Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 6 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 6

 

Hayden

 

Elle avait raison. Je me suis brisé le dos à dormir sur ce putain de fauteuil à la con, mais ça en valait la peine, j’ai pu la regarder pioncer une bonne demi-heure avant que je parte.

— Hayd !

Au loin, la voix de Junior me parvient avant que je ne monte dans ma caisse. Il accourt vers moi dans sa tenue de sport. Je referme la portière et me pose contre l’aile de la bagnole. Essoufflé, il jauge ma réaction lorsqu’il arrive à ma hauteur. Comme je ne laisse paraître aucune émotion, il reste sur ses gardes.

— Écoute, vieux, je suis désolé pour hier.

— C’est pas à moi que tu dois des excuses, lui fais-je remarquer sur un ton ferme.

— Hayd, c’est compliqué pour moi, tout ce qu’elle a débité sur Séléna...

— Je sais, Junior. Pour moi aussi, ça a été dur, mais je ne peux pas lui en vouloir.

Il soupire, puis pose ses mains sur ses hanches.

— On ne va pas continuer de s’ignorer, c’est pas notre genre.

Pourquoi mon pote arrive toujours à viser juste ?

— Non, bien sûr que non, grommelé-je, mais compte pas sur moi pour te faire un câlin.

Soulagé, il sourit.

— Elles m’avaient manqué, tes conneries, même si ça fait à peine vingt-quatre heures.

— Attention, tu vas tomber amoureux.

— Plutôt crever, me raille-t-il. J’ai ma Lilia. Tu t’apprêtais à aller où ?

— Voir Séléna, réponds-je en me frottant la nuque.

Il déglutit et sa main vient tapoter mon épaule, signe qu’il est content.

— OK. J’y retourne, Davis m’a laissé assister aux entraînements de hockey. Au fait... Amy m’a donné ton tee-shirt que t’as oublié chez elle quand tu as réparé sa caisse l’autre soir. Je l’ai mis dans ta piaule.

— Merci, Junior. Ciao !

Ça me fait penser qu’il serait peut-être temps de faire ce que j’aurais dû faire depuis longtemps. Avant de monter dans ma bagnole, je tire mon portable de mon jean et parcours mon répertoire téléphonique jusqu’au prénom de Séléna.

« Séléna – modifier – Amy – enregistrer. »

***

Je gare ma caisse comme d’habitude, sur le petit parking en terre juste devant. J’attrape ma bouteille de Dead Head et poursuis mon chemin.

Assis sur le banc en pierre, je reste un instant à fixer le vide, le merdier dans lequel je me trouve encore une fois, tout ça pour ne pas avoir dit la vérité. Tout le monde m’a répété que j’avais le droit d’être heureux. Cette phrase, je l’ai entendue des centaines de milliers de fois depuis. J’ai toujours refusé de les croire. Je m’étais promis que je finirais seul parce que l’amour, ça fait trop mal. Malgré moi, je me suis mis dans une situation terrible. Tomber amoureux de Cassie. Je m’en veux. Je lui en veux.

— Salut, Séléna, dis-je, la voix tremblante. Elle a raison, je suis un bel enfoiré et encore, le mot est trop faible. Je suis sûr que toi aussi, tu penses la même chose, pas vrai ? Je suis paumé. Dès le début, je savais que cette fille serait dangereuse pour moi. Elle m’a attiré de suite. J’ai tout fait pour l’éloigner de moi, je te le jure, et elle est revenue à la charge. Plus le temps passait et moins j’arrivais à rester loin d’elle sans qu’elle me manque. J’avais ce besoin de la sentir près de moi. Tu dois trouver que je suis le dernier des connards pour venir te parler d’elle depuis la rentrée. T’aurais raison. J’ai peur de m’engager. C’est trop dégueulasse par rapport à toi, Sélé. Pardon.

Les tripes en vrac, j’essuie d’un geste sec une larme, et laisse le liquide me brûler la trachée en fermant les yeux. Lorsqu’un vieux s’approche et s’assoit à côté de moi, je décale ma bouteille.

— Si vous voulez mon avis, jeune homme, ce n’est pas l’alcool qui réglera les choses.

En temps normal, je lui aurais répondu que son avis, il pouvait se le foutre où je pense et bien profond. Mais je respecte trop l’endroit pour ça. Le vieillard regarde en face de lui puis revient à moi.

— Elle était très jolie. C’était votre petite amie ?

L’œil fixé sur la photo de Séléna, je ne bronche pas, reprends une gorgée, puis sors mon paquet de clopes en voyant cette putain de lettre que j’ai écrite à Cassie, et que je ne lui ai toujours pas donnée. Le vieux revient à la charge.

— Ma femme est morte il y a dix ans de ça, lâche-t-il soudain.

Sérieusement, il va me faire la conversation longtemps ?

— Elle repose deux allées plus loin. Elle était très malade, cela a été terrible pour moi. Même si on le savait, nous ne sommes jamais préparés.

J’inspire un grand coup et me lance.

— Vous avez refait votre vie ?

— Oui, bien sûr. J’ai été comblé avec mon épouse, cela n’empêche pas que je pense à elle, mais la vie continue. Il faut accepter d’être à nouveau heureux si on rencontre l’amour. C’est dur, mais un beau jour, ça vous tombe dessus et il faut aller de l’avant, ne pas se laisser abattre et ne pas culpabiliser. Tout le monde a le droit au bonheur.

Encore cette putain de phrase. 

Mais il n’a pas tort, le vieux. Il y a le passé et le futur. Moi, je suis tiraillé entre les deux. Il m’est impossible d’être pleinement dans une relation sans penser que je suis le dernier des enfoirés si je fais ça.

— Moi, j’y arrive pas.

— C’est peut-être encore trop tôt, et vous n’avez sûrement pas trouvé la bonne.

— C’est justement parce que j’ai trouvé la bonne, que j’ai eu peur de m’engager et que j’ai tout foutu en l’air.

Déprimé, je reprends une gorgée de Dead Head.

— Dans ce cas, foncez. Réparez vos erreurs avant qu’il ne soit trop tard. Le temps n’attend pas. Un beau jour, cette femme sera dans les bras d’un autre et vous allez regretter de n’avoir rien fait. Vous n’allez pas rester seul toute votre vie ?

Rien que d’imaginer Cassie avec un autre mec que moi me donne la gerbe. Si en plus, c’est ce bâtard décoloré, c’est dix fois pire. Quand elle apprendra que j’ai balancé Sean parce qu’il a niqué une élève au gymnase, elle m’en voudra probablement encore.

— J’ai beaucoup trop merdé pour qu’elle passe l’éponge, avoué-je. Comme ça, la question est réglée, au moins. Je fais de mal à personne maintenant.

— Vous en faites à vous-même. Vous saurez vous faire pardonner, j’en suis sûr.

C’est pas gagné, mon pote, si tu savais toute la rancune qu’elle me porte à l’heure qu’il est.

— J’en sais rien. Je suis un gros problème à moi tout seul.

— Votre souci, mon grand, c’est que vous n’avez toujours pas fait votre deuil et vous êtes bien trop dur avec vous-même. Laissez partir l’ange Séléna et concentrez-vous sur... Comment s’appelle celle qui vous fait vous sentir vivant ?

— Cassie.

— Faites ce qu’il faut pour cette Cassie, puisque c’est elle qui vous donne le sourire. Je l’ai vu sur votre visage quand vous avez prononcé son nom.

Je ne m’en suis même pas aperçu. Un instant, je le fixe, étonné que mon faciès m’ait trahi. Le vieux se relève avec difficulté du banc, je lui prends le bras.

— Je vais vous aider jusqu’à votre voiture.

— Non, ça ira, merci. Je vais rester un petit moment ici, ne t’occupe pas de moi, je suis un vieillard, mais je suis costaud. Va plutôt rejoindre celle qui t’attend.

Je lui fais un signe de tête et presse le pas vers ma caisse.

— Au fait, moi, c’est Bill, m’interpelle-t-il. On se reverra peut-être.

Lui, je l’aime bien, alors je vais l’épargner.

— Moi, c’est Hayd. Merci, Bill.

Ça prouve à quel point j’apprécie ce vieux arrivé de nulle part pour lui avoir filé mon diminutif. Rappel des catégories : 1 – …

— Attends, Hayd, me sort-il de mes pensées. Donne-moi donc ce que tu as dans ta main avant de partir.

J’avise ma bouteille de rhum.

— C’est pas une solution, Bill.

Il lève les yeux au ciel puis me fait signe de lui tendre, chose que je finis par faire.

— Tire-toi, gamin, va la retrouver, m’intime-t-il, le sourire aux lèvres, tout en prenant une gorgée.

En sortant du cimetière, j’attrape la lettre dans ma poche intérieure puis la déchire en quatre, avant de la foutre dans la poubelle. Je peux mieux faire, Bill a raison, autant mettre toutes les chances de mon côté.

***

Les pieds dans l’eau de la piscine, j’allume ma clope et recommence à retranscrire mon récit, mon histoire sur papier. Il n’y a pas plus calme qu’ici et du calme pour une fois, j’en ai besoin. Le cafard est à l’école, ma mère aussi et mon père, lui, comme à son habitude, quelque part dans le monde.

Trois fois que je la refais. Je suis beaucoup trop nerveux, l’écriture est horrible et je ne suis pas satisfait des mots choisis. Fais un effort. Il faut que ce soit parfait.

La sixième est la bonne, après avoir balancé mon téléphone de colère qui gît encore au fond de la piscine, j’ai réussi. Une enveloppe et je me casse loin... très loin d’ici...

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