étais OK, ça s’est fait comme ça. C’était il y a longtemps, de toute façon, c’est du passé.
Les aboiements en continu m’indiquent qu’Hayden est rentré, ce que ma mère me confirme.
— Je viens d’avoir une conversation avec Hayden pour la garde à vue, après lui avoir passé un savon pour son comportement. Il te l’expliquera mieux que moi, mais ne sois pas méchante avec lui, tu veux ? Et pour ce qui est du cas « Sean », ce n’était pas à ton petit copain de le dire et il s’en mord les doigts. J’aurais vraiment préféré que tu m’en parles, toi, tu sais que je n’aime pas que tu me caches des choses.
Elle a raison. Je suis consciente qu’elle n’aime pas ça, comme moi, je déteste qu’Hayden le fasse. Je lui attrape la main et la lui serre. Je regrette de lui avoir fait vivre ça ce soir, elle qui s’est décarcassée pour mes dix-neuf ans, ce qui me ramène à une personne chère à mon cœur qui manquait à table. Mon père. Elle fronce les sourcils en m’analysant.
— Maman... J’étais en colère contre Sean, on s’était disputés quand j’ai demandé à papa de venir surfer avec moi. Je m’en veux, lui confié-je, la voix tremblante.
— Chérie…, souffle-t-elle en caressant le dos de ma main avec son pouce.
Mes yeux s’emplissent de larmes, et sans un mot de plus, elle me prend dans ses bras. C’est le moment qu’Hayden choisit pour entrer.
— Il me manque tant, maman...
— Je sais, chérie, à moi aussi.
Elle resserre son étreinte.
— C’est de ma faute si...
— Chut, il faut que tu arrêtes de culpabiliser, Cassie ! m’ordonne-t-elle.
— Je vais vous laisser encore un peu seules, énonce Hayden, gêné, en se frottant les cheveux.
Elle se retourne vers lui.
— Non, viens là ! C’est toi qui dois prendre le relais.
Elle lui tape sur l’épaule et le gratifie d’un sourire avant de sortir et de refermer la porte derrière elle. J’essuie mes larmes, et me redresse dans le lit. Hayden se rapproche, sur ses gardes, jusqu’à s’asseoir à mes côtés.
— Écoute, Cass, j’ai aucune idée de ce qu’il t’a raconté exactement, mais je te jure que j’ai pas participé à ce truc horrible.
— Je te crois, mais pourquoi tu as été arrêté ?
— Ma réputation de connard, déjà, marmonne-t-il, les yeux sur ses mains.
Je me saisis de sa mâchoire pour qu’il me regarde.
— Ne dis pas de bêtises.
— J’avais fini mon entraînement de boxe, j’ai entendu des cris et je suis entré dans les vestiaires. C’est là que j’ai vu une gonzesse se faire toucher par quatre types. Dans le lot, il y avait Wayne et Cooper. Je me suis jeté sur eux et j’ai eu le temps de les défoncer avant qu’ils ne prennent la fuite. Ensuite, la fille s’est réfugiée dans mes bras, parce qu’elle était flippée, sauf qu’elle était à moitié à poil et un prof de sport a déboulé à ce moment-là. La nana était si paniquée sur le moment qu’elle n’a rien dit quand on lui a demandé si je l’avais violée. Lorsque les flics sont arrivés, elle a juste avoué qu’ils étaient plusieurs, puis elle a balancé les noms sauf le mien. Ils ont été embarqués au poste, moi y compris. Elle est revenue sur sa déclaration en précisant que je n’y étais pour rien, que je l’avais dégagée de cette merde et au bout de huit heures de garde à vue, je suis ressorti.
— C’est monstrueux, la pauvre ! Et toi, pourquoi tu ne m’en as pas fait part ?
— On n’était pas vraiment ensemble, on ne se parlait plus à ce moment-là. C’était quelques jours après que tu es venue chez mes parents, tu sais, quand j’ai pris ma cross sans casque et que Joyce m’a hurlé dessus, j’ai aussi fait le con pendant plusieurs jours parce que je cogitais trop entre Séléna et toi.
— Plus de secrets comme ça, Hayden.
— Promis. Pour l’autre tocard, je ne voulais pas te faire ça. J’aurais jamais dû et je te demande pardon.
— Si je l’avais dit, nous n’en serions pas arrivés là. Tu ne t’es pas battu, c’est ce que je retiens.
Il esquisse un léger sourire.
— Je peux rester ici alors ?
— Je ne sais pas.
— OK... C’est pas grave, je peux dormir sur un banc... Les nuits sont fraîches... Je serai sûrement congelé, même avec ce hoodie... et peut-être malade pendant quelques jours... mais bon, si c’est ton souhait…
Il fait mine de sortir et je ne le retiens pas. La situation est drôle, il prend bien son temps, on dirait un gosse. J’aime quand il est comme ça, à faire l’idiot. Aussitôt la porte ouverte, il la referme.
— Tu ne pars pas ?
— Je vais attendre un peu, Malibu est là et il me fait froid dans le dos.
— Tu es bête, m’esclaffé-je.
— Ce sourire m’avait manqué !
— Allez, viens ! Et tu peux enlever ton sweat, il fait bon ici.
Surpris, il arque un sourcil.
— Serait-ce une invitation, mademoiselle Wilt ?
— Laisse-moi réfléchir...
Je tapote mon menton et en un rien de temps, il s’est mis torse nu et m’a basculée sur mon lit pour se retrouver au-dessus de moi.
— J’ai pas oublié notre petite conversation avant la soirée, je compte bien te montrer que...
Il dépose un chapelet de baisers sur mon cou puis descend tout en faisant glisser ma robe en même temps. Sa langue remonte lentement sur mon corps brûlant jusqu’à ma poitrine et je ne suis désormais qu’une boule de feu à son contact. Il ne m’en faut pas plus pour lui retirer son jean et son boxer afin de prendre les choses en main. Le voir se tordre de plaisir devant moi ne fait qu’accentuer mon excitation. Sa paume quitte mes seins pour rejoindre ma partie basse, et je me cambre sous ses caresses lorsqu’il insère un doigt en moi, puis un deuxième. Il le sait, je pourrais jouir en un rien de temps quand il agit ainsi. Je me mords la lèvre et le supplie d’arrêter.
— Hayd... Je... Oh, putain.
— Pas tout de suite. Retiens-toi !
Sa tête entre mes cuisses, il continue de jouer avec ses doigts puis sa langue. Mon pied se pose sur son épaule et le repousse. Hors de question que je sois la seule à être torturée.
Je prends son sexe dans ma bouche et ses mains viennent s’emmêler dans mes cheveux.
— Putain, Cass, je vais pas tenir longtemps.
— Retiens-toi !
Et j’accélère mes mouvements en l’engloutissant un maximum. Très vite, il se détache de moi pour me mettre à quatre pattes.
— Fini, ce petit jeu, je veux que tu me sentes.
Une simple phrase et cela suffit à m’envoyer dans une autre dimension.
La présence de son corps dans le mien m’avait manqué. Tout en me pénétrant un peu plus fort à chaque fois, ses ongles s’enfoncent dans la chair de mes fesses, pendant que mes dents serrent mon oreiller pour m’empêcher de gémir trop fort. Pour rien au monde, je n’échangerais ce moment de bien-être et tout le plaisir qu’il me donne.
Hayden empoigne ma poitrine pour me relever et plaquer mon dos contre son torse ferme. Désormais à genoux, totalement à lui, ma tête tombe à la renverse entre son épaule et son cou pendant qu’il continue ses va-et-vient. De sa voix rauque et basse, il me chuchote :
— Joyeux anniversaire, bébé.
Je lui attrape les cheveux et sa bouche mord mon bras, nous ne sommes plus que deux corps luisants et bouillants qui ne tardent pas à atteindre l’orgasme.
Contre lui, épanouie et éreintée, je me laisse bercer un instant par les battements rapides de son cœur qui se répercutent contre mon oreille.
— Hayden ?
— Mhh.
— J’ai vu ton graff sur le grand boulevard.
Il se redresse, ce qui dégage ma tête de son torse, puis il prend mon menton entre son pouce et son index et le relève pour que je le regarde.
— J’étais en colère quand je l’ai fait et en même temps, j’ai brisé ton cœur, donc c’est plutôt réaliste. C’était pas intentionnel. Je n’ai jamais voulu ça, mais je le savais depuis le début et je ne te l’ai jamais caché non plus.
Vu sous cet angle…
— Oui, même si sur le moment, quand j’ai cru que tu me trompais, je me suis dit que c’était volontaire.
— Je comprends.
Je l’embrasse puis je m’enroule dans les draps et me lève, le laissant complètement nu sur le matelas.
— Ah ouais, donc je te fais l’amour et toi, tu te barres déjà ? Je suis choqué.
J’attrape un coussin que je lui balance, il esquive et m’en jette un autre en me tirant par le coude, je tombe sur lui, sur le lit.
— J’ai soif ! m’exclamé-je.
— Dans ce cas, je viens avec toi, on ne sait jamais.
Il me lance son sweat « Californian Stunt Rider » que j’enfile avec un shorty puis s’assoit sur le matelas après avoir passé son jean.
— Grimpe, Wilt !
Je m’exécute en montant sur son dos.
***
Mes yeux scotchés sur la baie vitrée recouverte de gouttelettes d’eau, je regarde la pluie s’écraser contre celle-ci, et ferme les paupières à chaque grondement du tonnerre, en me ratatinant contre lui qui m’enserre la taille.
— Bouuhh !
— Arrête, c’est pas drôle. J’adore les éclairs, mais je n’aime pas le bruit que ça provoque.
— C’est mignon, je te protège, petite sensible, t’inquiète pas, me susurre-t-il.
— Hum... mon héros !
Je peux le sentir jubiler dans mon dos.
— T’as prévu quoi pour Noël ? me questionne-t-il soudain.
— Rien pour le moment.
— Mes parents organisent un gros réveillon, ils voudraient que tu sois là. Et à vrai dire, ta famille est invitée aussi.
Cette révélation inattendue me fige un instant.
— Ce n’est pas un peu bizarre ?
— Je trouve pas, je suis sûr que ma mère s’entendra bien avec la tienne.
— Oui, je pense aussi, mais Joyce ?
— C’est comme ça, il faudra qu’elle s’y fasse. Bébé, hors de question que je choisisse entre vous deux, elle est tout pour moi comme tu l’es et j’aimerais beaucoup qu’on le fête ensemble.
— Je ne te demanderai jamais une telle chose. Et OK, j’accepte.
Je veux passer Noël avec lui.
— Alors, j’espère que tu aimes le froid et la neige.
Il m’embrasse le cou et je ne sursaute pas à cause du tonnerre, mais à cause de ses mots.
— Que, quoi ?
— Ah oui, j’ai oublié de préciser que nous allons à Big Bear Lake, mes parents ont un chalet là-bas.
Je suis bluffée, c’est une destination très prisée, ici en Californie, enfin, à une dizaine d’heures de route de l’université.
— Waouh ! Purée, c’est dément ! m’enthousiasmé-je.
— Content que l’idée te plaise.
— Tu as d’autres avantages que tu me caches ?
— Trois poneys, un jet, un château dans le sud de la France, quelques Ferrari, ah et puis mon père est sur le point de racheter Neymar pour son club de foot... Je crois que c’est tout.
— Très drôle.
— Non, plus sérieusement, le point sombre de l’histoire, c’est qu’il y aura aussi la vieille bique, je préfère te le dire.
— Je devrais pouvoir survivre.
— Tant mieux. Bon, si tu ouvrais maintenant les cadeaux qu’ils ont laissés, m’intime-t-il en m’entraînant vers le sofa.
Assise à ses côtés, je déballe les paquets. C’est vraiment malpoli de ma part. Je les appellerai demain pour m’excuser de mon comportement. Marina et Sunny m’ont offert une grande toile de nous trois en photo devant l’océan, elle est superbe. Hayden me la prend des mains.
— Quand t’es dans cette tenue, ça me... Waouh ! C’est trop sexy, faut la ramener à Stanford.
J’éclate de rire. Sur le cliché, je porte ma combinaison nouée autour de la taille avec mon haut de maillot de bain tropical.
— Ce n’est pas une bonne idée parce que tu péterais les plombs, c’est trop chiant à enlever.
— Et si on met de l’huile avant que tu l’enfiles ?
— Tu es un grand malade ! m’offusqué-je avant de l’entendre éclater de rire.
— Dit-elle, alors qu’elle bave sur mon look H24 !
— 1-1. Je peux continuer de me concentrer sur mes cadeaux ?
— Ouais, celui-là est d’Ethan, c’est sûrement nul, ouvre celui de ta mère avant.
Une porte claque et mon demi-frère nous rejoint dans le salon, les cheveux en bataille.
— Je t’emmerde, Calaann ! tonne Ethan.
— Oh ! Oh ! Redescends, mon pote, tu prends trop d’assurance avec moi.
— Nous t’avons réveillé ? lui demandé-je en grimaçant.
Il brandit ses baskets avant de les jeter dans un coin de la pièce.
— Non, je n’arrive pas à dormir, Malibu ronfle et je viens de me rendre compte qu’il a bouffé mes Jordan.
— Ah, mince…
— Ça t’apprendra à vouloir pioncer avec le clébard, je t’avais prévenu que c’était une plaie, intervient Hayden.
Ethan lève les yeux au ciel en s’asseyant dans le fauteuil.
— Il n’y a pas que lui qui m’a empêché de plonger dans un sommeil profond.
Son regard passe d’Hayden à moi en grimaçant, ce qui me fait baisser les yeux.
Gênée, Cassie.
— Rassurez-moi, vous ne l’avez pas fait ici ? poursuit-il.
Quoi de plus malaisant ? Peut-être la réponse qu’Hayden s’apprête à lui fournir…
— Disons que je serais toi, je lèverais mon cul de ce fauteuil.
Et il hausse à plusieurs reprises les sourcils. Du plat de la main, je le pousse, le faisant à peine bouger. Ethan a bondi sur ses deux jambes, manquant de tomber, et nous observe avec dégoût.
— Ne fais pas attention à lui, il raconte n’importe quoi. Je suis désolée pour tes baskets, on ira tous les deux en acheter une paire demain, Hayden te prêtera ses Converse.
— Mais bien sûr ! Plutôt crever.
— Oh oui, tes noires en cuir ou tes noires et blanches, je dois avouer qu’elles sont cool.
Hayden se marre comme d’habitude et agite ses pieds sous le nez d’Ethan, sans remarquer qu’il mate son torse nu avec tant d’insistance que cela me rendrait presque jalouse.
— J’ai pas mes Converse. Elles sont dans ma valise quelque part à Madrid et si je les avais, je ne te les aurais pas prêtées, t’auras qu’à prendre une paire de tongs à Cass. D’ailleurs, moi aussi, demain, il faut que je fasse les magasins, j’ai pas de fringues.
— On pourrait aller à la fête foraine ensuite ?
Ethan, enjoué par ma proposition, tape dans ses mains comme un enfant.
— Oh oui ! En plus, il doit y avoir la grande roue comme tous les ans.
— Tout doux, les mômes, nous arrête Hayden, ne vous emballez pas. Je vous signale qu’on rentre demain, oubliez l’idée, on n’aura pas le temps, j’ai ma moto à récupérer.
— S’il te plaît, tu iras la chercher plus tard, déclaré-je en joignant mes mains.
Nous le regardons tous les deux en faisant la lippe.
— Allez-y, suppliez-moi, c’est drôle !
Ethan se laisse prendre à son jeu.
— On fera tout ce que tu veux pour que tu acceptes.
— Voilà qui est très intéressant. OK, pour elle, je sais déjà ce que je pourrai obtenir.
Je n’ai pas le temps d’en placer une qu’Ethan et sa curiosité légendaire prennent le dessus.
— Tu vas lui demander quoi ?
— Qu’elle termine ce qu’elle a commencé à me faire tout à l’heure, et pour toi… eh bien, que tu arrêtes de me reluquer comme ça, ce sera déjà bien.
Mes mains viennent recouvrir mon visage, avec ce sentiment partagé entre l’embarras puissance dix mille et l’excitation qui refait surface. Hayden n’a aucune retenue pour n’importe quelle situation. Ethan, quant à lui, se bouche les oreilles.
— Détendez-vous, vous avez vraiment l’esprit mal placé, je parlais pas de ça.
Je lève les yeux au ciel. Pfffff, quoi d’autre ? Naïf, mon demi-frère semble soulagé et n’a pas remarqué le clin d’œil accompagné du sourire irrésistible de celui qui joue avec mes nerfs. Je m’adresse à Hayden.
— Je peux lui dire pour Noël ?
— Quoi donc ? Qu’il n’est pas invité ? Si tu veux, ouais.
— Invité où ? me demande Ethan en faisant abstraction des paroles d’Hayden.
— À Big Bear Lake, m’enthousiasmé-je. Les Calaann ont un chalet là-bas. C’est cool, non ?
— Excellent ! Je vais pouvoir mettre mes talents de skieur à l’épreuve.
— Ou faire le lutin auprès du père Noël pour les mômes du village, se moque Hayden.
Il rit de sa connerie pendant que j’ouvre le paquet d’Ethan. Il m’a offert un livre photos de nous deux. Certaines en soirée, d’autres à la bibliothèque ou dans le parc. Je me jette à son cou pour le remercier quand Hayden le feuillette.
— T’aurais pu mettre au moins une fois ma gueule dessus, s’insurge-t-il.
— C’est un livre photos de famille, lui répond Ethan en faisant une boule avec le papier cadeau qu’il lui envoie en plein visage.
— Je dois avouer que vous n’êtes pas trop mal.
— Je rêve ou il vient d’être sympa ? s’interroge Ethan.
— Non, tu ne rêves pas. Regarde, il ne s’est même pas rendu compte que la « plaie » est contre lui et qu’il la caresse depuis cinq minutes.
Avec Ethan, nous éclatons de rire. Hayden soulève le chien et frotte son nez sur sa tête.
— Allez, Malibu, on va fumer une clope ! Ethan, tu viens aussi ? Avec un peu de chance, la foudre...
— Hayden ! le coupé-je d’un ton sec.
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